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Musique industrielle et consentement

Bien que vous lisiez ces lignes en février 2019, sachez que l’idée maîtresse de cet article copieux a germé en avril 2018. Le respect élémentaire commandait alors d’en différer la publication, afin de ne pas squatter inopportunément l’attention de nos lecteurs au moment de ce qu’on a appelé ensuite la vague #MeToo. Quelques recherches sur des gros mots comme mansplaining ou encore male tears devraient vous permettre de comprendre rapidement que l’attention (a fortiori numérique) de l’opinion publique s’inscrit dans un timing millimétré, et qu’il est vital d’en comprendre les mécanismes pour respecter la parole des opprimés – surtout lorsque l’on parle de la plus grosse minorité du monde.

Ceci étant posé, insérer le mot « consentement » dans le titre d’un article traitant de musique enregistrée relevait bien sûr d’une stratégie clicophile* assumée, mais permettait également de mettre en lumière un phénomène dont absolument personne ne parle, et qui constitue pourtant un autre mécanisme d’oppression en puissance. Il s’agira donc ici de montrer en quoi, bien que s’exerçant contre des populations différentes et selon des processus différents, ce mécanisme pouvait ressembler à celui qui oppresse quotidiennement les femmes dans une société patriarcale. On parle d’ailleurs de culture du viol, est-ce un hasard si c’est le mot culture que l’on voit poindre ici ?

Ainsi, cette notion – hélas nouvelle dans le débat public – de consentement (et de consentement éclairé) met en lumière la condition d’équivalence et de réciprocité que devrait remplir n’importe quelle relation amoureuse et/ou physique de nos jours. Le fait de devoir rappeler quelque chose d’aussi élémentaire en dit long sur l’état des mœurs de pays qui se disent « développés ». Il y a encore beaucoup, beaucoup de travail ; et les hommes qui voudraient participer au progrès social global sans pour autant interférer dans des débats qui ne les concernent pas au premier plan pourraient par exemple s’approprier ce thème original et connexe qu’est l’absence de consentement des masses quant à leur exposition permanente à la culture industrielle. Et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, et comme tout mécanisme d’oppression, la culture industrielle s’attaque en premier lieu aux groupes sociaux minoritaires : les femmes, les racisés, les pauvres. Par leur instrumentalisation, leur exotisation et leur essentialisation, elle tend à façonner le paysage capitaliste que nous connaissons, et dans lequel nous finissons par trouver toutes sortes d’oppressions habituelles, sinon normales. Les clips, le cinéma, la télévision créent un climat général dans lequel le sexisme, le racisme, l’âgisme ou le validisme sont supportables. Il est même largement probable que cette culture industrielle n’existe que dans le seul et unique but de rendre le patriarcat et le racisme supportables, sinon légitimes.

Petit aparté : il est possible que sous certains aspects, le sport remplisse strictement la même fonction, glorifiant les masses populaires dans le strict cadre de la compétition physique, pour mieux entretenir en creux la domination d’une élite bien trop chétive pour s’abaisser à courir après un ballon de football. Sans joueurs issus des classes populaires, le football n’existerait peut-être pas. D’ailleurs, les commentateurs ont systématiquement l’accent sud-loire, marqueur évident d’une origine provinciale. Je mélange tout mais bon

Deuxièmement, il est à craindre que la convergence des luttes ne mène souvent à une divergence des fins : chaque groupe social constitué a tendance, une fois ses propres revendications satisfaites ou réprimées dans le sang, à rentrer dans le rang. C’est ce qu’on a globalement observé au fil des révoltes sociales de 2018, l’exécutif s’appliquant à répondre isolément à chaque corporation pour saper la cohérence de l’ensemble : cheminots, puis chômeurs, puis taxis, puis policiers, puis fonctionnaires, dans le désordre et j’en oublie (plein).

Et de manière très logique, c’est un élément déclencheur en apparence anodin – la hausse du coût du carburant, qui concerne pratiquement tout le monde parmi les victimes du capitalisme – qui a permis le mouvement dont l’ampleur inédite à ce jour a surpris tout le monde. Une insurrection se construit en réaction à des attaques mesquines, des violences symboliques, pas sur un front uni de revendications concomitantes. Tout ça pour dire que la musique industrielle omniprésente pourrait constituer un ennemi commun de premier choix, tant elle cristallise les oppressions contre tous types de minorités, dans un schéma global uniforme, d’apparence inoffensive mais en réalité tout à fait efficace dans le conditionnement quotidien des masses. Bordel mais coupez-moi la FM dans les magasins !

Je n’ai personnellement jamais consenti à ce que cette culture industrielle pénètre mon quotidien au point de m’imposer des repères culturels prégnants sur des sujets tels que ma vision des femmes (Mélissa – Julien Clerc) ou des racisés (Africa – Rose Laurens), ou qu’elle ne s’immisce dans les moments festifs de ma vie pour y associer une imagerie d’argent et de luxe (24K Magic – Bruno Mars). D’ailleurs, à bien y réfléchir, je n’ai jamais demandé à ce qu’une production industrielle quelle qu’elle soit ne s’impose à moi pour me raconter ma vie dans son langage. Qui sait quelle personne incroyable j’aurais pu devenir, si j’avais pu grandir loin de l’influence constante de l’imagerie FM qui m’a cueilli et conditionné dès le plus jeune âge ?

Le mécanisme à l’œuvre est de nature comparable à celui du patriarcat ou du néocolonialisme, à ceci près que l’intensité de la violence ressentie individuellement est inversement proportionnelle au nombre de victimes. Or, se percevoir – même brièvement – comme victime d’un mécanisme d’oppression alors même qu’on est un homme blanc cisgenre permet de renverser la perspective. Les minorités en lutte ne sont tout à coup plus vues (si c’était le cas) comme des menaces potentielles à notre confort illégitime, mais plutôt comme des alliés désormais incontournables. Rapide calcul : les femmes constituent la moitié de l’humanité. Qui prétendrait s’attaquer sérieusement au capitalisme sans l’aide précieuse d’une telle armée ?

Enfin, c’est précisément l’omniprésence de la production industrielle – lui conférant au passage le grade envié de culture, à la différence des productions indépendantes qui ne sont, au mieux, que de l’art – qui nous donne à nous, grand public, le droit de la juger, de la critiquer et de la boycotter. Les innombrables canaux de diffusion non consentis qui permettent à la culture industrielle de nous envahir font de nous des vecteurs de cette production, qui nous appartient à tous de fait. Mélissa et Africa ne sont des tubes que parce qu’ils sont ultra-diffusés ; imprégnant notre culture, ils font de nous leur véhicule, et leurs mots deviennent nos mots. On finit par les faire écouter à nos enfants, écoute ça petit, ça c’est de la musique, tu vois ça fait danser tes tontons et tes tatas.

Parce que notre rapport à la musique industrielle est largement non consenti, nous sommes légitimement fondés à faire le tri dans l’imaginaire collectif dans lequel nous apprenons à imaginer nos relations avec nous-mêmes, avec les autres, avec le monde, tout comme le langage est le cadre dans lequel nous formulons nos pensées. Cela nécessite un travail personnel et collectif, comparable à celui qu’il faut fournir chaque jour pour déconstruire le sexisme ou le racisme, et ce travail n’est pas naturel : il est au contraire purement culturel. Cela demande des efforts ; on fait et on fera des erreurs, mais c’est bien là ce qu’on appelle le progrès humain. En attendant qu’on soit tous sauvés par l’intelligence artificielle quoi.

* le terme « putaclic » est plus connu mais serait particulièrement malvenu ici.

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Résister à la musique industrielle : débrief de cette première journée de travail et d’échanges

D’abord et avant tout, un gros gros merci à Renaud du Labo (Dinan) d’avoir été à l’initiative de cette journée et d’avoir permis sa concrétisation, avec bonne humeur et bienveillance. Voici un rapide retour/débrief, issu des retours des participants et de mon propre ressenti en tant qu’animateur. Dans l’attente d’améliorer tout ça, tant sur le fond que la forme. (Avec vous ?)

Une journée entière donc, dont le déroulé était prévu comme suit :
– une matinée axée sur l’économique : mieux comprendre comment fonctionne l’économie de la musique industrielle et en quoi elle se distingue par nature de celle d’un projet indépendant ;
– une après-midi dédiée à l’artistique, où l’on voit que l’artiste, qui crée souvent par nécessité et par besoin, le fait dans un contexte de contraintes économiques, ce qui a des conséquences directes sur sa création.

Le point de départ étant bien sûr de s’accorder sur ce terme obscur de “musique industrielle”. Il ne s’agit pas ici de Kraftwerk, mais de renverser la perspective en mettant en avant le fait que l’industrie musicale (majors, Live Nation, bande FM, télé, etc) ne produit rien d’autre qu’une musique industrielle, au sens où la production de ces acteurs est directement conditionnée par leur statut d’acteur dominant du marché. Un acteur dominant ne produit pas de musique alternative, ni indépendante par définition. Définir cette musique non comme “pop” ou “variété” permet d’éviter le débat sur les esthétiques musicales (il existe des groupes indépendants de pop) – ce terme de musique industrielle me paraît donc le plus objectif et le plus précis en attendant mieux. Bien sûr, il est ambigu, et personne d’autre que moi ne l’utilise à ma connaissance. Mais à un moment donné balek, faut bien poser des bases, si je fais joujou avec les concepts des autres je vais pas arriver à grand-chose. Et le temps passe.

Samedi dernier, ce terme a peut-être amené un peu de confusion, notamment le titre de la journée qui a pu dérouter certains participants, tout en attisant leur curiosité, et en attirant peut-être l’attention d’autres. Un point important, qui devra être revu pour réitérer l’expérience. Je rêve de formuler les choses de manière plus claire, mais cela ne doit pas se faire au prix de la précision du vocabulaire. Work in progress!

Comme prévu, la matinée fut donc dédiée à un exposé copieux des mécaniques économiques à l’oeuvre dans le domaine de la production musicale : principes de l’intermittence du spectacle, subventions publiques et privées, et enfin mécanismes de répartition des droits d’auteur et droits voisins. Ouch ! Entrée en matière un peu brutale, mais qui a permis de donner ça et là quelques tuyaux concrets. Le but avoué étant d’immédiatement permettre aux participants de rentabiliser le coût de leur inscription à la journée. J’espère que ce fut le cas.

Ensuite, nous avons pu parler un peu de la façon dont les GAFA tendent à créer un écosystème basé sur la notoriété numérique, avec toutes les dérives imaginables, des faux chiffres YouTube à la promo via les pages Facebook de mèmes, jusqu’aux opérations de buzz basées sur des fake news. C’est bon j’ai placé tous les hashtags là ?

Le terme de “fake news” nous amenant assez naturellement vers la dénonciation plus ou moins argumentée des “faux artistes”, nous avons pu basculer sur la partie plus artistique de l’échange, avec les questionnements liés à la MAO, l’autotune, le playback, bref le découpage entre la part d’interprétation de l’artiste (et donc la part de vie dans la musique) et la part d’accompagnement, d’arrangement, le sound design, le cadre rythmique au sein duquel l’artiste pourra s’exprimer.

Pour finir, un petit focus sur les projets musicaux de certains participants disposés à livrer leurs réflexions et leur travail à la discussion avec des inconnus, un peu comme dans un covoit’ où tu parles de ton groupe et le mec te pose des questions qui te paraissent incongrues, mais reflètent les interrogations du grand public et t’amènent à prendre du recul sur ta propre production.

Voilà pour le résumé des échanges, je passe maintenant aux améliorations possibles.

– Ne connaissant pas à l’avance le profil des participants, j’ai commencé par tenter de cerner durant la matinée les besoins et attentes autour de la table. Qui est intermittent ou en passe de l’être, qui est membre des sociétés d’auteurs, qui a structuré son projet en association (par exemple) ou non. De là, il est apparu évident que je pouvais donner quelques tuyaux de professionnalisation, même si, dans le cadre de mon exposé, l’idée était surtout de présenter le système juridique et économique du spectacle et de la musique enregistrée, et en quoi il était pensé par et pour des acteurs industriels ou institutionnels, mais certainement pas indépendants ni alternatifs.

A ce moment de la journée, le ton était assez neutre, il n’était pas encore question de remettre en question le monopole des majors sur le paysage musical français, mais plutôt de mieux comprendre comment tout cela fonctionne. Dans mon esprit retors, je voulais présenter le système tel qu’il est, pour ensuite aider à faire la part des choses quant à son propre projet indépendant, aider à se positionner artistiquement, aider à se situer entre l’amateur DIY et le professionnel subventionné.

Après coup, je crois que ce processus de type “billard à trois bandes” nécessite bien plus de deux heures pour être efficacement mené. Il faut du temps pour bien exposer et comprendre l’écosystème tel qu’il est conçu ; il en faut tout autant pour réfléchir à son propre contexte économique, et encore autant pour confronter les deux et en tirer les conclusions qui s’imposent, puis aboutir à un plan de combat à moyen terme pour mener son projet.

– Sur la partie artistique, l’opposition entre industrie et artisanat était plus nette, puisque chacun autour de la table possède un projet artistique personnel, qu’il est capable de défendre durant des heures. Clairement, les artistes adorent parler de (leur) musique, et on aurait pu passer la journée sur cette seule discussion. Beaucoup se définissent artistiquement comme en réaction à la musique industrielle, ou du moins dans une démarche parallèle à la FM, sans être dans l’imitation ou la copie. Alors, soit la présentation de la journée (jusqu’à son titre) a permis de faire le tri et de n’attirer que des artistes alternatifs, soit les participants tendent à se focaliser sur ce qui les distingue des artistes industriels. A la limite, ce n’est pas vraiment important : même un artiste indépendant largement influencé par les majors peut, à la marge, infuser un peu de lui-même dans son travail, comme Obispo quant il met des bongos sur un break. Ah merde mais il fait jamais ça d’ailleurs

Inversement, faire l’éternelle chasse aux influences industrielles dans la production indépendante est aussi absurde que de reprocher à des militants vegan, féministes ou syndicalistes de contribuer au système capitaliste dans son ensemble de par leur consommation ou leurs usages. Nous vivons dans un paysage musical massivement industriel, nous sommes donc soumis aux esthétiques industrielles en permanence : la question est plus de prendre conscience de ce fait et de se positionner quelque part sur un axe qui va du rejet complet (faire de la musique concrète, noise, expérimentale ou hardcore, ou pas de musique du tout) à la compromission éclairée, qui est globalement l’approche défendue par les activités visibles et légales de Vlad, et à différents degrés selon les cas.

– Ce dernier aspect résonne avec la problématique du titre de la journée (“Résister à la musique industrielle”) :
-> dont la connotation a été perçue par certains comme inutilement rebelle – après tout, y’avait plein de tuyaux intéressants, autant appeler ça “Développer son projet musical” et le présenter à des organismes de formation agréés ;
-> qui a pu au contraire exciter la curiosité de certains (participants et non-participants) et qui ont pu trouver que le contenu était finalement bieeeen trop tendre avec l’industrie, surtout parmi les lecteurs réguliers de ce blog.

Alors je me laisse encore un peu de temps pour y réfléchir, mais il y a tout à parier que là comme souvent, c’est le parti de la radicalité qui l’emportera, en ce qu’il est porteur d’espoir de progrès social à tous les niveaux. Et parce que le temps passe.

Bisous

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Exclusif : Vianney et Maître Gims avouent !

J’essaie généralement de ne pas citer d’artiste de musique industrielle, pour éviter d’aggraver leur cas. Mais l’occasion est trop belle. Ce titre de Vianney et Maître Gims dont le refrain est “Si je vous gêneuh / bah c’est la mêmeuh” est un aveu d’une incroyable lucidité.

En effet, vous aurez peut-être remarqué qu’un des thèmes principaux des singles industriels français récents est le clash des haters, la raillerie des jaloux, par opposition à l’artiste qui s’est fait tout seul envers et contre tous. Rebattu, ce thème permet de réécrire l’histoire de la pop comme musique populaire, et de faire oublier que son omniprésence est artificielle, subventionnée, voire totalitaire.

Le refrain incriminé prend ici tout son sens. En effet, la musique industrielle gêne. À au moins deux niveaux.

Premièrement, en occupant l’espace sonore, elle fait obstacle à d’autres musiques, donc d’autres discours, d’autres visions de la société. La saturation de la bande FM par des refrains tels que celui-ci permet d’empêcher la diffusion des refrains plus critiques vis-à-vis du capitalisme (ou du modèle social de responsabilité individuelle, en l’occurrence). Donc oui Vianney, tu nous gênes, ta présence sur les ondes et les scènes des festivals a moins pour but de nous faire vibrer avec ta voix et tes cheveux que d’empêcher des artistes révolutionnaires de s’exprimer.

Et je ne parle même pas ici de chanter ACAB ou quoi, mais simplement de louer par exemple un modèle social solidaire, ou bien lutter contre le sexisme, le jeunisme ou encore l’appropriation culturelle. La pop industrielle nous rabâche de manière de plus en plus explicite qu’il ne faut compter que sur soi-même. En cela, elle freine tous les progressismes. Aujourd’hui, elle nous dit littéralement que si cela ne nous convient pas, et bah c’est pareil. Tout comme chez Macron et son “qu’ils viennent me chercher”, l’arrogance fleure bon la fin de règne.

Cette musique existera aussi longtemps que le capitalisme, car sa présence a pour but d’occuper nos oreilles, et nous empêcher d’entendre autre chose. Cet autre chose qui serait contestataire par nature, et révolutionnaire par définition. Le même phénomène a d’ailleurs cours à la télévision, au cinéma ou dans les librairies.

Deuxièmement, elle est gênante dans le sens où lorsqu’on l’entend, on est généralement gêné. Enfantine, immature, elle nous fait honte dans sa simplicité et sa nullité (harmonies, textes, universalisme libéral pété) et c’est fait exprès. L’idée est de discréditer durablement le concept même d’une musique intelligente, cultivée, qui pourrait faire évoluer les choses, socialement ou moralement.

En nous abreuvant de Maître Gims, le capitalisme tente de réduire la totalité de l’art musical et la pratique de la musique à un loisir inoffensif, vide de sens et ridicule, dont l’exercice est réservé aux enfants ou aux jeunes mal dans leur peau. Réciproquement, le but est de réduire les jeunes à “leur” musique, les renvoyer à une imagerie de droite, les culpabiliser s’ils chôment, car comme le dit le poète industriel, seul le travail acharné a fait des artistes des héros du ghetto.

Tous les jeunes français rêvent de musique industrielle. Combien s’en émanciperont un jour ? Combien entr’apercevront les vertus solidaires et progressistes qui peuvent s’exprimer à travers un art avisé, conscient ?

Le plus triste, c’est que les artistes eux-mêmes sont très certainement inconscients du rôle qu’ils jouent. La simple lecture de ce modeste blog pourrait les pousser au suicide. Si vous connaissez personnellement un artiste industriel, essayez de l’aider, je sais pas moi il est peut-être encore temps.

La bonne nouvelle, c’est que la nudité blafarde qui leur sert désormais d’esthétique ne convainc plus grand-monde et nous permet d’imaginer de plus en plus facilement une autre musique. Une autre musique est possible, elle est même nécessaire, et elle existe déjà : seule sa diffusion est bloquée.

Quant aux artistes industriels, ils ne nous gênent que si nous rêvons de leur place. Alors au boulot. Ne perdons plus notre temps et notre énergie à essayer de dégager le passage avec nos petits bras, continuons plutôt à imaginer des chemins de traverse. #poésie

Crédit photo : paysage périurbain, horizon de l’artiste thug aux prises avec la concrétude du capitalisme.

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Les algorithmes tueront tout le monde, et nous serons sauvés

Pour le code de la route ou les tribunaux je sais pas trop, mais en ce qui concerne la musique, voici mon pronostic : les algorithmes tueront tout le monde, et nous serons sauvés.

Clairement aujourd’hui ce qui nous empêche d’être un peuple libre et heureux qui produit et jouit de bonne musique, c’est l’omniprésence de la musique industrielle, qui ne sert qu’à nous maintenir dans le capitalisme, aliénant nos oreilles et nos esprits dans un continuum de néant artistique, arrimé à une mémoire collective réduite aux 4 accords magiques. Je peux pas faire plus clair et si vous n’êtes pas d’accord, vous devriez lire ce blog plus souvent.

Le développement des algorithmes fascine et fait peur, depuis que le commun des mortels a à peu près compris ce qu’il était capable d’en faire. Conduire une voiture, remplir un frigo, gérer une administration, composer un morceau de musique.

Pour ce dernier exemple, il n’y a pas 4000 façons de procéder : soit l’algorithme génère un morceau de manière aléatoire – ça on sait faire depuis 20 ans au moins – soit on fait du machine learning : la machine engloutit quelques siècles de musique enregistrée, l’analyse, la décode pour en comprendre les principes et pouvoir les appliquer sur une matière nouvelle.

Et là, attention spoiler ! L’ordinateur nous sortira des perles de pop sifflotée, d’EDM, de disco-rock et de mumble rap. Pourquoi ? Parce que depuis des décennies, cette méta-musique est précisément conçue de cette même façon, même si pour l’instant ce sont encore des humains aux commandes.

Des humains qui commencent par un benchmark de leur secteur, avant de s’atteler à leur studio pour y recopier, consciemment ou non, ce qui marche déjà, revisité, restructuré, réactualisé, dans le plus pur respect de la musique commerciale éternelle.

Des humains qui ne s’autorisent que les quelques grammes de folie qui leur permettra peut-être de sortir du lot, ce lot de mp3s de 3 minutes tous identiques, à tel point que souvent c’est à sa coupe de cheveux qu’on reconnaît l’artiste.

Des humains anesthésiés, tâcherons du streaming dans une économie de l’attention qui nous propose de reconnaître la musique plutôt que de l’apprécier, et qui n’a plus d’autre choix que d’être gratuite et omniprésente pour s’immiscer dans notre estime pavlovienne.

Des humains qui, finalement, n’ont pas grand-chose de plus à proposer qu’un microprocesseur. Et dont le remplacement imminent permettra enfin à la musique industrielle sa pleine réalisation dans une abstraction et une neutralité totales. Vous pouvez en avoir un aperçu dans ces boutiques de fringues où, pour économiser la Sacem, la radio a avantageusement été remplacée par une bande-son dont on ne remarque pas l’existence, et dont tout souvenir disparaît une fois qu’on est sorti.

Les interprètes (ou leurs avatars) continueront de squatter les playlists d’ascenseur et les festivals pour enfants, comme un monde imaginaire merveilleux, peuplé de rappeurs musclés, de rebelles fragiles et de femmes vides. D’ailleurs, les festivals ressemblent déjà de plus en plus à Disneyland : il n’y est plus vraiment question de musique.

Les algorithmes prendront bientôt le pouvoir, animant tout ce petit monde de manière optimale, offrant une expérience personnalisée à moindre coût, générant des albums sur commande et des concerts en VR, dégueulant du son plus qu’il n’en faut, plus que de besoin, plus que de raison.

Quant à nous, compositeurs, shamans, chansonniers, bidouilleurs et poètes, nous serons toujours là, à chanter faux pour de vrai tout en puant la sueur et l’amour.

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Méta-musique : pourquoi Mozart, les Beatles et René la Taupe sont des génies absolus

Le lecteur fidèle l’aura compris : ce blog vise humblement à créer une réalité parallèle (ou plutôt perpendiculaire) à celle de la musique industrielle. Munie d’une logique interne à toute épreuve permettant la compréhension de la musique d’hier et d’aujourd’hui, cette réalité se construit sur des concepts nouveaux, pour lesquels il convient de trouver de nouveaux noms. Après tout, que fait l’artiste à part renommer les choses sans cesse ? Tiens ouais, si le mathématicien est celui qui donne un même nom à des choses différentes, l’artiste est peut-être celui qui donne des noms différents à une même chose.

Définissons donc ensemble la méta-musique, sur le modèle de la “meta song”, dont la définition informelle court le net, notamment anglophone. Une méta-chanson est une chanson dont les paroles racontent justement l’histoire de cette chanson elle-même. C’est le cas d’Hallelujah (de Cohen), ou encore de la Salsa du Démon (du démon).

Avec un peu d’imagination et une bonne dose de culot, transposons cette notion au domaine de la musique en général, et observons comment ce changement de focale permet de tirer d’intéressants enseignements à l’heure où les GAFA règnent sur la répartition de la valeur au sein des industries créatives et culturelles.

Posons donc la méta-musique comme une sous-catégorie de la musique, dédiée à l’expression sous forme musicale de cette forme musicale elle-même. Autrement dit, une musique qui serait créée dans le seul et simple but de se raconter elle-même, d’exister, d’être là. À la différence des musiques qui, en plus d’être là, racontent quelque chose : que ce soit des faits historiques, une vision du monde, la défense d’un idéal de beauté, ou la glorification d’un ego malmené par la vie. Dit autrement, il y aurait des musiques qui disent quelque chose, et d’autres qui se disent elles-mêmes.

Pour remplir son rôle, cette méta-musique doit pouvoir correctement s’auto-qualifier : elle doit donc satisfaire une série de critères qui constituent autant de marqueurs forts de cette musique elle-même. Si un de ces critères n’était pas respecté, il pourrait y avoir un doute sur la nature de la musique : ce ne serait donc plus de la méta-musique. Logique, non ?

C’est pas facile à expliquer, mais une fois qu’on a compris, on se surprend à trouver immédiatement bon nombre de morceaux relevant de cette catégorie. Quelques exemples dans différents styles :
– un tube de l’été se doit de parler de soleil et d’amour, sinon ce n’est plus un tube de l’été ;
– le hip-hop se chante sur une boucle de MPC avec un afterbeat sinon ce n’est plus du hip-hop ;
– le rock se joue avec des guitares.

Le respect des marqueurs (qu’on pourrait aussi bien appeler “clichés”) de chaque style musical permet au public de s’identifier, et donc de faire son choix dans les rayons du Grand Magasin Mondial. Ici, on pourrait parler de clientèle et de produit sans rougir, car le but est tout simplement de fournir une musique à une catégorie de population identifiée. Généralement, on parle de musique tout court, tellement on est habitué à ce que la musique soit produite dans le but d’être écoutée. Et par opposition, toute musique qui n’a pas pour seul but sa commercialisation est souvent appelée musique alternative, musique indépendante, parfois même “musique de merde”.

Or, la musique à vocation commerciale est bel et bien une sous-catégorie de la musique, et non l’inverse. C’est très important. Et le but ici est de proposer cette curieuse appellation de “méta-musique” pour renverser la perspective et voir les implications de cette définition. Aucune importance en revanche si cette définition ne s’exporte jamais hors de ce blog, le but c’est de réfléchir.

Reprenons. La méta-musique est la musique qui s’auto-raconte. Un ensemble de critères permet de rattacher un morceau de musique à un style donné. Cela implique l’existence d’un référentiel, constitué de classiques incontournables, de légendes, de figures imposées, de formats. On s’éloigne nécessairement de la création pure et de l’expression artistique, dès lors qu’on renonce délibérément à dire quelque chose, préférant respecter un cadre formalisé. La question qui suit est : qui décide de ce cadre ?

Mais oui, qui décide de ce qu’est la méta-musique ? La réponse variera d’un style à l’autre, mais on peut tout de même dégager 2 acteurs principaux. Il y a déjà toute la musique dite savante : celle qui s’apprend à l’école – on pourrait même dire : celle qui s’apprend tout court.

Il existe des professeurs de musique, des musicologues, des historiens : tout un écosystème hiérarchisé dont le but est de classifier, ordonner, collecter la musique apprise. Cet écosystème ne fonctionne pas en vase clos, puisqu’il intègre les créations contemporaines. Mais puisqu’il s’adapte après coup, il constitue bien à un instant une forme d’autorité qui dit ce qu’est la musique et ce qui ne l’est pas. Parfois même, il peut émettre un jugement de valeur, et ce de façon structurelle, institutionnelle. L’écosystème de la musique apprise contribue ainsi à dire ce qui est bon ou pas, là où on n’avait même pas encore parlé de qualité.

Un autre acteur qui tend à définir la méta-musique est ce qu’on appellera vulgairement le marché. La commercialisation d’une musique est gage de légitimité. En effet, dès lors qu’une musique est écoutée et même demandée, voire attendue, nul ne saurait remettre en question son statut de musique. Or, les principes intangibles qui régissent l’économie ont une influence sur le succès comparé des différents produits : ainsi, le marché est prescripteur de ce que doit être la musique. C’est un système peu hiérarchisé, dominé par des logiques de réseau qui font que le plus puissant acteur pourra imposer son produit, et qu’un produit facile d’accès se vendra plus facilement qu’un produit obscur. Là aussi, on voit poindre un jugement de valeur, dès l’instant où ce qui se vend bien est communément perçu comme étant de bonne qualité.

Affirmons ici sans aucun doute que ces deux catégories constituent ensemble l’immense majorité de la musique diffusée, donc connue. Ce qui est logique, puisqu’on a défini la méta-musique comme une musique faite pour être diffusée. Cette musique faite pour être la musique – toute la musique – tend naturellement à occuper tout espace de diffusion qui ne serait régi par aucune autre logique que celle de simplement diffuser de la musique.

Ainsi, si pour quelque usage que ce soit – habillage sonore d’un support audiovisuel, design de l’ambiance sonore d’un aéroport, ou musique d’attente téléphonique – j’ai à un moment donné besoin de musique, mon choix se portera nécessairement sur de la méta-musique. Car si je fais un autre choix, je cours le risque de véhiculer autre chose que le seul fait de diffuser de la musique. La méta-musique est la musique qui s’impose partout où on a besoin de musique – peu importe laquelle, car son statut de musique est indubitable. Comme on l’a vu, sa qualité est même garantie. Qui oserait dire que Mozart c’est chiant, ou que les Beatles sont nuls ?

Admettons : quid alors des autres musiques ? Les musiques non-méta ?

“Quid” est en effet la meilleure question qu’on puisse se poser au sujet de musiques qui ne donnent pas intrinsèquement les garanties d’être de la musique – a fortiori, d’être de la bonne musique. Pourquoi prendre le risque d’une musique qui ne soit pas unanimement reconnue comme telle ? Pourquoi des gens s’échinent-ils chaque jour à faire émerger de la musique de merde, et ce précisément là où le silence pourrait régner ? Comme si c’était fait exprès ?

Distinguons d’emblée le cas de la musique qui n’a tout simplement pas encore atteint le niveau de qualité requis pour être adoubée par son autorité de référence : par exemple la musique émise par quelqu’un qui vient d’acheter son premier violon et qui rêve de médailles, ou celle émise par un groupe qui vient de se constituer et apprend à se connaître en se faisant la main sur des reprises, ou des chansons censées ressembler à des tubes, tout en rêvant de Zénith. La première ne sera certainement pas publiée dans un recueil de partitions de référence, et la seconde ne passera certainement pas à la radio. Il ne s’agit là que de méta-musique en devenir : souhaitons-leur bonne chance.

Que dire des autres ? Il reste tout de même du monde. Mieux : la musique non-méta représente par définition – décidément – l’immense majorité de la création originale. Il s’agit également de la musique qu’on a tout à fait le droit de ne pas aimer. Il s’agit souvent de la musique “qui pourrait être meilleure si…” car n’importe quel récipiendaire de méta-musique possède un avis éclairé sur les changements à faire pour atteindre le point dit du Standard Absolu, celui qui optimise le Public Potentiel (également appelé Optimum de René la Taupe). Cette musique non-méta, dans son imperfection académique ou commerciale, est pourtant révélatrice de l’incapacité ou le refus, pour ses auteurs, de se conformer à l’autorité. Cette sous-musique qu’on s’inflige lorsque l’on n’a pas les moyens de s’offrir les services des vraies stars, ou bien qu’on tente d’imposer autour de soi parce que ses inaptitudes nous parlent, disent quelque chose de nos propres inaptitudes, de nos propres imperfections.

Il s’agit de la musique qui, à force de persévérance, finit par faire bouger les lignes et évoluer la société. Cette musique dont la simple existence – sans même parler de diffusion – est une résistance à l’ordre établi, dans sa revendication d’une différence, d’une diversité typiquement humaines. Peut-être la seule musique qui vaille la peine d’être écoutée. Après tout, on a bien assez d’occasions d’entendre la méta-musique.

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Spotify est devenu un label. Dommage qu’ils aient des goûts de chiotte

Les plateformes de streaming ont bâti leur succès sur ce concept génial : toute la musique du monde est en ligne, alors pour aider l’utilisateur à faire son choix, proposons-lui un système de playlists et de recommandations pour qu’il puisse naviguer de manière agréable.

En effet, si vous mettez le catalogue mondial en mode random, ça risque de faire tout drôle : vous passerez d’un titre de K-Pop à un titre de grindcore​, puis de Salut Les Culs à Tchaïkovski.

Or, la musique n’est pas répartie de manière homogène tout au long du spectre de la prise de risque artistique. Il y a des millions de titres d’abstract hip-hop, d’EDM ou de rock de droite qui se ressemblent tous, et des millions de titres d’artistes indépendants qui n’ont à peu près rien en commun entre eux.

Cela obéit à une logique de positionnement : lorsque vous faites de la musique, soit vous aspirez à rejoindre la grande famille de la Musique Standard, et vous copiez la FM ; soit vous êtes au contraire animé par un esprit bravache de contestation et vous faites justement tout le contraire. Vous criez dans le micro, vous ne chantez pas, vous jouez super vite ou super lentement. Vous faites de la Musique Alternative à la Musique Standard.

On peut voir ici un phénomène comparable à la distribution de l’offre politique : conservateurs contre progressistes. Les premiers prônent une stabilité du rapport de forces entre les groupes sociaux, les seconds l’inversion ou du moins l’évolution de celui-ci.

Là où c’est intéressant, c’est que ces deux grandes catégories ont tendance à s’équilibrer. Pourquoi ? Regardons ce qu’il se passe au niveau d’un acteur donné de l’écosystème.

Sur un aspect, une question donnée, ou face à un choix à faire, il y a toujours 2 types de réponses : conforter la réponse dominante ou se positionner à l’opposé de celle-ci. Lorsqu’un groupe d’amis cherche à savoir s’il faut aller à la pizzeria ou à la crêperie ce soir, les premiers évoquent librement l’une ou l’autre option. Dès qu’une moitié du groupe a choisi la crêperie, l’autre va tout à coup arguer qu’une pizza, ça changerait, justement. Et inversement. Cela tient peut-être à un besoin, pour l’être humain, d’exprimer son avis personnel, même lorsque ce n’est pas nécessaire. Ou une volonté d’envisager systématiquement toutes les options possibles dans une quête de liberté ou de puissance. C’est ce qui fait que ces 2 choix sont globalement perçus comme tout aussi recevables l’un que l’autre – alors qu’objectivement, une galette c’est meilleur.

Lorsqu’un débat est à peu près libre, et s’il dure suffisamment longtemps, les deux camps en présence finissent par tendre vers un joli 51%/49%. Si un camp gagne avec plus de 10% d’avance, on parle de raclée, alors qu’en toute rigueur l’écart n’est pas si grand – surtout quand on sait à quoi peut tenir un vote.

Et dans ce cas, le résultat est dû au fait que le camp perdant tient des positions qui le placent hors du champ des options raisonnables aux yeux des électeurs/auditeurs/amis en quête de restau. Par exemple, un parti politique dont l’intégrité ou la moralité serait mise en défaut. Ou un album rendu inaudible par des choix extrêmes de mastering. Ou un restau qui serait situé dans une zone de travaux.

Il y a donc sur toute question autant de conservateurs, qui tendent à faire comme d’hab, que de progressistes, qui ne se satisfont pas du statu quo. En musique, cela se traduit par l’éternelle dichotomie entre mainstream et underground.

Et depuis que les plateformes d’écoute en ligne se sont résolues (tardivement d’ailleurs) à intégrer l’underground sur leur interface si délicate – probablement dans le but d’y augmenter le trafic – elles se sont retrouvées face à ce problème vieux comme le monde : comment satisfaire une clientèle croissante et hétérogène en termes de goûts ? Réponse : en lui donnant à écouter​ principalement de la musique conservatrice, celle qui clive le moins, celle qui tend à plaire au plus grand nombre – en tout cas, à déplaire au plus petit nombre. Vous aussi, vous avez peut-être créé un compte Spotify pour écouter du metal au départ, et maintenant vous lancez la playlist “ménage de printemps” avant de passer l’aspirateur.

Le système de playlist, de homepage et de recommandations est là pour vous empêcher d’écouter des musiques progressistes et vous maintenir dans le giron du catalogue consensuel – le seul qui vaille la peine d’être écouté sur la plateforme. Car si vous tombez sur un titre underground et clivant tel que Salut Les Culs, et que vous avez le toupet de l’apprécier, vous allez certainement chercher à en savoir plus sur l’artiste pour écouter davantage de cette musique hardie. Et vous commettrez alors l’impensable : quitter l’interface. Notez que ce raisonnement s’applique tout aussi bien à bon nombre d’autres hébergeurs de contenus (Deezer, mais aussi YouTube, Facebook, Google…)

En devenant prescripteur, Spotify est automatiquement devenu un label – possiblement la plus grande major au monde. Leur ligne artistique pourrait se résumer ainsi : ici, écoutez la musique que les autres écoutent aussi.

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“Quotidien” avec Yann Barthès : l’émission qui remet la musique à sa place

Hasard ou destin, je me trouvais hier soir devant “Quotidien”, l’émission d’infotainment de Yann Barthès.

Pour ce qui est de l’info, c’est pas trop mal fait, bien sûr ça reste de la télé mais j’imagine que ça peut toucher des gens qui ont pas spécialement envie de se taper le 20h, donc de ce point de vue le pari est plutôt réussi.

Et là Yann nous annonce une séquence live, avec en l’occurrence le trio punk de Toybloïd. Wouhou ! Je crois alors me souvenir qu’il s’agit d’un des derniers créneaux de musique jouée en live à la télé, en tout cas pour des artistes indépendants. Je me dis chouette je vais pouvoir assister à ça dans les conditions du direct, dans le contexte, c’est-à-dire en bon téléspectateur lambda et pas en analyste finaud. Même si bon, on me la fait pas.

Le public descend des gradins pour se masser devant la scène et y taper des mains en rythme sur les temps. Nos amis nous jouent alors un titre d’une minute 26, c’est court mais bon c’est du punk alors bon c’est peut-être aussi bien. Le refrain reste grave dans la tête.

J’ose alors me demander si ce format n’est pas une contrainte de l’émission, mais en bon professionnel, j’effectue des vérifications : en fait certains autres artistes jouent plus de 4 minutes, donc il s’agit très certainement d’un choix du groupe. Fausse alerte.

Sur la capture d’écran ci-dessus, issue du site de TMC, notez le communiqué de presse vulgairement copié-collé, où on lit que le groupe est “frais et pêchu”. J’imagine que le texte original parlait plutôt d’une musique “fraîche et pêchue”, mais visiblement on a affaire à un rédacteur qui ne connaît absolument rien à la musique.

Hélas, les artistes ne sont pas invités à prendre le micro pour parler de leur disque, dommage. Mais le meilleur arrive.

Donc là il y a cette séquence futuriste – mais tellement télévisuelle – où le groupe invité est chargé de présenter la météo. C’est assez rigolo, mais pour la musique, on repassera.

Ceux qui suivent ce blog depuis quelques années ont compris en même temps que nous quelle était la place de la musique industrielle : produire des jingles, du fun, du ‘tainment. Nombreux sont les artistes qui rêvent de participer à ces émissions pour bénéficier de l’audience monstrueuse qui va avec. On peut les comprendre, car il faut malgré tout défendre son projet.

Reste juste à savoir si, en tant qu’artiste, on a quelque chose à dire, et dans quelles conditions on peut – ou pas – le dire. Tout n’est pas bon à prendre.

Pour en savoir plus sur nos divagations, vous pouvez jeter un oeil sur ces articles, et notamment celui-ci.

Le mois prochain et après des années de boycott, nous nous rendrons au Printemps de Bourges, pour se remettre dans le bain. Non pas qu’on veuille passer du côté obscur, mais on a aussi des contraintes économiques, et on a besoin de GUSOs.