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Revue de presse : Chérie, il faut qu’on parle !

Voici l’article à lire histoire de comprendre un peu ce que je raconte :
http://www.nextinpact.com/news/89512-reforme-droit-d-auteur-julia-reda-parti-pirate-veut-l-avis-createurs.htm

Chez Vlad on est au taquet sur ces questions de droit d’auteur et droit voisin. C’est bien simple, avant on était contre, maintenant on est pour. Qu’est-ce qui a changé entre-temps ? Et bien maintenant on a une structure qui marche et on touche nos droits pour de vrai.

Ah oui pas des millions t’avais compris, mais un genre de treizième mois pour les intermittents, et pour ceux qui ne font pas de concerts (ou moins) des petits bouts de dollar qui, mis ensemble, peuvent ressembler à un SMIC dans dix piges. Ouais c’est long ! Surtout qu’on a commencé en 2000.

Si un jour les Piwates passent à l’abordage et nous niquent tout, dans la conception qu’ont certains de la-création-c’est-gratos, le travail d’écriture et de composition sera moins rémunéré, peut-être même plus du tout. Google sera content et l’Europe sera sauvey, normalement.

Sauf que le groupe du coin n’aura aucun intérêt à composer des morceaux, et le DJ standard n’aura aucun intérêt à perdre du temps à apprendre à se servir de Fruity Loops : autant jouer des morceaux existants car la composition ne paiera plus. Et tout ce temps gagné pourra être utilisé à poster des selfies et spammer toute la planète, bookez-moi je suis plus beau, de toute façon le concurrent joue les mêmes morceaux que moi.

Et on dansera tous sur la même musique, celle de ceux qui ont vraiment du fric, genre Red Bull Records, ou les majors qui vendent des flingues.

Vous me direz, ouais mais l’être humain continuera à composer, c’est instinctif : il composera pour le plaisir ! C’est exact. Nous avons composé pour le plaisir pendant 10 ans. Mais nous sommes dans le ghetto, mon ami. Nous jouons dans des cafés-concerts éclairés au néon, des clubs semi-vides, et quand nous sommes bookés sur un festival c’est souvent pour jouer à 19h. J’exagère ? Oui, mais pas trop.

Le débat sur la rémunération de la création doit bien sûr avoir lieu en ces temps de révolution numérique, mais nous voulons juste dire deux petites choses :
– Même un petit label indé comme nous tient à son droit d’auteur à la françaêse, pas seulement les mafieux de la bande FM.
– Si la composition n’est plus rémunérée, le fossé qui sépare le ghetto et la bande FM risque de s’agrandir, car les labels comme nous qui vivotons d’un assemblement de revenus risquons de galérer un peu plus. A une toute autre échelle, ce serait un peu comme supprimer les allocations chômage pour les intermittents, en application d’une logique “soit vous êtes bénévoles, soit vous roulez pour Universal”.

C’était un point rapide sur l’état des réflexions au sein du staff, ceci n’engage pas nos artistes. N’hésitez pas à nous contredire, on est vendredi.

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Revue de presse /// Les musiciens dans la révolution numérique

Comme promis, j’ai lu pour vous « Les Musiciens dans la révolution numérique« . Vous pouvez le lire vous aussi, hein. Dans le cas contraire, voici quelques éléments qu’il peut nous être utile de connaître, nous autres punks/profanes/bouseux/wannabe, comme vous voulez.

Il s’agit de l’analyse d’une enquête menée en 2008 auprès d’un large échantillon d’artistes et musiciens interprètes membres de l’ADAMI. J’en connais déjà un paquet parmi vous qui ne savent pas ce que c’est que l’ADAMI (renseignez-vous, ils ont peut-être du pognon à vous sur leur compte en banque), et c’est statistiquement peu surprenant puisque 72% de l’échantillon a 40 ans ou plus. Bref, vous vous inscrirez plus tard j’imagine.
Voici donc une sélection de points intéressants, d’après moi.

1. L’échantillon se répartit entre les genres musicaux suivants :
Classique, lyrique : 19%
Jazz, blues : 10%
Musique du monde : 15%
Pop, rock : 19%
Chansons, variété : 28%
Nu-manele, moombahton : 0%
Illustrateurs sonores et autres : 9%

Au passage, rappelons que l’ADAMI collecte des fonds notamment sur la copie privée. Par exemple, quand tu achètes une clé USB (et il paraît qu’il s’en vend quelques-unes chaque jour), des sous partent vers l’ADAMI, puis après quelques commissions diverses et cordiales vers les artistes membres. Combien ? Oh, genre 11 millions par an. A lui tout seul et ses sept cents disques durs externes, Captain Cumbia a probablement permis de financer la moitié du budget des prises de batterie du dernier Nolwenn Leroy, respect ! Ceci dit, les prises sont bien clean.

2. Critère intéressant, les auteurs ont demandé aux sondés s’ils revendiquaient plutôt :
– connaître et appliquer de façon créative des règles complexes de composition ou d’interprétation,
– chercher à plaire à leur public (et éventuellement à l’éduquer),
– inventer des formes radicalement nouvelles
avec un seul choix possible. Bien sûr les trois aspects peuvent coexister dans un projet artistique unique, mais là il faut choisir.

Résultats dans l’ordre : 60% / 20% / 20%. J’ai été un peu surpris, d’après ce que je peux voir sur ma TL j’aurais dit que les artistes étaient plus nombreux à chercher à se faire liker par leur public.

3. Il y a une bonne partie de l’étude qui porte sur la révolution numérique (normal c’est dans le titre) : internet (MySpace, YouTube) et équipement home-studio. Aujourd’hui, on ajouterait probablement plein de rubriques : crowdfunding, réseaux sociaux, etc. Pas de réel scoop pour nous, ce sont les plus jeunes, les plus innovateurs et les plus miséreux qui s’investissent le plus dans la matrice. On y croit !

En revanche, pas mal de défrichage sur les questions de l’auto-production, de la politique tarifaire (morceaux gratuits, prix libre). En 2008, seuls 15% des sondés envisageaient d’abandonner le CD dans un futur proche, mais 60% se disaient favorables à la distribution de leur musique sous forme de bouquet de quelques titres plutôt que sous forme d’album. « Bouquet » ça veut dire « maxi » (pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs).
Bon, je vais pas tout recopier non plus sinon je vais encore aller en prison.

4. L’étude se conclut sur un essai de typologie en 5 catégories (par analyse de correspondances multiples, pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs) :
– les élus (5%) : archi-stars, ils sont peu impliqués dans la révolution digitale qui est en train de nous sauver la vie, le plus souvent parce qu’ils ont du staff pour ça.
– les artisans (20%) : pour simplifier, ce sont les musiciens classiques, pas nécessairement compositeurs donc. Egalement moins impliqués pour des raisons liées par exemple au style de musique en lui-même. Mangent pas que des pâtes, a priori.
– les professionnels (un peu moins de 20%) : ils s’investissent davantage que les artisans et semblent toucher à un peu tous les domaines (auto-production, home-studio…). Typiquement les musiciens de jazz/blues, on a chez Vlad quelques gars qui rentrent dans cette catégorie : « j’me débrouille tout seul, ça m’a pris un peu de temps pour créer mon réseau ou ma fanbase mais globalement je m’en sors ».
– les innovateurs (25%) : ils ont souvent un boulot complémentaire et sont les plus fortement numérisés. Ça aussi on connaît bien chez Vlad, ce sont ceux pour qui la promotion de la musique (en tant que création) est le fil directeur, devant la course aux cachets ou aux royalties. Ils sont souvent adaptes de la licence libre, du peer-to-peer, etc, tout ce qui peut aider la diffusion.
– et enfin les exclus (29%) : peu numérisés, peu actifs, ils sont par exemple en début ou fin de carrière, ou bien en transition entre deux projets, ce qui explique la baisse de régime. On retrouve un taux habituel de « attends ouais je vais le faire, on se rappelle lundi, gros bisous ».

5. Le meilleur pour la fin : deux études sont citées et m’ont l’air fortement audacieuses.
« Rosen (1981) a mis en évidence que le succès comparé de deux artistes n’est pas toujours lié de manière nette à leurs talents respectifs. »
L’étude est ici et mérite largement qu’on apprenne l’anglais (et quelques notions d’analyse). Je me demande ce qu’on y appelle le talent.
« De même, Adler (1985) a souligné que le comportement mimétique des consommateurs, via le bouche à oreille et la recherche d’une culture commune, peut parfois conduire à l’émergence de « stars » dénuées de tout talent. »

A lire ici. Une étude qui va redonner de l’espoir à tous ceux qui rêvent de réussir alors même qu’ils ignorent tout du solfège. Courage !

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Findus, c’est une nouvelle plate-forme à MP3 ?

Avec l’avènement des plateformes de diff’ sur le net, on a parfois dit que les labels allaient disparaître et que les artistes vendraient leur production directement au public. LOL !

Alors jeune groupe / producteur, ça y est tu viens de finir d’enregistrer et tu as tes MP3 bien clean prêts à être vendus sur le net ? Alors gagne du temps et passe par un agrégateur (Zimbalam, Tunecore) pour placer ton son directement sur plein de sites. Bon, je te donne directement la fin de l’histoire, parmi les 20/30 plateformes sur lesquelles ton son sera chargé, seuls iTunes, Deezer, Spotify et à la rigueur Juno te verseront des centimes. Si tu as la chance d’avoir un label un peu crédible, tu pourras vendre sur une plate-forme équitable comme CD1D, ou chez les snobs de Beatport, c’est quand même franchement plus classe.

Mais attends, tu sais que le premier site de diffusion de musique au monde c’est Youtube ! Alors s’il te plaît fais des vidéos avec tes morceaux et charge-les. N’oublie pas Dailymotion et Vimeo en passant.

Ceci dit, mon voisin trouve que Grooveshark c’est bien pratique. Dès que tu as un peu de temps, pense à tout charger dessus aussi. Son coloc, par contre, a favorité comme un dingue sur Soundcloud, tu devrais te créer un compte rapidos tant que t’y es.

D’ailleurs, à ton dernier concert à la cambrousse on t’a demandé si tu avais un Myspace. Effectivement, ton profil prend un peu la poussière, mais tiens-le quand même à jour, il y a encore du monde dessus. Même si une partie de la population a migré sur Bandcamp ou Noomiz qui ont repris un peu le concept ; tu devrais uploader ton son là-bas c’est gratuit.

En repensant à Myspace, tu te dis que les modes vont et viennent et qu’il serait bien d’avoir aussi un espace perso, un vrai site quoi, avec des liens ou quoi pour le jour où ta plateforme favorite mourra. Tu peux faire du WordPress, ou du Drupal ou du PHP si t’as du temps à perdre.

Pour te faire connaître, facile, tu crées une page Facebook. Mais n’oublie pas les gens qui n’ont pas de compte Facebook, et collecte leurs adresses email pour leur envoyer une newsletter. Et Twitte un peu aussi, parce que sur Facebook il y a un peu tout et n’importe quoi, et tu galères à choper des likes, à la télé ils ne parlent que de hashtag et de followers.

Et fais quand même presser deux-trois disques physiques, les radios préfèrent. Il y a plein de caf’conc’ sympas qui aiment bien en avoir en stock, il y a des disquaires survivants, tout le monde n’a pas d’iPod, et certains DJs ne jouent que des vinyles.

Ce week-end, il faudra aussi éplucher ce post-it sur un coin de ton bureau : Qobuz, PlayMe, Jamendo, Resident Advisor, Viinyl, LastFM, MusicMe.

Nos excuses à tous ceux que nous avons pu oublier.