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Rebloggé /// Qu’appelle-t-on “world music” ?

Cet article a été importé depuis Ghetto Folk dans le cadre d’une réorganisation de nos contenus éditoriaux.

Un article très pertinent signé Endeguena Mulu sur Trueafrica.co : “Pourquoi le terme “world music” ne veut rien dire”.
http://trueafrica.co/article/endeguena-mulu-aka-ethiopian-records-on-world-music/

“Si ce terme n’était utilisé qu’en Occident et par des Occidentaux, cela ne me dérangerait pas. Or, via l’occidentalisation intense portée par l’éducation et l’industrie du divertissement, ce sont les peuples – propriétaires des cultures ainsi dénigrées – qui adoptent cette vision, dépréciant leur propre “culture du Tiers-Monde” […]”.

L’article illustre un fait intéressant : pour beaucoup de mélomanes, la world music se doit de provenir d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie… bref, de n’importe quelle partie du globe qui ne soit pas l’Occident. Un artiste comme Mulu a ainsi tout à fait raison de souligner que ce terme tend à classifier sa musique comme quelque chose d’exotique ou de tribal qu’il ne faudrait pas confondre avec la “vraie” musique – comprendre, pour certains, à ne pas confondre avec la musique occidentale. Le terme tend ainsi à faire une différence entre la musique et la musique du reste du monde*.

Credit Endeguena Mulu
Endeguena Mulu

Pourtant, la world music existe aussi en Occident. Il y a des musiques traditionnelles en Europe et en Amérique du Nord. En tant qu’occidental, je considère bien sûr la musique bretonne comme de la world music. De même pour la country aux USA, ou pour la musique acadienne. Finalement cela n’a pas tant à voir avec le lieu où la musique est jouée qu’avec l’objet de la musique en tant qu’art : le monde tel que vu par l’artiste, ce que Mulu explique très clairement avec l’exemple du joueur de washint. Des éléments de la culture, de l’environnement, ou encore la langue de l’artiste.

Quels sont alors les styles de musique qui ne relèvent pas de la world music ? La TV-music (EDM, pop FM), la musique classique, ou encore le rock à papa. Ces styles respectent un formalisme (instrumentations, harmonies, rythmiques) qui ne proviennent pas du monde de l’artiste lui-même. Il faut apprendre à les jouer correctement, on ne peut pas vraiment les jouer à sa propre manière. Il faut apprendre à produire de l’EDM grâce aux tutoriels sur internet, ou apprendre la musique classique à l’école de musique, ou encore apprendre le rock en écoutant les rockstars. Il faut des maîtres ou des idoles pour s’inspirer. C’est d’ailleurs justement ce qui fait rêver dans ces styles : ils nous donnent le pouvoir de s’échapper de notre quotidien. Dans le cas de la world music, l’inspiration vient précisément de cet environnement, auquel on ne cherche pas du tout à échapper.

D’autres termes peuvent être employés en lieu et place de “world music” : “traditionnel”, “folk”, ou le plus moderne “global”. Il peut être difficile de changer le mot ; en revanche, il est possible de faire évoluer la musique elle-même, en commençant par intégrer dans ce concept la world music d’où qu’elle provienne, y compris d’Occident.

L’étape suivante sera alors de concevoir que la musique traditionnelle peut également être jouée par des artistes qui ne vivent pas là d’où la musique provient – ou par des artistes qui ne sont pas nés là où leur musique est née.

* Voyez notamment comment Branko & Kalaf d’Enchufada ont ironiquement appelé leur ligne de streetwear.

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Reblogged /// Authors’ rights: The Bregović Case

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Was Goran Bregović avare of authors’ rights? Did he steal music and the money due to original authors? Only a dedicated court could tell. Because of the song “In The Death Car” (from Arizona Dream soundtrack, 1993, Mercury – cover of Solenzara (1992, President – written by Dominique Marfisi, performed by Régina & Bruno) he has already been convicted of plagiarism.

Read the original article on french blog Romani Muzika.

A question as old as authors’ rights societies themselves that illustrates general practice in traditional music: the re-use of unprotected music (sometimes because they are written in countries that have no authors rights protection system) into popular and protected songs, with no notice of original artists. Just pick up some music into African or Asian musical repertories and you’ll be quite sure that nobody will take you to a court.

Sometimes sampling raises questions, like when the sample itself is the main harmonic structure of the song, of when voices play a major role. Trying to make money out of a song created this way without credit of original artists is dubious, to say the least. The argument often raised is that original artists are difficult to find. Julien Radenez’ work, as exposed in this article, testifies that it’s not true. Not forgetting to credit Bregović for its own role into making this music popular.

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Rebloggé /// Musique et droit d’auteur, l’affaire Bregović

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Goran Bregović connaissait-il les mécanismes de la propriété intellectuelle ? S’est-il approprié des œuvres et arrogé des droits d’auteur ? A-t-il perçu des redevances indues ? Seul un tribunal compétent est habilité à juger l’affaire. A cause du titre In the death car (extrait de la bande originale du film Arizona Dream, 1993, Mercury), reprise de Solenzara (1962, Président) de Dominique Marfisi (interprété par Régina et Bruno), la justice l’a déjà reconnu coupable de contrefaçon (plagiat).

Article original à lire ici sur le blog Romani Muzika.

Une problématique vieille comme la Sacem et qui illustre ces pratiques malheureusement fréquentes en matière de musique traditionnelle : la réutilisation d’œuvres non protégées (parfois parce qu’elles ont été créées dans des pays où il n’existe pas de protection du droit d’auteur) dans des œuvres plus grand public qui sont ensuite déposées et ce, sans mention des artistes originaux. Il suffit de piocher dans les répertoires d’Afrique ou d’Asie notamment pour être à peu près certain de ne jamais être poursuivi efficacement par les artistes originaux.

Parfois, c’est la technique du sampling qui pose problème, par exemple lorsque le sample utilisé constitue en fait toute la trame harmonique du morceau, ou que les voix y jouent un rôle de premier plan. Tenter de faire une utilisation commerciale d’une oeuvre créée sur ces bases et qui ne ferait pas crédit des artistes originaux relève d’une démarche pour le moins douteuse. L’argument souvent avancé par les indélicats est celui de la difficulté à retrouver ces artistes. Le travail de Julien Radenez, exposé dans cet article, prouve pourtant le contraire en quelques lignes, sans oublier pour autant de saluer le travail de Bregović qui a permis de populariser toute une musique.

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Reblogged /// Slovenian band Laibach to perform in North Korea

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This is the kind of news you don’t know how to react to. Slovenian rock new wave band Laibach is playing this Wed. August 19th in Pyongyang, capital of isolated and dictatorial North Korea. Organized thanks to a norvegian agent, the gig takes place in a 2000-ppl theatre, probably in front of a hand-picked elite. 3 Laibach songs have been censored and the band will also play some folk north korean songs. The event is seen as a gesture as the regime wants to give an image of openness, despite the prohibition of occidental and south-korean (K-Pop) music.

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Picture from Laibach’s Facebook page

Publicity stunt is working fine: the band has launched a special merchandising collection related to the gig, with items linked to North Korea, and a documentary is planned for 2016. Everything just looks as if the band’s artistic work, between industrial rock and post-communist imagery, has been taken at face value by the regime – it’s indeed hard to think how things could have been different.

Who knows who will be manipulated by who? by playing a political game, the band takes the risk of being unclear about their artistic work for undiscerning eyes. The words “Liberation” and “Believe” may not quite find their meaning in a control-freak dictatorship. It’s also highly optimistic to think about a loophole in the propaganda: culture, especially music, is precisely the main vector for the ideology.

Whatever the judgement of History, and even if the coup can be seen as an exchange of good services, the band will anyway remain fair to himself by having the merit of questioning the role of art in society.

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Rebloggé /// Le groupe slovène Laibach invité à jouer en Corée du Nord

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C’est le genre d’info qu’on ne sait pas trop par quel bout prendre. Le groupe rock new wave slovène Laibach joue ce mercredi 19 août à Pyongyang, capitale de cet état isolé et dictatorial. Arrangé par un tourneur norvégien, le concert a lieu dans un théâtre de 2000 places, certainement devant une élite triée sur le volet. Le groupe a été interdit de jouer 3 de ses titres et interprétera également des chansons traditionnelles nord-coréennes. L’événement est perçu comme une volonté de la part du régime de donner une image d’ouverture malgré les interdictions portant sur la musique occidentale et la musique sud-coréenne (K-Pop).

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Picture from Laibach’s Facebook page

Le coup de pub est monstrueux : le groupe a lancé une ligne de merchandising dédiée à l’événement avec des articles évoquant la Corée du Nord et un documentaire est prévu pour 2016. Tout se passe comme si l’univers du groupe, mêlant rock industriel et imagerie post-communiste, avait été pris au premier degré par le régime totalitaire – on voit d’ailleurs mal comment il pourrait en être autrement.

Reste à savoir qui manipulera qui : en jouant le jeu du politique, le groupe encourt le risque de brouiller son image auprès du public non averti. Les mots “Liberation” et “Believe” imprimés sur le merchandising auront peut-être du mal à trouver du sens dans un pays largement contrôlé par l’autorité. Il est de plus largement optimiste de croire à une faille dans le dispositif de propagande : la culture, et tout particulièrement la musique est justement le principal vecteur de l’idéologie du régime.

Quelque soit le jugement de l’Histoire, et même si l’opération peut être vue comme un échange de bons procédés, le groupe se sera dans tous les cas montré fidèle à ses convictions en ayant eu le mérite de poser la question du rôle de l’artiste dans la société.

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Mash-ups : comment s’y retrouver entre les vulgaires voleurs et les vrais créatifs

traduit en français et commenté ici :
Démonter la rhétorique des extrémistes du droit d’auteur

Le titre est nickel, j’ai cliqué direct ! Puis j’ai tout lu, j’ai réfléchi, et je propose ici quelques commentaires, surmontés d’un titre que j’espère au moins aussi efficace. Les points 1, 2, 3 sont calqués sur les 1, 2, 3 de l’article original.

Note : aujourd’hui j’écris en français, mais je prends actuellement des cours du soir pour pouvoir bientôt proposer mon charabia en angliche pour conquérir le monde plus facilement.

1. Les mash-ups sont populaires et le droit d’auteur doit s’adapter à ce nouvel usage.

Je pose la question qui fâche direct : est-ce que les mash-ups sont populaires parce que la création est chouette ou bien parce qu’ils mettent en jeu des œuvres populaires dès le départ ? Dans un monde Google où on accède aux œuvres par leur titre, on peut se poser la question. N’y a-t-il pas un effet de récupération de la popularité des artistes et œuvres mash-upés ? Bien sûr que si.

Par exemple, j’ai moi-même fait ce mash-up sans prétention il y a quelques années, entre un morceau de TV-music* de Shaggy et un truc de dubstep (j’aurais presque pu prendre n’importe quel morceau de dubstep d’ailleurs) : https://www.youtube.com/watch?v=F1ckhAMmNYQ .

On l’avait mis en free download sur notre Soundcloud – la bonne époque – et quelques années plus tard je retrouve ce morceau sur cette chaîne Youtube “xExplodingStarx” avec 13000 vues, soit beaucoup plus que n’importe laquelle de nos vidéos. Je contacte le propriétaire de la chaîne qui accepte avec plaisir de mettre un lien vers notre Soundcloud sur la vidéo. Sympa ! Par contre en bon mash-uper (j’étais jeune) je ne contacte évidemment pas Shaggy ou Dubstepman ou quoi et je m’abstiens bien sûr de chercher à vendre le truc, je le mets juste en free download, histoire de pas me prendre un procès pour une track de dubstep non plus. Sur nos Facebook et Soundcloud on atteint à peine les 2000 lectures, c’est pas l’émeute. Mais ExplodingStar, lui, n’est pas aussi bête que nous : il l’uploade sur Youtube où les gens tapent “shaggy remix” tous les jours et atteint ainsi 14000 lectures à ce jour.

Alors mon travail a-t-il atteint ce score parce qu’il est génial ? parce qu’il a été reposté par ExplodingStar himself ? ou bien parce qu’il y a “Shaggy” dans le titre ? Force est de constater que les mash-ups les plus populaires impliquent des œuvres populaires – David Guetta, Michael Jackson, Rage Against The Machine, The Prodigy… La créativité du mash-uper, qu’il est absurde de nier, n’est pas la seule à contribuer au succès de l’oeuvre, loin de là. Les mash-upers aguerris maîtrisent d’ailleurs les métadonnées et n’oublient jamais de tagger les célébrités dans leur morceau. On trouvera toujours quelque part sur le net un zboub pour croire que le truc est légal et que je bois des mojitos avec Shaggy le week-end. Surtout que d’ici quelques années, j’aurai peut-être collaboré légalement avec des semi-stars, ce qui renforcera cette impression. A défaut, ça gonfle toujours le trafic et les stats. Youpi !

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Imaginons alors ce modèle théorique du mash-up légal à la française : un titre de quatre minutes, mettant plein d’ayant-droit en jeu : ceux des 2 œuvres originelles, le ou les mash-upers, d’éventuels éditeurs du mash-up ou autres interprètes additionnels. La courbe en U inversé, que j’aime bien, peut s’appliquer aussi, avec le nombre et la popularité des ayant-droit qui augmente. A gauche sous le U, on a le laptop producer isolé, le musicien indépendant qui poste son morceau sur son profil Facebook perso où son statut sera liké par trois amis et écouté par un seul. A droite sous le U, une infinité d’ayant-droit ultra-populaires, des tubes absolus, écrits, interprétés, produits, diffusés par des milliers de stars, le tout diffusé en boucle dans tous les Franprix du monde. Un truc peu musical qui ressemblera à du vomi radio, relevant presque du domaine public, ou de la musique publicitaire, et dont les maigres revenus (qui est prêt à payer un accès à quelque chose que tout le monde connaît déjà ?) seront à partager entre des milliers de personnes, en imaginant que les diffuseurs qui ont contribué à la popularité soient payés directement. Bref, de part et d’autre du U inversé, de la musique qu’assez peu de gens prendront du plaisir à écouter et qui ne rapportera pratiquement rien.

2. Le droit d’auteur est vécu comme une barrière à la création.

C’est dommage car le droit d’auteur façon majors devrait justement inciter les créateurs à utiliser du contenu libre de droit, ou provenant d’artistes indépendants qui seront intéressés par la démarche, partie prenante du projet, et gagnants dans l’histoire. Les artistes les plus malins (Beastie Boys, Major Lazer) se servent au contraire des mash-ups et remix pour accroître leur popularité et n’hésitent pas à fournir les acapellas gratuitement parfois. (Résultat, Youtube identifie l’acapella et attribue la monétisation aux ayant-droit au lieu de demander à retirer la vidéo. Des millions de vues en plus gratos.)

Cette situation devrait d’ailleurs pousser certains dinosaures du droit d’auteur à disparaître car leur contenu protégé ne sera pas utilisé dans les œuvres composites du futur. Après tout a-t-on absolument besoin d’entendre les acapellas de Michael Jackson et de Stromae toute notre chienne de vie ? Ne méritons-nous pas mieux ?

3. Oui aux licences collectives pour la TV-music !

*TV-music : musique qui doit son succès à sa diffusion intense plus qu’à sa qualité intrinsèque. Notion totalement subjective.

Bref, il faut absolument distinguer le mash-up ou le remix d’œuvres d’artistes auto-produits, indépendants ou sous licence libre du mash-up d’œuvres issues du catalogue des majors, sinon on va précariser les indés et les auto-produits en essayant de taper les majors. Il y a en effet 2 scénarios :

A. On envisage le mash-up comme un nouveau format, plus facile à réaliser qu’une oeuvre originale, donnant un nouvel éclairage sympa sur une oeuvre existante (plus ou moins moderne, plus ou moins dancefloor, tout est possible). L’oeuvre composite exploite largement la popularité des œuvres utilisées. Il faut alors se faire à l’idée qu’on n’atteindra pas 67 millions de lectures sans un minimum de concertation avec les ayant-droit des œuvres de départ. Il s’agit d’une approche top-down qui passe par une négociation directe avec les ayant-droit dans une économie de marché.

Si les ayant-droit comprennent l’intérêt, ils proposent un usage légal, soit dans le cadre d’une diffusion gratuite de l’oeuvre finale, soit une autorisation contre monétisation à leur compte. C’est l’exemple des Beastie Boys ou de Major Lazer, il y en a de plus en plus.

Si au contraire les ayant-droit n’y voient pas d’intérêt, ils sont fondés à limiter les utilisations faites de leur travail. Les mash-ups resteront dans l’underground du web (mp3.ru, le p2p…) ce qui ne veut pas dire qu’ils disparaîtront, loin de là ! Simplement on ne peut pas créer de la valeur sur une utilisation illégale, sinon j’ai bien peur que ça s’appelle du vol. Et se faire emmerder pour avoir essayé de faire du fric sur une industrie croulante ultra-capitaliste c’est quand même un comble.

B. On envisage le mash-up comme une démarche artistique et non seulement comme un format. Le mash-uper est alors dûment crédité, il devient un ayant-droit. La meilleure méthode est alors de populariser le travail de mash-up/remix lui-même en utilisant principalement des œuvres d’artistes auto-produits, indépendants ou encore sous licence libre. De nouveaux usages passant par l’échange de fichier multi-pistes pourraient apparaître. Chez Vlad on est partants à 1000% pour transmettre nos pistes à qui voudra bien en faire un usage de ce genre, c’est donnant-donnant. Des plateformes ad hoc pourraient voir le jour. Avec un peu de chance – et s’il s’avère que le mash-up ne peut décidément survivre sans un beat de Daft Punk ou une guitare d’AC/DC – les majors, craignant de passer à côté du truc, mettront alors certainement en place un usage légal de leur contenu. C’est une approche bottom-up, rien d’insurmontable.

Conclusions
– Il faut distinguer urgemment le mash-up en tant que produit final du “mash-uping” en tant que démarche artistique. Pour ce faire, se demander si les œuvres de départ sont populaires ou pas.
– Quelque chose d’autre m’a peut-être échappé. Tenez-moi au courant.
– C’est au moins la deuxième fois cette année que je lis un article qui, voulant tailler des croupières aux majors, s’attaque au droit d’auteur dont on s’imagine qu’il est la principale source de revenus d’Universal et compagnie. Une évolution du droit dans un sens plus permissif fera plus de dégâts aux indés qu’aux majors qui ont moult autres moyens de prospérer, par exemple en prenant des parts dans le capital des plateformes ou des médias. Cela ne veut pas dire qu’une réforme est impossible, mais il y a lieu de s’inquiéter quand on voit passer des approximations aussi grosses que celles que j’ai traitées dans cet article.

Bisous
– Le secrétariat des Voleurs Créatifs Anonymes

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Le Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes créatifs

Dans le cadre des Assises de la Jeune Création, la Ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, vient de rendre public un plan de 19 mesures en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes créateurs. Chouette !

Maintenant que vous l’avez lu, parlons de ce plan qui s’adresse en priorité à des jeunes créateurs en cours de professionnalisation. Des gens qui ont donc décidé dès le lycée qu’ils allaient vivre de leur travail artistique. Des esprits chagrins diraient même : des gens qui ont été en capacité de décider très tôt qu’ils seraient des artistes professionnels. Ça fait pas grand-monde ! Ce n’est certes pas le parcours des artistes Vlad qui ne sont pas tout à fait issus du conservatoire – suffit de voir comment certains jouent de leur instrument, lequel est souvent d’ailleurs en mauvais état. Mais après tout si les jeunes pros sont dans le besoin c’est plutôt chouette que la Ministre leur vienne en aide. En plus c’est sympa de prendre des cours et tout.

Alors je profite de l’occasion pour énoncer mon Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes *créatifs*. Étant bien élevé, je vais commencer par résumer les propositions du plan ministériel tout en donnant mon point de vue tranquillou. Puis j’énoncerai mes 19 mesures. Si le Ministère veut me contacter, mes coordonnées sont sur cette page – discrétion assurée.

Mon avis sur le plan du Ministère

1. Le plan propose d’améliorer l’orientation et la formation.

Il y a pourtant beaucoup (une majorité ?) de formes artistiques qui échappent au dispositif étatique. Par définition, l’État aura toujours 5, 10 voire 20 ans de retard sur les pratiques des citoyens. Par exemple, le plan annonce la création d’un diplôme d’état danse hip-hop et des mesures sur le street art. Super ! Ça fait 20 ans que les Français pratiquent ces disciplines. Faut-il attendre 2050 pour le diplôme de moombahton ou de danse flax basix ? Survivrons-nous d’ailleurs si longtemps sans diplôme ?

2. Le plan propose de favoriser l’insertion professionnelle.

On est en 2015 : j’ose affirmer que tout un chacun est à même de proposer un travail artistique. La question est de savoir si ce travail est de qualité, donc s’il peut intéresser des gens et donc trouver un public. Le Ministère n’a pas ici eu besoin de se poser cette question : les jeunes créateurs, correctement formés dans les écoles dont on parlait en 1°, créent : on met donc en place des mesures pour les aider à devenir des professionnels, puisque leur création est nécessairement digne d’une rémunération. On décide ainsi quelles sont les pratiques artistiques qui doivent devenir des métiers. Ça m’embête un peu.

3. Le plan propose de favoriser l’innovation en réseau.

Ça pour le coup c’est bien 2015 : des mesures qui semblent prendre acte de la décentralisation (voire désacralisation) de la création, rendue possible par les nouvelles technologies et la baisse des coûts de production. C’est probablement le volet censé contre-balancer les mesures précédentes : quelques mesures bottom-up après une série de mesures top-down (pour les non-bilingues : quelques mesures qui vont du bas vers le haut après une série de mesures qui vont du haut vers le bas – étant toutefois précisé que le haut est ici le Ministère et le bas les créateurs).

4. Le plan propose d’améliorer la rémunération des artistes et leurs conditions de vie.

Comment être contre ces mesures ? Le Ministère est dans son rôle en garantissant l’exercice de la création indépendamment de sa valeur marchande, reconnaissant ici ses apports non monétisables. Dommage qu’il ne s’adresse pas également aux créateurs non professionnels qui fournissent aussi un travail artistique, créateur de lien social et d’épanouissement culturel, souvent tout aussi digne de rémunération. Ces créateurs ne connaissent non pas la précarité, mais le bénévolat, généralement illégal : musiciens amateurs donc dans l’illégalité, organisateurs de festival sans licence, lieux de vie victimes de voisins atteints d’hyperacousie et de mesures anti-bruit appliquées avec zèle…

5. Enfin, le plan s’efforce de défendre la diversité des artistes et des pratiques.

C’est bien d’aider les jeunes créateurs professionnels, mais si on veut vraiment défendre la diversité des artistes, pourquoi ne pas inclure les autres jeunes créateurs ? Le plan se souvient tout à coup d’eux à la mesure n°19 : il faut sensibiliser tous les jeunes, tout particulièrement ceux qui n’auraient pas spontanément pensé suivre les cursus des conservatoires – ça fait du monde ! Peut-être ici l’occasion de penser la création et le parcours professionnel hors du conservatoire ?

Le plan prévoit d’intégrer davantage l’art urbain à l’offre existante. Il faut ajouter l’art rural, l’art péri-urbain, l’art du reste du monde et l’art d’Internet. J’en oublie sûrement.

Et pourquoi pas les vieux ? Y aurait-il un âge limite ? Peut-être celui à partir duquel c’est fichu car on s’est résolu à une autre carrière faute de perspectives, même pour ceux qui avaient spontanément pensé, non pas faire le Conservatoire, mais juste devenir artiste ? Et sont-elles vraiment si diverses, ces pratiques enseignées au Conservatoire ? Elles sont, j’imagine, très variées, très diversifiées ; c’est-à-dire différentes les unes des autres, dans un périmètre donné. Mais diverses, ça renvoie à l’exhaustivité des pratiques de tout l’univers. Peut-être le moment idéal pour repenser l’institution, ce qu’elle peut et ne peut pas faire, ce qu’elle doit et ne doit pas faire.

Voilà pour le plan du Ministère. Maintenant, voici le mien.

Le Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes *créatifs*

Travailler sur la sensibilisation et le choix

1. Sensibiliser les élèves de l’enseignement secondaire à la possibilité et à la faisabilité d’une carrière artistique

Dans l’économie d’hier, il fallait choisir un métier, puis s’y former pour pouvoir l’exercer tout sa vie. A l’ère de l’économie collaborative, les métiers de la création doivent prendre acte des bouleversements dans l’organisation du travail : de plus en plus, on aura plusieurs carrières, successivement ou en même temps. Très tôt, l’élève doit pouvoir intégrer les métiers de la création dans l’éventail des activités auxquelles il pourra s’adonner, que ce soit durant 100% de son temps, 50% ou même 10%.

Des millions de créateurs sont issus de milieux sociaux dans lesquels les métiers de la création sont méconnus et généralement perçus comme non rémunérateurs, trop difficiles, parfois simplement inutiles. C’est en améliorant l’image du secteur auprès de tous les jeunes qu’on garantira l’égalité des chances et la diversité.

Une meilleure présentation de l’offre de formation, oui, mais en incluant des parcours d’artistes non professionnels et d’artistes professionnels non issus du Conservatoire. Une campagne d’information, oui, mais en y faisant aussi participer des artistes non professionnels et des artistes professionnels non issus du Conservatoire.

Cet effort devra notamment s’adresser à tous les élèves, bien au-delà des élèves de Terminale Littéraire – il y a des artistes partout.

2. Former à la démarche artistique plutôt qu’à une pratique artistique donnée : passer du jeune créateur au jeune créatif

Il faut repenser la formation : former des élèves aux pratiques existantes est une chose ; développer la pratique de demain en est une autre. L’accent doit être mis sur la démarche, le lien social permis par la création, le rapport à l’autre, l’épanouissement culturel. Il faut apprendre à reconnaître ces bienfaits dans toute pratique et non uniquement dans celles que l’on connaît déjà. C’est ainsi qu’on se débarrassera des biais socioculturels et qu’on avancera petit à petit vers la culture du vingt-et-unième siècle. Oui j’y vais fort.

3. Favoriser la diversité des élèves pour un cursus donné

Il faut travailler sur la perception des pratiques par les jeunes créateurs eux-mêmes : aucune pratique ne doit apparaître comme étant réservée à une population donnée. La création doit rester vive, interlope, curieuse ; la vraie diversité est celle que l’on peut observer à l’intérieur d’une classe de hautbois ou d’un cours de graffiti, pas celle qu’on peut observer dans l’ensemble des jeunes créateurs – parmi lesquels certains ne se rencontreront jamais durant leur parcours artistique. Or, appréhender la pratique de l’autre, c’est appréhender l’autre.

4. Intégrer toutes les pratiques dans la recherche

L’apport de la création à la compréhension du monde, qu’il s’agisse de pratiques anciennes ou nouvelles, doit être valorisé. Le public, c’est-à-dire le citoyen, doit bénéficier des travaux de création menés par les artistes. Chaque œuvre, chaque représentation est porteuse de sens, de lien social, d’un projet de société : celui-ci doit être expliqué, clair, accessible. Sans celui-ci, l’art contemporain n’est que de la décoration, et la musique une ambiance sonore apaisante destinée aux grandes surfaces.

5. Former aux nouveaux moyens de production et aux nouveaux modèles

Les moyens de production d’à peu près tous les secteurs artistiques ont été bouleversés par l’économie numérique. Il faut prendre acte au plus vite de ces changements pour adapter l’enseignement et la sensibilisation. Se rendre dans une classe avec un instrument de musique du siècle précédent ou avec une station de MAO n’implique pas du tout la même perception par les jeunes créatifs.

6. Une école pilote de la diversité dans le création

Je ne sais pas si je l’appellerais Grand Paris Schola, d’ailleurs je ne sais pas si je l’installerais à Paris ou ailleurs, mais une école pilote de la diversité dans la création serait une expérience à mener :
– une école dans laquelle on peut venir étudier 10 ans, 1 an ou simplement 1 mois, quel que soit son milieu d’origine ou ses moyens financiers ;
– une école dans laquelle on n’enseigne pas des pratiques définies mais l’apprentissage d’une pratique, l’élaboration d’une démarche, la valorisation du travail créatif ;
– une école dans laquelle on apprend à expliquer pourquoi et pour qui on crée ;
– une école qui ne forme pas à des métiers prédéfinis mais qui forme à des activités artistiques et qui donne des clés pour la compréhension des mécanismes économiques qui régissent, entre autres, le travail créatif.

Une telle école formera bien sûr des élèves qui se destineront à des carrières artistiques, mais pas seulement. Beaucoup d’acteurs économiques gagneraient à recruter des jeunes créatifs. Tous, en fait. On est en 2015, la planète va crever et nous avec, qui va nous sauver ? Google ? l’Union Européenne ? ou bien une génération d’artistes un peu dégourdis ? Devinez.

Faciliter l’insertion professionnelle des jeunes créatifs

7. Développer les stages en entreprise

Les jeunes créateurs doivent avoir l’opportunité d’approcher davantage le monde de l’entreprise. C’est par une meilleure connaissance de la société, de l’économie et de tout le reste que le futur artiste apprendra à aiguiser son regard et donc sa démarche. L’artiste déconnecté est un rêveur, son œuvre une distraction ; l’artiste conscient est un utopiste et son œuvre une proposition.

8. Favoriser les rencontres par l’insertion interdisciplinaire

Il faut favoriser les rencontres interdisciplinaires pour aider l’artiste à penser sa démarche comme un absolu et non uniquement comme une tradition séculaire à perpétuer. Lui donner la chance de s’essayer à différentes pratiques pour l’aider à s’orienter dans son propre parcours.

9. Favoriser les rencontres en incluant les non-jeunes

La vision paternaliste de l’aîné qui a forcément l’expérience doit être dépassée : beaucoup de jeunes créatifs, surtout parmi les non professionnels, ne se reconnaissent pas dans ce modèle unidirectionnel et ressentent le besoin de s’exprimer par eux-mêmes hors des schémas établis. La relation entre le jeune créatif et le non-jeune créatif doit fonctionner dans les deux sens. La démarche d’un jeune créatif peut être porteuse de sens pour tout un chacun, y compris pour d’autres générations que la sienne.

Favoriser l’innovation

10. En premier lieu, il faut changer de vocabulaire

Le plus gros effort d’innovation portera sur la nécessité de passer d’un vocabulaire de pratiques, de diplômes, de carrières à un vocabulaire de démarches, d’autonomie, d’activités. C’est une bonne chose de créer des réseaux, mais si l’on y trouve à l’onglet « description du profil » une liste déroulante dans laquelle il faut choisir sa pratique parmi « danse », « musique » ou que sais-je, alors on aura une nouvelle fois manqué une occasion de progresser. Un jeune créatif doit pouvoir se définir selon d’autres critères : est-il plutôt technique ? Travaillant son geste ? Est-ce un conformiste qui perpétue une pratique donnée ? Est-ce un improvisateur ? Un provocateur ? Travaille-t-il pour lui-même, pour l’Histoire, pour l’argent, pour ses pairs ?

11. Et changer de système de classification

De la même façon, plutôt que se demander si une œuvre relève de la musique, du spectacle ou des arts visuels (par exemple), il faudrait se demander quels sont les canaux de communication qu’utilise cette œuvre avec le public (visuel, sonore, émotionnel…) et quel est le discours qu’elle véhicule. Certains morceaux de musique sont composés dans le but de nous vendre un certain idéal de vie. Certains tableaux sont peints dans le but de commémorer un événement particulier. Certains spectacles sont conçus pour nous faire ressentir des émotions précises. Parfois, on ne sait pas. Parlons-en.

12. Penser également la création hors du territoire

Est-il vraiment utile pour la société de savoir que tel artiste provient de tel territoire ? En dehors de considérations liées à l’attractivité, rien ne l’indique. Cela peut au contraire parfois confiner à la stigmatisation. Le milieu rural est par exemple désavantagé dans cette compétition globalisée, car le territoire y est moins marketé. Il faut apprendre à penser la création comme étant parfois déconnectée du territoire, lequel a souvent beaucoup plus à voir avec le politique et l’économique qu’avec l’artistique.

Améliorer les conditions de vie des jeunes créatifs

13. Aider les créatifs à trouver leur public

Il ne s’agit pas tant de subventionner les artistes que de les aider à monétiser leur travail. Plutôt que décider en amont les pratiques dignes de faveurs, il faut permettre à toute pratique la confrontation avec le public tout en garantissant la maîtrise de l’écosystème économique.

14. Faciliter l’autonomisation du créatif

L’artiste est trop souvent peu ou mal informé sur ses droits, en tant que créateur, ou encore interprète. La désinformation, propice aux délires paranoïaques, prolifère sur les réseaux auprès des créatifs amateurs qui n’ont pas aisément accès à l’information.

Parallèlement, il est urgent de légaliser l’amatorat et de garantir des espaces légaux d’expression pour toutes les pratiques.

15. Aider le public à trouver ses artistes

Une immense majorité de citoyens n’a pas le choix dans les œuvres qui lui sont présentées quotidiennement. La musique, l’art plastique s’imposent à tous sans faire l’objet d’une distanciation suffisante, générant des générations entières d’artistes conditionnés par des pratiques dont les démarches sont inexpliquées et les apports discutables.

Une expérience intéressante consisterait à permettre à un public donné, sur un territoire, de définir l’art dont il aurait réellement besoin. C’est-à-dire la pratique ou la forme artistique qui serait une réponse à un problème de société identifié (le racisme, la pauvreté, la solitude, le handicap…) Une fois cette réponse définie, il serait intéressant de voir si ce public est à même de mettre en œuvre lui-même cette réponse.

Œuvrer à la diversité des créatifs et des publics

16. Acter de la diversité des créatifs

Les créateurs ont certainement besoin de plus de diversité dans leurs effectifs. Les créatifs sont, eux, extrêmement divers. Il importe plus de les reconnaître comme tels que de chercher à en faire rentrer davantage dans les carrières pensées pour eux par le système actuel. L’aménagement d’un statut fiscal et social souple permettra à un plus grand nombre d’entre eux de se revendiquer comme tels, augmentant ainsi la porosité entre amateurs et professionnel – si tant est que ces termes continuent de signifier quelque chose dans l’économie de 2020.

17. Acter de la diversité des moyens de production

Tout comme l’état ne décide plus quelle voiture on doit fabriquer, mais doit garantir l’avènement d’une offre industrielle, l’état ne doit plus choisir de quel instrument je dois jouer, mais doit m’aider à le choisir, l’inventer, le pratiquer et à comprendre comment valoriser le travail artistique que je peux fournir grâce à cet outil qu’est l’instrument.

18. Cultiver la diversité des publics

On l’aura compris, cette histoire de diversité m’a titillé, et je me permets d’inverser carrément le protocole en disant ceci : pour penser la diversité, il ne faut pas chercher la diversité dans les artistes, mais dans les publics touchés. Commençons par lancer une étude sur la représentativité des publics dans l’offre artistique des Conservatoires.

19. Nommer un créatif non-fonctionnaire au sein du comité ministériel

Je serais bien candidat moi-même, mais j’ai peur d’être trop cher.

Romain

Comme d’habitude, les articles d’actualité de ce blog n’engagent que le staff Vlad, et non les artistes avec lesquels nous travaillons. Mais certains sont d’accord.

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Please welcome: Crabe Records

Après de longues années de schizophrénie et de disputes cordiales, nous accouchons d’un nouveau label aux productions audacieuses et au graphisme troublant : CRABE RECORDS.

Pensé par la moitié la plus débridée de Lorenzo And The Lamas, ce catalogue propose des enregistrements sauvages et bruts, dont le but n’est assurément pas de plaire à tout le monde. Ingrats !

Retrouvez donc dès à présent Castor Surprise, Rémi L et Lorenzo And The Lamas eux-mêmes dans ce joyeux capharnaüm.

***

Hi,

Crabe Records is our new noisy-low-cost label. Check it there!

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Revue de presse : Chérie, il faut qu’on parle !

Voici l’article à lire histoire de comprendre un peu ce que je raconte :
http://www.nextinpact.com/news/89512-reforme-droit-d-auteur-julia-reda-parti-pirate-veut-l-avis-createurs.htm

Chez Vlad on est au taquet sur ces questions de droit d’auteur et droit voisin. C’est bien simple, avant on était contre, maintenant on est pour. Qu’est-ce qui a changé entre-temps ? Et bien maintenant on a une structure qui marche et on touche nos droits pour de vrai.

Ah oui pas des millions t’avais compris, mais un genre de treizième mois pour les intermittents, et pour ceux qui ne font pas de concerts (ou moins) des petits bouts de dollar qui, mis ensemble, peuvent ressembler à un SMIC dans dix piges. Ouais c’est long ! Surtout qu’on a commencé en 2000.

Si un jour les Piwates passent à l’abordage et nous niquent tout, dans la conception qu’ont certains de la-création-c’est-gratos, le travail d’écriture et de composition sera moins rémunéré, peut-être même plus du tout. Google sera content et l’Europe sera sauvey, normalement.

Sauf que le groupe du coin n’aura aucun intérêt à composer des morceaux, et le DJ standard n’aura aucun intérêt à perdre du temps à apprendre à se servir de Fruity Loops : autant jouer des morceaux existants car la composition ne paiera plus. Et tout ce temps gagné pourra être utilisé à poster des selfies et spammer toute la planète, bookez-moi je suis plus beau, de toute façon le concurrent joue les mêmes morceaux que moi.

Et on dansera tous sur la même musique, celle de ceux qui ont vraiment du fric, genre Red Bull Records, ou les majors qui vendent des flingues.

Vous me direz, ouais mais l’être humain continuera à composer, c’est instinctif : il composera pour le plaisir ! C’est exact. Nous avons composé pour le plaisir pendant 10 ans. Mais nous sommes dans le ghetto, mon ami. Nous jouons dans des cafés-concerts éclairés au néon, des clubs semi-vides, et quand nous sommes bookés sur un festival c’est souvent pour jouer à 19h. J’exagère ? Oui, mais pas trop.

Le débat sur la rémunération de la création doit bien sûr avoir lieu en ces temps de révolution numérique, mais nous voulons juste dire deux petites choses :
– Même un petit label indé comme nous tient à son droit d’auteur à la françaêse, pas seulement les mafieux de la bande FM.
– Si la composition n’est plus rémunérée, le fossé qui sépare le ghetto et la bande FM risque de s’agrandir, car les labels comme nous qui vivotons d’un assemblement de revenus risquons de galérer un peu plus. A une toute autre échelle, ce serait un peu comme supprimer les allocations chômage pour les intermittents, en application d’une logique “soit vous êtes bénévoles, soit vous roulez pour Universal”.

C’était un point rapide sur l’état des réflexions au sein du staff, ceci n’engage pas nos artistes. N’hésitez pas à nous contredire, on est vendredi.

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On pose nos valises !

Après avoir testé les reverbs de différents appartements, voitures, locaux de répéte de banlieue, ayé ! Nous avons trouvé notre chez-nous quelque part dans le 49. Nous inaugurons ce mois-ci une collaboration avec nos nouveaux amis du Studio Adjololo. Ça commence par un blindage de C2 Avenue de Laumière dans le 7-5-0-1-9 t’entends.

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De la sono, des instruments qui merdent et quelques câbles, la cave est vide, on peut déménager tout ce bordel dans notre nouveau cujé !

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Cet ampli n’est pas seulement beau et assorti à la C2. Il est doté d’un son à faire pleurer de douleur n’importe quel rockeur endorsé. Cette guitare, vous l’avez déjà vue si vous étiez au Zénith le 31 décembre dernier, elle a valdingué unplugged sur scène pendant 20 bonnes minutes. Il s’avère qu’elle a survécu, puis bon c’est toujours pratique une guitare.

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Cette sono incroyable a quelques mariages derrière elle et ce sub pèse 45 kilos. Hé oui, ça fait rêver !

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Encore du bling-bling : des ordis leclerc à 400 boules, des cabas auchan pour trimbaler les câbles, des claviers auxquels il manque le Ré ou le Fa dièse. Signe extérieur de richesse, tout de même : le synthé blanc à droite que Kiksnare Sauvage FM s’est offert avec sa prime de rupture conventionnelle.

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Le mec fait style il taffe.

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Revue de presse : VLAD – à 360° (Tohu-Bohu)

Retrouvez l’article original : http://www.tohubohu-media.com/vlad-a-360/

VLAD pour Vladivostok, ville russe si reculée mais aussi groupe punk herblinois défunt. A la base, VLAD gère Vladivostok. Le groupe, pas la ville ! VLAD a grossi, est devenu une SARL qui exerce à la fois comme label, tourneur et éditeur. Rencontre avec Romain, le gérant, qui aborde les facettes d’une boule dont la logique est bien le 360°.

VLAD, ça veut dire quoi ? Quelles sont les finalités de la structure ?
VLAD s’est créé sur les cendres de l’association du groupe herblinois de punk Vladivostok. La structure vise à devenir progressivement un véritable label indépendant, sachant qu’à sa création en 2010 on ne pouvait pas dire que le marché était florissant. VLAD gère surtout les droits des auteurs-compositeurs-interprètes du collectif, et fait un peu de promotion, de booking, de distribution d’imports en France et de production d’événements. Tout ce qui concourt au développement de nos esthétiques.

Crois-tu qu’une EURL soit le bon modèle pour vos activités de label et de tour ? Et si oui, pourquoi ?
Au contraire ! Notre fonctionnement a été associatif de 2004 à 2007. Ensuite, j’ai repris seul l’administratif de la structure (compta et paie des artistes). Tous les collègues sont restés auteurs-compositeurs-interprètes, comme moi d’ailleurs, mais je centralise la paperasse dont je m’occupe durant la semaine. C’est un fonctionnement de société commerciale, à but lucratif, dans le secteur artistique certes, mais nous pouvons difficilement prétendre à un autre statut. Par ailleurs, la structuration en société commerciale est la seule qui permette l’adhésion aux sociétés civiles en tant que personne morale.

La logique à 360° que tu défends prend en compte les spécificités des artistes. Peux-tu en dire plus ?
Nous avons pratiquement tous les cas de figure : l’artiste qui joue très souvent mais compose peu, le compositeur-interprète qui ne donne pas de concert, le groupe « classique » qui est un mélange des deux, l’artiste qui tient à conserver ses productions sous licence libre, l’artiste ukrainien ou serbe… Avec le temps, nous avons dû apprendre à composer avec ces différents fonctionnements, car personne ne peut créer sous la contrainte.

Quelles sont les problématiques auxquelles vous vous heurtez en ce moment ?
Nous sommes en train de structurer notre distribution numérique et physique grâce à un nouveau partenaire, dans le but de commencer à percevoir des droits sur les utilisations et ventes numériques de notre catalogue. Côté éditions, nous mettons en place notre fonctionnement pour le dépôt d’œuvres faisant usage d’œuvres existantes, pour gérer le cas des remixes.

Avez-vous une ligne artistique dans votre roaster ?
Oui, principalement les musiques du monde, sous des formes electro ou punk. Nous regroupons tout cela sous l’étiquette « ghetto-folk » : ghetto de la musique folk et folklores du ghetto.

Vous êtes aussi label. Quelle est ta vision du marché du disque fin 2014 ?
Tout en surveillant de près l’évolution de l’offre de distribution numérique et sa prise en compte par les sociétés civiles, nous continuons à produire des disques physiques en petites quantités et nous sortons notre premier vinyle début 2015. Le marché monolithique du boîtier crIstal qu’on achète en grande surface est mort, et l’offre va se morceler entre différents usages qui correspondent à autant de publics. Nous avons un public constitué à 50% de mélomanes qui vont en concert et 50% de Djs, donc nous ne pouvons négliger aucun support.
Par ailleurs, nous lançons prochainement un service de ghost-production, pour permettre à nos artistes de collaborer librement avec à peu près n’importe qui. Au-delà du marché du disque, c’est le marché de la musique enregistrée en entier qui est bouleversé. Aujourd’hui on peut être arrangeur sans être nécessairement auteur-compositeur-interprète, ou bien auteur sans être interprète, et trouver notamment grâce au net des tonnes de projets sur lesquels travailler et toucher ses droits en bonne et dûe forme. Cela demande une contractualisation solide et un peu de réseau. C’est sur quoi nous travaillons.

Vous travaillez avec des artistes internationaux. Rencontrez-vous des difficultés en termes de visa ou de circulation ?
Nous n’assurons pas le booking pour ces artistes, ou en tout cas pas encore ; simplement un peu de promotion, de distribution et des collaborations (remixes, featurings). Nous avons quelques frais de douane et de traduction mais rien d’insurmontable pour l’instant.

Vous lancez un blog en 2015 pour parler librement d’artistes avec lesquels vous ne travaillez pas. C’est dans l’idée d’être aussi un média ? Si oui, quelle complémentarité tu y vois avec vos autres activités ?
Ces derniers mois, nous avons ressenti le besoin de nous rapprocher d’autres artistes et d’autres labels participant de la même scène beats / electro world. Nous sommes par exemple membres du Global Club Music Network, un réseau international de Djs et labels. Nous voudrions pouvoir communiquer sur les sorties des collègues sans être soupçonnés de tentative de récupération. Notre scène est balbutiante, mais quelques blogs comme Tropical Bass ou CassetteBlog commencent à peser sur les playlists ; et la dernière édition des Transmusicales a fait la part belle à notre scène electro/world. Nous voudrions accompagner cette dynamique avec notre point de vue de frenchies.

Ce blog se veut aussi un moyen de « réagir librement à l’actualité sans pour autant engager nos artistes sur nos prises de position » . Peux-tu m’en dire plus ?
Il y a beaucoup de sujets sur lesquels nous aimerions pouvoir rendre compte de notre expérience sans nécessairement y impliquer Vlad et ses artistes : l’actualité des musiques enregistrées, l’évolution du marché, les problèmes de copyright en musique du monde… Et aussi des sujets plus légers que nous aimerions traiter : les tournées, les rencontres, les techniques de production…
Depuis l’arrivée du streaming et du partage de fichiers, il y a un véritable problème d’éditorialisation : on ne sait plus qui fait quoi, de quel album est extrait un titre, à quelle époque et dans quel but il a été produit… Avec ce blog, nous espérons pouvoir réexpliquer la genèse des œuvres, le contexte ou la rencontre qui les a engendrées. Le public est très friand de ces petites histoires qui rendent un morceau attachant. Sans cela, notre musique perd tout caractère et devient juste bonne à servir de bande-son à une publicité pour une banque.

Tu es basé sur Paris, la structure sur Nantes. Tu participes à de la mutualisation ou du réseau en région ?
La structure est basée à Saint-Herblain, dans cette commune péri-urbaine qui a été notre point de départ vers 2000-2001. C’est pour nous un symbole fort, car si nous avions vécu en centre ville, nous n’aurions peut-être pas fait la même musique ni les mêmes rencontres. En région, Vlad est membre de la FEPPAL (Fédération de labels en Pays de la Loire) et du Pôle de Coopération des Acteurs pour les Musiques Actuelles. Mais je vis et travaille à Paris depuis neuf ans même si je passe environ une semaine par mois dans le 44 pour répéter, composer, et jouer notamment en tant que DJ sous le nom Boris Viande. A Paris, l’approche est bien sûr différente : il y a les majors, les gros indés, les franc-tireurs… Je récupère souvent des informations utiles pour le développement et la mutualisation en région. Mais il ne faut pas perdre de vue que les acteurs et les publics ne sont pas les mêmes.

Quelle(s) vision(s) as-tu sur la région Pays de la Loire ?
Pour se structurer, il me paraît indispensable de se rapprocher des réseaux en région ; quant aux sociétés civiles (Sacem, SPPF/SCPP), c’est un choix propre à chaque projet, et il est probablement possible de s’en sortir sans. Pour notre part, nous avons fait ces choix car en ce qui concerne les membres fondateurs du collectif, nous mettons le travail d’écriture et de composition au centre du projet, plutôt que le spectacle ou le visuel par exemple.
La région Pays de la Loire est traditionnellement plus tournée vers le spectacle vivant que les musiques enregistrées : c’est donc une région idéale pour monter un label car il y a des tonnes de groupes indépendants très productifs. La musique traditionnelle est moins présente qu’en Bretagne par exemple, il y a donc beaucoup de musique originale sur laquelle on peut travailler en constituant un catalogue suivant une ligne artistique donnée.

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La révolution est en marche !

Avec notre dernier EP “Déploiement sectoriel” , nous avons démontré que 99% de la musique contemporaine était industrielle. Ce qui signifie :

– que n’importe quel tocard peut facilement en créer, mais que sans puissance marketing il restera dans son ghetto,
– que ce type de musique n’a pas pour réel objectif d’être vendue mais d’amener les gens à continuer de consommer des trucs. C’est pour quoi elle tend à devenir gratuite et infiniment dupliquée.
Et beaucoup d’autres choses mais je vais pas déjà te raconter la fin du film.

Ceci étant dit, retournons donc développer notre production artisanale. Ouais nique les ordis ! Nique toi Bill Gates !

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Boris Viande & Szam Varadino /// A Road Album: Making It

Après quelques années passées à mixer et à produire des titres electro pour Vladivostok, Boris Viande ou Sauvage FM, ces deux maris parfaits voulaient simplement revenir à quelques fondamentaux : musique en contexte, musique live, musique d’occasion, se faire des amis.

Une semaine de périple en Galice et en Nord et Centre Portugal était largement suffisante pour démarrer un nouveau projet avec une instrumentation inédite. Nous avons acheté une bandurria (instrument à cordes) d’occasion et une gaïta (instrument ressemblant à une bombarde) en Galice et c’est parti.

Track 01: Live @ A Coraza (A Coruña) – Filmé avec un téléphone car nous avions oublié l’appareil photo. Nous apprenons à accorder nos nouveaux jouets. Nous cherchons des harmonies compatibles avec les limites de nos deux instruments sur des rythmiques rudimentaires.

Track 02: Live @ Santiago Stop (Santiago) – Nous nous habituons à l’accordage et à souffler très fort dans la gaïta faute de sac (l’instrument est destiné à être joué façon cornemuse). Nous expérimentons avec la réverbération naturelle et le staccato, qui seront réutilisés par la suite.

Track 03: Live @ Vigo Stop (Vigo) – De retour à la flûte à bec, nous pouvons changer de timbre et développer les harmonies grâce aux altérations et grâce à un registre un peu plus étendu.

Track 04: Live @ Champito Party (Benquerença) – Juste avant de mixer à un festival, nous prenons quelques minutes pour explorer les origines médiévales de nos instruments, comme une petite pause, le calme avant la tempête d’infrabass.

Track 05: Live @ Champito Party (Benquerença) – Après nos DJ sets, au lever du soleil. Nous essayons d’improviser mais nous sommes fatigués et raides.

Track 06: Monseigneur Nabil – Live @ Hotel Room (Porto) – Nous commençons à épouser l’âme médiévale de notre instrumentation et écrivons quelques paroles. Ne pas dormir est excellent pour l’inspiration mais plutôt mauvais pour l’exécution technique.

Live @ Avenida Dos Aliados (Porto) – Nous décidons de descendre dans la rue pour montrer à des étudiants égoïstes qu’ils n’ont pas le monopole du folklore obtus. Nous avons l’impression que les gens ont les yeux et les oreilles fermées, conséquence de plus de dix heures d’exposition à une manifestation agressive et pseudo-festive. Ces cinq minutes sont si réelles, après tout la vie entière est comme ça.

Track 07: Live @ Rua Dos Caldeireiros (Porto) – Retour à des vibrations positives. Une petite tarantelle nocturne utilisant la réverbération naturelle. Quelques passants apprécièrent bien qu’ils n’eurent rien à payer.

Track 08: Live @ Late Bar (Porto) – Après quarante heures sans sommeil, notre musique ne repose plus que sur des réflexes mécaniques, on ne s’écoute plus, le boeuf est ennuyeux. Ceci dit, il y a des groupes qui font ça toute leur vie et certains en vivent.

Night Jam: Live @ Elevator (Porto) – Nous réalisons que nous avons fait le tour de notre inspiration et de nos capacités pour cette fois. Ce neuvième morceau n’ira nulle part et ne sera pas terminé. Nous avons besoin de dormir, de nous laver, et nous reviendrons avec autre chose. C’est ça la musique.

Szam Varadino: bandurria
Boris Viande: gaïta & flute à bec
Anti-Katz: cadrage
Sauvage FM: caution thug

VLAD/2014 – All rights deserved.

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1 abonnement Spotify à gagner pour l’achat de 2 bouteilles de Coca-Cola

Bien que les matins polonais peuvent être parfois brumeux, il y a ces derniers temps pour les musiciens indépendants de plus en plus de raisons d’être optimiste. Ainsi, que nous enseigne cette opération coup de poing de Coca-Cola (le roi des bulles) et Spotify (le roi du streaming) ?

Premièrement, l’image.

« Boire du Coca-Cola, c’est aussi cool que d’écouter des pubs entrecoupées de mp3 ! »
« Ecouter de la musique sur Spotify, c’est aussi cool que boire des bulles de sucre marron ! »
Si vous êtes un musicien indépendant à qui on tente de faire croire que Spotify, c’est l’avenir, vous restez peut-être perplexe.

Pourtant, il n’y a aucune mesquinerie, et personne ne se cache, au contraire. La confusion ne réside pas dans les CGV, mais dans le mot « musique », et ce depuis des lustres. 99% de la musique qu’on entend (pas celle que l’on écoute) est de la musique publicitaire. Cool et sympa, elle vous vend un mode de vie bien sapé, du soleil, des amis. Toutes ces choses que vous n’avez pas IRL. Cette musique n’a pas d’autre fonction : c’est du soda sonore.

Pour les 1% restant, ceux qui se souviennent que la musique a jadis été un art ou un moyen d’expression, on aurait préféré un deal avec un musée ou un journal. Et peut-être même que ça existe.

Finalement, ce genre de deal marketing se fait entre produits de même qualité. Alors si votre musique est bien, vous n’avez aucune raison d’être jaloux des groupes de la homepage de Spotify.

Deuxièmement, l’économie.

Avant, on payait pour un disque. Ensuite, on s’est mis à payer pour des fichiers. Puis on a payé l’accès à ces fichiers. Maintenant, on ne paie plus grand-chose. Et c’est normal puisque Spotify et Coca-Cola roulent ensemble. D’ailleurs, n’avez vous pas remarqué ?

Quand vous buvez du Coca, vous avez tout à coup envie d’écouter de la musique de Spotify. Après tout, ça va avec : besoin de se détendre, une pause, un soda frais, le nom de votre pote sur la bouteille, un ours polaire, il ne manquait qu’un fond sonore à base de rock siffloté ou de pop yukulélée. Bien sûr, si le contexte le permettait, vous préféreriez du rock, du hip-hop ou de la techno. Mais bon on peut pas toujours mettre le son à donf, et il faut bien réussir à trouver un consensus dans l’open space ou la galerie commerciale.

Et quand vous écoutez Spotify, cette musique qui vous met de bonne humeur, qui vous parle des vacances, vous vous évadez, vous avez envie de boire du Coca. Bien, sûr, si le contexte le permettait, vous préféreriez du whisky. Mais bon, vous allez encore être vaseux au taf demain. Et de toute façon vous allez pas boire du whisky pur, ni mettre de la flotte dedans.

Voici donc venir une nouvelle (et dernière ?) étape de la reconfiguration économique du secteur. Il y a quelques années, on s’est mis à vendre des fichiers pour que les gens se saignent pour un iPod. Bientôt la musique publicitaire sera complètement gratuite ; aucune importance ! De toute façon, l’homme aura toujours soif.

Troisièmement : et l’art dans tout ça ?

Oui tiens l’artiste il est passé où ? A-t-il un avis ?

On a mis le temps, mais grâce au progrès technologique, aux métadonnées et à la loi de Moore, on va enfin pouvoir éclaircir ces termes obscurs que sont « musique » et « artiste ». Le brassage de ces milliards d’octets permet en effet de déceler les affinités les plus pertinentes : la machine analyse ce que vous bouffez et vous indique quelle musique écouter en même temps. Inversement, la machine détecte la subversion et l’élimine. (Comment ça des chansons de 7 minutes ?)

Les artistes que vous entendez quand vous buvez du Coca sont à l’aise dans ce nouvel écosystème. Après tout, eux aussi n’ont jamais désiré autre chose qu’être consommés par le plus grand nombre.

Pour les autres, ceux qui ne font pas de la musique pour se vendre, mais pour s’exprimer, ou pour partager du plaisir, il ne reste qu’à attendre encore quelque mois pour que l’offre musicale décante un peu plus. Chez Vlad, nous faisons le pari que resurgira alors du néant numérique la musique que nous aimons et dont nous avons tous besoin. Juste le temps de réorganiser les rayons du supermarché mondial, car notre musique ne donne pas vraiment envie d’ouvrir un Coca.

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Revue de presse /// Le FN fait la police du mix à Beaucaire (Gard)

Le Canard Enchaîné de la semaine dernière nous en sort une belle ! La mairie FN de Beaucaire (Gard) interdit la musique orientale aux cérémonies de mariage. Enrico Macias, y’a droit ?

Je propose donc mes services à tous les futurs mariés de cette riante bourgade, juste pour le plaisir, le champ’ et l’essence. Je jouerai de la musique orientale, de la musique française et plein d’autres choses, comme à cet incroyable mariage franco-afghan du mois dernier en Vendée.

Réservations : borisviande/@/vladproductions.fr
Traînez pas, le planning se tasse ! Taïaut !

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Revue de presse /// Musique et raisin

On continue nos discussions sur la musique, oui, la musique avec cet article qui buzze un peu sur ma TL :

Article un peu fourre-tout (normal, vu la source) mais qui a le mérite de pointer 2-3 phénomènes intéressants en peu de temps, façon quidam qui survole le truc. Pause café, arrêtez d’envoyer des invites facebook à tout va, projetez-vous vers l’infini et au-delà.

1. Volontairement ou non, l’auteur confond gratuit et libre (« free » en anglais).

Utiliser Facebook ou Spotify ne coûte peut-être pas (toujours) de l’argent, mais cela coûte du temps de cerveau humain disponible. Par exemple vous vous baladez sur les pages Facebook d’artistes que vous aimez (quelle idée, déjà) et mine de rien, vous êtes interrompu dans votre lecture par des posts sponsorisés pour d’autres artistes, des soirées, des marques de casque audio. Vous n’avez rien payé mais on vous a volé 3 secondes d’attention.

Si vous n’avez pas AdBlock, après une heure de surf, vous avez ingurgité un nombre de messages publicitaires assez effrayant. Ensuite vous achèterez un casque plutôt qu’un autre parce que vous l’avez vu partout sur le net, donc tout le monde doit l’acheter, donc ça doit être un casque plein de basses. Cool !

2. Volontairement ou non, l’auteur confond composition et enregistrement (« song » en anglais).

Comme il l’explique d’ailleurs très bien, il est fort probable que les gens nés après 2000 n’envisagent jamais une chanson comme quelque chose de bloqué sur un support physique, qu’il soit vinyle, cassette, CD ou même fichier mp3. Ceci dit, même les vieux ringards comme nous conçoivent que la musique est un bien immatériel, hein. Il faut juste distinguer la composition (oeuvre de l’esprit) et l’enregistrement (produit résultant d’un processus, artisanal ou industriel, de fixation sur un support).

Ainsi, l’auteur-compositeur se rémunère via des droits d’auteur en mettant son travail à disposition d’un label qui va vendre des disques ou d’un éditeur qui va placer la musique sur un film, par exemple. L’interprète se rémunère via ses concerts, s’il en donne, ou via ses prestations studio et ses droits d’interprète. Le producteur de l’enregistrement, lui, se rémunère en vendant le support – que ce support soit du plastique ou bien une suite de 0 et de 1.

3. L’auteur souligne que les gens dépensent toujours plus pour des casques ou des places de festivals et ne paient plus pour la musique.

En fait, des casques audio ou des places de festival, c’est de la musique. C’est même plutôt de l’expérience musicale, de la musique vécue, donc de la musique dé-support-isée. Ce que les gens ne veulent plus payer c’est le principe d’un forfait fixe d’accès à cette expérience. (Notez d’ailleurs que quand vous achetez un MP3 sur iThunes, vous n’achetez pas le fichier mais le droit d’accès à ce fichier – voir ici.)

Les nouveaux consommateurs de musique sont donc toujours prêts à dépenser pour accéder aux compositions de leurs artistes favoris, simplement, la dématérialisation du support a rendu caduque le principe d’un péage pour accéder au signal électrique (généralement, une suite de 0 et de 1) véhiculant cette composition jusqu’à leurs oreilles.

4. La belle métaphore finale sur le raisin : bien matériel contre bien immatériel.

L’auteur met en évidence l’immatérialité du bien « musique » en le comparant à du raisin – il va même plus loin en expliquant qu’il le savoure d’autant plus le raisin qu’il sait qu’il a dû payer pour l’avoir. On est prêt à payer pour des tulipes ou un diamant parce que c’est plus rare que les mauvaises herbes ou le granit, du coup on trouve ça plus beau. C’est super rare donc réservé aux meilleurs, et si on y accède c’est qu’on est des chefs de meute, ouais !

Aujourd’hui, plus besoin d’argent pour accéder à de la musique en abondance. Je vais chez Super U, je fais semblant de tourner un peu en rond rayon picole et je peux écouter gratos le dernier singueule de Stromae. La seule question est : suis-je un fan de Stromae ou juste un gars qui vient chercher sa bouteille de Gros Plant ?

Allez, on vous livre en exclusivité le scoop : la dématérialisation du support ne fait et ne fera que (re-)mettre en évidence la différence entre la musique abondante et la musique qu’on aime – j’oserais dire, entre musique subie et musique choisie, pour paraphraser un ancien ministre de l’Intérieur. Spotify, c’est du Roundup pour tes oreilles.

Il fait beau, le moral est bon.

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Revue de presse /// Labels indépendants et plateformes de streaming : qui a besoin de qui ?

Dans la série « revue de presse du web » commentée, un article tout frais : Les indépendants exclus de la future offre de streaming audio de YouTube ? à consulter sur l’excellent NextInpact.com. Cette fois c’est en français donc pas d’excuse, lisez-le.

La question soulevée en conclusion est la suivante : qui a besoin de qui ? Les catalogues indépendants agrégés regroupent jusque 30% du catalogue mondial, et c’est quand même beaucoup. On aurait aimé savoir s’il s’agit de 30% du nombre de titres, du chiffre d’affaires (assez peu pertinent comme donnée en ces temps de crise du disque et en termes de défense de la diversité) ou bien encore 30% du nombre d’écoutes uniques. En tout cas, il y a fort à parier que les acteurs du streaming ont davantage besoin d’un modèle économique rentable et efficace que d’un modèle « éthique » prenant en compte les intérêts des indépendants.

Inversement, et pour paraphraser Talitres, ces plateformes ne sont guère plus qu’un outil promotionnel pour les indépendants, et il est toujours rageant d’entendre quelqu’un dire qu’il n’écoute de musique que sur Grooveshark (plate-forme moisie s’il en est) alors que notre propre catalogue n’y est pas. On a tous envie d’être sur iTunes comme les vraies stars, même si on n’y génère que quelques roubles chaque mois, ne serait-ce que pour avoir un peu de visibilité. Enfin, en admettant que le fait d’avoir un jpeg qui gigote à côté de celui d’une pute ou d’un musclor à dollar constitue une visibilité digne d’intérêt.

N’oublions pas qu’à chaque nouveau morceau que nous uploadons sur ces plateformes, nous leur donnons pour environ 0$ de la crédibilité « oui nous avons aussi plein de trucs underground au catalogue et pas que de la soupe FM » et du trafic, qui est assez rapidement redirigé vers les productions des majors (il suffit de voir un peu les recommandations et les home).

Saluons donc l’initiative des 200 labels britanniques, saluons 1D-Touch en France qui propose un streaming équitable, et restons critiques à l’égard des tuyaux dans lesquels nous faisons circuler notre travail. N’oublions pas le temps incroyable que cela nous prend d’alimenter ces trucs et les effets que leurs ergonomies ont sur notre façon de composer et de produire. Et oublions les effets de buzz propres aux âges d’or de MySpace ou Facebook : aujourd’hui, il n’y a plus de réseau qui fasse l’unanimité. C’était cool d’essayer le hold-up quand il était encore possible, et on en connaît tous qui en ont profité – maintenant, retour au seul triptyque qui ait jamais payé :

EQ – REVERB – COMP

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Revue de presse /// Pourquoi Facebook, Soundcloud, Youtube se foutent de votre gueule d’amateur

Un article à lire d’urgence pour tous ceux qui, comme nous, ont espéré à une époque collecter des fans/like/followers sur les réseaux sociaux pour développer une fan-base et communiquer efficacement sur le net. Donc vendre des disques. Je crois.

http://doandroidsdance.com/features/soundcloud-bots-sway-numbers/

Comme vous êtes nuls en anglais, je vous fais un digest : les réseaux sociaux (en l’occurrence c’est Soundcloud – a.k.a. SonDeClaude – qui est incriminé ici mais la théorie s’applique très bien pour les autres plateformes) semblent bien truquer les statistiques. Comment ?

1. Prenez une star qui a déjà beaucoup de likes/followers.
2. Boostez artificiellement ce nombre de like et le nombre de vues sur ses vidéos, de lectures sur ses morceaux, etc.
3. Toutes les pages d’artistes qui avaient déjà moins de stats (c’est-à-dire pas mal de monde) vont redoubler d’efforts de promo pour espérer avoisiner ce nouveau score trafiqué.
4. Votre réseau affiche un trafic supérieur et vous pouvez dealer plus de fric auprès de mecs qui achètent du trafic (annonceurs, mecs qui kiffent le trafic).

Là où ça devient subtil, c’est qu’il n’y a pas que les méga-stars qui subissent ce traitement, sinon tout le monde se dirait : « certes, Michael Jackson a pas mal de followers, mais bon c’est Jackson donc c’est pas comparable avec nous, groupe de discopunk du ghetto. »

L’article cité a en effet identifié des labels et des artistes « intermédiaires » qui ont également vu leurs chiffres gonflés. Plus « proche du peuple », m’voyez. Résultat, tous les gugusses comme nous se persuadent que 500 likes ou 1000 lectures c’est pas assez pour démarcher tel festival ou mériter tel blog et continuent de spammer comme des dingos pour espérer atteindre, allez, 1000 likes sur Facebook en-dessous desquels t’es un rigolo local.

Imaginez donc une courbe qui fait que plus l’artiste est gros, plus ses chiffres sont gonflés, et en bas de la courbe il y a la « longue traîne » des mecs à 150 likes qui repostent des liens à tout-va auprès de leur pauvres amis Facebook dans le fol espoir d’être un peu moins ridicules que les mecs qui sont déjà à 300 likes (la classe).

Sachant que dès qu’on arrive autour de 1000/2000 likes, de faux profils viennent déjà liker les pages. On le sait chez Vlad, ça nous arrive parfois, une vague de 20 likes de profils bidons sur Facebook et Soundcloud, en quelques heures, hop-là. Des profils sino-togolais sur Boobook, des user5498419864 ou user65435413541 sur SonDeClaude. On imagine donc aisément que les profils plus populaires se font gonfler davantage, et plus souvent. L’échelle des scores serait donc faussée selon une loi géométrique ou peut-être exponentielle.

Bref, lisez l’article si le sujet vous passionne (et si vous réalisez que vous gâchez 95% du temps que vous consacrez à la promotion web et au community management de votre projet), arrêtez de faire n’importe quoi et faites de la musique, plutôt.

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Noël approche ! Surtout, ne nous achetez rien.

Rappelez-vous, Noël, c’est pour les enfants. La boîte de Lego Star Wars pour Théo et la poupée Miley Cyrus pour Théa. Deux-trois crottes en chocolat pour mettre avec le café en faisant des ronds marrons sur la nappe en papier. Du champ’ de supermarché et du Banga pour les autres. Une atmosphère féérique, même si votre cousin a les cheveux sales.

Emporté par la magie, vous offrez des gros cadeaux aux petits et des petits cadeaux aux gros. Vous essayez de dépenser à peu près la même somme pour chacun et vous définissez la liste de vos récipiendaires en concertation avec le conseil de famille.

Les cadeaux culturels c’est pas mal ; ça flatte autant celui qui le reçoit que celui qui l’offre. Mais le problème avec la culture c’est que c’est contagieux : offrez un livre à un mec et un ustensile de cuisine à sa meuf ; c’est la guerre. Inversement, offrez un disque à une meuf et un rasoir à son mec, même résultat. La symbolique est louuurde !

Vous êtes donc en train de pousser le Caddie dans un centre culturel E.Leclerc à la recherche de livres sympa ou de disques compacts pour ceux qui ont encore de quoi les lire. Lassé par l’offre musicale, réduite de nos jours à 10-15 disques que tout le monde écoute gratos sur deezer, vous vous rappelez tout à coup que vous avez dans votre entourage un ou plusieurs musiciens indépendants, artisanaux, sympatiques, qui sont à Zaz ce que le livre d’artiste de chez L’Oiseau Muse est au dernier ouvrage de Franz-Olivier Giesbert (celui qui connaît bien François Mitterand, lequel n’a d’ailleurs que 736 likes sur FB).

Et vous pourriez être tenté d’offrir une de nos productions à quelqu’un. Le dernier album live d’Aälma Dili, ou un vieux Vladivostok. Ou un brûlot de chez Survie et Conséquences.

*** Réfléchissez bien ! Plusieurs problèmes se poseraient à vous :

– Nous vendons notre talent dans des emballages minimalistes et fonctionnels, donc pas très chers. Vous n’allez quand même pas offrir un cadeau à 3€ TTC !
– Vous allez faire passer le voisin qui vient d’offrir le dernier Stromaille pour un ignare, un inculte ou pire : un suiveur.
– Une partie de nos nouveautés ne sortent qu’en numérique. Vous n’allez quand même pas offrir un fichier !

Enfin, n’oubliez pas, nous sommes sur scène tous les week-ends. Offrir un de nos disques à quelqu’un qui ne nous a jamais vus, c’est comme offrir une bouteille vide.

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Revue de presse /// Les musiciens dans la révolution numérique

Comme promis, j’ai lu pour vous « Les Musiciens dans la révolution numérique« . Vous pouvez le lire vous aussi, hein. Dans le cas contraire, voici quelques éléments qu’il peut nous être utile de connaître, nous autres punks/profanes/bouseux/wannabe, comme vous voulez.

Il s’agit de l’analyse d’une enquête menée en 2008 auprès d’un large échantillon d’artistes et musiciens interprètes membres de l’ADAMI. J’en connais déjà un paquet parmi vous qui ne savent pas ce que c’est que l’ADAMI (renseignez-vous, ils ont peut-être du pognon à vous sur leur compte en banque), et c’est statistiquement peu surprenant puisque 72% de l’échantillon a 40 ans ou plus. Bref, vous vous inscrirez plus tard j’imagine.
Voici donc une sélection de points intéressants, d’après moi.

1. L’échantillon se répartit entre les genres musicaux suivants :
Classique, lyrique : 19%
Jazz, blues : 10%
Musique du monde : 15%
Pop, rock : 19%
Chansons, variété : 28%
Nu-manele, moombahton : 0%
Illustrateurs sonores et autres : 9%

Au passage, rappelons que l’ADAMI collecte des fonds notamment sur la copie privée. Par exemple, quand tu achètes une clé USB (et il paraît qu’il s’en vend quelques-unes chaque jour), des sous partent vers l’ADAMI, puis après quelques commissions diverses et cordiales vers les artistes membres. Combien ? Oh, genre 11 millions par an. A lui tout seul et ses sept cents disques durs externes, Captain Cumbia a probablement permis de financer la moitié du budget des prises de batterie du dernier Nolwenn Leroy, respect ! Ceci dit, les prises sont bien clean.

2. Critère intéressant, les auteurs ont demandé aux sondés s’ils revendiquaient plutôt :
– connaître et appliquer de façon créative des règles complexes de composition ou d’interprétation,
– chercher à plaire à leur public (et éventuellement à l’éduquer),
– inventer des formes radicalement nouvelles
avec un seul choix possible. Bien sûr les trois aspects peuvent coexister dans un projet artistique unique, mais là il faut choisir.

Résultats dans l’ordre : 60% / 20% / 20%. J’ai été un peu surpris, d’après ce que je peux voir sur ma TL j’aurais dit que les artistes étaient plus nombreux à chercher à se faire liker par leur public.

3. Il y a une bonne partie de l’étude qui porte sur la révolution numérique (normal c’est dans le titre) : internet (MySpace, YouTube) et équipement home-studio. Aujourd’hui, on ajouterait probablement plein de rubriques : crowdfunding, réseaux sociaux, etc. Pas de réel scoop pour nous, ce sont les plus jeunes, les plus innovateurs et les plus miséreux qui s’investissent le plus dans la matrice. On y croit !

En revanche, pas mal de défrichage sur les questions de l’auto-production, de la politique tarifaire (morceaux gratuits, prix libre). En 2008, seuls 15% des sondés envisageaient d’abandonner le CD dans un futur proche, mais 60% se disaient favorables à la distribution de leur musique sous forme de bouquet de quelques titres plutôt que sous forme d’album. « Bouquet » ça veut dire « maxi » (pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs).
Bon, je vais pas tout recopier non plus sinon je vais encore aller en prison.

4. L’étude se conclut sur un essai de typologie en 5 catégories (par analyse de correspondances multiples, pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs) :
– les élus (5%) : archi-stars, ils sont peu impliqués dans la révolution digitale qui est en train de nous sauver la vie, le plus souvent parce qu’ils ont du staff pour ça.
– les artisans (20%) : pour simplifier, ce sont les musiciens classiques, pas nécessairement compositeurs donc. Egalement moins impliqués pour des raisons liées par exemple au style de musique en lui-même. Mangent pas que des pâtes, a priori.
– les professionnels (un peu moins de 20%) : ils s’investissent davantage que les artisans et semblent toucher à un peu tous les domaines (auto-production, home-studio…). Typiquement les musiciens de jazz/blues, on a chez Vlad quelques gars qui rentrent dans cette catégorie : « j’me débrouille tout seul, ça m’a pris un peu de temps pour créer mon réseau ou ma fanbase mais globalement je m’en sors ».
– les innovateurs (25%) : ils ont souvent un boulot complémentaire et sont les plus fortement numérisés. Ça aussi on connaît bien chez Vlad, ce sont ceux pour qui la promotion de la musique (en tant que création) est le fil directeur, devant la course aux cachets ou aux royalties. Ils sont souvent adaptes de la licence libre, du peer-to-peer, etc, tout ce qui peut aider la diffusion.
– et enfin les exclus (29%) : peu numérisés, peu actifs, ils sont par exemple en début ou fin de carrière, ou bien en transition entre deux projets, ce qui explique la baisse de régime. On retrouve un taux habituel de « attends ouais je vais le faire, on se rappelle lundi, gros bisous ».

5. Le meilleur pour la fin : deux études sont citées et m’ont l’air fortement audacieuses.
« Rosen (1981) a mis en évidence que le succès comparé de deux artistes n’est pas toujours lié de manière nette à leurs talents respectifs. »
L’étude est ici et mérite largement qu’on apprenne l’anglais (et quelques notions d’analyse). Je me demande ce qu’on y appelle le talent.
« De même, Adler (1985) a souligné que le comportement mimétique des consommateurs, via le bouche à oreille et la recherche d’une culture commune, peut parfois conduire à l’émergence de « stars » dénuées de tout talent. »

A lire ici. Une étude qui va redonner de l’espoir à tous ceux qui rêvent de réussir alors même qu’ils ignorent tout du solfège. Courage !

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Findus, c’est une nouvelle plate-forme à MP3 ?

Avec l’avènement des plateformes de diff’ sur le net, on a parfois dit que les labels allaient disparaître et que les artistes vendraient leur production directement au public. LOL !

Alors jeune groupe / producteur, ça y est tu viens de finir d’enregistrer et tu as tes MP3 bien clean prêts à être vendus sur le net ? Alors gagne du temps et passe par un agrégateur (Zimbalam, Tunecore) pour placer ton son directement sur plein de sites. Bon, je te donne directement la fin de l’histoire, parmi les 20/30 plateformes sur lesquelles ton son sera chargé, seuls iTunes, Deezer, Spotify et à la rigueur Juno te verseront des centimes. Si tu as la chance d’avoir un label un peu crédible, tu pourras vendre sur une plate-forme équitable comme CD1D, ou chez les snobs de Beatport, c’est quand même franchement plus classe.

Mais attends, tu sais que le premier site de diffusion de musique au monde c’est Youtube ! Alors s’il te plaît fais des vidéos avec tes morceaux et charge-les. N’oublie pas Dailymotion et Vimeo en passant.

Ceci dit, mon voisin trouve que Grooveshark c’est bien pratique. Dès que tu as un peu de temps, pense à tout charger dessus aussi. Son coloc, par contre, a favorité comme un dingue sur Soundcloud, tu devrais te créer un compte rapidos tant que t’y es.

D’ailleurs, à ton dernier concert à la cambrousse on t’a demandé si tu avais un Myspace. Effectivement, ton profil prend un peu la poussière, mais tiens-le quand même à jour, il y a encore du monde dessus. Même si une partie de la population a migré sur Bandcamp ou Noomiz qui ont repris un peu le concept ; tu devrais uploader ton son là-bas c’est gratuit.

En repensant à Myspace, tu te dis que les modes vont et viennent et qu’il serait bien d’avoir aussi un espace perso, un vrai site quoi, avec des liens ou quoi pour le jour où ta plateforme favorite mourra. Tu peux faire du WordPress, ou du Drupal ou du PHP si t’as du temps à perdre.

Pour te faire connaître, facile, tu crées une page Facebook. Mais n’oublie pas les gens qui n’ont pas de compte Facebook, et collecte leurs adresses email pour leur envoyer une newsletter. Et Twitte un peu aussi, parce que sur Facebook il y a un peu tout et n’importe quoi, et tu galères à choper des likes, à la télé ils ne parlent que de hashtag et de followers.

Et fais quand même presser deux-trois disques physiques, les radios préfèrent. Il y a plein de caf’conc’ sympas qui aiment bien en avoir en stock, il y a des disquaires survivants, tout le monde n’a pas d’iPod, et certains DJs ne jouent que des vinyles.

Ce week-end, il faudra aussi éplucher ce post-it sur un coin de ton bureau : Qobuz, PlayMe, Jamendo, Resident Advisor, Viinyl, LastFM, MusicMe.

Nos excuses à tous ceux que nous avons pu oublier.

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Coming Out

Les fidèles s’en seront déjà aperçus : le ton se durcit à la Direction Artistique. Si, à la création du label fin 2006, nous n’affichions comme seule prétention que celle de « promouvoir des musiques débarrassées d’intérêts économiques et de considérations politico-masturbatoires », il est aujourd’hui grand temps de faire le constat d’un virage à 180°. Demi-tour, quoi – je précise parce que des fois je lis « oui j’ai fait un virage à 360° » et ça m’énerve.

Première chose, on travaille tellement dur qu’on a plus vraiment le temps de travailler ailleurs pour gagner notre croûte. Certains jonglent entre le taf la semaine et les concerts le week-end, d’autres, qu’on surnomme les producteurs « alt+tab », font avancer la cause en temps masqué, souvent aux frais d’une société tierce avec laquelle nous n’avons pas signé d’accord-cadre. Dans ces conditions, prétendre ne pas se soucier du modèle économique de nos productions est une douce rigolade, et notre but aujourd’hui est bien de pérenniser (y compris financièrement) notre espace de création. Car notre musique n’est pas systématiquement conçue dans le but d’être vendue, mais plutôt dans le but d’être écoutée, ou, mieux, inspirante et donc utile. Autant de qualités qu’il est devenu désormais assez rare de retrouver dans un même morceau.

Deuxièmement, les MP3 et les concerts s’enchaînant, il est devenu de plus en plus difficile de faire abstraction du caractère subtilement politique de notre travail et de la façon dont nous le faisons. En 2012, un label indépendant, défendant des musiques qu’on n’entend pas habituellement à la radio et qu’on croise assez peu sur les gros festivals, porté par une société commerciale auto-financée à 100% par les concerts, ça ne court finalement pas les rues, et cela traduit des valeurs fortes qu’il s’agit de ne pas compromettre auprès de la première société tierce venue.

Conséquence assez logique, nous travaillons à promouvoir notre vision des choses auprès des confrères, des institutions ou des quelques médias qui peuvent s’y intéresser. Mais c’est en premier lieu auprès de notre public que nous voulons expliquer notre philosophie de la snare, et cela se traduira prochainement par une timide mais sincère chiée de bouquins plus ou moins artisanaux décrivant nos aventures.

Alors achetez-vous des étagères, on fera des couvertures colorées.

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Auto-interview inspirée de questions entendues dans la vie réelle

Comment vont les affaires ?

On fait des progrès ça c’est sûr, l’inconnue maintenant c’est de savoir jusqu’où on peut aller. Pour rappel, on travaille sans subvention ni prêt bancaire, et ce sont aujourd’hui à 99% les concerts qui permettent de payer les gens et le téléphone. Alors il y a bien sûr des projets d’un intérêt artistique fondamental qui mettent trop de temps à sortir à notre goût, mais on finit toujours par accoucher, même des projets les plus scandaleux. Se plaindre serait de mauvais goût.
Les ventes de MP3 sont en augmentation, passant de quelques centimes par mois à quelques euros voire quelques dizaines (ça fait du x100 ou x1000 coco !). Est-ce qu’on peut faire encore x100 ? Vous le saurez d’ici quelques mois.

Est-ce que vous n’avez pas l’impression de vous prostituer en faisant du festif ?

En fait on se demande plutôt si on n’est pas en train de se prostituer quand on fait du non-festif. Je vais la faire courte mais lorsqu’on fait la fête, on célèbre le fait d’être plusieurs humain(e)s qui s’aiment les uns les autres. Quand on fait du non-festif, c’est quand même assez souvent pour s’auto-célébrer, hein.

D’ailleurs quand je fais la fête je reste précis sur les BPM, alors que quand j’ai un truc à dire en général ça cale pas sur du 4/4 !

Mais, contrairement aux apparences, nous sommes des êtres humains, et nous avons autant besoin de clubber que de séréniser notre ego en l’exorcisant avec du son sentimental, ou que de combattre l’ordre établi (OUAIS) avec du son guerrier. Tout cela n’est pas très clair mais on en reparlera.

Vous pensez pas que vous pourriez gagner du temps en déléguant les trucs que vous ne savez manifestement pas faire à des personnes compétentes et dûment immatriculées au RCS ou au RM ?

C’est justement parce qu’on le fait nous-mêmes que c’est beau.

D’ailleurs on n’a même pas le choix : quand tu veux conquérir le monde, tu demandes pas l’autorisation au taulier.

A bientôt
Rom2 (taulier)