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Oui, je dis encore du mal de Spotify

Ou presque.

A une époque assez lointaine pour que pratiquement aucun d’entre nous ne l’ait vraiment connue, l’artiste indépendant vivotait de ses concerts et de la vente de disques. Plus il faisait de concerts, plus il vendait de disques, et plus le disque tournait, plus l’artiste remplissait les caf’conc’ et les petits festivals. Tout allait pas pire.

Deux événements récents, liés au numérique, vinrent tout foutre en l’air :
– le budget culturel des ménages et des jeunes s’est réorienté vers les jeux vidéos, puis les smartphones et les accessoires qui vont avec ;
– Spotify et consorts apparurent, créant un écosystème parallèle dédié à la musique industrielle et enfin débarrassé des musiques concurrentes.

Moui car le numérique induit d’importantes économies d’échelle (que j’oserais qualifier de disruptives) et une logique de winner-takes-it-all qui font que les productions indépendantes, par nature porteuses de diversité, n’ont aucune chance de survie dans ce nouveau marché. On capitalise que dalle.

Exemple tout frais, un groupe se félicitait ce matin sur un post sponsorisé d’avoir atteint les 500 000 streams sur Spotify pour son premier single, et ce alors que leur page FB ne compte qu’à peine 2000 fans. Miracle du buzz ? musique géniale ? Que nenni : la major à la manœuvre a simplement acheté des places en playlist. Vous n’y croyez pas ? Regardez ça.

500 000 plays coûtent donc 5000€, et 5000€ pour une major c’est une blague, rappelez-vous de l’époque où fallait faire de la bonne musique, ça coûtait beaucoup plus que 5000€.

Mais alors pourquoi Spotify n’empêche pas ça ? Déjà parce qu’ils ne savent peut-être pas le faire. Ensuite parce que la valeur de leur boîte dépend directement du trafic qu’ils revendiquent.

Bref, les années passent et nous sommes encore et toujours en train d’essayer d’agréger les quelques rebelles encore prêts à mettre 10€ dans un disque ou une place de concert. Le côté chouette, c’est que cela nous oblige à une intransigeance artistique. Ce renversement logique a d’ailleurs inspiré une de nos punchlines : Survie & Conséquences, notre travail n’étant rien d’autre que l’illustration musicale de notre survie en tant qu’artistes – voire en tant qu’humains. Ça peut paraître chelou mais c’est très concret.

D’ailleurs vous pourrez vous faire une idée plus précise en venant nous rencontrer à l’occasion de notre premier Congrès, mardi 16 janvier. On paie le resto et on fomente sec.

Faut se méfier de l’eau qui dort, surtout quand elle dort pas.

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Valeur et richesse

Il est des concours de circonstances que certains seraient tentés d’imputer au hasard. La bonne blague !

Ce week-end, une vidéo du remarquable Franck Lepage sur l’art contemporain fut le point de départ d’une discussion échevelée sur l’art. Oui, c’est un sujet qui nous tracasse. De quoi qu’on pourrait se tracasser d’autre, on a pas assez de fric pour se branler sur du matos ou sur l’immobilier, et la religion c’est trop compliqué.

Et justement, au milieu d’une série de scuds anti-capitalistes, notre bon Franck a formulé ceci : selon lui, l’art contemporain réalise le rêve capitaliste de permettre la création de valeur sans création de richesse. Regardez la vidéo car je ne peux citer précisément son raisonnement ici, sauf à recopier tout le verbatim, et la vidéo dure 30 minutes.

Ceci nous a permis d’échanger de manière constructive sur le caractère tout à fait relatif des notions de valeur et de richesse. Dans le contexte, Lepage considère qu’un art qui se limite au concept (en supprimant les aspects techniques, par exemple) permet la création de valeur sans qu’il ait mobilisé au préalable de travail productif. D’accord, mais à condition de considérer que le travail de conception ne vaut rien, et que seul le travail technique compte.

Du genre : “quoi, 400 balles pour un logo ? mais t’as juste écrit le nom en noir avec un trait jaune au-dessous.
Ou alors : “Brassens, tu parles, y’a juste guitare voix, pas d’arrangements, puis c’est super mal enregistré.

La notion de technique est relative : on peut passer deux cents heures sur un track de moombahton, pour un jazzeux ça restera “un morceau fait sur ordi je parie que le mec a passé 2 heures max.” Inversement, allez essayer d’impressionner un laptop producer avec une impro jazz. “Bof le mec fait n’imp sur la gamme pentatonique” voire “Bof le mec fait n’imp.

D’ailleurs, la technique entraîne des vécus assez particuliers : parfois, les morceaux qui ont demandé le plus de travail ont fini par lasser leur auteur, et certains morceaux qui sont venus “comme ça” sont jugés plus puissants, peut-être parce qu’une part de chance ou de transcendance a guidé la main au moment de leur création, là où un truc réfléchi de partout a peut-être perdu tout intérêt en route.

Il n’est peut-être pas surprenant qu’un penseur comme Lepage, militant de l’éducation populaire, envisage l’art d’abord sous l’angle de la richesse produite. Une oeuvre qui ne mobilise pas ou peu de travail technique trouve parfois moins d’écho auprès d’un public non averti : “bof, ce sont juste des déchets peints en bleu.” Or, ce type d’oeuvre à la conception technique minimaliste met précisément l’accent sur le concept – qui lui, ne coûte pas cher en matériel, même s’il peut coûter autant sinon plus en temps de travail intellectuel. Alors que faire un tableau réaliste, ça prend des années, mais ça demande pas vraiment de se creuser la tête devant la page blanche. Il faut travailler la technique, certes. En gros, être un bon élève.

Mais si les bons élèves font de bons professeurs, ou de bons exécutants, ça ne fait pas nécessairement de bons artistes. Alors, revenons à nos histoires de valeur et de richesse.

La valeur, c’est la mesure qu’au moins deux individus s’accordent à donner à une même chose : c’est une notion objective.
La richesse, c’est la mesure de la différence de valeur qu’un même individu donne à deux choses différentes : c’est une notion subjective.
Un exemple : prenons 2 personnes, l’une apprend à l’autre à faire des crêpes. A la fin, les 2 savent faire des crêpes. On a créé de la valeur sans créer de richesse pour autant. A l’inverse, prenons 2 personnes : l’une donne 10 balles à l’autre. La richesse de chacun a évolué : celle du premier a diminué, celle du second a augmenté. Il n’y a pas eu création de valeur : les 10 balles valent toujours 10 balles, quelque soit la poche dans laquelle elles se trouvent. La richesse ne se partage pas, elle ne peut que changer de poche. La valeur, elle, peut réellement se partager.

Alors c’est vrai, l’art contemporain permet la création de valeur sans création de richesse, et ça peut expliquer pourquoi les capitalistes ont milité pour défiscaliser l’art contemporain et ainsi y placer leur fric. Si ça se trouve c’est moins chiant à trimbaler que des putains de lingots.

Mais là où il faut faire la part des choses, c’est que créer de la valeur sans créer de la richesse ça ne profite pas qu’aux riches. Précisement : évaluer la capacité de production en termes de richesse produite revient à considérer l’individu comme uniquement capable de fournir une force de travail : un ouvrier, un exécutant, un tâcheron du capital. Alors qu’en envisageant la productivité sous l’angle de la valeur, on peut dépasser cette vision sinistre et faire de quiconque un créateur de valeur, au sens de l’intérêt général, du bien commun, m’voyez.

D’autant plus qu’à envisager le monde sous forme d’une somme de richesses (finie, qui plus est) à partager, nous en sommes réduits à nous mettre sur la gueule pour piquer ce que possède l’autre. Dans le spectre politique, et vu qu’on est en pleine période d’élections, vous noterez que certains candidats prétendent défendre les intérêts des puissants, des riches ou des patrons – et d’autres prétendent défendre les intérêts des petites gens, des pauvres ou des salariés. Finalement, tous se battent pour la richesse : les premiers veulent la conserver, les seconds se l’approprier de manière plus ou moins directe. Moins nombreux sont ceux qui envisagent le progrès comme d’abord la création de valeur : que ce soit par la culture, l’éducation, la justice.

Et nous dans tout ça ? On est là, Papa ! On inaugure d’ici quelques semaines 2 nouvelles initiatives extrémistes, explorant chacune de ces directions. L’une sera tournée vers la création de valeur avec la mise en place d’un modèle économique tournée vers le concept, le numérique, l’imaginaire, le puissant, tout ça à peu de frais. L’autre se consacrera à la création de richesse, avec un modèle de labeur, d’artisanat, de sueur de travailleur méritant.

Au fait tu lis ce genre de trucs sur le site des autres labels aussi ou pas ?

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Non Maman, mon dernier EP ne passe pas à la radio

Pour le grand public, la musique c’est la musique industrielle : celle qui passe à la radio, celle des Victoires de la Musique, et celle des artistes qui ont leur face sur les affiches du métro. Toute carrière qui ne satisfait pas au moins un de ces critères est à ranger du côté du hobby, du loisir, voire pire : du wannabisme. Et pourtant, des milliers d’artistes parviennent à vivre de leur musique dans le secret le plus total.

Enquête sur ce phénomène que nous cachent les médias

Appelons donc autodiffusion le fait, pour un artiste, d’être diffusé principalement grâce à des initiatives de sa part. Par exemple, à des concerts qu’il a lui-même trouvés ou organisés, ou dans les émissions de radios locales ou de webradios qu’il a lui-même contactés.

Ce phénomène résulte d’un rapport offre / demande défavorable à l’artiste : personne ne le connaît, et la concurrence est rude : il sera donc programmé uniquement si ses exigences se limitent au cachet minimum légal – et encore. Lorsque ce rapport offre / demande est inversé, comme c’est le cas pour les artistes industriels, c’est le programmateur ou le média qui est en situation de demande vis-à-vis l’artiste : ce dernier sera alors en situation de demander de meilleures conditions financières et/ou une meilleure exposition.

Or, 90% des festivals et des radios ont pour but d’élargir leur audience : la plupart du temps, ils vont pour cela chercher à s’attirer en priorité le concours d’artistes renommés. Cela leur prend du temps, de l’argent et de l’énergie : autant de ressources qu’ils ne pourront pas mettre au service d’artistes moins connus.

Y a-t-il une survie possible dans l’autodiffusion ?

Malgré ses lacunes, une politique culturelle comme celle de la France présente l’avantage considérable de permettre à des artistes autodiffusés de vivre de leur travail. Par exemple, le statut d’intermittent du spectacle permet à un artiste de gagner un salaire minimum à condition d’effectuer une quarantaine de concerts par an. En considérant qu’un concert dans un bar ou dans le cadre d’un événement caritatif est rarement rémunéré, cela porte le nombre de concerts à faire à 50, 60 voire 100 pour certains artistes. Et c’est évidemment encore plus difficile s’il s’agit d’un groupe de 5, voire 10 musiciens et techniciens. Une étude est actuellement menée par l’association Microscope pour comparer différents systèmes européens à cet égard.

Pour ce qui est de la musique enregistrée, c’est encore plus difficile. Sans la puissance financière d’une major du disque, un artiste peut espérer vendre entre 100 et 2000 albums, ce qui dans le meilleur des cas lui permettra tout juste de rembourser l’investissement en journées de studio et le pressage. A noter que les droits de reproduction mécanique, prélevés par la SDRM en France, sont parfois à tort considérés comme une charge. Ces droits reviennent aux majorité aux auteurs et compositeurs des titres de l’album, qui sont la plupart du temps aussi les interprètes – voire, comme dans le cas qui nous intéresse ici, les co-producteurs du disque.

Bref, c’est difficile, et cela pousse nombre d’artistes autodiffusés à cumuler d’autres activités, comme les métiers techniques du spectacle, l’administratif, ou encore la musique à l’image. Mais le jeu en vaut la chandelle : l’autodiffusion est une garantie d’indépendance artistique, car vous jouez ce que vous voulez, où vous voulez.
Après cette rapide présentation du contexte économique, nous allons passer en revue quelques techniques de diffusion en suivant ce principe élémentaire : ce qui est bon pour un artiste industriel n’est pas nécessairement bon pour un artiste autodiffusé. Ainsi, nous essaierons de donner quelques pistes, non pas pour devenir un artiste industriel bien sûr, mais pour être plus efficace dans son autodiffusion, à partir du moment où c’est le choix que l’on fait.

Quelques grands classiques de l’autodiffusion

Faire des envois promotionnels

Nombreux sont ceux qui ont déjà tenté une campagne d’envois promotionnels, par courrier ou par mail, à destination des festivals ou des médias, par exemple à l’occasion de la sortie d’un nouvel album. La plupart vous avoueront que cette démarche s’est soldée par un échec dans 99% des cas. Le destinataire de votre envoi ne travaille généralement pas comme ça. Pour vous programmer, il a besoin d’acquérir progressivement une forme de confiance en vous. Et si vous n’êtes pas sur un créneau artistique de niche, où le destinataire de l’envoi est pratiquement aussi demandeur que vous (au sens du rapport offre / demande évoqué en introduction), votre envoi promo ne suffira probablement pas.

Pour que cela fonctionne, il faut qu’à la réception de votre disque, le destinataire se dise quelque chose comme : “Il me semble que j’ai entendu parler de cet artiste – quelqu’un m’en a parlé, ou bien j’ai vu une actualité sur le net, ou des affiches de concert – du coup je vais consacrer quelques minutes à l’écoute de l’album pour me faire enfin ma propre idée.” Et par définition, si vous êtes autodiffusé, personne ne parle de vous au programmateur d’un gros festival.

Inviter des pros à un concert

On imagine toujours le programmateur ou le journaliste courant les festivals et les disquaires indépendants à la recherche de la nouvelle perle à diffuser. Hélas, il y en a aussi beaucoup qui optent pour une approche plus pragmatique : bien connectés dans le milieu des musiques actuelles, ils font leur marché à l’occasion des salons professionnels, ou s’échangent des idées de programmation entre collègues. Les moins inspirés se content de refaire chez eux ce qui a déjà marché ailleurs.

Encore une fois, à moins que vous soyez sur une esthétique bien particulière, vous aurez beaucoup de mal à convaincre un pro de venir voir votre concert autodiffusé du vendredi soir. A la limite, ceux qui seront les meilleurs relais de votre travail et les meilleurs partenaires pour l’avenir viendront d’eux-mêmes, et vous n’avez pas besoin de les inviter.

Le street marketing

Si vous avez une armée d’amis dévoués à votre cause, vous pouvez peut-être compter sur eux pour coller des stickers à votre effigie dans toute la ville, de préférence dans des lieux autres que ceux que vous fréquentez déjà. Tout le paradoxe étant qu’à chaque fois qu’on voit un de vos stickers, on a toujours l’impression que c’est le chanteur du groupe lui-même qui est venu le coller.

Toutes considérations écologiques et juridiques mises à part, ce procédé intrusif, d’inspiration typiquement industrielle, peut certes vous permettre de gagner en renommée. Et on peut raisonnablement considérer que l’espace public, largement gangrené par la communication visuelle à outrance, n’est pas autre chose qu’un territoire de lutte. Encore faut-il pouvoir se convaincre que surenchérir dans la guerre de l’attention peut constituer un moyen d’y mettre fin. Surtout que lorsque vous collez le logo de votre groupe, vous n’êtes pas en train de sauver le monde : vous cherchez simplement à faire plus de concerts – peut-être même que vous ne cherchez qu’à gagner de l’argent.

Ces 3 techniques ultra-classiques d’autodiffusion ne sont finalement que des techniques industrielles, réappropriées tant bien que mal par des artistes indépendants débrouillards. On est ici en plein wannabisme. Ce n’est pas mal en soi, et ça peut même s’avérer efficace. Mais il existe d’autres façons de faire, qui permettent :
– de questionner le sens du travail lui-même, tout en travaillant ;
– de contribuer à créer un nouveau rapport à l’économie, au social, à l’artistique que le modèle capitaliste mourant ;
– de sortir de l’éternelle comparaison avec la musique industrielle, qui fera toujours passer l’artiste indépendant pour un amateur ou un raté – et par contagion, qui fera également passer sa musique pour une sous-musique.

Se fédérer entre artistes autodiffusés

Un premier travail pourrait consister à redéfinir la cible. Tous les pros se valent-ils ? Est-on prêt à toutes les compromissions pour jouer sur un méga-festival à côté d’artistes qu’on déteste ? Est-on prêt à aller défendre sa musique sur un plateau télé putassier ?

Parmi les pros les plus faciles à contacter et à sensibiliser se trouvent en premier lieu les autres musiciens. Ceux avec qui on partage des concerts autodiffusés, des locaux de répétition, des soirées étudiantes. Les rapports froids voire inexistants entre artistes qui se croisent sont monnaie courante.

Plus qu’une véritable inimitié, cela nous paraît plutôt relever d’une forme de rivalité : chaque artiste défend un idéal artistique, un absolu ; et la confrontation avec un autre idéal ou un autre absolu semble conduire à l’abaissement de la puissance de cet idéal. En gros, ma musique représente ma vision de la musique en général, et j’incarne cette vision. Lorsque je discute avec un autre artiste, et même si je respecte sa vision, je ne la partage pas. Et quand je l’entends défendre sa vision, j’ai l’impression qu’elle rend la mienne caduque, voire fausse.

Pourtant, l’universalité est une prétention strictement industrielle : plaire à tout le monde, pour pouvoir vendre à tout le monde. Entre artistes autodiffusés, cette rivalité n’a pas de fondement : elle est un mauvais réflexe que l’on acquiert à force de vouloir défendre sa musique dans un environnement capitaliste.

Les artistes autodiffusés partagent rarement les objectifs de l’industrie, mais ils en héritent parfois des mauvaises habitudes. Il faut progressivement tendre à déconstruire tout cela.

Parmi les nombreux moyens de s’entraider :
– entre musiciens, multiplier les collaborations : featurings, guests, remixes, split albums ;
– entre groupes, se structurer en labels, co-plateaux, échanger des dates.

Questionner le fonctionnement économique du groupe

Certains habitudes héritées de l’âge d’or du disque poussent les artistes à tout faire comme Michael Jackson. Et on voit des groupes perdre de l’énergie, du temps et de l’argent, voire se séparer à la suite de choix malheureux successifs. Comme ce groupe qui a investi 10 000 € personnels dans un album sans distribution décente. Ou celui-là qui s’est lancé dans des tournées à perte à l’étranger. Chacun connaît des exemples d’artistes talentueux qui n’ont pas su prendre le problème par le bon bout. Et chacun connaît des artistes dont le travail est peut-être moins abouti, mais qu’une bonne méthode a permis de perdurer.

Pour commencer, quelques choix cruciaux doivent être discutés :
– est-il nécessaire de monter un spectacle / faire des concerts ? si oui, dans quel périmètre et pour quel type public ?
– est-il nécessaire d’enregistrer des disques ? si oui, dans quel format, sur quel support et pour quelle distribution ?
– ultérieurement, faut-il ou non confier ses droits aux sociétés civiles (SACEM, SCPP/SPPF, ADAMI/SPEDIDAM…), faut-il ou non se structurer en association ou en société, etc.

Le financement participatif, ou crowdfunding, présente l’avantage de créer un lien direct entre l’artiste et son public, dans l’instauration d’un rapport de confiance rafraîchissant. On pourrait juste déplorer que, dans le même temps, il tende à réduire l’art à une simple réponse aux attentes du public, conditionnant simultanément la création à la capacité financière (et donc à la popularité, cet or noir du XXIème siècle).

Combattre le mal par le mal

Enfin, si vous n’avez ni patience ni scrupules, vous pouvez tout aussi bien faire comme l’industrie : tricher.

Les statistiques de YouTube, Facebook, Spotify ou Soundcloud sont largement fausses : vous pouvez acheter 1000 vues sur YouTube pour $4 sur ce site. Si vous pensez que les artistes industriels n’utilisent pas ce genre de service, c’est que vous ignorez ce qu’est une industrie.

Faites du moindre concert un événement mondial, avec force invitations Facebook, captations, montages vidéo valorisants. N’oubliez pas les selfies avec les têtes d’affiche au moment du catering.

Dans votre communication, limitez tout ce qui peut s’apparenter à de la demande : évitez de remercier votre entourage, évitez le crowdfunding, évitez de demander de l’aide. Vous contribuerez à tirer le rapport offre / demande en votre faveur.

Multipliez les projets et le noms de groupe : à l’ère du numérique, la connaissance du travail d’un artiste se limite souvent à un nom et un visuel percutants. Profitez-en, cela excusera vos maigres statistiques et vous pourrez espérer devenir le coup de cœur d’un programmateur qui rêve d’avoir raison avant les autres. Plus vous posterez de musique, plus vous risquez de décevoir.

N’hésitez pas à voler : les violations de la propriété intellectuelle sont très rarement dénoncées, et encore moins punies.

Il ne vous reste plus qu’à tracer votre propre route, au gré de vos aspirations, de vos moyens et de vos éventuels scrupules.

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C’est subtil

Les années passent, et notre ligne artistique se fait chaque jour un peu plus précise.
Voici quelques disques sur lesquels nous travaillons actuellement et qui sortiront dans les mois à venir :
– Aälma Dili (tzigano-italo-folk)
– Asa-i-Viata (balkan rave)
– EZPZ (balkan hip-hop)
– Gypsetters (tzigano-club)
– La Dinamitaaa (cumbia-ragga-klezmer)
et bien d’autres.
Vous me direz : ah ouais donc vous faites de la world music en gros.

Moui. Mais c’est un peu plus subtil.

La world music ça existe depuis longtemps, plein de festivals et de radios en jouent. Mais si vous écoutez bien, vous remarquerez qu’il s’agit généralement de world music localisée. Elle provient d’une aire géographique, voire d’un pays précis. C’est sympa pour un festival d’avoir des artistes qui viennent de loin et de partout dans le monde, parce que du coup on a l’impression que le bled qui organise le festoche lui aussi s’intègre dans la Grande Famille des Cultures Officielles du Monde. Retrouvez ainsi Untel (de Corée) et Unetelle (du Pérou) à Saint-Machin-lès-Trucs au mois d’août. Saint-Machin-lès-Trucs, bled cosmopolite ouvert sur l’économie globalizey.

Un peu comme quand vous voyagez en Asie et que vous faites la tournée des hôtels pour touristes occidentaux.
C’est chouette, mais c’est pas exactement notre truc.

Il y a aussi la pop globalisée et universaliste, celle qui prône l’amour, ou l’argent, suivant le degré de fourberie du dispositif. Le tout avec des clips tournés en Islande et au Kenya avec des drones. Faut que tout le monde soit sur la photo, attendez on n’a pas d’Asiatique, trouvez-en un vite, ah voilà parfait. Et ouais c’est 2016 et on se fait tous l’amour au lieu de s’envoyer des bombes à la gueule t’inquiète.

Un peu comme si vous colliez un autocollant “I LOVE BUENOS AIRES” sur votre bagnole alors que vous n’y êtes jamais allé. C’est moins chouette, et c’est toujours pas exactement notre truc.

Notre truc, c’est d’essayer de rencontrer l’autre vraiment, pas juste squatter ses restos ou l’ajouter en ami sur internet. En l’occurrence, comme nous sommes des musiciens, ça veut dire s’intéresser à sa musique et (ô scandale !) apprendre à la jouer. Cette démarche nous vaut parfois d’être accusés d’appropriation culturelle. Nous avons réfuté ces accusations notamment ici, en expliquant la différence entre jouer de la musique et s’approprier une culture.

Pour nous, la musique est un langage. Si j’apprends le polonais, ou si je travaille mon accent chilien, je fais de l’appropriation culturelle ? Non ? Et bah alors.

Sur ces disques à venir, vous trouverez donc des artistes qui passent leur vie à explorer des sonorités, des harmonies, des rythmes différents.
Vous trouverez des artistes qui n’ont pas peur de mélanger leur musique de coeur (parce qu’elle leur vient de leur famille, leur région, leur jeunesse) avec d’autres musiques.
Vous trouverez des artistes qui sortent de leur zone de confort et qui s’aventurent dans des zones de turbulence.
Pour le reste, voyez avec la concurrence.

Nous rediscuterons de tout cela et de bien plus avec plaisir sur notre stand n°-1.11 au Womex la semaine prochaine.

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1 abonnement Spotify à gagner pour l’achat de 2 bouteilles de Coca-Cola

Bien que les matins polonais peuvent être parfois brumeux, il y a ces derniers temps pour les musiciens indépendants de plus en plus de raisons d’être optimiste. Ainsi, que nous enseigne cette opération coup de poing de Coca-Cola (le roi des bulles) et Spotify (le roi du streaming) ?

Premièrement, l’image.

« Boire du Coca-Cola, c’est aussi cool que d’écouter des pubs entrecoupées de mp3 ! »
« Ecouter de la musique sur Spotify, c’est aussi cool que boire des bulles de sucre marron ! »
Si vous êtes un musicien indépendant à qui on tente de faire croire que Spotify, c’est l’avenir, vous restez peut-être perplexe.

Pourtant, il n’y a aucune mesquinerie, et personne ne se cache, au contraire. La confusion ne réside pas dans les CGV, mais dans le mot « musique », et ce depuis des lustres. 99% de la musique qu’on entend (pas celle que l’on écoute) est de la musique publicitaire. Cool et sympa, elle vous vend un mode de vie bien sapé, du soleil, des amis. Toutes ces choses que vous n’avez pas IRL. Cette musique n’a pas d’autre fonction : c’est du soda sonore.

Pour les 1% restant, ceux qui se souviennent que la musique a jadis été un art ou un moyen d’expression, on aurait préféré un deal avec un musée ou un journal. Et peut-être même que ça existe.

Finalement, ce genre de deal marketing se fait entre produits de même qualité. Alors si votre musique est bien, vous n’avez aucune raison d’être jaloux des groupes de la homepage de Spotify.

Deuxièmement, l’économie.

Avant, on payait pour un disque. Ensuite, on s’est mis à payer pour des fichiers. Puis on a payé l’accès à ces fichiers. Maintenant, on ne paie plus grand-chose. Et c’est normal puisque Spotify et Coca-Cola roulent ensemble. D’ailleurs, n’avez vous pas remarqué ?

Quand vous buvez du Coca, vous avez tout à coup envie d’écouter de la musique de Spotify. Après tout, ça va avec : besoin de se détendre, une pause, un soda frais, le nom de votre pote sur la bouteille, un ours polaire, il ne manquait qu’un fond sonore à base de rock siffloté ou de pop yukulélée. Bien sûr, si le contexte le permettait, vous préféreriez du rock, du hip-hop ou de la techno. Mais bon on peut pas toujours mettre le son à donf, et il faut bien réussir à trouver un consensus dans l’open space ou la galerie commerciale.

Et quand vous écoutez Spotify, cette musique qui vous met de bonne humeur, qui vous parle des vacances, vous vous évadez, vous avez envie de boire du Coca. Bien, sûr, si le contexte le permettait, vous préféreriez du whisky. Mais bon, vous allez encore être vaseux au taf demain. Et de toute façon vous allez pas boire du whisky pur, ni mettre de la flotte dedans.

Voici donc venir une nouvelle (et dernière ?) étape de la reconfiguration économique du secteur. Il y a quelques années, on s’est mis à vendre des fichiers pour que les gens se saignent pour un iPod. Bientôt la musique publicitaire sera complètement gratuite ; aucune importance ! De toute façon, l’homme aura toujours soif.

Troisièmement : et l’art dans tout ça ?

Oui tiens l’artiste il est passé où ? A-t-il un avis ?

On a mis le temps, mais grâce au progrès technologique, aux métadonnées et à la loi de Moore, on va enfin pouvoir éclaircir ces termes obscurs que sont « musique » et « artiste ». Le brassage de ces milliards d’octets permet en effet de déceler les affinités les plus pertinentes : la machine analyse ce que vous bouffez et vous indique quelle musique écouter en même temps. Inversement, la machine détecte la subversion et l’élimine. (Comment ça des chansons de 7 minutes ?)

Les artistes que vous entendez quand vous buvez du Coca sont à l’aise dans ce nouvel écosystème. Après tout, eux aussi n’ont jamais désiré autre chose qu’être consommés par le plus grand nombre.

Pour les autres, ceux qui ne font pas de la musique pour se vendre, mais pour s’exprimer, ou pour partager du plaisir, il ne reste qu’à attendre encore quelque mois pour que l’offre musicale décante un peu plus. Chez Vlad, nous faisons le pari que resurgira alors du néant numérique la musique que nous aimons et dont nous avons tous besoin. Juste le temps de réorganiser les rayons du supermarché mondial, car notre musique ne donne pas vraiment envie d’ouvrir un Coca.

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Revue de presse /// Musique et raisin

On continue nos discussions sur la musique, oui, la musique avec cet article qui buzze un peu sur ma TL :

Article un peu fourre-tout (normal, vu la source) mais qui a le mérite de pointer 2-3 phénomènes intéressants en peu de temps, façon quidam qui survole le truc. Pause café, arrêtez d’envoyer des invites facebook à tout va, projetez-vous vers l’infini et au-delà.

1. Volontairement ou non, l’auteur confond gratuit et libre (« free » en anglais).

Utiliser Facebook ou Spotify ne coûte peut-être pas (toujours) de l’argent, mais cela coûte du temps de cerveau humain disponible. Par exemple vous vous baladez sur les pages Facebook d’artistes que vous aimez (quelle idée, déjà) et mine de rien, vous êtes interrompu dans votre lecture par des posts sponsorisés pour d’autres artistes, des soirées, des marques de casque audio. Vous n’avez rien payé mais on vous a volé 3 secondes d’attention.

Si vous n’avez pas AdBlock, après une heure de surf, vous avez ingurgité un nombre de messages publicitaires assez effrayant. Ensuite vous achèterez un casque plutôt qu’un autre parce que vous l’avez vu partout sur le net, donc tout le monde doit l’acheter, donc ça doit être un casque plein de basses. Cool !

2. Volontairement ou non, l’auteur confond composition et enregistrement (« song » en anglais).

Comme il l’explique d’ailleurs très bien, il est fort probable que les gens nés après 2000 n’envisagent jamais une chanson comme quelque chose de bloqué sur un support physique, qu’il soit vinyle, cassette, CD ou même fichier mp3. Ceci dit, même les vieux ringards comme nous conçoivent que la musique est un bien immatériel, hein. Il faut juste distinguer la composition (oeuvre de l’esprit) et l’enregistrement (produit résultant d’un processus, artisanal ou industriel, de fixation sur un support).

Ainsi, l’auteur-compositeur se rémunère via des droits d’auteur en mettant son travail à disposition d’un label qui va vendre des disques ou d’un éditeur qui va placer la musique sur un film, par exemple. L’interprète se rémunère via ses concerts, s’il en donne, ou via ses prestations studio et ses droits d’interprète. Le producteur de l’enregistrement, lui, se rémunère en vendant le support – que ce support soit du plastique ou bien une suite de 0 et de 1.

3. L’auteur souligne que les gens dépensent toujours plus pour des casques ou des places de festivals et ne paient plus pour la musique.

En fait, des casques audio ou des places de festival, c’est de la musique. C’est même plutôt de l’expérience musicale, de la musique vécue, donc de la musique dé-support-isée. Ce que les gens ne veulent plus payer c’est le principe d’un forfait fixe d’accès à cette expérience. (Notez d’ailleurs que quand vous achetez un MP3 sur iThunes, vous n’achetez pas le fichier mais le droit d’accès à ce fichier – voir ici.)

Les nouveaux consommateurs de musique sont donc toujours prêts à dépenser pour accéder aux compositions de leurs artistes favoris, simplement, la dématérialisation du support a rendu caduque le principe d’un péage pour accéder au signal électrique (généralement, une suite de 0 et de 1) véhiculant cette composition jusqu’à leurs oreilles.

4. La belle métaphore finale sur le raisin : bien matériel contre bien immatériel.

L’auteur met en évidence l’immatérialité du bien « musique » en le comparant à du raisin – il va même plus loin en expliquant qu’il le savoure d’autant plus le raisin qu’il sait qu’il a dû payer pour l’avoir. On est prêt à payer pour des tulipes ou un diamant parce que c’est plus rare que les mauvaises herbes ou le granit, du coup on trouve ça plus beau. C’est super rare donc réservé aux meilleurs, et si on y accède c’est qu’on est des chefs de meute, ouais !

Aujourd’hui, plus besoin d’argent pour accéder à de la musique en abondance. Je vais chez Super U, je fais semblant de tourner un peu en rond rayon picole et je peux écouter gratos le dernier singueule de Stromae. La seule question est : suis-je un fan de Stromae ou juste un gars qui vient chercher sa bouteille de Gros Plant ?

Allez, on vous livre en exclusivité le scoop : la dématérialisation du support ne fait et ne fera que (re-)mettre en évidence la différence entre la musique abondante et la musique qu’on aime – j’oserais dire, entre musique subie et musique choisie, pour paraphraser un ancien ministre de l’Intérieur. Spotify, c’est du Roundup pour tes oreilles.

Il fait beau, le moral est bon.

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Revue de presse /// Labels indépendants et plateformes de streaming : qui a besoin de qui ?

Dans la série « revue de presse du web » commentée, un article tout frais : Les indépendants exclus de la future offre de streaming audio de YouTube ? à consulter sur l’excellent NextInpact.com. Cette fois c’est en français donc pas d’excuse, lisez-le.

La question soulevée en conclusion est la suivante : qui a besoin de qui ? Les catalogues indépendants agrégés regroupent jusque 30% du catalogue mondial, et c’est quand même beaucoup. On aurait aimé savoir s’il s’agit de 30% du nombre de titres, du chiffre d’affaires (assez peu pertinent comme donnée en ces temps de crise du disque et en termes de défense de la diversité) ou bien encore 30% du nombre d’écoutes uniques. En tout cas, il y a fort à parier que les acteurs du streaming ont davantage besoin d’un modèle économique rentable et efficace que d’un modèle « éthique » prenant en compte les intérêts des indépendants.

Inversement, et pour paraphraser Talitres, ces plateformes ne sont guère plus qu’un outil promotionnel pour les indépendants, et il est toujours rageant d’entendre quelqu’un dire qu’il n’écoute de musique que sur Grooveshark (plate-forme moisie s’il en est) alors que notre propre catalogue n’y est pas. On a tous envie d’être sur iTunes comme les vraies stars, même si on n’y génère que quelques roubles chaque mois, ne serait-ce que pour avoir un peu de visibilité. Enfin, en admettant que le fait d’avoir un jpeg qui gigote à côté de celui d’une pute ou d’un musclor à dollar constitue une visibilité digne d’intérêt.

N’oublions pas qu’à chaque nouveau morceau que nous uploadons sur ces plateformes, nous leur donnons pour environ 0$ de la crédibilité « oui nous avons aussi plein de trucs underground au catalogue et pas que de la soupe FM » et du trafic, qui est assez rapidement redirigé vers les productions des majors (il suffit de voir un peu les recommandations et les home).

Saluons donc l’initiative des 200 labels britanniques, saluons 1D-Touch en France qui propose un streaming équitable, et restons critiques à l’égard des tuyaux dans lesquels nous faisons circuler notre travail. N’oublions pas le temps incroyable que cela nous prend d’alimenter ces trucs et les effets que leurs ergonomies ont sur notre façon de composer et de produire. Et oublions les effets de buzz propres aux âges d’or de MySpace ou Facebook : aujourd’hui, il n’y a plus de réseau qui fasse l’unanimité. C’était cool d’essayer le hold-up quand il était encore possible, et on en connaît tous qui en ont profité – maintenant, retour au seul triptyque qui ait jamais payé :

EQ – REVERB – COMP

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Revue de presse /// Pourquoi Facebook, Soundcloud, Youtube se foutent de votre gueule d’amateur

Un article à lire d’urgence pour tous ceux qui, comme nous, ont espéré à une époque collecter des fans/like/followers sur les réseaux sociaux pour développer une fan-base et communiquer efficacement sur le net. Donc vendre des disques. Je crois.

http://doandroidsdance.com/features/soundcloud-bots-sway-numbers/

Comme vous êtes nuls en anglais, je vous fais un digest : les réseaux sociaux (en l’occurrence c’est Soundcloud – a.k.a. SonDeClaude – qui est incriminé ici mais la théorie s’applique très bien pour les autres plateformes) semblent bien truquer les statistiques. Comment ?

1. Prenez une star qui a déjà beaucoup de likes/followers.
2. Boostez artificiellement ce nombre de like et le nombre de vues sur ses vidéos, de lectures sur ses morceaux, etc.
3. Toutes les pages d’artistes qui avaient déjà moins de stats (c’est-à-dire pas mal de monde) vont redoubler d’efforts de promo pour espérer avoisiner ce nouveau score trafiqué.
4. Votre réseau affiche un trafic supérieur et vous pouvez dealer plus de fric auprès de mecs qui achètent du trafic (annonceurs, mecs qui kiffent le trafic).

Là où ça devient subtil, c’est qu’il n’y a pas que les méga-stars qui subissent ce traitement, sinon tout le monde se dirait : « certes, Michael Jackson a pas mal de followers, mais bon c’est Jackson donc c’est pas comparable avec nous, groupe de discopunk du ghetto. »

L’article cité a en effet identifié des labels et des artistes « intermédiaires » qui ont également vu leurs chiffres gonflés. Plus « proche du peuple », m’voyez. Résultat, tous les gugusses comme nous se persuadent que 500 likes ou 1000 lectures c’est pas assez pour démarcher tel festival ou mériter tel blog et continuent de spammer comme des dingos pour espérer atteindre, allez, 1000 likes sur Facebook en-dessous desquels t’es un rigolo local.

Imaginez donc une courbe qui fait que plus l’artiste est gros, plus ses chiffres sont gonflés, et en bas de la courbe il y a la « longue traîne » des mecs à 150 likes qui repostent des liens à tout-va auprès de leur pauvres amis Facebook dans le fol espoir d’être un peu moins ridicules que les mecs qui sont déjà à 300 likes (la classe).

Sachant que dès qu’on arrive autour de 1000/2000 likes, de faux profils viennent déjà liker les pages. On le sait chez Vlad, ça nous arrive parfois, une vague de 20 likes de profils bidons sur Facebook et Soundcloud, en quelques heures, hop-là. Des profils sino-togolais sur Boobook, des user5498419864 ou user65435413541 sur SonDeClaude. On imagine donc aisément que les profils plus populaires se font gonfler davantage, et plus souvent. L’échelle des scores serait donc faussée selon une loi géométrique ou peut-être exponentielle.

Bref, lisez l’article si le sujet vous passionne (et si vous réalisez que vous gâchez 95% du temps que vous consacrez à la promotion web et au community management de votre projet), arrêtez de faire n’importe quoi et faites de la musique, plutôt.

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Noël approche ! Surtout, ne nous achetez rien.

Rappelez-vous, Noël, c’est pour les enfants. La boîte de Lego Star Wars pour Théo et la poupée Miley Cyrus pour Théa. Deux-trois crottes en chocolat pour mettre avec le café en faisant des ronds marrons sur la nappe en papier. Du champ’ de supermarché et du Banga pour les autres. Une atmosphère féérique, même si votre cousin a les cheveux sales.

Emporté par la magie, vous offrez des gros cadeaux aux petits et des petits cadeaux aux gros. Vous essayez de dépenser à peu près la même somme pour chacun et vous définissez la liste de vos récipiendaires en concertation avec le conseil de famille.

Les cadeaux culturels c’est pas mal ; ça flatte autant celui qui le reçoit que celui qui l’offre. Mais le problème avec la culture c’est que c’est contagieux : offrez un livre à un mec et un ustensile de cuisine à sa meuf ; c’est la guerre. Inversement, offrez un disque à une meuf et un rasoir à son mec, même résultat. La symbolique est louuurde !

Vous êtes donc en train de pousser le Caddie dans un centre culturel E.Leclerc à la recherche de livres sympa ou de disques compacts pour ceux qui ont encore de quoi les lire. Lassé par l’offre musicale, réduite de nos jours à 10-15 disques que tout le monde écoute gratos sur deezer, vous vous rappelez tout à coup que vous avez dans votre entourage un ou plusieurs musiciens indépendants, artisanaux, sympatiques, qui sont à Zaz ce que le livre d’artiste de chez L’Oiseau Muse est au dernier ouvrage de Franz-Olivier Giesbert (celui qui connaît bien François Mitterand, lequel n’a d’ailleurs que 736 likes sur FB).

Et vous pourriez être tenté d’offrir une de nos productions à quelqu’un. Le dernier album live d’Aälma Dili, ou un vieux Vladivostok. Ou un brûlot de chez Survie et Conséquences.

*** Réfléchissez bien ! Plusieurs problèmes se poseraient à vous :

– Nous vendons notre talent dans des emballages minimalistes et fonctionnels, donc pas très chers. Vous n’allez quand même pas offrir un cadeau à 3€ TTC !
– Vous allez faire passer le voisin qui vient d’offrir le dernier Stromaille pour un ignare, un inculte ou pire : un suiveur.
– Une partie de nos nouveautés ne sortent qu’en numérique. Vous n’allez quand même pas offrir un fichier !

Enfin, n’oubliez pas, nous sommes sur scène tous les week-ends. Offrir un de nos disques à quelqu’un qui ne nous a jamais vus, c’est comme offrir une bouteille vide.