Rebloggé /// Qu’appelle-t-on « world music » ?

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Cet article a été importé depuis Ghetto Folk dans le cadre d’une réorganisation de nos contenus éditoriaux.

Un article très pertinent signé Endeguena Mulu sur Trueafrica.co : « Pourquoi le terme « world music » ne veut rien dire ».
http://trueafrica.co/article/endeguena-mulu-aka-ethiopian-records-on-world-music/

« Si ce terme n’était utilisé qu’en Occident et par des Occidentaux, cela ne me dérangerait pas. Or, via l’occidentalisation intense portée par l’éducation et l’industrie du divertissement, ce sont les peuples – propriétaires des cultures ainsi dénigrées – qui adoptent cette vision, dépréciant leur propre « culture du Tiers-Monde » […] ».

L’article illustre un fait intéressant : pour beaucoup de mélomanes, la world music se doit de provenir d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie… bref, de n’importe quelle partie du globe qui ne soit pas l’Occident. Un artiste comme Mulu a ainsi tout à fait raison de souligner que ce terme tend à classifier sa musique comme quelque chose d’exotique ou de tribal qu’il ne faudrait pas confondre avec la « vraie » musique – comprendre, pour certains, à ne pas confondre avec la musique occidentale. Le terme tend ainsi à faire une différence entre la musique et la musique du reste du monde*.

Credit Endeguena Mulu

Endeguena Mulu

Pourtant, la world music existe aussi en Occident. Il y a des musiques traditionnelles en Europe et en Amérique du Nord. En tant qu’occidental, je considère bien sûr la musique bretonne comme de la world music. De même pour la country aux USA, ou pour la musique acadienne. Finalement cela n’a pas tant à voir avec le lieu où la musique est jouée qu’avec l’objet de la musique en tant qu’art : le monde tel que vu par l’artiste, ce que Mulu explique très clairement avec l’exemple du joueur de washint. Des éléments de la culture, de l’environnement, ou encore la langue de l’artiste.

Quels sont alors les styles de musique qui ne relèvent pas de la world music ? La TV-music (EDM, pop FM), la musique classique, ou encore le rock à papa. Ces styles respectent un formalisme (instrumentations, harmonies, rythmiques) qui ne proviennent pas du monde de l’artiste lui-même. Il faut apprendre à les jouer correctement, on ne peut pas vraiment les jouer à sa propre manière. Il faut apprendre à produire de l’EDM grâce aux tutoriels sur internet, ou apprendre la musique classique à l’école de musique, ou encore apprendre le rock en écoutant les rockstars. Il faut des maîtres ou des idoles pour s’inspirer. C’est d’ailleurs justement ce qui fait rêver dans ces styles : ils nous donnent le pouvoir de s’échapper de notre quotidien. Dans le cas de la world music, l’inspiration vient précisément de cet environnement, auquel on ne cherche pas du tout à échapper.

D’autres termes peuvent être employés en lieu et place de « world music » : « traditionnel », « folk », ou le plus moderne « global ». Il peut être difficile de changer le mot ; en revanche, il est possible de faire évoluer la musique elle-même, en commençant par intégrer dans ce concept la world music d’où qu’elle provienne, y compris d’Occident.

L’étape suivante sera alors de concevoir que la musique traditionnelle peut également être jouée par des artistes qui ne vivent pas là d’où la musique provient – ou par des artistes qui ne sont pas nés là où leur musique est née.

* Voyez notamment comment Branko & Kalaf d’Enchufada ont ironiquement appelé leur ligne de streetwear.