Le public doit-il faire un effort ?

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Nous ouvrons les balises html de ce blog à certains de nos artistes parfois.
En voici un qui souhaite passer un message à la face du monde.

Avant de commencer, je souhaite préciser que je parle ici en tant que DJ ayant plusieurs soirées à mon actif.
Donc RESPECT.
Merci.

Dans notre société, la musique est omniprésente et de plus en plus consommée. Dans cette logique de consommation, le DJ n’est parfois pas autre chose qu’un simple grossiste musical. Cela confère-t-il au public (ou au programmateur) le statut de client-roi, et donc en droit de réclamer son morceau préféré ?

En théorie, la rareté fait la valeur. Donc plus il y a de DJs, moins leur travail aura de la valeur. Le fait même de chercher à l’évaluer mène à sa standardisation donc à la perte de sa valeur artistique au profit de sa valeur marchande. (Après, faut bien vivre.)

Le nombre de DJs a pu augmenter ces dernières années grâce à la démocratisation du matériel, la facilité à se procurer de la musique gratuitement, tout cela combiné aux fantasmes que ce statut crée auprès du grand public. Être DJ, c’est tellement hype !

Quelle est la valeur du travail du DJ dans le cadre d’une soirée ? Comment calculer son cachet ? Au vu de son potentiel créatif, de son originalité, de son nombre de likes ou de sa capacité à déplacer les foules ?

Les deals se concluent souvent via Facebook, en direct avec le gérant ou le programmateur. Et dans le cas où cela se passe mal, l’établissement peut refuser de payer. Oui, cela arrive : une mauvaise météo et c’est la catastrophe. C’est pourquoi de nombreux DJs préfèrent instaurer un rapport de confiance sur la durée en devenant résidents, voire salariés du lieu.

Certains diront que c’est au DJ d’apporter de la valeur à la soirée. Mais le laisse-t-on réellement s’exprimer ? L’établissement définit généralement la marge de manœuvre du DJ. Et c’est pas si simple, Magloire, car les clubs n’ont pas toujours le choix pour perdurer : victimes de l’industrie musicale (comme le public d’ailleurs), ils sont souvent contraints d’adopter une programmation mainstream, compréhensible par le plus grande nombre, afin de faire le plus grand bénéfice.

En province, par exemple, une soirée cumbia aura une plus faible audience qu’une soirée hip-hop/rnb/mainstream. Une soirée à concept breakcore-spirituel aura une bien moindre prétention de rentabilité qu’une soirée à slogan « Sex’n’the City » – tonus pour étudiants célibataires avec strip-teaseuse russe + shooters à 1€ all night long. Si si ça existe.

Un peu de conditionnement musical radiophonique (Jul + Beyonce), associé à la nostalgie des années 80/90, le tout vendu par une comm’ faisant appel à des sensations primitives telles que le sexe (le plus puissant des pouvoirs) et tu as la recette d’une bonne soirée généraliste. Un business plan alléchant pour un p’tit club de province !

Donc, dans un souci de rentabilité, le club est pris au piège de l’industrie musicale, et le DJ pris au piège du club. C’est à ce moment qu’intervient le 3ème acteur : le public.

Je ne parlerai pas des différentes personnalités que l’on peut observer lors d’une soirée mais plutôt l’état d’esprit général à adopter. Déjà, considérer le club comme un lieu culturel, d’échanges, et de découverte. Ensuite, se considérer comme un public capable de comprendre un spectacle et non comme un client consommateur et abruti par l’alcool et la frustration de son célibat.

Je me suis surpris à kiffer lors d’une soirée techno à Berlin alors que le style m’était au départ complètement inconnu. Après une heure de set, mon hémisphère droit était conditionné, comme sous l’effet d’un matraquage de Jul, et je commençais à comprendre les subtilités du travail du DJ. Le contexte économique ne permet malheureusement pas aux petits clubs français d’adopter le modèle allemand « tu rentres pas si tu n’es pas capable de citer le nom des DJs qui jouent à l’intérieur ». Là-bas, c’est aux gens de s’adapter lorsque le club fait un effort d’originalité sur le line-up .

Donc pour résumer, dans cet enchevêtrement économico-musical, le client doit s’éduquer, faire un effort de compréhension, redevenir un public, et rendre au DJ ses lettres de noblesse afin que ce dernier le transcende et le comble de bonheur.

Comme le dit Aristote : « un artisan / commerçant ne peut pas être libre. » C’est donc au public de redonner une liberté aux DJs en sortant de la logique marchande du club.

Çalut.

Note de l’éditeur : Article très pertinent qui pose notamment la question de la responsabilité de l’alcool social dans la pauvreté de la culture musicale de notre beau pays d’ivrognes.