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Au revoir Spotify

Comme dirait l’autre, quelle belle fête ! Grâce à la chouette complicité du très cher Renaud du Labo (Dinan, Côtes d’Armor), nous avons pu réitérer notre opération de sabotage cheap de l’industrie musicale, telle que nous l’avions initiée en 2019 – si vous avez loupé cet épisode, vous pouvez vous refaire ici.

Cette année, l’atelier a été renommé « Au revoir Spotify », d’une part pour maximiser les clics (avec succès comme on va le voir) et d’autre part pour essayer de mieux formuler les choses, s’agissant d’un point de vue pour le moins marginal dans le paysage des musiques enregistrées et encore au stade de l’ébauche.

De quatre inscrits en 2019, nous sommes passés à une dizaine cette année, signe que la communication potache à la Topito a bien fonctionné, ou bien que Renaud a su rameuter les foules, l’histoire ne le dira pas. En tout cas, on est passé d’un atelier à la fois très large et très dense (ce qui avait fait l’objet des principales critiques à l’époque) à un format plus court et plus précis, grâce à des participants fougueux et d’une belle curiosité – ainsi que d’une capacité de concentration à toute épreuve devant une avalanche de chiffres et d’acronymes en cascade. Si vous n’y étiez pas, je vais tenter ici de rendre compte de quelques résultats nouveaux de cette expérimentation – si vous y étiez, n’hésitez pas à intervenir pour compléter / rectifier, on paie pas cher le kilo octet par ici.

Le profil des participants

Pour la plupart, des groupes constitués, qui tournent déjà, sur la voie d’une intermittence – ou pas. Artistes en auto-production désireux de franchir un cap, ils commencent à creuser les notions d’ISRC, d’aides SACEM ou ADAMI, de licence de spectacle : on voit là le profil-type des artistes Vlad époque 2010, lorsque la mutualisation des forces s’est avérée être le plus court chemin vers des financements complémentaires, donc la possibilité de faire des cachets sans courir après 100 dates par an, donc la possibilité d’écrire et composer pour enfin pouvoir proposer une musique enregistrée qualitative et ainsi tranquillement commencer à peser dans le game.

Et dire que jusque 2010 on était anti-subventions, et qu’on a touché notre première ressource complémentaire en 2015 (une subvention de fonctionnement de la Région Pays de la Loire, que l’on touche d’ailleurs toujours chaque année, merci les loulous). On s’est bien rattrapés depuis lol

Des artistes qui sentent bien que leur musique ne rentrera pas dans les playlists « jogging » de Spotif’ par la seule force du paradiddle et du catering-salade, et qui commencent à se dire « attends deux secondes comment ça marche tout ça en fait ». Bref, notre cœur de cible sur cet atelier lors duquel nous n’avons pas hésité à mettre les pieds dans le plat en commençant par exhiber notre dernier relevé de ventes numériques. Et soudain le drame.

Des artistes pas dupes

Pas de réelle surprise du côté des participants, plutôt même une forme de soulagement, des copains qui se charrient « tu vois je te l’avais dit que ça servait à rien ». L’impasse du streaming est une réalité que beaucoup pressentaient, sans toutefois mettre le doigt dessus, au moins pour ceux dont la musique ne rentre définitivement pas dans les cases rap / pop / electro des plate-formes. Révéler des chiffres moisis tout en faisant le parallèle avec une activité de label et d’éditeur florissante, et des tournées intenses dans tout le pays, le tout abondamment arrosé de financements, était un moyen abrupt mais marrant d’ouvrir les discussions, pour d’ores et déjà poser un premier exemple (pas du tout unique, d’ailleurs nombreux participants ont évoqué les modèles économiques de nos concurrents et néanmoins confrères, tous plus intéressants et pertinents les uns que les autres).

Le choix du modèle économique

Pour certains, il s’agissait ensuite de faire le tri dans les modèles, les stratégies et les budgets théoriques présentés, selon le style de musique, le niveau de développement, le degré de mutualisation visé (autour d’un collectif, d’une scène musicale solidaire, voire auprès d’un gros tourneur ou label).

Ici les exemples de confrères punk, metal ou electro, dans leurs approches DIY, se sont avérés particulièrement intéressants, en ce qu’ils pointent en creux les enjeux politiques liés au recours à des financements complémentaires publics ou privés. Peut-on défendre la même musique dès lors qu’on commence à jouer à ce petit jeu-là, ou bien doit-on rester strictement amateur pour garantir une liberté de création ? Un intermittent, parce qu’il n’a pas de job alimentaire, est-il réellement plus inspiré, ou au contraire tombe-t-il dans une trappe à cachets qui le conduit à courir week-end après week-end après des GUSO et autres GIP pour tenter de boucler un statut fragile ? On a décidément des discussions plus profondes sur l’art quand on cause avec un groupe amateur que quand on cause avec un industriel, c’est d’ailleurs pour cela que je passe autant de temps à rencontrer des artistes auto-produits alors que je pourrais perdre la même quantité de temps à faire des playlists sur un site vert.

A la limite du micro-consulting

Certains participants venaient en curieux prendre des infos histoire de se positionner, d’autres venaient avec des interrogations assez précises, et leurs exemples ont souvent permis d’illustrer quelques tirades abstraites. Dans cet atelier nous avons choisi de laisser la porte ouverte à du micro-consulting fugace, car il était évident que répondre en cinq minutes à une question précise d’un artiste permettait à la fois d’en aviser d’autres, et de montrer comment on peut, en créant les conditions d’un échange en toute transparence, faire avancer une réflexion de plusieurs mois sinon années.

D’autre part, et pour ce qui est des questions liées au cadre juridique, il est assez clair qu’aucun artiste n’osera appeler une institution quelconque pour aborder un problème lié à l’emploi des musiciens ou la fiscalité sur la vente d’albums. Cet atelier peut donc servir de confessionnal pour les coquins qui ont osé payer leur essence avec les thunes du merch haaaan.

Nan vraiment c’était top

Idéalement suivi d’un after mouillé au chaleureux Canard Electrik, cet après-midi a permis d’améliorer la formule, qui lorgne décidément vers un fonctionnement au plus près des artistes de tout poil, pour peu qu’ils s’intéressent à une alternative à la bande FM. Nous continuerons donc de conquérir le pays par la base, arpentant chaque kilomètre-carré de sa province, persuadé que chaque musicien – quelque soit son niveau de compromission dans l’économie du spectacle vivant et de la musique enregistrée – est porteur d’un bout de la réalité de l’incroyable puissance créative que recèle ce pays à l’abri des quatre accords magiques.

Crédit photo : Le Télégramme

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Oui, je dis encore du mal de Spotify

Ou presque.

A une époque assez lointaine pour que pratiquement aucun d’entre nous ne l’ait vraiment connue, l’artiste indépendant vivotait de ses concerts et de la vente de disques. Plus il faisait de concerts, plus il vendait de disques, et plus le disque tournait, plus l’artiste remplissait les caf’conc’ et les petits festivals. Tout allait pas pire.

Deux événements récents, liés au numérique, vinrent tout foutre en l’air :
– le budget culturel des ménages et des jeunes s’est réorienté vers les jeux vidéos, puis les smartphones et les accessoires qui vont avec ;
– Spotify et consorts apparurent, créant un écosystème parallèle dédié à la musique industrielle et enfin débarrassé des musiques concurrentes.

Moui car le numérique induit d’importantes économies d’échelle (que j’oserais qualifier de disruptives) et une logique de winner-takes-it-all qui font que les productions indépendantes, par nature porteuses de diversité, n’ont aucune chance de survie dans ce nouveau marché. On capitalise que dalle.

Exemple tout frais, un groupe se félicitait ce matin sur un post sponsorisé d’avoir atteint les 500 000 streams sur Spotify pour son premier single, et ce alors que leur page FB ne compte qu’à peine 2000 fans. Miracle du buzz ? musique géniale ? Que nenni : la major à la manœuvre a simplement acheté des places en playlist. Vous n’y croyez pas ? Regardez ça.

500 000 plays coûtent donc 5000€, et 5000€ pour une major c’est une blague, rappelez-vous de l’époque où fallait faire de la bonne musique, ça coûtait beaucoup plus que 5000€.

Mais alors pourquoi Spotify n’empêche pas ça ? Déjà parce qu’ils ne savent peut-être pas le faire. Ensuite parce que la valeur de leur boîte dépend directement du trafic qu’ils revendiquent.

Bref, les années passent et nous sommes encore et toujours en train d’essayer d’agréger les quelques rebelles encore prêts à mettre 10€ dans un disque ou une place de concert. Le côté chouette, c’est que cela nous oblige à une intransigeance artistique. Ce renversement logique a d’ailleurs inspiré une de nos punchlines : Survie & Conséquences, notre travail n’étant rien d’autre que l’illustration musicale de notre survie en tant qu’artistes – voire en tant qu’humains. Ça peut paraître chelou mais c’est très concret.

D’ailleurs vous pourrez vous faire une idée plus précise en venant nous rencontrer à l’occasion de notre premier Congrès, mardi 16 janvier. On paie le resto et on fomente sec.

Faut se méfier de l’eau qui dort, surtout quand elle dort pas.

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Après Spotify, voici la nouvelle plateforme de streaming qui va tout niquer

2017 c’est pas compliqué : les puissants sont devenus tellement puissants que pour nous niquer, ils se contentent de nous empêcher de réfléchir à c’est quoi au juste la puissance.

Excellent exemple que cette révolution numérique qui agite les mp3 du monde libre et des autres. Posez-vous 5 minutes à la lecture de cet article pour faire le point.

Depuis 10 ans, vous avez probablement été utilisateur de Multimania, Lycos, Voila, MySpace, Grooveshark, Bandcamp, SoundCloud, ReverbNation, Spotify, iTunes et j’en passe (plein). Résultat, vous ne vendez pas plus qu’avant, vous jouez toujours pour un Guso et vous avez perdu un temps colossal et précieux.

Pourquoi ces plateformes coulent-elles ? Pourquoi n’y en a-t-il pas une ou deux qui tiennent un peu le coup ? Pourquoi les indépendants doivent-ils s’adapter en permanence aux modèles pensés par et pour les industriels ? Réponse : c’est structurel.

Quand une plateforme grossit, arrive le moment où les majors s’y intéressent. Elles vendent l’accès à leur catalogue (vous savez, Michael Jackson et Herbert Léonard) contre des parts du capital. En cas de succès, elles gagneront bien plus que les centimes que Spotify vous jette à la gueule chaque mois. Potentiellement, elles n’ont même pas besoin de vendre de la musique pour gagner – encore moins de la bonne.

Ça vous le saviez déjà, sauf si vous découvrez ce blog aujourd’hui.

C’est donc précisément à ce niveau de développement qu’une plateforme meurt. Quand le deal des majors l’étouffe trop et que son modèle (basé sur la pub car les gens ne sont évidemment pas prêts à payer pour entendre Michael Jackson) n’est pas suffisamment bien branlé pour retenir les investisseurs. Lesquels reprennent leurs billes, à la limite eux c’est pas grave ils sont juste là pour rigoler, sauf que le pop-corn est plus cher qu’au Pathé.

Résultat, rhooo dommage les gens n’ont pas eu le temps d’exploiter les formidables algorithmes de recommandation et de recherche pour découvrir de sympathiques et méritoires artistes indépendants : ils ont créé un compte, vendu leur cerveau, écouté les playlists Spécial Fête des Mères et ça y est le site est devenu ringard. Allez sèche tes larmes on remet ça sur le nouveau site trop bien foutu vite vite viens y’a le dernier [insérez ici le nom d’un artiste pop d’appropriation culturelle] en exclu.

Dans cette course sans fin, seuls les artistes des majors tirent leur épingle du jeu : vous savez ceux qui sont toujours en homepage et dans les playlists Fête des Mères. D’ailleurs, si la course s’arrêtait, ce serait un problème pour eux, puisque les utilisateurs commenceraient à fouiner un peu pour écouter autre chose, juste pour voir. Alors qu’à chaque nouveau site, on a déjà tellement à faire pour naviguer dans l’interface et les playlists : au fond, tant pis si c’est la même musique que d’habitude.

Internet aurait pu mettre tous les artistes à égalité, dans un genre de Wikipédia du streaming. Naturellement, les industriels cherchent toujours la bonne méthode pour éviter que cela arrive, car ils cesseraient alors d’être compétitifs et crèveraient comme un vulgaire intermittent. Vu qu’artistiquement ils sont vraiment à chier, leur survie ne tient qu’à leur omniprésence, alors oublie l’idée d’un site où on pourrait en un clic passer de Coldplay à Salut les culs.

C’est contre-intuitif, mais peut-être qu’un boycott généralisé et joyeux de la part des indépendants nous sortirait le cul des ronces.

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Spotify est devenu un label. Dommage qu’ils aient des goûts de chiotte

Les plateformes de streaming ont bâti leur succès sur ce concept génial : toute la musique du monde est en ligne, alors pour aider l’utilisateur à faire son choix, proposons-lui un système de playlists et de recommandations pour qu’il puisse naviguer de manière agréable.

En effet, si vous mettez le catalogue mondial en mode random, ça risque de faire tout drôle : vous passerez d’un titre de K-Pop à un titre de grindcore​, puis de Salut Les Culs à Tchaïkovski.

Or, la musique n’est pas répartie de manière homogène tout au long du spectre de la prise de risque artistique. Il y a des millions de titres d’abstract hip-hop, d’EDM ou de rock de droite qui se ressemblent tous, et des millions de titres d’artistes indépendants qui n’ont à peu près rien en commun entre eux.

Cela obéit à une logique de positionnement : lorsque vous faites de la musique, soit vous aspirez à rejoindre la grande famille de la Musique Standard, et vous copiez la FM ; soit vous êtes au contraire animé par un esprit bravache de contestation et vous faites justement tout le contraire. Vous criez dans le micro, vous ne chantez pas, vous jouez super vite ou super lentement. Vous faites de la Musique Alternative à la Musique Standard.

On peut voir ici un phénomène comparable à la distribution de l’offre politique : conservateurs contre progressistes. Les premiers prônent une stabilité du rapport de forces entre les groupes sociaux, les seconds l’inversion ou du moins l’évolution de celui-ci.

Là où c’est intéressant, c’est que ces deux grandes catégories ont tendance à s’équilibrer. Pourquoi ? Regardons ce qu’il se passe au niveau d’un acteur donné de l’écosystème.

Sur un aspect, une question donnée, ou face à un choix à faire, il y a toujours 2 types de réponses : conforter la réponse dominante ou se positionner à l’opposé de celle-ci. Lorsqu’un groupe d’amis cherche à savoir s’il faut aller à la pizzeria ou à la crêperie ce soir, les premiers évoquent librement l’une ou l’autre option. Dès qu’une moitié du groupe a choisi la crêperie, l’autre va tout à coup arguer qu’une pizza, ça changerait, justement. Et inversement. Cela tient peut-être à un besoin, pour l’être humain, d’exprimer son avis personnel, même lorsque ce n’est pas nécessaire. Ou une volonté d’envisager systématiquement toutes les options possibles dans une quête de liberté ou de puissance. C’est ce qui fait que ces 2 choix sont globalement perçus comme tout aussi recevables l’un que l’autre – alors qu’objectivement, une galette c’est meilleur.

Lorsqu’un débat est à peu près libre, et s’il dure suffisamment longtemps, les deux camps en présence finissent par tendre vers un joli 51%/49%. Si un camp gagne avec plus de 10% d’avance, on parle de raclée, alors qu’en toute rigueur l’écart n’est pas si grand – surtout quand on sait à quoi peut tenir un vote.

Et dans ce cas, le résultat est dû au fait que le camp perdant tient des positions qui le placent hors du champ des options raisonnables aux yeux des électeurs/auditeurs/amis en quête de restau. Par exemple, un parti politique dont l’intégrité ou la moralité serait mise en défaut. Ou un album rendu inaudible par des choix extrêmes de mastering. Ou un restau qui serait situé dans une zone de travaux.

Il y a donc sur toute question autant de conservateurs, qui tendent à faire comme d’hab, que de progressistes, qui ne se satisfont pas du statu quo. En musique, cela se traduit par l’éternelle dichotomie entre mainstream et underground.

Et depuis que les plateformes d’écoute en ligne se sont résolues (tardivement d’ailleurs) à intégrer l’underground sur leur interface si délicate – probablement dans le but d’y augmenter le trafic – elles se sont retrouvées face à ce problème vieux comme le monde : comment satisfaire une clientèle croissante et hétérogène en termes de goûts ? Réponse : en lui donnant à écouter​ principalement de la musique conservatrice, celle qui clive le moins, celle qui tend à plaire au plus grand nombre – en tout cas, à déplaire au plus petit nombre. Vous aussi, vous avez peut-être créé un compte Spotify pour écouter du metal au départ, et maintenant vous lancez la playlist “ménage de printemps” avant de passer l’aspirateur.

Le système de playlist, de homepage et de recommandations est là pour vous empêcher d’écouter des musiques progressistes et vous maintenir dans le giron du catalogue consensuel – le seul qui vaille la peine d’être écouté sur la plateforme. Car si vous tombez sur un titre underground et clivant tel que Salut Les Culs, et que vous avez le toupet de l’apprécier, vous allez certainement chercher à en savoir plus sur l’artiste pour écouter davantage de cette musique hardie. Et vous commettrez alors l’impensable : quitter l’interface. Notez que ce raisonnement s’applique tout aussi bien à bon nombre d’autres hébergeurs de contenus (Deezer, mais aussi YouTube, Facebook, Google…)

En devenant prescripteur, Spotify est automatiquement devenu un label – possiblement la plus grande major au monde. Leur ligne artistique pourrait se résumer ainsi : ici, écoutez la musique que les autres écoutent aussi.

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1 abonnement Spotify à gagner pour l’achat de 2 bouteilles de Coca-Cola

Bien que les matins polonais peuvent être parfois brumeux, il y a ces derniers temps pour les musiciens indépendants de plus en plus de raisons d’être optimiste. Ainsi, que nous enseigne cette opération coup de poing de Coca-Cola (le roi des bulles) et Spotify (le roi du streaming) ?

Premièrement, l’image.

« Boire du Coca-Cola, c’est aussi cool que d’écouter des pubs entrecoupées de mp3 ! »
« Ecouter de la musique sur Spotify, c’est aussi cool que boire des bulles de sucre marron ! »
Si vous êtes un musicien indépendant à qui on tente de faire croire que Spotify, c’est l’avenir, vous restez peut-être perplexe.

Pourtant, il n’y a aucune mesquinerie, et personne ne se cache, au contraire. La confusion ne réside pas dans les CGV, mais dans le mot « musique », et ce depuis des lustres. 99% de la musique qu’on entend (pas celle que l’on écoute) est de la musique publicitaire. Cool et sympa, elle vous vend un mode de vie bien sapé, du soleil, des amis. Toutes ces choses que vous n’avez pas IRL. Cette musique n’a pas d’autre fonction : c’est du soda sonore.

Pour les 1% restant, ceux qui se souviennent que la musique a jadis été un art ou un moyen d’expression, on aurait préféré un deal avec un musée ou un journal. Et peut-être même que ça existe.

Finalement, ce genre de deal marketing se fait entre produits de même qualité. Alors si votre musique est bien, vous n’avez aucune raison d’être jaloux des groupes de la homepage de Spotify.

Deuxièmement, l’économie.

Avant, on payait pour un disque. Ensuite, on s’est mis à payer pour des fichiers. Puis on a payé l’accès à ces fichiers. Maintenant, on ne paie plus grand-chose. Et c’est normal puisque Spotify et Coca-Cola roulent ensemble. D’ailleurs, n’avez vous pas remarqué ?

Quand vous buvez du Coca, vous avez tout à coup envie d’écouter de la musique de Spotify. Après tout, ça va avec : besoin de se détendre, une pause, un soda frais, le nom de votre pote sur la bouteille, un ours polaire, il ne manquait qu’un fond sonore à base de rock siffloté ou de pop yukulélée. Bien sûr, si le contexte le permettait, vous préféreriez du rock, du hip-hop ou de la techno. Mais bon on peut pas toujours mettre le son à donf, et il faut bien réussir à trouver un consensus dans l’open space ou la galerie commerciale.

Et quand vous écoutez Spotify, cette musique qui vous met de bonne humeur, qui vous parle des vacances, vous vous évadez, vous avez envie de boire du Coca. Bien, sûr, si le contexte le permettait, vous préféreriez du whisky. Mais bon, vous allez encore être vaseux au taf demain. Et de toute façon vous allez pas boire du whisky pur, ni mettre de la flotte dedans.

Voici donc venir une nouvelle (et dernière ?) étape de la reconfiguration économique du secteur. Il y a quelques années, on s’est mis à vendre des fichiers pour que les gens se saignent pour un iPod. Bientôt la musique publicitaire sera complètement gratuite ; aucune importance ! De toute façon, l’homme aura toujours soif.

Troisièmement : et l’art dans tout ça ?

Oui tiens l’artiste il est passé où ? A-t-il un avis ?

On a mis le temps, mais grâce au progrès technologique, aux métadonnées et à la loi de Moore, on va enfin pouvoir éclaircir ces termes obscurs que sont « musique » et « artiste ». Le brassage de ces milliards d’octets permet en effet de déceler les affinités les plus pertinentes : la machine analyse ce que vous bouffez et vous indique quelle musique écouter en même temps. Inversement, la machine détecte la subversion et l’élimine. (Comment ça des chansons de 7 minutes ?)

Les artistes que vous entendez quand vous buvez du Coca sont à l’aise dans ce nouvel écosystème. Après tout, eux aussi n’ont jamais désiré autre chose qu’être consommés par le plus grand nombre.

Pour les autres, ceux qui ne font pas de la musique pour se vendre, mais pour s’exprimer, ou pour partager du plaisir, il ne reste qu’à attendre encore quelque mois pour que l’offre musicale décante un peu plus. Chez Vlad, nous faisons le pari que resurgira alors du néant numérique la musique que nous aimons et dont nous avons tous besoin. Juste le temps de réorganiser les rayons du supermarché mondial, car notre musique ne donne pas vraiment envie d’ouvrir un Coca.

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Revue de presse /// Musique et raisin

On continue nos discussions sur la musique, oui, la musique avec cet article qui buzze un peu sur ma TL :

Article un peu fourre-tout (normal, vu la source) mais qui a le mérite de pointer 2-3 phénomènes intéressants en peu de temps, façon quidam qui survole le truc. Pause café, arrêtez d’envoyer des invites facebook à tout va, projetez-vous vers l’infini et au-delà.

1. Volontairement ou non, l’auteur confond gratuit et libre (« free » en anglais).

Utiliser Facebook ou Spotify ne coûte peut-être pas (toujours) de l’argent, mais cela coûte du temps de cerveau humain disponible. Par exemple vous vous baladez sur les pages Facebook d’artistes que vous aimez (quelle idée, déjà) et mine de rien, vous êtes interrompu dans votre lecture par des posts sponsorisés pour d’autres artistes, des soirées, des marques de casque audio. Vous n’avez rien payé mais on vous a volé 3 secondes d’attention.

Si vous n’avez pas AdBlock, après une heure de surf, vous avez ingurgité un nombre de messages publicitaires assez effrayant. Ensuite vous achèterez un casque plutôt qu’un autre parce que vous l’avez vu partout sur le net, donc tout le monde doit l’acheter, donc ça doit être un casque plein de basses. Cool !

2. Volontairement ou non, l’auteur confond composition et enregistrement (« song » en anglais).

Comme il l’explique d’ailleurs très bien, il est fort probable que les gens nés après 2000 n’envisagent jamais une chanson comme quelque chose de bloqué sur un support physique, qu’il soit vinyle, cassette, CD ou même fichier mp3. Ceci dit, même les vieux ringards comme nous conçoivent que la musique est un bien immatériel, hein. Il faut juste distinguer la composition (oeuvre de l’esprit) et l’enregistrement (produit résultant d’un processus, artisanal ou industriel, de fixation sur un support).

Ainsi, l’auteur-compositeur se rémunère via des droits d’auteur en mettant son travail à disposition d’un label qui va vendre des disques ou d’un éditeur qui va placer la musique sur un film, par exemple. L’interprète se rémunère via ses concerts, s’il en donne, ou via ses prestations studio et ses droits d’interprète. Le producteur de l’enregistrement, lui, se rémunère en vendant le support – que ce support soit du plastique ou bien une suite de 0 et de 1.

3. L’auteur souligne que les gens dépensent toujours plus pour des casques ou des places de festivals et ne paient plus pour la musique.

En fait, des casques audio ou des places de festival, c’est de la musique. C’est même plutôt de l’expérience musicale, de la musique vécue, donc de la musique dé-support-isée. Ce que les gens ne veulent plus payer c’est le principe d’un forfait fixe d’accès à cette expérience. (Notez d’ailleurs que quand vous achetez un MP3 sur iThunes, vous n’achetez pas le fichier mais le droit d’accès à ce fichier – voir ici.)

Les nouveaux consommateurs de musique sont donc toujours prêts à dépenser pour accéder aux compositions de leurs artistes favoris, simplement, la dématérialisation du support a rendu caduque le principe d’un péage pour accéder au signal électrique (généralement, une suite de 0 et de 1) véhiculant cette composition jusqu’à leurs oreilles.

4. La belle métaphore finale sur le raisin : bien matériel contre bien immatériel.

L’auteur met en évidence l’immatérialité du bien « musique » en le comparant à du raisin – il va même plus loin en expliquant qu’il le savoure d’autant plus le raisin qu’il sait qu’il a dû payer pour l’avoir. On est prêt à payer pour des tulipes ou un diamant parce que c’est plus rare que les mauvaises herbes ou le granit, du coup on trouve ça plus beau. C’est super rare donc réservé aux meilleurs, et si on y accède c’est qu’on est des chefs de meute, ouais !

Aujourd’hui, plus besoin d’argent pour accéder à de la musique en abondance. Je vais chez Super U, je fais semblant de tourner un peu en rond rayon picole et je peux écouter gratos le dernier singueule de Stromae. La seule question est : suis-je un fan de Stromae ou juste un gars qui vient chercher sa bouteille de Gros Plant ?

Allez, on vous livre en exclusivité le scoop : la dématérialisation du support ne fait et ne fera que (re-)mettre en évidence la différence entre la musique abondante et la musique qu’on aime – j’oserais dire, entre musique subie et musique choisie, pour paraphraser un ancien ministre de l’Intérieur. Spotify, c’est du Roundup pour tes oreilles.

Il fait beau, le moral est bon.

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Revue de presse /// Labels indépendants et plateformes de streaming : qui a besoin de qui ?

Dans la série « revue de presse du web » commentée, un article tout frais : Les indépendants exclus de la future offre de streaming audio de YouTube ? à consulter sur l’excellent NextInpact.com. Cette fois c’est en français donc pas d’excuse, lisez-le.

La question soulevée en conclusion est la suivante : qui a besoin de qui ? Les catalogues indépendants agrégés regroupent jusque 30% du catalogue mondial, et c’est quand même beaucoup. On aurait aimé savoir s’il s’agit de 30% du nombre de titres, du chiffre d’affaires (assez peu pertinent comme donnée en ces temps de crise du disque et en termes de défense de la diversité) ou bien encore 30% du nombre d’écoutes uniques. En tout cas, il y a fort à parier que les acteurs du streaming ont davantage besoin d’un modèle économique rentable et efficace que d’un modèle « éthique » prenant en compte les intérêts des indépendants.

Inversement, et pour paraphraser Talitres, ces plateformes ne sont guère plus qu’un outil promotionnel pour les indépendants, et il est toujours rageant d’entendre quelqu’un dire qu’il n’écoute de musique que sur Grooveshark (plate-forme moisie s’il en est) alors que notre propre catalogue n’y est pas. On a tous envie d’être sur iTunes comme les vraies stars, même si on n’y génère que quelques roubles chaque mois, ne serait-ce que pour avoir un peu de visibilité. Enfin, en admettant que le fait d’avoir un jpeg qui gigote à côté de celui d’une pute ou d’un musclor à dollar constitue une visibilité digne d’intérêt.

N’oublions pas qu’à chaque nouveau morceau que nous uploadons sur ces plateformes, nous leur donnons pour environ 0$ de la crédibilité « oui nous avons aussi plein de trucs underground au catalogue et pas que de la soupe FM » et du trafic, qui est assez rapidement redirigé vers les productions des majors (il suffit de voir un peu les recommandations et les home).

Saluons donc l’initiative des 200 labels britanniques, saluons 1D-Touch en France qui propose un streaming équitable, et restons critiques à l’égard des tuyaux dans lesquels nous faisons circuler notre travail. N’oublions pas le temps incroyable que cela nous prend d’alimenter ces trucs et les effets que leurs ergonomies ont sur notre façon de composer et de produire. Et oublions les effets de buzz propres aux âges d’or de MySpace ou Facebook : aujourd’hui, il n’y a plus de réseau qui fasse l’unanimité. C’était cool d’essayer le hold-up quand il était encore possible, et on en connaît tous qui en ont profité – maintenant, retour au seul triptyque qui ait jamais payé :

EQ – REVERB – COMP

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Revue de presse /// Pourquoi Facebook, Soundcloud, Youtube se foutent de votre gueule d’amateur

Un article à lire d’urgence pour tous ceux qui, comme nous, ont espéré à une époque collecter des fans/like/followers sur les réseaux sociaux pour développer une fan-base et communiquer efficacement sur le net. Donc vendre des disques. Je crois.

http://doandroidsdance.com/features/soundcloud-bots-sway-numbers/

Comme vous êtes nuls en anglais, je vous fais un digest : les réseaux sociaux (en l’occurrence c’est Soundcloud – a.k.a. SonDeClaude – qui est incriminé ici mais la théorie s’applique très bien pour les autres plateformes) semblent bien truquer les statistiques. Comment ?

1. Prenez une star qui a déjà beaucoup de likes/followers.
2. Boostez artificiellement ce nombre de like et le nombre de vues sur ses vidéos, de lectures sur ses morceaux, etc.
3. Toutes les pages d’artistes qui avaient déjà moins de stats (c’est-à-dire pas mal de monde) vont redoubler d’efforts de promo pour espérer avoisiner ce nouveau score trafiqué.
4. Votre réseau affiche un trafic supérieur et vous pouvez dealer plus de fric auprès de mecs qui achètent du trafic (annonceurs, mecs qui kiffent le trafic).

Là où ça devient subtil, c’est qu’il n’y a pas que les méga-stars qui subissent ce traitement, sinon tout le monde se dirait : « certes, Michael Jackson a pas mal de followers, mais bon c’est Jackson donc c’est pas comparable avec nous, groupe de discopunk du ghetto. »

L’article cité a en effet identifié des labels et des artistes « intermédiaires » qui ont également vu leurs chiffres gonflés. Plus « proche du peuple », m’voyez. Résultat, tous les gugusses comme nous se persuadent que 500 likes ou 1000 lectures c’est pas assez pour démarcher tel festival ou mériter tel blog et continuent de spammer comme des dingos pour espérer atteindre, allez, 1000 likes sur Facebook en-dessous desquels t’es un rigolo local.

Imaginez donc une courbe qui fait que plus l’artiste est gros, plus ses chiffres sont gonflés, et en bas de la courbe il y a la « longue traîne » des mecs à 150 likes qui repostent des liens à tout-va auprès de leur pauvres amis Facebook dans le fol espoir d’être un peu moins ridicules que les mecs qui sont déjà à 300 likes (la classe).

Sachant que dès qu’on arrive autour de 1000/2000 likes, de faux profils viennent déjà liker les pages. On le sait chez Vlad, ça nous arrive parfois, une vague de 20 likes de profils bidons sur Facebook et Soundcloud, en quelques heures, hop-là. Des profils sino-togolais sur Boobook, des user5498419864 ou user65435413541 sur SonDeClaude. On imagine donc aisément que les profils plus populaires se font gonfler davantage, et plus souvent. L’échelle des scores serait donc faussée selon une loi géométrique ou peut-être exponentielle.

Bref, lisez l’article si le sujet vous passionne (et si vous réalisez que vous gâchez 95% du temps que vous consacrez à la promotion web et au community management de votre projet), arrêtez de faire n’importe quoi et faites de la musique, plutôt.