Pourquoi nous dépensons tout notre fric au Womex

Événements, Vie du label

 

La question revient souvent et c’est normal : pourquoi diable nous rendons-sur les salons professionnels (Womex, Babel Med, Midem) pour y claquer les thunes issues de la vente de Salicorne ? Dans cet article, nous allons expliquer non seulement pourquoi, mais aussi comment.

Ces salons professionnels sont des lieux de rendez-vous des professionnels de la musique. En France les plus connus sont peut-être le Printemps de Bourges ou les Transmusicales. Babel Med est un salon qui a lieu à Marseille et qui, comme le Womex (qui a lieu en Europe dans des villes différentes selon les années), est un salon spécialisé musiques du monde, là où les autres sont plutôt squattés par les musiques actuelles (pop, rock, electro si j’ose dire). Quant au Midem, c’est un salon qui a lieu à Cannes et est dédié à l’industrie musicale, principalement pour les labels et éditeurs.

Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)

Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)

Après quelques essais plus ou moins heureux, nous nous sommes rendus à Babel Med et au Womex chaque année depuis 2014, avec un stand plus ou moins officiel ou plus ou moins partagé histoire de pouvoir présenter nos artistes. Au départ, on pensait y vendre nos artistes à des festivals, on avait imprimé des contrats de cession prêts à signer et on avait acheté des stylos bic. Assez vite on a compris que c’était un peu plus compliqué. Là-bas tout le monde se connaît, les seuls gars que tu peux espérer convaincre sont ceux qui, comme toi, n’ont pas d’amis et se retrouvent à faire le tour des stands parce qu’il faut bien qu’ils rentabilisent le déplacement et qu’ils trouvent deux ou trois artistes pour leur festival du sud de l’Allemagne. Et à supposer que ce soit le coup de cœur musical, et que tu aies un stylo bic, il te reste encore à trouver d’autres dates autour de celle-ci pour amortir le déplacement. Mouais.

Tu peux aussi aller voir les tourneurs pour qu’ils fassent le taf à ta place. Mais ceux-ci sont venus pour voir les programmateurs et leur faire écouter et voir leurs artistes. Pas tout à fait sûr qu’ils aient du temps à consacrer à ta vidéo de répét filmée à la gopro.

Il y a enfin les concerts : au Womex on appelle ça les showcases car les groupes ont tous les frais à leur charge et seulement 45 minutes pour se produire devant les professionnels. Parfois, il y a de l’ambiance. On découvre des choses, même si les groupes qui ont les moyens pour ce genre d’investissement ne sont pas tout à fait les perdreaux de l’année.

Alors pourquoi ?

Un client potentiel

Un client potentiel

1. Apprendre à connaître les tourneurs

Tout le monde ne cherche pas à faire des concerts chez Vlad, mais pour ceux dont c’est le cas, il est bon d’apprendre à connaître les tourneurs. Savoir qui tourne quoi, les spécificités, connaître leurs catalogues, commencer à en rencontrer quelques-uns pour pouvoir faire une proposition pertinente le jour venu. C’est bien plus efficace que d’envoyer des mails à toute la planète en espérant qu’un jour, un tourneur pleure de joie en matant votre lien viméo.

2. Rencontrer des artistes

Il y a aussi beaucoup d’artistes auto-produits qui font le déplacement à leurs frais, ou bien des artistes qui sont là parce que leur tourneur les a fait venir, ou bien parce qu’ils sont membres d’une délégation nationale (il y a aussi des stands par pays ou par région). C’est l’occasion d’évoquer des remixes, des collaborations, de parler de la scène. Pour les DJs et les producteurs, c’est toujours bien de rencontrer des musiciens pour savoir comment mieux travailler sur les projets. Et aborder d’autres débats comme par exemple la semaine dernière : pour ou contre les backtracks en live, pour ou contre les ordis sur scène et j’en passe. On défend notre point de vue et nos valeurs de label ghetto-folk 2015.

GCMN lunch

GCMN lunch

3. Vendre nos services

On l’aura compris, c’est difficile de trouver des concerts comme ça entre deux verres de bière plastique. Par contre, en nous positionnant en tant que label / éditeur, on fait un peu la différence, et on peut plus facilement accoster les gens qu’avec l’éternel « salut on cherche des dates ». Du coup, des collaborations intéressantes se sont lancées : on va distribuer de nouveaux artistes en France, on a plein de remixes sur le feu, des nouveaux producteurs, des musiciens prêts à poser sur des instrus, des deals d’édition… Bref, plein de taf.

4. Rencontrer les institutionnels et les autres acteurs

Il y a plein d’autres gens à rencontrer : le ministère, les réseaux régionaux, la SACEM, Zone Franche et j’en passe… des réseaux, des syndicats, des structures ressources, qui nous aident au jour le jour à prendre les bonnes décisions. Aujourd’hui vu la tronche du paysage musical ce serait impossible d’avancer seuls. C’est grâce à ces rencontres qu’on a pu prendre toute une série de décisions depuis 2010 qui font qu’on est encore en vie pour l’instant et qu’on est plus tout à fait obligés d’aller jouer dans tous les bars à 100€ du pays. Du coup, on gagne du temps pour faire de la musique et devenir chers. Ha !

Le stand VLAD

Le stand VLAD

5. Préparer l’avenir

Et oui l’avenir se prépare dans le passé parce que le présent c’est déjà un futur du passé actuel.

Par exemple, nous sommes membres du collectif Global Club Music Network, au sein duquel nous faisons la promotion des DJs et autres acteurs de la scène global beats / electro world. Histoire de faire rentrer la world music dans les clubs. Ou déjà de la faire sortir des théâtres et conservatoires.

Nous essayons de recruter de nouveaux artistes désireux de s’émanciper de l’industrie et de nous rejoindre dans des projets home-studio, avec échange de fichiers par internet, pour favoriser les rencontres et les échanges. Et mélanger les musiques.

Nous balançons des candidatures pour les showcases, ne serait-ce que pour que le jury soit forcé de coller une oreille sur Bass Excurtion. Ha ça doit décrasser leurs chaînes hi-fi ça c’est sûr.

Au Midem, nous avons chopé plein d’infos sur les plateformes de streaming, YouTube, iTunes, les nouveaux modèles à venir, Soundcloud qui va couler, etc. Cela nous permet de faire les moins mauvais choix dès maintenant. Si vous ne savez pas ce qu’est un code ISRC, vous êtes à la bourre.

La musique ça évolue, certes pas ultra vite, mais quand ça sera devenu normal de faire de la cumbia quand on est breton ou de la samba quand on est bulgare, on aura peut-être un ou deux pieds dans le bon wagon. Bien sûr, c’est pas pour 2017. Bien sûr, le milieu est truffé de copinages qui rendent la chose complexe pour des thugs qui parlent mal anglais. Bien sûr, on a le temps de mourir dix fois en route. Mais rien que parce qu’on a l’impression de faire avancer le schmilblick, et que pendant ce temps on n’est pas dans un bullshit job ni au chômage, ça vaut déjà le coup de se battre. Rejoignez-nous.

Le débat continue en anglais et en français sur notre blog Ghetto Folk : http://ghettofolk.com/fr/2015/10/29/quelques-remarques-sur-les-showcases-du-womex/