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Oui, je dis encore du mal de Spotify

Ou presque.

A une époque assez lointaine pour que pratiquement aucun d’entre nous ne l’ait vraiment connue, l’artiste indépendant vivotait de ses concerts et de la vente de disques. Plus il faisait de concerts, plus il vendait de disques, et plus le disque tournait, plus l’artiste remplissait les caf’conc’ et les petits festivals. Tout allait pas pire.

Deux événements récents, liés au numérique, vinrent tout foutre en l’air :
– le budget culturel des ménages et des jeunes s’est réorienté vers les jeux vidéos, puis les smartphones et les accessoires qui vont avec ;
– Spotify et consorts apparurent, créant un écosystème parallèle dédié à la musique industrielle et enfin débarrassé des musiques concurrentes.

Moui car le numérique induit d’importantes économies d’échelle (que j’oserais qualifier de disruptives) et une logique de winner-takes-it-all qui font que les productions indépendantes, par nature porteuses de diversité, n’ont aucune chance de survie dans ce nouveau marché. On capitalise que dalle.

Exemple tout frais, un groupe se félicitait ce matin sur un post sponsorisé d’avoir atteint les 500 000 streams sur Spotify pour son premier single, et ce alors que leur page FB ne compte qu’à peine 2000 fans. Miracle du buzz ? musique géniale ? Que nenni : la major à la manœuvre a simplement acheté des places en playlist. Vous n’y croyez pas ? Regardez ça.

500 000 plays coûtent donc 5000€, et 5000€ pour une major c’est une blague, rappelez-vous de l’époque où fallait faire de la bonne musique, ça coûtait beaucoup plus que 5000€.

Mais alors pourquoi Spotify n’empêche pas ça ? Déjà parce qu’ils ne savent peut-être pas le faire. Ensuite parce que la valeur de leur boîte dépend directement du trafic qu’ils revendiquent.

Bref, les années passent et nous sommes encore et toujours en train d’essayer d’agréger les quelques rebelles encore prêts à mettre 10€ dans un disque ou une place de concert. Le côté chouette, c’est que cela nous oblige à une intransigeance artistique. Ce renversement logique a d’ailleurs inspiré une de nos punchlines : Survie & Conséquences, notre travail n’étant rien d’autre que l’illustration musicale de notre survie en tant qu’artistes – voire en tant qu’humains. Ça peut paraître chelou mais c’est très concret.

D’ailleurs vous pourrez vous faire une idée plus précise en venant nous rencontrer à l’occasion de notre premier Congrès, mardi 16 janvier. On paie le resto et on fomente sec.

Faut se méfier de l’eau qui dort, surtout quand elle dort pas.

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Non Maman, mon dernier EP ne passe pas à la radio

Pour le grand public, la musique c’est la musique industrielle : celle qui passe à la radio, celle des Victoires de la Musique, et celle des artistes qui ont leur face sur les affiches du métro. Toute carrière qui ne satisfait pas au moins un de ces critères est à ranger du côté du hobby, du loisir, voire pire : du wannabisme. Et pourtant, des milliers d’artistes parviennent à vivre de leur musique dans le secret le plus total.

Enquête sur ce phénomène que nous cachent les médias

Appelons donc autodiffusion le fait, pour un artiste, d’être diffusé principalement grâce à des initiatives de sa part. Par exemple, à des concerts qu’il a lui-même trouvés ou organisés, ou dans les émissions de radios locales ou de webradios qu’il a lui-même contactés.

Ce phénomène résulte d’un rapport offre / demande défavorable à l’artiste : personne ne le connaît, et la concurrence est rude : il sera donc programmé uniquement si ses exigences se limitent au cachet minimum légal – et encore. Lorsque ce rapport offre / demande est inversé, comme c’est le cas pour les artistes industriels, c’est le programmateur ou le média qui est en situation de demande vis-à-vis l’artiste : ce dernier sera alors en situation de demander de meilleures conditions financières et/ou une meilleure exposition.

Or, 90% des festivals et des radios ont pour but d’élargir leur audience : la plupart du temps, ils vont pour cela chercher à s’attirer en priorité le concours d’artistes renommés. Cela leur prend du temps, de l’argent et de l’énergie : autant de ressources qu’ils ne pourront pas mettre au service d’artistes moins connus.

Y a-t-il une survie possible dans l’autodiffusion ?

Malgré ses lacunes, une politique culturelle comme celle de la France présente l’avantage considérable de permettre à des artistes autodiffusés de vivre de leur travail. Par exemple, le statut d’intermittent du spectacle permet à un artiste de gagner un salaire minimum à condition d’effectuer une quarantaine de concerts par an. En considérant qu’un concert dans un bar ou dans le cadre d’un événement caritatif est rarement rémunéré, cela porte le nombre de concerts à faire à 50, 60 voire 100 pour certains artistes. Et c’est évidemment encore plus difficile s’il s’agit d’un groupe de 5, voire 10 musiciens et techniciens. Une étude est actuellement menée par l’association Microscope pour comparer différents systèmes européens à cet égard.

Pour ce qui est de la musique enregistrée, c’est encore plus difficile. Sans la puissance financière d’une major du disque, un artiste peut espérer vendre entre 100 et 2000 albums, ce qui dans le meilleur des cas lui permettra tout juste de rembourser l’investissement en journées de studio et le pressage. A noter que les droits de reproduction mécanique, prélevés par la SDRM en France, sont parfois à tort considérés comme une charge. Ces droits reviennent aux majorité aux auteurs et compositeurs des titres de l’album, qui sont la plupart du temps aussi les interprètes – voire, comme dans le cas qui nous intéresse ici, les co-producteurs du disque.

Bref, c’est difficile, et cela pousse nombre d’artistes autodiffusés à cumuler d’autres activités, comme les métiers techniques du spectacle, l’administratif, ou encore la musique à l’image. Mais le jeu en vaut la chandelle : l’autodiffusion est une garantie d’indépendance artistique, car vous jouez ce que vous voulez, où vous voulez.
Après cette rapide présentation du contexte économique, nous allons passer en revue quelques techniques de diffusion en suivant ce principe élémentaire : ce qui est bon pour un artiste industriel n’est pas nécessairement bon pour un artiste autodiffusé. Ainsi, nous essaierons de donner quelques pistes, non pas pour devenir un artiste industriel bien sûr, mais pour être plus efficace dans son autodiffusion, à partir du moment où c’est le choix que l’on fait.

Quelques grands classiques de l’autodiffusion

Faire des envois promotionnels

Nombreux sont ceux qui ont déjà tenté une campagne d’envois promotionnels, par courrier ou par mail, à destination des festivals ou des médias, par exemple à l’occasion de la sortie d’un nouvel album. La plupart vous avoueront que cette démarche s’est soldée par un échec dans 99% des cas. Le destinataire de votre envoi ne travaille généralement pas comme ça. Pour vous programmer, il a besoin d’acquérir progressivement une forme de confiance en vous. Et si vous n’êtes pas sur un créneau artistique de niche, où le destinataire de l’envoi est pratiquement aussi demandeur que vous (au sens du rapport offre / demande évoqué en introduction), votre envoi promo ne suffira probablement pas.

Pour que cela fonctionne, il faut qu’à la réception de votre disque, le destinataire se dise quelque chose comme : “Il me semble que j’ai entendu parler de cet artiste – quelqu’un m’en a parlé, ou bien j’ai vu une actualité sur le net, ou des affiches de concert – du coup je vais consacrer quelques minutes à l’écoute de l’album pour me faire enfin ma propre idée.” Et par définition, si vous êtes autodiffusé, personne ne parle de vous au programmateur d’un gros festival.

Inviter des pros à un concert

On imagine toujours le programmateur ou le journaliste courant les festivals et les disquaires indépendants à la recherche de la nouvelle perle à diffuser. Hélas, il y en a aussi beaucoup qui optent pour une approche plus pragmatique : bien connectés dans le milieu des musiques actuelles, ils font leur marché à l’occasion des salons professionnels, ou s’échangent des idées de programmation entre collègues. Les moins inspirés se content de refaire chez eux ce qui a déjà marché ailleurs.

Encore une fois, à moins que vous soyez sur une esthétique bien particulière, vous aurez beaucoup de mal à convaincre un pro de venir voir votre concert autodiffusé du vendredi soir. A la limite, ceux qui seront les meilleurs relais de votre travail et les meilleurs partenaires pour l’avenir viendront d’eux-mêmes, et vous n’avez pas besoin de les inviter.

Le street marketing

Si vous avez une armée d’amis dévoués à votre cause, vous pouvez peut-être compter sur eux pour coller des stickers à votre effigie dans toute la ville, de préférence dans des lieux autres que ceux que vous fréquentez déjà. Tout le paradoxe étant qu’à chaque fois qu’on voit un de vos stickers, on a toujours l’impression que c’est le chanteur du groupe lui-même qui est venu le coller.

Toutes considérations écologiques et juridiques mises à part, ce procédé intrusif, d’inspiration typiquement industrielle, peut certes vous permettre de gagner en renommée. Et on peut raisonnablement considérer que l’espace public, largement gangrené par la communication visuelle à outrance, n’est pas autre chose qu’un territoire de lutte. Encore faut-il pouvoir se convaincre que surenchérir dans la guerre de l’attention peut constituer un moyen d’y mettre fin. Surtout que lorsque vous collez le logo de votre groupe, vous n’êtes pas en train de sauver le monde : vous cherchez simplement à faire plus de concerts – peut-être même que vous ne cherchez qu’à gagner de l’argent.

Ces 3 techniques ultra-classiques d’autodiffusion ne sont finalement que des techniques industrielles, réappropriées tant bien que mal par des artistes indépendants débrouillards. On est ici en plein wannabisme. Ce n’est pas mal en soi, et ça peut même s’avérer efficace. Mais il existe d’autres façons de faire, qui permettent :
– de questionner le sens du travail lui-même, tout en travaillant ;
– de contribuer à créer un nouveau rapport à l’économie, au social, à l’artistique que le modèle capitaliste mourant ;
– de sortir de l’éternelle comparaison avec la musique industrielle, qui fera toujours passer l’artiste indépendant pour un amateur ou un raté – et par contagion, qui fera également passer sa musique pour une sous-musique.

Se fédérer entre artistes autodiffusés

Un premier travail pourrait consister à redéfinir la cible. Tous les pros se valent-ils ? Est-on prêt à toutes les compromissions pour jouer sur un méga-festival à côté d’artistes qu’on déteste ? Est-on prêt à aller défendre sa musique sur un plateau télé putassier ?

Parmi les pros les plus faciles à contacter et à sensibiliser se trouvent en premier lieu les autres musiciens. Ceux avec qui on partage des concerts autodiffusés, des locaux de répétition, des soirées étudiantes. Les rapports froids voire inexistants entre artistes qui se croisent sont monnaie courante.

Plus qu’une véritable inimitié, cela nous paraît plutôt relever d’une forme de rivalité : chaque artiste défend un idéal artistique, un absolu ; et la confrontation avec un autre idéal ou un autre absolu semble conduire à l’abaissement de la puissance de cet idéal. En gros, ma musique représente ma vision de la musique en général, et j’incarne cette vision. Lorsque je discute avec un autre artiste, et même si je respecte sa vision, je ne la partage pas. Et quand je l’entends défendre sa vision, j’ai l’impression qu’elle rend la mienne caduque, voire fausse.

Pourtant, l’universalité est une prétention strictement industrielle : plaire à tout le monde, pour pouvoir vendre à tout le monde. Entre artistes autodiffusés, cette rivalité n’a pas de fondement : elle est un mauvais réflexe que l’on acquiert à force de vouloir défendre sa musique dans un environnement capitaliste.

Les artistes autodiffusés partagent rarement les objectifs de l’industrie, mais ils en héritent parfois des mauvaises habitudes. Il faut progressivement tendre à déconstruire tout cela.

Parmi les nombreux moyens de s’entraider :
– entre musiciens, multiplier les collaborations : featurings, guests, remixes, split albums ;
– entre groupes, se structurer en labels, co-plateaux, échanger des dates.

Questionner le fonctionnement économique du groupe

Certains habitudes héritées de l’âge d’or du disque poussent les artistes à tout faire comme Michael Jackson. Et on voit des groupes perdre de l’énergie, du temps et de l’argent, voire se séparer à la suite de choix malheureux successifs. Comme ce groupe qui a investi 10 000 € personnels dans un album sans distribution décente. Ou celui-là qui s’est lancé dans des tournées à perte à l’étranger. Chacun connaît des exemples d’artistes talentueux qui n’ont pas su prendre le problème par le bon bout. Et chacun connaît des artistes dont le travail est peut-être moins abouti, mais qu’une bonne méthode a permis de perdurer.

Pour commencer, quelques choix cruciaux doivent être discutés :
– est-il nécessaire de monter un spectacle / faire des concerts ? si oui, dans quel périmètre et pour quel type public ?
– est-il nécessaire d’enregistrer des disques ? si oui, dans quel format, sur quel support et pour quelle distribution ?
– ultérieurement, faut-il ou non confier ses droits aux sociétés civiles (SACEM, SCPP/SPPF, ADAMI/SPEDIDAM…), faut-il ou non se structurer en association ou en société, etc.

Le financement participatif, ou crowdfunding, présente l’avantage de créer un lien direct entre l’artiste et son public, dans l’instauration d’un rapport de confiance rafraîchissant. On pourrait juste déplorer que, dans le même temps, il tende à réduire l’art à une simple réponse aux attentes du public, conditionnant simultanément la création à la capacité financière (et donc à la popularité, cet or noir du XXIème siècle).

Combattre le mal par le mal

Enfin, si vous n’avez ni patience ni scrupules, vous pouvez tout aussi bien faire comme l’industrie : tricher.

Les statistiques de YouTube, Facebook, Spotify ou Soundcloud sont largement fausses : vous pouvez acheter 1000 vues sur YouTube pour $4 sur ce site. Si vous pensez que les artistes industriels n’utilisent pas ce genre de service, c’est que vous ignorez ce qu’est une industrie.

Faites du moindre concert un événement mondial, avec force invitations Facebook, captations, montages vidéo valorisants. N’oubliez pas les selfies avec les têtes d’affiche au moment du catering.

Dans votre communication, limitez tout ce qui peut s’apparenter à de la demande : évitez de remercier votre entourage, évitez le crowdfunding, évitez de demander de l’aide. Vous contribuerez à tirer le rapport offre / demande en votre faveur.

Multipliez les projets et le noms de groupe : à l’ère du numérique, la connaissance du travail d’un artiste se limite souvent à un nom et un visuel percutants. Profitez-en, cela excusera vos maigres statistiques et vous pourrez espérer devenir le coup de cœur d’un programmateur qui rêve d’avoir raison avant les autres. Plus vous posterez de musique, plus vous risquez de décevoir.

N’hésitez pas à voler : les violations de la propriété intellectuelle sont très rarement dénoncées, et encore moins punies.

Il ne vous reste plus qu’à tracer votre propre route, au gré de vos aspirations, de vos moyens et de vos éventuels scrupules.

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Revue de presse /// Les musiciens dans la révolution numérique

Comme promis, j’ai lu pour vous « Les Musiciens dans la révolution numérique« . Vous pouvez le lire vous aussi, hein. Dans le cas contraire, voici quelques éléments qu’il peut nous être utile de connaître, nous autres punks/profanes/bouseux/wannabe, comme vous voulez.

Il s’agit de l’analyse d’une enquête menée en 2008 auprès d’un large échantillon d’artistes et musiciens interprètes membres de l’ADAMI. J’en connais déjà un paquet parmi vous qui ne savent pas ce que c’est que l’ADAMI (renseignez-vous, ils ont peut-être du pognon à vous sur leur compte en banque), et c’est statistiquement peu surprenant puisque 72% de l’échantillon a 40 ans ou plus. Bref, vous vous inscrirez plus tard j’imagine.
Voici donc une sélection de points intéressants, d’après moi.

1. L’échantillon se répartit entre les genres musicaux suivants :
Classique, lyrique : 19%
Jazz, blues : 10%
Musique du monde : 15%
Pop, rock : 19%
Chansons, variété : 28%
Nu-manele, moombahton : 0%
Illustrateurs sonores et autres : 9%

Au passage, rappelons que l’ADAMI collecte des fonds notamment sur la copie privée. Par exemple, quand tu achètes une clé USB (et il paraît qu’il s’en vend quelques-unes chaque jour), des sous partent vers l’ADAMI, puis après quelques commissions diverses et cordiales vers les artistes membres. Combien ? Oh, genre 11 millions par an. A lui tout seul et ses sept cents disques durs externes, Captain Cumbia a probablement permis de financer la moitié du budget des prises de batterie du dernier Nolwenn Leroy, respect ! Ceci dit, les prises sont bien clean.

2. Critère intéressant, les auteurs ont demandé aux sondés s’ils revendiquaient plutôt :
– connaître et appliquer de façon créative des règles complexes de composition ou d’interprétation,
– chercher à plaire à leur public (et éventuellement à l’éduquer),
– inventer des formes radicalement nouvelles
avec un seul choix possible. Bien sûr les trois aspects peuvent coexister dans un projet artistique unique, mais là il faut choisir.

Résultats dans l’ordre : 60% / 20% / 20%. J’ai été un peu surpris, d’après ce que je peux voir sur ma TL j’aurais dit que les artistes étaient plus nombreux à chercher à se faire liker par leur public.

3. Il y a une bonne partie de l’étude qui porte sur la révolution numérique (normal c’est dans le titre) : internet (MySpace, YouTube) et équipement home-studio. Aujourd’hui, on ajouterait probablement plein de rubriques : crowdfunding, réseaux sociaux, etc. Pas de réel scoop pour nous, ce sont les plus jeunes, les plus innovateurs et les plus miséreux qui s’investissent le plus dans la matrice. On y croit !

En revanche, pas mal de défrichage sur les questions de l’auto-production, de la politique tarifaire (morceaux gratuits, prix libre). En 2008, seuls 15% des sondés envisageaient d’abandonner le CD dans un futur proche, mais 60% se disaient favorables à la distribution de leur musique sous forme de bouquet de quelques titres plutôt que sous forme d’album. « Bouquet » ça veut dire « maxi » (pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs).
Bon, je vais pas tout recopier non plus sinon je vais encore aller en prison.

4. L’étude se conclut sur un essai de typologie en 5 catégories (par analyse de correspondances multiples, pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs) :
– les élus (5%) : archi-stars, ils sont peu impliqués dans la révolution digitale qui est en train de nous sauver la vie, le plus souvent parce qu’ils ont du staff pour ça.
– les artisans (20%) : pour simplifier, ce sont les musiciens classiques, pas nécessairement compositeurs donc. Egalement moins impliqués pour des raisons liées par exemple au style de musique en lui-même. Mangent pas que des pâtes, a priori.
– les professionnels (un peu moins de 20%) : ils s’investissent davantage que les artisans et semblent toucher à un peu tous les domaines (auto-production, home-studio…). Typiquement les musiciens de jazz/blues, on a chez Vlad quelques gars qui rentrent dans cette catégorie : « j’me débrouille tout seul, ça m’a pris un peu de temps pour créer mon réseau ou ma fanbase mais globalement je m’en sors ».
– les innovateurs (25%) : ils ont souvent un boulot complémentaire et sont les plus fortement numérisés. Ça aussi on connaît bien chez Vlad, ce sont ceux pour qui la promotion de la musique (en tant que création) est le fil directeur, devant la course aux cachets ou aux royalties. Ils sont souvent adaptes de la licence libre, du peer-to-peer, etc, tout ce qui peut aider la diffusion.
– et enfin les exclus (29%) : peu numérisés, peu actifs, ils sont par exemple en début ou fin de carrière, ou bien en transition entre deux projets, ce qui explique la baisse de régime. On retrouve un taux habituel de « attends ouais je vais le faire, on se rappelle lundi, gros bisous ».

5. Le meilleur pour la fin : deux études sont citées et m’ont l’air fortement audacieuses.
« Rosen (1981) a mis en évidence que le succès comparé de deux artistes n’est pas toujours lié de manière nette à leurs talents respectifs. »
L’étude est ici et mérite largement qu’on apprenne l’anglais (et quelques notions d’analyse). Je me demande ce qu’on y appelle le talent.
« De même, Adler (1985) a souligné que le comportement mimétique des consommateurs, via le bouche à oreille et la recherche d’une culture commune, peut parfois conduire à l’émergence de « stars » dénuées de tout talent. »

A lire ici. Une étude qui va redonner de l’espoir à tous ceux qui rêvent de réussir alors même qu’ils ignorent tout du solfège. Courage !

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Coming Out

Les fidèles s’en seront déjà aperçus : le ton se durcit à la Direction Artistique. Si, à la création du label fin 2006, nous n’affichions comme seule prétention que celle de « promouvoir des musiques débarrassées d’intérêts économiques et de considérations politico-masturbatoires », il est aujourd’hui grand temps de faire le constat d’un virage à 180°. Demi-tour, quoi – je précise parce que des fois je lis « oui j’ai fait un virage à 360° » et ça m’énerve.

Première chose, on travaille tellement dur qu’on a plus vraiment le temps de travailler ailleurs pour gagner notre croûte. Certains jonglent entre le taf la semaine et les concerts le week-end, d’autres, qu’on surnomme les producteurs « alt+tab », font avancer la cause en temps masqué, souvent aux frais d’une société tierce avec laquelle nous n’avons pas signé d’accord-cadre. Dans ces conditions, prétendre ne pas se soucier du modèle économique de nos productions est une douce rigolade, et notre but aujourd’hui est bien de pérenniser (y compris financièrement) notre espace de création. Car notre musique n’est pas systématiquement conçue dans le but d’être vendue, mais plutôt dans le but d’être écoutée, ou, mieux, inspirante et donc utile. Autant de qualités qu’il est devenu désormais assez rare de retrouver dans un même morceau.

Deuxièmement, les MP3 et les concerts s’enchaînant, il est devenu de plus en plus difficile de faire abstraction du caractère subtilement politique de notre travail et de la façon dont nous le faisons. En 2012, un label indépendant, défendant des musiques qu’on n’entend pas habituellement à la radio et qu’on croise assez peu sur les gros festivals, porté par une société commerciale auto-financée à 100% par les concerts, ça ne court finalement pas les rues, et cela traduit des valeurs fortes qu’il s’agit de ne pas compromettre auprès de la première société tierce venue.

Conséquence assez logique, nous travaillons à promouvoir notre vision des choses auprès des confrères, des institutions ou des quelques médias qui peuvent s’y intéresser. Mais c’est en premier lieu auprès de notre public que nous voulons expliquer notre philosophie de la snare, et cela se traduira prochainement par une timide mais sincère chiée de bouquins plus ou moins artisanaux décrivant nos aventures.

Alors achetez-vous des étagères, on fera des couvertures colorées.

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Auto-interview inspirée de questions entendues dans la vie réelle

Comment vont les affaires ?

On fait des progrès ça c’est sûr, l’inconnue maintenant c’est de savoir jusqu’où on peut aller. Pour rappel, on travaille sans subvention ni prêt bancaire, et ce sont aujourd’hui à 99% les concerts qui permettent de payer les gens et le téléphone. Alors il y a bien sûr des projets d’un intérêt artistique fondamental qui mettent trop de temps à sortir à notre goût, mais on finit toujours par accoucher, même des projets les plus scandaleux. Se plaindre serait de mauvais goût.
Les ventes de MP3 sont en augmentation, passant de quelques centimes par mois à quelques euros voire quelques dizaines (ça fait du x100 ou x1000 coco !). Est-ce qu’on peut faire encore x100 ? Vous le saurez d’ici quelques mois.

Est-ce que vous n’avez pas l’impression de vous prostituer en faisant du festif ?

En fait on se demande plutôt si on n’est pas en train de se prostituer quand on fait du non-festif. Je vais la faire courte mais lorsqu’on fait la fête, on célèbre le fait d’être plusieurs humain(e)s qui s’aiment les uns les autres. Quand on fait du non-festif, c’est quand même assez souvent pour s’auto-célébrer, hein.

D’ailleurs quand je fais la fête je reste précis sur les BPM, alors que quand j’ai un truc à dire en général ça cale pas sur du 4/4 !

Mais, contrairement aux apparences, nous sommes des êtres humains, et nous avons autant besoin de clubber que de séréniser notre ego en l’exorcisant avec du son sentimental, ou que de combattre l’ordre établi (OUAIS) avec du son guerrier. Tout cela n’est pas très clair mais on en reparlera.

Vous pensez pas que vous pourriez gagner du temps en déléguant les trucs que vous ne savez manifestement pas faire à des personnes compétentes et dûment immatriculées au RCS ou au RM ?

C’est justement parce qu’on le fait nous-mêmes que c’est beau.

D’ailleurs on n’a même pas le choix : quand tu veux conquérir le monde, tu demandes pas l’autorisation au taulier.

A bientôt
Rom2 (taulier)