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Notre nouveau label : Foudrage

Sa genèse est pittoresque, puisque son nom hantait son créateur (alias moi, Roro) depuis quelques mois déjà sans que ce dernier sache bien à quoi le destiney.

Voici donc venir Foudrage, un label orienté rap/chanson francophone politisé et bienveillant, en ce sens qu’y seront naturellement proscrits l’egotrip, la misogynie, le mépris de classe et tout autre discours oppressif.

Notre Bandcamp, tu sais, ce thème wordpress hyper reuch

Le timing est parfait puisque le monde a rarement été aussi pété, entre contrôle des corps à tout-va, dancefloors prohibés et conjoncture économique dégueu pour les zartiss. On a du coup poussé le vice jusqu’à monter une nouvelle teboi en mode 5920Z, pour produire des disques et éditer des auteurs qui sont pas là pour faire tourner les serviettes.

Envoyez vos maquettes, on croule pas sous les demandes.

Votre contact presse :
Romain PIERRE – contact@foudrage.fr
FOUDRAGE – 13, Rue de la Santé – 35000 Rennes

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Valeur et richesse

Il est des concours de circonstances que certains seraient tentés d’imputer au hasard. La bonne blague !

Ce week-end, une vidéo du remarquable Franck Lepage sur l’art contemporain fut le point de départ d’une discussion échevelée sur l’art. Oui, c’est un sujet qui nous tracasse. De quoi qu’on pourrait se tracasser d’autre, on a pas assez de fric pour se branler sur du matos ou sur l’immobilier, et la religion c’est trop compliqué.

Et justement, au milieu d’une série de scuds anti-capitalistes, notre bon Franck a formulé ceci : selon lui, l’art contemporain réalise le rêve capitaliste de permettre la création de valeur sans création de richesse. Regardez la vidéo car je ne peux citer précisément son raisonnement ici, sauf à recopier tout le verbatim, et la vidéo dure 30 minutes.

Ceci nous a permis d’échanger de manière constructive sur le caractère tout à fait relatif des notions de valeur et de richesse. Dans le contexte, Lepage considère qu’un art qui se limite au concept (en supprimant les aspects techniques, par exemple) permet la création de valeur sans qu’il ait mobilisé au préalable de travail productif. D’accord, mais à condition de considérer que le travail de conception ne vaut rien, et que seul le travail technique compte.

Du genre : “quoi, 400 balles pour un logo ? mais t’as juste écrit le nom en noir avec un trait jaune au-dessous.
Ou alors : “Brassens, tu parles, y’a juste guitare voix, pas d’arrangements, puis c’est super mal enregistré.

La notion de technique est relative : on peut passer deux cents heures sur un track de moombahton, pour un jazzeux ça restera “un morceau fait sur ordi je parie que le mec a passé 2 heures max.” Inversement, allez essayer d’impressionner un laptop producer avec une impro jazz. “Bof le mec fait n’imp sur la gamme pentatonique” voire “Bof le mec fait n’imp.

D’ailleurs, la technique entraîne des vécus assez particuliers : parfois, les morceaux qui ont demandé le plus de travail ont fini par lasser leur auteur, et certains morceaux qui sont venus “comme ça” sont jugés plus puissants, peut-être parce qu’une part de chance ou de transcendance a guidé la main au moment de leur création, là où un truc réfléchi de partout a peut-être perdu tout intérêt en route.

Il n’est peut-être pas surprenant qu’un penseur comme Lepage, militant de l’éducation populaire, envisage l’art d’abord sous l’angle de la richesse produite. Une oeuvre qui ne mobilise pas ou peu de travail technique trouve parfois moins d’écho auprès d’un public non averti : “bof, ce sont juste des déchets peints en bleu.” Or, ce type d’oeuvre à la conception technique minimaliste met précisément l’accent sur le concept – qui lui, ne coûte pas cher en matériel, même s’il peut coûter autant sinon plus en temps de travail intellectuel. Alors que faire un tableau réaliste, ça prend des années, mais ça demande pas vraiment de se creuser la tête devant la page blanche. Il faut travailler la technique, certes. En gros, être un bon élève.

Mais si les bons élèves font de bons professeurs, ou de bons exécutants, ça ne fait pas nécessairement de bons artistes. Alors, revenons à nos histoires de valeur et de richesse.

La valeur, c’est la mesure qu’au moins deux individus s’accordent à donner à une même chose : c’est une notion objective.
La richesse, c’est la mesure de la différence de valeur qu’un même individu donne à deux choses différentes : c’est une notion subjective.
Un exemple : prenons 2 personnes, l’une apprend à l’autre à faire des crêpes. A la fin, les 2 savent faire des crêpes. On a créé de la valeur sans créer de richesse pour autant. A l’inverse, prenons 2 personnes : l’une donne 10 balles à l’autre. La richesse de chacun a évolué : celle du premier a diminué, celle du second a augmenté. Il n’y a pas eu création de valeur : les 10 balles valent toujours 10 balles, quelque soit la poche dans laquelle elles se trouvent. La richesse ne se partage pas, elle ne peut que changer de poche. La valeur, elle, peut réellement se partager.

Alors c’est vrai, l’art contemporain permet la création de valeur sans création de richesse, et ça peut expliquer pourquoi les capitalistes ont milité pour défiscaliser l’art contemporain et ainsi y placer leur fric. Si ça se trouve c’est moins chiant à trimbaler que des putains de lingots.

Mais là où il faut faire la part des choses, c’est que créer de la valeur sans créer de la richesse ça ne profite pas qu’aux riches. Précisement : évaluer la capacité de production en termes de richesse produite revient à considérer l’individu comme uniquement capable de fournir une force de travail : un ouvrier, un exécutant, un tâcheron du capital. Alors qu’en envisageant la productivité sous l’angle de la valeur, on peut dépasser cette vision sinistre et faire de quiconque un créateur de valeur, au sens de l’intérêt général, du bien commun, m’voyez.

D’autant plus qu’à envisager le monde sous forme d’une somme de richesses (finie, qui plus est) à partager, nous en sommes réduits à nous mettre sur la gueule pour piquer ce que possède l’autre. Dans le spectre politique, et vu qu’on est en pleine période d’élections, vous noterez que certains candidats prétendent défendre les intérêts des puissants, des riches ou des patrons – et d’autres prétendent défendre les intérêts des petites gens, des pauvres ou des salariés. Finalement, tous se battent pour la richesse : les premiers veulent la conserver, les seconds se l’approprier de manière plus ou moins directe. Moins nombreux sont ceux qui envisagent le progrès comme d’abord la création de valeur : que ce soit par la culture, l’éducation, la justice.

Et nous dans tout ça ? On est là, Papa ! On inaugure d’ici quelques semaines 2 nouvelles initiatives extrémistes, explorant chacune de ces directions. L’une sera tournée vers la création de valeur avec la mise en place d’un modèle économique tournée vers le concept, le numérique, l’imaginaire, le puissant, tout ça à peu de frais. L’autre se consacrera à la création de richesse, avec un modèle de labeur, d’artisanat, de sueur de travailleur méritant.

Au fait tu lis ce genre de trucs sur le site des autres labels aussi ou pas ?

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Musique du monde et vote réactionnaire

Encore un titre bien putaclic. Que voulez-vous, faut bien bouffer.

L’idée ici n’est évidemment pas de défendre ou d’excuser les prises de position réactionnaires, qu’elles soient concrètes ou à vocation purement électoraliste. L’idée ici n’est pas non plus de donner à ces mêmes réactionnaires des arguments correctement orthographiés. Ceux qui à la lecture d’un texte excellent à y lire ce qu’ils veulent parviendront à leurs fins de toute façon. C’est d’ailleurs un risque que nous, artistes, courrons chaque jour : pire que le risque d’être incompris, celui d’être compris de travers.

L’idée est plutôt de permettre de mieux comprendre une partie du vote réactionnaire, par le prisme de la musique, notamment celle qui est en lien direct avec les questions d’identité et de culture : la musique du monde.

Hein ? Quel rapport avec la musique ?

Avant de rigoler, il faut bien avoir à l’esprit le pouvoir surpuissant de la musique. Notre exposition à la musique enregistrée est permanente, subie et intériorisée. Vous l’entendez tout le temps, vous ne l’avez en général pas demandé et la plupart du temps vous ne vous en rendez même plus compte.

Le scoop, et ceux qui lisent régulièrement ce blog le connaissent déjà, c’est que cette musique dit toujours quelque chose. Par exemple, la musique industrielle nous dit en général quelque chose du style “faites-nous confiance”, “nous sommes le futur” ou encore “ici, pas de prise de tête”.

Ok, mais alors quel rapport avec la politique ?

Commençons par nous accorder sur l’inaudibilité du discours politique. Personne n’y comprend plus rien. Les arguments, les partis, les personnes sont largement interchangeables, à quelques rares exceptions près – ce qui, soit dit en passant, peut déjà expliquer certains succès. Et quand vous essayez de parler de politique avec quelqu’un, vous aboutissez généralement et en quelques minutes à l’une des situations suivantes :

– Vous êtes globalement d’accord avec votre interlocuteur, et vous finissez par débattre d’un point de détail un peu technique sur lequel ni vous ni lui n’êtes très sûrs de ce que vous racontez. La discussion s’enlise dans un “on sait pas trop” de bon aloi. Quelqu’un commence à lire Wikipédia à voix haute et tout le monde baille.

– Vous êtes plutôt en désaccord avec votre interlocuteur, et lorsque l’un d’entre vous aura montré qu’il est mieux instruit que l’autre sur le sujet, le perdant émettra quelques arguments de pure mauvaise foi comme autant de signaux pour demander la fin de l’humiliation. Beau gosse, le vainqueur aura le bon goût d’avoir le triomphe modeste, voire secret.

– Vous êtes en désaccord total : dans ce cas extrême, le dialogue n’a pas réellement lieu, la mauvaise foi est immédiate, les insultes et les coups peuvent alors pleuvoir.

Ces situations présentent un point commun : personne n’a réellement évolué par rapport à ses convictions de départ. Le plus souvent, la discussion ne permet pas le débat. Il y a des gens qui parlent mal, d’autres qui entendent mal, d’autres encore qui n’écoutent pas. Parfois, on ne parle pas la même langue. Parfois, on débat par écrit sur Internet. Finalement, il est extrêmement difficile de communiquer, à l’oral comme à l’écrit. D’où le succès du small talk, cet ensemble de thèmes faciles à aborder en toute circonstance. Après tout, en tant qu’êtres humains, on a besoin de se parler, même si en général on n’y parvient pas.

C’est à ce moment précis que l’Homme inventa la musique.

La musique permet en effet l’expression d’émotions, la transmission de messages de sympathie ou d’encouragement ; la célébration d’une forme de fraternité, ou la communion autour d’une idée partagée du Beau. Toutes ces choses sont tellement difficiles à communiquer avec des mots. Là où l’Homme a été diablement retors, c’est qu’en créant la musique, il a aussi créé la musique du monde. Celle qui porte en elle l’affirmation de son origine, par le choix des instruments, des rythmiques, des harmonies. Celle qui permet à celui qui la joue de dire : “voilà, ça c’est moi”.

Et tout un chacun, pour peu qu’il soit un peu mélomane, possède une musique de coeur : celle qui lui rappelle son enfance, son pays, sa famille. Mais ça va plus loin : si vous avez passé deux ans de votre vie au Brésil, vous risquez de frémir toute votre vie à l’écoute de quelques accords de bossa nova. Et si vous avez grandi pendant les années 90, vous aurez toujours la chair de poule pendant la montée de synthé d’Insomnia de Faithless.

La question culturelle au cœur du vote réactionnaire

La mondialisation et la libre circulation des biens et des personnes nous a permis d’intensifier les échanges culturels avec les autres populations du globe. La musique enregistrée est le principal vecteur d’échanges culturels entre les populations. Il y a aussi la gastronomie, ou encore le sport. Mais la musique, elle, est porteuse de sens. Le programme Erasmus, les vols low cost, les réseaux sociaux : toutes les cultures voyagent joyeusement, on apprend à se connaître, c’est l’amour.

Or, en pratique, une partie croissante de la population a surtout l’impression que cela a permis aux autres de venir chez eux. De plus en plus de gens (en Europe, aux Etats-Unis mais pas seulement) ont l’impression d’être envahis par la culture des autres : ils se trouvent alors dans une situation que certains ont appelé insécurité culturelle. Attention, je tiens à signaler que je n’ai pas du tout inventé cette expression, et je ne prétends pas ici discuter de son bien-fondé dans l’absolu, c’est juste que le concept est pratique pour la suite de mon histoire.

Lorsque je suis un Français réactionnaire donc, je vois des brasseries remplacées par des kebabs, je vois que Jean-Pierre Papin ne joue plus en Equipe de France, et j’entends parfois à la radio des musiques dont je ne comprends même plus les paroles, même quand c’est en français. La plupart du temps, je focalise sur des phénomènes marginaux : il reste 95% de brasseries toutes assez identiques dans ma ville, j’ai tendance à confondre le football avec le sport dans son ensemble, et de toute façon j’écoute Nostalgie. Mais je sens, ou du moins je crains, que la dynamique ne joue pas en ma faveur, et cela fait naître en moi un sentiment d’insécurité. Et cela, d’autant plus que je suis bien incapable de définir ma culture à moi.

Quand une voiture passe avec du raï ou du zouk à fond, je me dis “tiens moi aussi j’irais bien en virée avec des potes, on prendrait ma caisse et on mettrait à fond… euh…”

On mettrait quoi ? Zaz ? Frero Delavega ? Christophe Maé ? Ou tout autre produit industriel auquel on a plaisir à s’identifier autant qu’à un paquet de pâtes ? Quel est l’apport du peuple auquel j’appartiens au patrimoine culturel mondial ? Que vaut l’échange culturel mondialisé quand il ne fonctionne que dans un seul sens ?

A la recherche d’une hypothétique culture musicale populaire

Au Chili, en Serbie, au Cap-Vert, il y a des musiques populaires que les gens écoutent à peu près tout le temps : la cumbia, le tallava, le kuduro. En France, on n’a pratiquement plus d’équivalent. On a la chanson française, mais son côté verbeux manque de légèreté. Il y a bien les trucs industriels cités plus haut, qui font d’ailleurs les beaux jours des festivals, mais ça manque cruellement d’authenticité. Le poids du texte, sûrement. Ou la production typée variété, façon Sacrée Soirée. Ou le caractère ultra-bourgeois des textes et de l’imagerie. Ou tout ça à la fois.

La France est aussi un pays qui connaît une frontière nette et imperméable entre l’underground et le showbiz. Peut-être cette situation est-elle en lien avec l’organisation économique de la filière musicale et la typologie des acteurs. Le réseau des SMAC est par exemple souvent montré du doigt pour son inaccessibilité aux artistes indépendants, notamment locaux. Les playlists des radios sont totalement hors de portée pour 99% de la production musicale de ce pays. Enfin, le principe de présomption de salariat conduit à cette situation absurde où 99% des concerts de ce pays se déroulent dans l’illégalité. A chaque fois, ces mauvais choix ont été faits dans le but d’encourager la professionnalisation des artistes en tant que salariés, créateurs de PIB, contribuant au rayonnement du territoire – et au détriment de la pratique elle-même. L’éternelle logique libérale, qui n’a rien de mieux à nous proposer que de la malbouffe auditive.

Nous sommes donc dans un pays qui n’a pour ainsi dire pas de culture musicale populaire, hormis les apports de populations arrivées plus récemment. A quelques restes de chanson, de musique bretonne ou occitane près, c’est soit l’industrie, soit les musiques populaires apportées par les populations issues de l’immigration de la deuxième moitié du XXème siècle.

Et dans un contexte de mixité, notamment en province, cela finit par fonctionner. D’abord avec une forte influence de la musique gitane sur la chanson française (pensez “guitare manouche”). A la fin des années 90, Skyrock était “premier sur le raï”. Puis vint Magic System, Kendji Girac, MHD…

Hélas, et c’est ici nous que devons reconnaître une limite à notre pratique artistique préférée : ce n’est pas parce que vous appréciez la musique des autres que vous vous mettez à les apprécier en tant qu’individus. Il y a toute une catégorie de racistes qui vous diront qu’ils n’aiment pas les Noirs, sauf quand ils jouent de la musique. C’est vrai, c’est si vulgaire, un Blanc qui chante.

Le repli réactionnaire comme tentative de réaffirmation culturelle et identitaire

Parmi les réflexes courants face à une prise de position réactionnaire, il en est deux qui se contredisent. Le premier est de se dire que le réactionnaire est tout simplement idiot et qu’il ne devrait donc pas bénéficier du droit de vote. Le second est de se dire que c’est un ennemi redoutablement intelligent qui nous veut du mal. Prenons ici un point de vue rousseauiste, et considérons que le réactionnaire se forge un avis en toute conscience, non pour nous faire du mal, mais pour combattre ce qui lui paraît être le mal incarné, de son point de vue à lui.

En situation d’insécurité culturelle, notre réactionnaire a besoin d’être rassuré sur son identité. Il veut pouvoir clamer haut et fort “voilà, ça c’est moi”, danser sa musique, célébrer sa culture, son appartenance à un peuple. Il veut pouvoir éprouver son humanité, se ressentir et se raconter comme être de culture. Se distinguer de l’animal, merde !

Faire l’expérience autonome de sa propre culture étant devenu une activité illégale sous l’effet des politiques culturelles publiques, et largement vide de sens à l’ombre des industries, il ne reste à notre individu frustré et nié dans son humanité qu’à souhaiter :
– soit un nivellement général par le bas qui rendrait sa souffrance supportable (lois anti-bruit, fin des subventions pour les festivals) ;
– soit la réaffirmation autoritaire de sa culture dans ces sinistres palliatifs que sont le drapeau, les théories raciales, ou encore la manipulation d’un hypothétique récit national.

Ou l’on voit, encore une fois, les ravages d’une logique industrielle jusqu’au-boutiste dans un contexte politique réduit au clientélisme. Et où les responsables semblent encore s’étonner du comportement des masses qui les ont portés au pouvoir. Il n’est pourtant pas si compliqué de renverser la tendance. Le réactionnaire n’en est pas encore arrivé à bannir Magic System et Kendji Girac des playlists de mariage et des iPhone de ses enfants. Mais ça viendra.

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Le Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes créatifs

Dans le cadre des Assises de la Jeune Création, la Ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, vient de rendre public un plan de 19 mesures en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes créateurs. Chouette !

Maintenant que vous l’avez lu, parlons de ce plan qui s’adresse en priorité à des jeunes créateurs en cours de professionnalisation. Des gens qui ont donc décidé dès le lycée qu’ils allaient vivre de leur travail artistique. Des esprits chagrins diraient même : des gens qui ont été en capacité de décider très tôt qu’ils seraient des artistes professionnels. Ça fait pas grand-monde ! Ce n’est certes pas le parcours des artistes Vlad qui ne sont pas tout à fait issus du conservatoire – suffit de voir comment certains jouent de leur instrument, lequel est souvent d’ailleurs en mauvais état. Mais après tout si les jeunes pros sont dans le besoin c’est plutôt chouette que la Ministre leur vienne en aide. En plus c’est sympa de prendre des cours et tout.

Alors je profite de l’occasion pour énoncer mon Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes *créatifs*. Étant bien élevé, je vais commencer par résumer les propositions du plan ministériel tout en donnant mon point de vue tranquillou. Puis j’énoncerai mes 19 mesures. Si le Ministère veut me contacter, mes coordonnées sont sur cette page – discrétion assurée.

Mon avis sur le plan du Ministère

1. Le plan propose d’améliorer l’orientation et la formation.

Il y a pourtant beaucoup (une majorité ?) de formes artistiques qui échappent au dispositif étatique. Par définition, l’État aura toujours 5, 10 voire 20 ans de retard sur les pratiques des citoyens. Par exemple, le plan annonce la création d’un diplôme d’état danse hip-hop et des mesures sur le street art. Super ! Ça fait 20 ans que les Français pratiquent ces disciplines. Faut-il attendre 2050 pour le diplôme de moombahton ou de danse flax basix ? Survivrons-nous d’ailleurs si longtemps sans diplôme ?

2. Le plan propose de favoriser l’insertion professionnelle.

On est en 2015 : j’ose affirmer que tout un chacun est à même de proposer un travail artistique. La question est de savoir si ce travail est de qualité, donc s’il peut intéresser des gens et donc trouver un public. Le Ministère n’a pas ici eu besoin de se poser cette question : les jeunes créateurs, correctement formés dans les écoles dont on parlait en 1°, créent : on met donc en place des mesures pour les aider à devenir des professionnels, puisque leur création est nécessairement digne d’une rémunération. On décide ainsi quelles sont les pratiques artistiques qui doivent devenir des métiers. Ça m’embête un peu.

3. Le plan propose de favoriser l’innovation en réseau.

Ça pour le coup c’est bien 2015 : des mesures qui semblent prendre acte de la décentralisation (voire désacralisation) de la création, rendue possible par les nouvelles technologies et la baisse des coûts de production. C’est probablement le volet censé contre-balancer les mesures précédentes : quelques mesures bottom-up après une série de mesures top-down (pour les non-bilingues : quelques mesures qui vont du bas vers le haut après une série de mesures qui vont du haut vers le bas – étant toutefois précisé que le haut est ici le Ministère et le bas les créateurs).

4. Le plan propose d’améliorer la rémunération des artistes et leurs conditions de vie.

Comment être contre ces mesures ? Le Ministère est dans son rôle en garantissant l’exercice de la création indépendamment de sa valeur marchande, reconnaissant ici ses apports non monétisables. Dommage qu’il ne s’adresse pas également aux créateurs non professionnels qui fournissent aussi un travail artistique, créateur de lien social et d’épanouissement culturel, souvent tout aussi digne de rémunération. Ces créateurs ne connaissent non pas la précarité, mais le bénévolat, généralement illégal : musiciens amateurs donc dans l’illégalité, organisateurs de festival sans licence, lieux de vie victimes de voisins atteints d’hyperacousie et de mesures anti-bruit appliquées avec zèle…

5. Enfin, le plan s’efforce de défendre la diversité des artistes et des pratiques.

C’est bien d’aider les jeunes créateurs professionnels, mais si on veut vraiment défendre la diversité des artistes, pourquoi ne pas inclure les autres jeunes créateurs ? Le plan se souvient tout à coup d’eux à la mesure n°19 : il faut sensibiliser tous les jeunes, tout particulièrement ceux qui n’auraient pas spontanément pensé suivre les cursus des conservatoires – ça fait du monde ! Peut-être ici l’occasion de penser la création et le parcours professionnel hors du conservatoire ?

Le plan prévoit d’intégrer davantage l’art urbain à l’offre existante. Il faut ajouter l’art rural, l’art péri-urbain, l’art du reste du monde et l’art d’Internet. J’en oublie sûrement.

Et pourquoi pas les vieux ? Y aurait-il un âge limite ? Peut-être celui à partir duquel c’est fichu car on s’est résolu à une autre carrière faute de perspectives, même pour ceux qui avaient spontanément pensé, non pas faire le Conservatoire, mais juste devenir artiste ? Et sont-elles vraiment si diverses, ces pratiques enseignées au Conservatoire ? Elles sont, j’imagine, très variées, très diversifiées ; c’est-à-dire différentes les unes des autres, dans un périmètre donné. Mais diverses, ça renvoie à l’exhaustivité des pratiques de tout l’univers. Peut-être le moment idéal pour repenser l’institution, ce qu’elle peut et ne peut pas faire, ce qu’elle doit et ne doit pas faire.

Voilà pour le plan du Ministère. Maintenant, voici le mien.

Le Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes *créatifs*

Travailler sur la sensibilisation et le choix

1. Sensibiliser les élèves de l’enseignement secondaire à la possibilité et à la faisabilité d’une carrière artistique

Dans l’économie d’hier, il fallait choisir un métier, puis s’y former pour pouvoir l’exercer tout sa vie. A l’ère de l’économie collaborative, les métiers de la création doivent prendre acte des bouleversements dans l’organisation du travail : de plus en plus, on aura plusieurs carrières, successivement ou en même temps. Très tôt, l’élève doit pouvoir intégrer les métiers de la création dans l’éventail des activités auxquelles il pourra s’adonner, que ce soit durant 100% de son temps, 50% ou même 10%.

Des millions de créateurs sont issus de milieux sociaux dans lesquels les métiers de la création sont méconnus et généralement perçus comme non rémunérateurs, trop difficiles, parfois simplement inutiles. C’est en améliorant l’image du secteur auprès de tous les jeunes qu’on garantira l’égalité des chances et la diversité.

Une meilleure présentation de l’offre de formation, oui, mais en incluant des parcours d’artistes non professionnels et d’artistes professionnels non issus du Conservatoire. Une campagne d’information, oui, mais en y faisant aussi participer des artistes non professionnels et des artistes professionnels non issus du Conservatoire.

Cet effort devra notamment s’adresser à tous les élèves, bien au-delà des élèves de Terminale Littéraire – il y a des artistes partout.

2. Former à la démarche artistique plutôt qu’à une pratique artistique donnée : passer du jeune créateur au jeune créatif

Il faut repenser la formation : former des élèves aux pratiques existantes est une chose ; développer la pratique de demain en est une autre. L’accent doit être mis sur la démarche, le lien social permis par la création, le rapport à l’autre, l’épanouissement culturel. Il faut apprendre à reconnaître ces bienfaits dans toute pratique et non uniquement dans celles que l’on connaît déjà. C’est ainsi qu’on se débarrassera des biais socioculturels et qu’on avancera petit à petit vers la culture du vingt-et-unième siècle. Oui j’y vais fort.

3. Favoriser la diversité des élèves pour un cursus donné

Il faut travailler sur la perception des pratiques par les jeunes créateurs eux-mêmes : aucune pratique ne doit apparaître comme étant réservée à une population donnée. La création doit rester vive, interlope, curieuse ; la vraie diversité est celle que l’on peut observer à l’intérieur d’une classe de hautbois ou d’un cours de graffiti, pas celle qu’on peut observer dans l’ensemble des jeunes créateurs – parmi lesquels certains ne se rencontreront jamais durant leur parcours artistique. Or, appréhender la pratique de l’autre, c’est appréhender l’autre.

4. Intégrer toutes les pratiques dans la recherche

L’apport de la création à la compréhension du monde, qu’il s’agisse de pratiques anciennes ou nouvelles, doit être valorisé. Le public, c’est-à-dire le citoyen, doit bénéficier des travaux de création menés par les artistes. Chaque œuvre, chaque représentation est porteuse de sens, de lien social, d’un projet de société : celui-ci doit être expliqué, clair, accessible. Sans celui-ci, l’art contemporain n’est que de la décoration, et la musique une ambiance sonore apaisante destinée aux grandes surfaces.

5. Former aux nouveaux moyens de production et aux nouveaux modèles

Les moyens de production d’à peu près tous les secteurs artistiques ont été bouleversés par l’économie numérique. Il faut prendre acte au plus vite de ces changements pour adapter l’enseignement et la sensibilisation. Se rendre dans une classe avec un instrument de musique du siècle précédent ou avec une station de MAO n’implique pas du tout la même perception par les jeunes créatifs.

6. Une école pilote de la diversité dans le création

Je ne sais pas si je l’appellerais Grand Paris Schola, d’ailleurs je ne sais pas si je l’installerais à Paris ou ailleurs, mais une école pilote de la diversité dans la création serait une expérience à mener :
– une école dans laquelle on peut venir étudier 10 ans, 1 an ou simplement 1 mois, quel que soit son milieu d’origine ou ses moyens financiers ;
– une école dans laquelle on n’enseigne pas des pratiques définies mais l’apprentissage d’une pratique, l’élaboration d’une démarche, la valorisation du travail créatif ;
– une école dans laquelle on apprend à expliquer pourquoi et pour qui on crée ;
– une école qui ne forme pas à des métiers prédéfinis mais qui forme à des activités artistiques et qui donne des clés pour la compréhension des mécanismes économiques qui régissent, entre autres, le travail créatif.

Une telle école formera bien sûr des élèves qui se destineront à des carrières artistiques, mais pas seulement. Beaucoup d’acteurs économiques gagneraient à recruter des jeunes créatifs. Tous, en fait. On est en 2015, la planète va crever et nous avec, qui va nous sauver ? Google ? l’Union Européenne ? ou bien une génération d’artistes un peu dégourdis ? Devinez.

Faciliter l’insertion professionnelle des jeunes créatifs

7. Développer les stages en entreprise

Les jeunes créateurs doivent avoir l’opportunité d’approcher davantage le monde de l’entreprise. C’est par une meilleure connaissance de la société, de l’économie et de tout le reste que le futur artiste apprendra à aiguiser son regard et donc sa démarche. L’artiste déconnecté est un rêveur, son œuvre une distraction ; l’artiste conscient est un utopiste et son œuvre une proposition.

8. Favoriser les rencontres par l’insertion interdisciplinaire

Il faut favoriser les rencontres interdisciplinaires pour aider l’artiste à penser sa démarche comme un absolu et non uniquement comme une tradition séculaire à perpétuer. Lui donner la chance de s’essayer à différentes pratiques pour l’aider à s’orienter dans son propre parcours.

9. Favoriser les rencontres en incluant les non-jeunes

La vision paternaliste de l’aîné qui a forcément l’expérience doit être dépassée : beaucoup de jeunes créatifs, surtout parmi les non professionnels, ne se reconnaissent pas dans ce modèle unidirectionnel et ressentent le besoin de s’exprimer par eux-mêmes hors des schémas établis. La relation entre le jeune créatif et le non-jeune créatif doit fonctionner dans les deux sens. La démarche d’un jeune créatif peut être porteuse de sens pour tout un chacun, y compris pour d’autres générations que la sienne.

Favoriser l’innovation

10. En premier lieu, il faut changer de vocabulaire

Le plus gros effort d’innovation portera sur la nécessité de passer d’un vocabulaire de pratiques, de diplômes, de carrières à un vocabulaire de démarches, d’autonomie, d’activités. C’est une bonne chose de créer des réseaux, mais si l’on y trouve à l’onglet « description du profil » une liste déroulante dans laquelle il faut choisir sa pratique parmi « danse », « musique » ou que sais-je, alors on aura une nouvelle fois manqué une occasion de progresser. Un jeune créatif doit pouvoir se définir selon d’autres critères : est-il plutôt technique ? Travaillant son geste ? Est-ce un conformiste qui perpétue une pratique donnée ? Est-ce un improvisateur ? Un provocateur ? Travaille-t-il pour lui-même, pour l’Histoire, pour l’argent, pour ses pairs ?

11. Et changer de système de classification

De la même façon, plutôt que se demander si une œuvre relève de la musique, du spectacle ou des arts visuels (par exemple), il faudrait se demander quels sont les canaux de communication qu’utilise cette œuvre avec le public (visuel, sonore, émotionnel…) et quel est le discours qu’elle véhicule. Certains morceaux de musique sont composés dans le but de nous vendre un certain idéal de vie. Certains tableaux sont peints dans le but de commémorer un événement particulier. Certains spectacles sont conçus pour nous faire ressentir des émotions précises. Parfois, on ne sait pas. Parlons-en.

12. Penser également la création hors du territoire

Est-il vraiment utile pour la société de savoir que tel artiste provient de tel territoire ? En dehors de considérations liées à l’attractivité, rien ne l’indique. Cela peut au contraire parfois confiner à la stigmatisation. Le milieu rural est par exemple désavantagé dans cette compétition globalisée, car le territoire y est moins marketé. Il faut apprendre à penser la création comme étant parfois déconnectée du territoire, lequel a souvent beaucoup plus à voir avec le politique et l’économique qu’avec l’artistique.

Améliorer les conditions de vie des jeunes créatifs

13. Aider les créatifs à trouver leur public

Il ne s’agit pas tant de subventionner les artistes que de les aider à monétiser leur travail. Plutôt que décider en amont les pratiques dignes de faveurs, il faut permettre à toute pratique la confrontation avec le public tout en garantissant la maîtrise de l’écosystème économique.

14. Faciliter l’autonomisation du créatif

L’artiste est trop souvent peu ou mal informé sur ses droits, en tant que créateur, ou encore interprète. La désinformation, propice aux délires paranoïaques, prolifère sur les réseaux auprès des créatifs amateurs qui n’ont pas aisément accès à l’information.

Parallèlement, il est urgent de légaliser l’amatorat et de garantir des espaces légaux d’expression pour toutes les pratiques.

15. Aider le public à trouver ses artistes

Une immense majorité de citoyens n’a pas le choix dans les œuvres qui lui sont présentées quotidiennement. La musique, l’art plastique s’imposent à tous sans faire l’objet d’une distanciation suffisante, générant des générations entières d’artistes conditionnés par des pratiques dont les démarches sont inexpliquées et les apports discutables.

Une expérience intéressante consisterait à permettre à un public donné, sur un territoire, de définir l’art dont il aurait réellement besoin. C’est-à-dire la pratique ou la forme artistique qui serait une réponse à un problème de société identifié (le racisme, la pauvreté, la solitude, le handicap…) Une fois cette réponse définie, il serait intéressant de voir si ce public est à même de mettre en œuvre lui-même cette réponse.

Œuvrer à la diversité des créatifs et des publics

16. Acter de la diversité des créatifs

Les créateurs ont certainement besoin de plus de diversité dans leurs effectifs. Les créatifs sont, eux, extrêmement divers. Il importe plus de les reconnaître comme tels que de chercher à en faire rentrer davantage dans les carrières pensées pour eux par le système actuel. L’aménagement d’un statut fiscal et social souple permettra à un plus grand nombre d’entre eux de se revendiquer comme tels, augmentant ainsi la porosité entre amateurs et professionnel – si tant est que ces termes continuent de signifier quelque chose dans l’économie de 2020.

17. Acter de la diversité des moyens de production

Tout comme l’état ne décide plus quelle voiture on doit fabriquer, mais doit garantir l’avènement d’une offre industrielle, l’état ne doit plus choisir de quel instrument je dois jouer, mais doit m’aider à le choisir, l’inventer, le pratiquer et à comprendre comment valoriser le travail artistique que je peux fournir grâce à cet outil qu’est l’instrument.

18. Cultiver la diversité des publics

On l’aura compris, cette histoire de diversité m’a titillé, et je me permets d’inverser carrément le protocole en disant ceci : pour penser la diversité, il ne faut pas chercher la diversité dans les artistes, mais dans les publics touchés. Commençons par lancer une étude sur la représentativité des publics dans l’offre artistique des Conservatoires.

19. Nommer un créatif non-fonctionnaire au sein du comité ministériel

Je serais bien candidat moi-même, mais j’ai peur d’être trop cher.

Romain

Comme d’habitude, les articles d’actualité de ce blog n’engagent que le staff Vlad, et non les artistes avec lesquels nous travaillons. Mais certains sont d’accord.

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Coming Out

Les fidèles s’en seront déjà aperçus : le ton se durcit à la Direction Artistique. Si, à la création du label fin 2006, nous n’affichions comme seule prétention que celle de « promouvoir des musiques débarrassées d’intérêts économiques et de considérations politico-masturbatoires », il est aujourd’hui grand temps de faire le constat d’un virage à 180°. Demi-tour, quoi – je précise parce que des fois je lis « oui j’ai fait un virage à 360° » et ça m’énerve.

Première chose, on travaille tellement dur qu’on a plus vraiment le temps de travailler ailleurs pour gagner notre croûte. Certains jonglent entre le taf la semaine et les concerts le week-end, d’autres, qu’on surnomme les producteurs « alt+tab », font avancer la cause en temps masqué, souvent aux frais d’une société tierce avec laquelle nous n’avons pas signé d’accord-cadre. Dans ces conditions, prétendre ne pas se soucier du modèle économique de nos productions est une douce rigolade, et notre but aujourd’hui est bien de pérenniser (y compris financièrement) notre espace de création. Car notre musique n’est pas systématiquement conçue dans le but d’être vendue, mais plutôt dans le but d’être écoutée, ou, mieux, inspirante et donc utile. Autant de qualités qu’il est devenu désormais assez rare de retrouver dans un même morceau.

Deuxièmement, les MP3 et les concerts s’enchaînant, il est devenu de plus en plus difficile de faire abstraction du caractère subtilement politique de notre travail et de la façon dont nous le faisons. En 2012, un label indépendant, défendant des musiques qu’on n’entend pas habituellement à la radio et qu’on croise assez peu sur les gros festivals, porté par une société commerciale auto-financée à 100% par les concerts, ça ne court finalement pas les rues, et cela traduit des valeurs fortes qu’il s’agit de ne pas compromettre auprès de la première société tierce venue.

Conséquence assez logique, nous travaillons à promouvoir notre vision des choses auprès des confrères, des institutions ou des quelques médias qui peuvent s’y intéresser. Mais c’est en premier lieu auprès de notre public que nous voulons expliquer notre philosophie de la snare, et cela se traduira prochainement par une timide mais sincère chiée de bouquins plus ou moins artisanaux décrivant nos aventures.

Alors achetez-vous des étagères, on fera des couvertures colorées.