Espionnage industriel

Cette semaine je me rends au MIDEM, dix ans après ma dernière participation. L'occasion de parler anglais et d'avoir un aperçu sur ce qui fait rêver nos concurrents de l'industrie musicale. IA, streaming, billetteries, y'a clairement de quoi faire des rêves moites. Et je commence par remercier le SNEP pour son invitation généreuse suite à l'adhésion de Foudrage. Le SNEP défend les producteurs de phonogrammes (vous savez ces gens qui financent des albums pour que vous n'ayez pas à les autoproduire avec votre beau salaire net), et certifie des chiffres de ventes, avec par exemple la remise de disques d'or. Ca fait longtemps que j'ai pas regardé où en étaient les seuils, si ça trouve j'en ai un à récupérer, va savoir.

Si vous avez suivi les épisodes précédents vous vous dites peut-être : "mais quel étrange masochisme pousse mon label indé favori à se compromettre de la sorte avec les multinationales de l'entertainment ?" C'est vrai ça, mais quel étrange masochisme pousse mon label favori à se compromettre de la sorte avec les multinationales de l'entertainment ? La réponse est dans le titre, tsé.

Des fois on est taquin dans ces colonnes, mais après quelques cafés, on reconnait volontiers que notre sentiment vis-à-vis de l'industrie relève davantage de la jalousie (rapport à la thune) que de l'indifférence (rapport à la musique). En soi, je trouve pas totalement incongrue l'idée qu'il existe une musique majoritaire (ne serait-ce que mathématiquement), et conçois tout à fait qu'elle puisse faire l'objet d'une industrialisation propre au système capitalisme dans lequel nous vivons.

Oui mais voilà, nous y vivons de moins en moins bien, dans ce système. De là, doit-on s'en remettre aux majors du disque pour assurer l'épanouissement sonore et donc culturel de nos enfants ? Bah non, et c'est là que votre label favori intervient, moite de rêves de diversité, de curiosité, d'altérité, que des vertus assez peu industrielles.

Un événement comme le MIDEM (ou le Printemps de Bourges, ou les Victoires de la Musique) est un outil créé par l'industrie pour entretenir son leadership économique sur le secteur. Les moyens investis sont carréments cool, genre Palais des Festivals de Cannes (là je suis encore dans le Ouigo mais faites-moi confiance pour investiger). Et si on applique une p'tite règle des 80/20, on peut présumer que 20% des participant.es profitent de 80% de la puissance de feu de ce salon pro. Courant de RDV en RDV, tapant des selfies avec des big names, s'enjaillant sur des artistes prometteurs ou ayant tenu leurs promesses, prenant le mic pour dire sa Parole. Votre label favori étant dans les 80%, il devra se contenter des 20% restants : conférences sobres et clairsemées du matin, ateliers de l'aprem (trop techniques pour certains festivaliers), et peut-être chiner quelques apéros parce qu'à force on sait faire.

Ce qui est déjà très cool. Quelques conférences sur l'IA (pour ou contre), une keynote de Deezer, peut-être quelques start-up disruptives qui n'ont pas encore totalement renoncé à un idéal technologique responsable, avant une première levée de fonds et la sempiternelle dilution de la Mission dans le cash rapide. Parfois même, d'authentiques rêveur.ses, venu.es pitcher un projet totalement f(l)ou et voué au même échec que celui de mon dernier album (c'est-à-dire relatif).

Un enthousiasme à 3581 caractères donc, que j'essaierai de vous retranscrire plus en détail dans les jours qui suivent. Belle journée à toustes !