Pourquoi c si dur en ç’moment ?

Longtemps que j’ai pas craché mon venin sur du HTML ! Je sais plus trop où j’en étions mais vous sachez peut-être que la team VLAD compte une bonne dizaine de personnes talentueuses, réparties entre Rennes, Saint-Herblain, Rouen, Poitiers et j’en passe. Nos structures sont à peu près en place, de Foudrage à Mondréel, de Vlad Spectacles à Ohlala Productions.

Pourtant depuis quelques mois ça secoue fort. Le point sur quelques-unes des raisons du bordel et pourquoi nous sommes ToujoursLà.

De gros retards de paiement du côté des financements publics

En relisant ce blog je suis retombé.e sur des articles insouciants, de l’époque où nous n’étions ni subventionné.es ni financé.es. C’était beaucoup moins stressant au quotidien, mais les artistes du catalogue étaient beaucoup moins nombreuxses à boucler leur statut d’intermittent, les disques étaient en majorités enregistrés/mixés avec du plug-in craqué et des cartes son du boncoin, tandis qu’une fois l’accès à l’Argent Public (et Privé) décoincé, vous avez pu constater que ça décrassait correctement les caissons (à une époque où lesdits caissons sont devenus minuscules mais bref).

Ainsi, en ce 2 février :

- plus aucune de nos structures ne touche de subvention publique au fonctionnement. Les structures étant des SAS ou des SARL (on joue le game tsé), elles n’ont jamais été éligibles à des aides Ville/Métropole ou Département, seules les Régions ont le droit de nous soutenir au titre du développement économique. La Région Pays de la Loire a longtemps soutenu Vlad (de 2000€ à 9000€ par an selon les années, pendant une petite dizaine d’années), puis dans les circonstances que vous savez tout a disparu il y a environ un an. La Région Bretagne a peu soutenu Foudrage et Vlad Spectacles : quelques aides COVID en contrepartie d’un maintien de l’emploi en période d’assis-masqué, totalement réinvestis dans des salaires pour nos artistes, et un p’tit billet à la structuration de 5000€ en 7 années d’existence. Il nous reste une aide à la musique enregistrée sur Foudrage quand même, yeah!

- le Prêt Garanti par l’État, octroyé dans la tourmente sanitaire, est en passe d’être entièrement remboursé (en avril prochain). Comme j’aime à le dire à qui n’arrive pas à m’esquiver suffisamment vite, il aura fallu une pandémie pour que notre beau métier de production (phonographique et spectacle vivant) accède à du financement privé. Merci quand même la Banque Postale pour ces six années de trésorerie un peu plus facile. Cela nous aura permis des embauches, des prises de risque, voir un peu ce que vaut notre modèle à l’échelle de dessus. Tout montre qu’il serait giga malin de nous prêter à nouveau mais on n’est pas exactement dans les secteurs prioritaires (avec le résultat qu’on sait au plan social et politique). Retour donc à l’échelle du dessous, même si on a tout de même bien consolidé pendant ces dernières années. Allez ! on a tout de même encore quelques cartes dans les bottines.

- le CNM, l’ASP, la Région Bretagne, autant d’institutions dont les budgets dépendent (plus ou moins directement) de celui de l’État ; et dans le contexte que vous connaissez, cela retarde plein de paiements. Il nous manque environ 40k€ du CNM, 23k de la DGFIP, 10k€ de l’ASP, 3k€ de la Région. Autant d’argent qu’on a trouvé chépaoù pour pas fermer la boutique. Me demandez pas comment ça tient j’en ai aucune idée. Ou attends ptet ça veut dire qu’on est riches en théorie ? Je sais plus

Heureusement une petite amélioration du côté privé

Déjà un big up à nos financeurs privés qui nous soutiennent sur les projets (albums et tournées) depuis plus ou moins longtemps : la SACEM, la SCPP et la SPEDIDAM. On n’avait plus de projet éligible à l’ADAMI en 2024/2025 mais faut que je me repenche dessus.

Ces organismes professionnels nous versent (sur les projets et donc pas sur la structure) des montants qui compensent la baisse des financement publics depuis un ou deux ans. Vous verrez donc de plus en plus de logos sur nos disques. Comme on l’a toujours dit, un financement équitablement réparti entre public et privé, c’est la clé de l’indépendance éditoriale dans un fonctionnement économique vertueux (= on paie les gens).

Et le moral des troupes ?

Cette pression en trésorerie a plusieurs impacts sur nos équipes :

- l’équipe admin&prod fatigue de ne pas pouvoir payer tout en temps et en heure, car lorsqu’un CNM reporte une commission (on est sur un délai record de genre six mois) nous ne pouvons pas reporter l’enregistrement d’un disque pour lequel artistes et studios se sont organisé.es, et donc nous devons au moins financer le studio sur nos fonds propres pour pas laisser les équipes au bord de la route. Idem pour des sorties d’album planifiées depuis un an : on peut pas annuler les pressages et les concerts si près du but. Alors on y va quand même et on mange des triangles.

- Les équipes artistiques fatiguent de voir les sorties étalées en longueur, les disques et clips sortir plus tard que prévu. Certains groupes s’arrêtent, ou se concentrent sur d’autres projets plus réactifs et largement autoproduits. C’est une perte de revenu indirecte car autofinancer veut dire réinvestir son beau salaire net dans des captations, des séances studio, ou bien prendre de son temps professionnels pour du travail non rémunéré. Le pire c’est que souvent ça donne des trucs cool artistiquement, genre ça pue la passion. Quel enfer.

- Nos fournisseurs et partenaires fatiguent de nos latences, préférant bosser avec des grosses structures qui elles ont les moyens de faire face aux retards (ou d’annuler des trucs sans craindre les conséquences au plan humain). On le voit aussi au niveau des studios qui se mettent à bosser avec des artistes non-professionnels qui eux ont les moyens de payer cash sans attendre une commission truc.

- Nos banques fatiguent de nos découverts, j’en suis à ma sixième carte SIM.

Mais alors pourquoi cet optimisme béat ?

L’optimisme est la qualité première d’un producteur, qui croit à des projets parfois plus que l’artiste iel-même. Sans prise de risque, le producteur et l’éditeur ne sont plus que des banquiers cheap. Et il s’avère que nos derniers disques sont des dingueries, que la refonte graphique de Vlad (made in Ctrl-j / mondreel) défonce tout, et que notre backoffice admin fait chialer les stagiaires.

Et surtout, nous n’avons peur de rien, ayant connu tout types de conjonctures, des années sans subvention, des années sans concert, des années sans équipe, des années sans espoir. Le seul truc qu’on a toujours eu c’est un genre d’instinct de survie administratif, avec une foi inébranlable en la musique de nos artistes. Ou peut-être justement parce qu’on sait que si on devait couler économiquement, la musique survivrait, on sait plus.

Le nouveau site micheteau arrive bientôt, y’a des releases de partout, on défonce nos touches F5, amenez-vous à nos releases et achetez nos trucs tant que c’est pas cher, si ça se trouve dans pas longtemps y’aura plus que nous et vous n’aurez plus le choix.

Le COMEX