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Passons tout de suite à 2021

Faisons l’hypothèse folle que pratiquement aucun concert n’ait lieu dans les 12 mois qui viennent. Ha ha je sais c’est débile. Dès lors, comment une méta-équipe de 50 artistes et techniciens peut-elle collectivement 1. survivre, 2. réinventer son modèle, 3. continuer de faire son taf dans un contexte tout neuf ?

  1. Survivre

On a déjà évoqué cet aspect immédiat dans nos communications de crise précédentes : c’est pas encore gagné, et on connaît pas encore l’étendue des projets qu’il faudra éventuellement saborder. On attend une réponse importante voire vitale dans les prochains jours pour un prêt d’urgence de la Banque, garanti par Bpifrance. Si ça marche pas ou si c’est pas suffisant, on va sortir les ciseaux et ça va chialer sec. Bref les dés sont jetés, là il va falloir s’en remettre à votre team admin et croiser tout ce que vous avez en double.

  1. Réinventer notre modèle

Clairement : il faut se préparer dès maintenant à repenser notre stratégie générale qui consiste, pour l’essentiel de nos équipes artistiques, à investir des dizaines de milliers d’euros dans des disques produits, pressés, distribués, promus, et censés nous permettre de trouver des concerts pour y vendre ces mêmes disques et ainsi générer doublement des droits.

Voici les quelques pistes sur lesquelles on commence à travailler.

  • Un modèle plus que jamais orienté petites jauges

Les petites jauges on sait faire, c’est pour beaucoup d’entre nous notre terrain de jeu privilégié. Dans l’éventualité d’un déconfinement progressif, il est possible qu’on puisse refaire des concerts à 50 / 100 / 200 personnes bien plus vite que des concerts à 500 / 1000 / 2000 personnes. Comment repenser notre activité dans ces termes ? Par exemple, est-ce que les concerts vont devenir un luxe à 20€ l’entrée pour être viables économiquement ?

Ha ha allez avoue, t’étais pas rendu là si ?

  • Internet nous sauvera tous

Jouer sur Facebook ou Youtube, c’est fondamentalement autre chose. Cela met en jeu des compétences que l’on possède déjà (jouer de la musique, mettre en place un livestream, animer une communauté) mais dans un contexte économique GAFA-incertain. On entre en plein dans la guerre de l’attention et du clickbait, le truc qu’on parvenait à peu près à éviter jusqu’ici. Comment faire ça efficacement ? Comme Macron, deviendrons-nous des youtubeurs ?

  • Ableton nous sauvera tous

Encore une tendance lourde : le home-studio et la MAO. Pareil, on a pas attendu une pandémie pour s’y mettre, mais on a encore quelques mohicans qui font de la résistance. Vont-ils un jour retourner dans un studio à 5000 balles pour y faire des pains qu’ils auront pas le temps de faire éditer par l’ingénieur du son fourni avec ? Que faire d’un batteur ou d’un trompettiste confiné dans un appartement ?

  • Investissements annexes

Chez Vlad, on a une tradition d’investissement sur des projets directement liés à notre cœur de métier :

  • on a mis en place une chaîne de production 100% analogique en Région Pays de la Loire,
  • on a développé un thème Wordpress pour les musiciens, qui est en cours de déploiement,
  • on travaille sur des outils data pour continuer à penser le monde sans la musique industrielle,
  • on travaille sur une structuration rennaise avec des bureaux tout neufs : on pensait y mettre 40 stagiaires chargés de trouver des concerts, peut-être qu’on devra y mettre 40 stagiaires qui envoient des invitations d’ami sur Facebook ?

On va organiser le redéploiement d’une partie de nos équipes sur ces sujets. Venez ! Restez pas tout seul avec votre basse !

  1. Continuer de faire le taf

Au départ, avant qu’on remplisse des liasses fiscales et des demandes d’aide à l’ASP, on est des artistes. Ça veut dire qu’on est tout à fait qualifiés pour imaginer des choses qui n’existent pas encore, les représenter et les montrer. Dans un contexte post-COVID19, continuerons-nous à produire la même musique qu’avant ? Intuitivement, on sent bien que si la jauge 100 personnes devient le standard, cela pourra avoir un impact sur nos spectacles, et probablement sur nos musiques. Et si on se met à jouer de la musique sur Youtube, ça sera peut-être pas de la gavotte.

Parmi les paradoxes amusants, notons que quatre mois avant le bordel, on finalisait la création d’un nouveau label moins festif et dansant, et davantage axé sur le texte, en français, pour des productions à écouter plutôt qu’à danser. On commençait à travailler une ligne artistique pré-effondrement qui s’est avérée sinistrement urgente depuis. Pas grave, au moins tout est prêt ! On fera une belle annonce bientôt.

On a toujours défendu une musique du monde démuséifiée, une electro expérimentale, un punk conscient : la crise sanitaire actuelle va certes secouer nos structures et éprouver notre modèle, mais l’erreur la plus grave serait de sauver notre économie au détriment de notre art. Survivre au coronavirus pour décéder en 2021 ou 2022 parce qu’on n’a pas su s’adapter artistiquement ce serait quand même super con. Le monde change et on voit pas bien comment on pourrait y garder notre place en continuant perpétuellement à produire de la musique de 2019.

On sait faire.
Au boulot !
Roro

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Pourquoi nous dépensons tout notre fric au Womex

La question revient souvent et c’est normal : pourquoi diable nous rendons-sur les salons professionnels (Womex, Babel Med, Midem) pour y claquer les thunes issues de la vente de Salicorne ? Dans cet article, nous allons expliquer non seulement pourquoi, mais aussi comment.

Ces salons professionnels sont des lieux de rendez-vous des professionnels de la musique. En France les plus connus sont peut-être le Printemps de Bourges ou les Transmusicales. Babel Med est un salon qui a lieu à Marseille et qui, comme le Womex (qui a lieu en Europe dans des villes différentes selon les années), est un salon spécialisé musiques du monde, là où les autres sont plutôt squattés par les musiques actuelles (pop, rock, electro si j’ose dire). Quant au Midem, c’est un salon qui a lieu à Cannes et est dédié à l’industrie musicale, principalement pour les labels et éditeurs.

Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)
Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)

Après quelques essais plus ou moins heureux, nous nous sommes rendus à Babel Med et au Womex chaque année depuis 2014, avec un stand plus ou moins officiel ou plus ou moins partagé histoire de pouvoir présenter nos artistes. Au départ, on pensait y vendre nos artistes à des festivals, on avait imprimé des contrats de cession prêts à signer et on avait acheté des stylos bic. Assez vite on a compris que c’était un peu plus compliqué. Là-bas tout le monde se connaît, les seuls gars que tu peux espérer convaincre sont ceux qui, comme toi, n’ont pas d’amis et se retrouvent à faire le tour des stands parce qu’il faut bien qu’ils rentabilisent le déplacement et qu’ils trouvent deux ou trois artistes pour leur festival du sud de l’Allemagne. Et à supposer que ce soit le coup de cœur musical, et que tu aies un stylo bic, il te reste encore à trouver d’autres dates autour de celle-ci pour amortir le déplacement. Mouais.

Tu peux aussi aller voir les tourneurs pour qu’ils fassent le taf à ta place. Mais ceux-ci sont venus pour voir les programmateurs et leur faire écouter et voir leurs artistes. Pas tout à fait sûr qu’ils aient du temps à consacrer à ta vidéo de répét filmée à la gopro.

Il y a enfin les concerts : au Womex on appelle ça les showcases car les groupes ont tous les frais à leur charge et seulement 45 minutes pour se produire devant les professionnels. Parfois, il y a de l’ambiance. On découvre des choses, même si les groupes qui ont les moyens pour ce genre d’investissement ne sont pas tout à fait les perdreaux de l’année.

Alors pourquoi ?

Un client potentiel
Un client potentiel

1. Apprendre à connaître les tourneurs

Tout le monde ne cherche pas à faire des concerts chez Vlad, mais pour ceux dont c’est le cas, il est bon d’apprendre à connaître les tourneurs. Savoir qui tourne quoi, les spécificités, connaître leurs catalogues, commencer à en rencontrer quelques-uns pour pouvoir faire une proposition pertinente le jour venu. C’est bien plus efficace que d’envoyer des mails à toute la planète en espérant qu’un jour, un tourneur pleure de joie en matant votre lien viméo.

2. Rencontrer des artistes

Il y a aussi beaucoup d’artistes auto-produits qui font le déplacement à leurs frais, ou bien des artistes qui sont là parce que leur tourneur les a fait venir, ou bien parce qu’ils sont membres d’une délégation nationale (il y a aussi des stands par pays ou par région). C’est l’occasion d’évoquer des remixes, des collaborations, de parler de la scène. Pour les DJs et les producteurs, c’est toujours bien de rencontrer des musiciens pour savoir comment mieux travailler sur les projets. Et aborder d’autres débats comme par exemple la semaine dernière : pour ou contre les backtracks en live, pour ou contre les ordis sur scène et j’en passe. On défend notre point de vue et nos valeurs de label ghetto-folk 2015.

GCMN lunch
GCMN lunch

3. Vendre nos services

On l’aura compris, c’est difficile de trouver des concerts comme ça entre deux verres de bière plastique. Par contre, en nous positionnant en tant que label / éditeur, on fait un peu la différence, et on peut plus facilement accoster les gens qu’avec l’éternel “salut on cherche des dates”. Du coup, des collaborations intéressantes se sont lancées : on va distribuer de nouveaux artistes en France, on a plein de remixes sur le feu, des nouveaux producteurs, des musiciens prêts à poser sur des instrus, des deals d’édition… Bref, plein de taf.

4. Rencontrer les institutionnels et les autres acteurs

Il y a plein d’autres gens à rencontrer : le ministère, les réseaux régionaux, la SACEM, Zone Franche et j’en passe… des réseaux, des syndicats, des structures ressources, qui nous aident au jour le jour à prendre les bonnes décisions. Aujourd’hui vu la tronche du paysage musical ce serait impossible d’avancer seuls. C’est grâce à ces rencontres qu’on a pu prendre toute une série de décisions depuis 2010 qui font qu’on est encore en vie pour l’instant et qu’on est plus tout à fait obligés d’aller jouer dans tous les bars à 100€ du pays. Du coup, on gagne du temps pour faire de la musique et devenir chers. Ha !

Le stand VLAD
Le stand VLAD

5. Préparer l’avenir

Et oui l’avenir se prépare dans le passé parce que le présent c’est déjà un futur du passé actuel.

Par exemple, nous sommes membres du collectif Global Club Music Network, au sein duquel nous faisons la promotion des DJs et autres acteurs de la scène global beats / electro world. Histoire de faire rentrer la world music dans les clubs. Ou déjà de la faire sortir des théâtres et conservatoires.

Nous essayons de recruter de nouveaux artistes désireux de s’émanciper de l’industrie et de nous rejoindre dans des projets home-studio, avec échange de fichiers par internet, pour favoriser les rencontres et les échanges. Et mélanger les musiques.

Nous balançons des candidatures pour les showcases, ne serait-ce que pour que le jury soit forcé de coller une oreille sur Bass Excurtion. Ha ça doit décrasser leurs chaînes hi-fi ça c’est sûr.

Au Midem, nous avons chopé plein d’infos sur les plateformes de streaming, YouTube, iTunes, les nouveaux modèles à venir, Soundcloud qui va couler, etc. Cela nous permet de faire les moins mauvais choix dès maintenant. Si vous ne savez pas ce qu’est un code ISRC, vous êtes à la bourre.

La musique ça évolue, certes pas ultra vite, mais quand ça sera devenu normal de faire de la cumbia quand on est breton ou de la samba quand on est bulgare, on aura peut-être un ou deux pieds dans le bon wagon. Bien sûr, c’est pas pour 2017. Bien sûr, le milieu est truffé de copinages qui rendent la chose complexe pour des thugs qui parlent mal anglais. Bien sûr, on a le temps de mourir dix fois en route. Mais rien que parce qu’on a l’impression de faire avancer le schmilblick, et que pendant ce temps on n’est pas dans un bullshit job ni au chômage, ça vaut déjà le coup de se battre. Rejoignez-nous.

Le débat continue en anglais et en français sur notre blog Ghetto Folk : http://ghettofolk.com/fr/2015/10/29/quelques-remarques-sur-les-showcases-du-womex/