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Et voici notre nouveau label 100% vinyle : FRZB

Ce qui est chiant, quand on essaie de faire mieux que vendre de la musique industrielle, c’est qu’on se retrouve à porter des projeeets trois fois plus gros que nous, alors qu’on est déjà charrette pour faire rentrer les GUSOs.

Nombre d’idées brillantissimes ont ainsi rejoint le prestigieux cimetière des Révolutions Autour Du Barbeuc Vendéen de la Fin Août.

Et parfois, patatras, quelque chose fonctionne.

La plupart du temps, c’est lorsqu’une idée est portée par 2 ou 3 gars suffisamment motivés pour s’en reparler entre eux régulièrement, et qui disposent périodiquement de quelques heures ou quelques jours précieux pour s’isoler du flot Gmail et réfléchir à de belles choses.

C’est ce qui s’est passé avec ce projet Triple A de gravure vinyle, imaginé par Vlad et Crabe Records et logistiqué par notre partenaire Studio Adjololo.

En effet, ces dernières années nous ont contraints d’opérer cette fameuse transition numérique. Et à mesure que l’on intensifiait notre distribution numérique, nous allions vers toujours plus de JPG et de MP3, supprimant l’objet, puis le format album, puis l’idée d’artwork. C’était beau, car nous nous débarrassions d’autant d’aspects industriels. Faire du plastique n’est en effet pas un métier de musiciens. Et nous réduisions notre art à sa quintessence : un signal. Un message. Une idée. Une vision. Vertigineux !

C’était beau, mais ça devenait autre chose. Car il y avait tout de même quelque chose à sauver dans l’idée d’album physique. Et il nous aura fallu nous vautrer dans le digital pour bien le comprendre.

Avec ce nouveau label FRZB (“frisbee”, t’avais compris) nous allons pouvoir poursuivre les expérimentations menées par Lorenzo And The Lamas depuis 2012 dans le domaine de la microéconomie musicale.

Poussant le raisonnement jusqu’au bout (sinon c’est pas un raisonnement, c’est du marketing), nous avons reconstitué une chaîne de production analogique de bout en bout : enregistrement, mixage, reproduction mécanique.

Il s’agit pour l’instant d’une expérimentation destinée à tester la validité de quelques postulats. Le n°7 m’a laissé bouche bée !
– la musique sonne-t-elle vraiment mieux ou moins bien en analogique qu’en digital ?
– est-ce qu’on entend toujours les pains lorsqu’on a one-shoté un titre sur 2 pistes, donc sans édition possible ?
– quels sont les réels apports techniques et artistiques de la MAO ?
– et si les techniciens et les radios avaient pris le pouvoir sur les artistes ?
– y a-t-il un modèle économique alternatif à développer ?
– le processus d’enregistrement est-il créatif ?
– sinon, quelle est son influence sur la création ?
– comment distinguer le travail de composition du travail technique de mixage ?
Et bien d’autres encore.

Voilà donc le début d’une nouvelle aventure, inaugurée par ce FRZB#000 intitulé “Premiers lancés” et sur lequel vous pourrez entendre les improvisations nocturnes de deux mecs qui, après 12 ans de recherches et 12 heures de calibrage de stylet, ont encore soif d’explorations sonores et humaines.

L’histoire est écrite par les vainqueurs. Et un label qui utilise le mot “postulat” dans ses communiqués de presse n’a pas l’intention de reconnaître sa défaite.

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La trompette, par Boris Viande

Mon parcours de punk home-studiste m’a amené à taquiner plusieurs instruments. Je joue assez mal de la plupart d’entre eux, mais là n’est pas tellement la question, puis d’abord je fais ce que je veux. Parmi ces instruments, il y en a un qui revêt une importance toute particulière : je veux parler de ma Yamaha YTR4335 toute niquée, achetée 3200 francs en 2000, l’année de mon bac.

Cet instrument de torture m’a permis à lui seul de gagner v’là le pognon (j’écris ce texte depuis mon duplex sautronnais). Mais il m’a aussi et surtout apporté des heures et des heures de souffrance, de frustration et de bonheur.

Le 9 avril 1999, j’ai 15 ans et j’assiste à un concert de Sinsemilia à l’Olympic (Nantes). La section cuivres me fascine, mais le saxophone me paraît compliqué à jouer. La trompette, avec ses 3 petits boutons, me fait de l’œil.

C’est Christian Belz, professeur de trompette à l’école de musique de La Harlière (Saint-Herblain) qui m’a patiemment mis le pied à l’étrier. Durant ces deux années, il fit de son mieux pour inculquer un peu de méthode et de rigueur au jeune skaman fougueux que j’étais. Pas tout à fait en vain, car j’ai retenu de ces cours du mardi soir l’essentiel : l’amour de l’instrument. Big up maestro !

J’ai alors joué faux et fort pendant des années dans le meilleur groupe herblinois du monde. Des riffs ska, vaguement funk. De toute façon, à quoi peuvent bien servir des cuivres dans un groupe de punk ?

A chaque concert le même scénario : #ToutRouge pendant dix minutes, puis je retournais à ma guitare, les lèvres toutes blanches, à la fois apaisé et frustré. Que d’la gueule !

Ma rencontre fracassante avec la world music eut lieu à l’écoute d’une compilation ukrainienne de chansons à boire (“Boudma!”) achetée dans une station-service au retour de notre concert au Be Free Festival (Lviv, 2008). Puis il y eut l’album Iag Bari de la Fanfare Ciocarlia entendu à la FNAC de Nantes. Et les compilations Russendisko ramenées de nos étés berlinois.

Kompott Party @ Stadtgarten Köln, 01/04/2017 – Katja Pysmenna

Dès lors, je portai un regard nouveau sur mon biniou. Il devenait possible de jouer une musique belle et rebelle, sans se palucher le solfège, les gammes pentatoniques supercramées et les riffs disco en costard.

Mais le plus dur restait à faire : travailler sans relâche, au gré de l’humeur des voisins, pour faire sonner ce truc en métal qu’il y a même pas besoin de brancher putain.

Fait déterminant, j’ai eu la chance de commencer à jouer plutôt tard. Il était évidemment inutile de chercher à devenir un virtuose. Il fallait donc être malin et prendre le problème par le bon bout : comment faire pour retirer le maximum de plaisir de l’objet, et transmettre ce plaisir aux autres ?

Ceux qui le pratiquent le savent : la trompette est parmi les instruments les plus ingrats qui soient. Parfois, on prend le truc de travers, un bout de lèvre se met mal et on joue faux pendant une semaine. Parfois, le son est vilain, sans raison apparente. Parfois, le son sort juste pas. Souvent, on prend plus de plaisir à regarder et tripoter l’instrument qu’à en jouer.

Et alors qu’il est si simple de sortir de manière sûre et constante un skank de guitare, placer un riff de clavier ou d’accordéon, ou encore brailler dans un mic, le cuivre est indomptable. Même quand le riff est à peu près maîtrisé, il suffit d’un coup de mou ou d’une mauvaise acoustique et c’est la panique. Les trois pistons sont largement secondaires dans l’affaire : le son se forme à 99% au niveau de la bouche. L’aléa est considérable. Le facteur humain est prépondérant. La faillite au coin de la mesure.

Parmi ceux que je pratique, la trompette est de loin l’instrument qui demande le plus de mental. Il faut jouer peu et bien. Le trompettiste est celui qui donne l’impulsion, l’attaque, le climax. Il peut saloper tout un groupe ou tout un orchestre en un quart de seconde, et parfois sans même avoir eu le temps de s’en rendre compte, car il est le dernier à entendre ce qu’il joue. Je le sais, je le fais régulièrement.

Vladivostok en 2006 – Boris Viande & Szam Varadino

Cette précarité est accentuée par la nécessaire sobriété des mouvements du corps. Courir partout et sauter sont sérieusement contre-indiqués pour parvenir à conserver une bonne colonne d’air et une bonne pression dans le tuyau. Le trompettiste est ce musicien qui bouge peu, attendant patiemment le moment où, en un éclair, tout son être sera mobilisé par l’exécution d’un geste unique et non négociable.

Il faut donc avoir une foi absolue en soi et en sa technique, et ce en toute circonstance. Impossible de jouer à moitié, en retrait ou avec désinvolture. Au moment de l’attaque, y croire, quoi qu’il arrive. Et sous ces strictes conditions, le miracle est possible.

Le riff brutal qui sort du bide et qui couche les cinq premiers rangs. La petite trille qui fait trembler la paupière du sondier. La tierce qui fait basculer la tête en arrière et fermer les yeux.

L’investissement physique est monstrueux, mais toujours payant. Le phrasé victorieux est ressenti comme tel jusque dans les joues, les poumons, les tripes.

À mes oreilles, et curieusement, les trompettistes virtuoses ne sont pas toujours ceux qui procurent le plus de plaisir. Un trop grand niveau de maîtrise peut parfois étouffer le subtil degré de risque inhérent à la trompette et qui lui confère son côté héroïque. Inversement, quoi de plus jouissif qu’un musicien amateur qui largue tout à coup une rafale de ouf ? Ou qu’un papy de la fanfare locale qui décaisse un putain de contre-ut alors qu’on le croyait endormi ?

Alors oui l’instrument est difficile, mais c’est peut-être pour cela qu’il procure autant de plaisir. Pour rien au monde je ne troquerai cette saloperie de ferraille contre un outil fonctionnel, docile et désespérant de ponctualité. Car sa pratique est un combat permanent, comme toutes les belles choses de la vie : l’argent, le respect, l’amour.

Boris Viande

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Sauvage FM est #ChaudPourUnGUSO

Encore une fois, l’imposteur est celui qui s’adapte aux désirs de l’autre. Voila mon sentiment durant le salon Babel Med.
Avant de niker tout le système avec la VIème république et de modifier la répartition des droits d’auteurs (car il y a des abus des grosses prod/chaines de tv/radios), il y a avant tout un travail d’éducation à accomplir auprès de certains bookers/programmateurs.
Pas de poncho, sherwani, ou autre accoutrement du bled : mon t-shirt Celio à 2€ en solde n’aura pas suffit à prouver la passion que j’ai pour la Cumbia, le Chaâbi ou le Zouk. Aucune chance !
Dans ce folklore de gauche mais à l’a priori conservateur de droite, mon corps rappelant le travailleur de l’effort, est vu comme inapte aux concepts puisque trop occupé à travailler dans son champ.
Aucun #guso en perspective avec ma compile Tropical Thug et mon EP Jezoukrist à l’âme métissée pourtant très à gauche.
Pas assez #World pour faire voyager le #CSP+ et pas assez électro pour enivrer les #BDE.
Pas sûr que l’on puisse réellement défendre des idées avec la musique. Elle doit rester dans le domaine du spectacle.
La musique n’augmente pas les salaires, elle fait oublier qu’ils sont bas.
Ou alors, il faut produire de l’antispectacle et niker le game. (On y travaille.)
Si l’on pousse la réflexion, on arrête tout, on s’engage en politique ou on devient écrivain.
Tous les keums qui souhaitent s’enrichir avec le #hiphop finissent par produire de la pop.
La rebel attitude se termine au moment ou l’on doit passer à l’action et foutre les pieds sur le terrain. Et je ne parle ni de péter des vitrines ni du spectacle des Enfoirés.

hihihi…Hiphop à tes souhaits. Cherche Gainsbourg. 🙁 🙁 🙁

Je ne me prendrai plus la tête à construire un set éducatif. Retour à l’émotionnel, la sensation, la vibe et c’est déjà pas mal.
Ou alors je lance un concept de mix surprise mais faudra pas venir “hater” au comptoir. Le capital souhaite des êtres spécialisés et productifs. Dans le monde du spectacle également, or j’aime autant la musique, le sport que le dessin.
Faut pas croire, Matrix ou Fight Club sont aussi profonds que n’importe quel film avec Jean Pierre Bacri/Daroussin, Gérard Darmon ou Omar Sy.
Le développement personnel reste un art martial complètement égoïste dans le but de se défendre. De nature pessimiste, je partage des réalités pas des utopies.
On sauvera pas les hommes de l’Homme.
Un peu triste mais je garde les dents serrées et les biceps bien congestionnés.
#chopourunguzo?

Seul un artiste comme Sauvage FM peut écrire un tel brûlot.

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Comme un petit goût de fin de cycle

Cette session Babel Med 2017 avait un petit goût de fin de cycle.
Quelques explications.

Pas mal d’artistes se donnent pour mission divine de perpétuer la tradition. C’est super !
D’autres, comme les nôtres, cherchent plutôt à lancer des ponts entre les cultures et les sociétés, pour recréer le lien que le capitalisme cherche à supprimer. Car le lien social, en plus d’être improductif, tend à substituer des valeurs humaines aux valeurs marchandes que sont le matériel ou le travail. C’est ce même lien social qui rappelle à l’être humain que sa fonction n’est pas d’écraser la gueule de son prochain, mais de lui faire des bisous sur la bouche. Tout ceci est évident pour nous depuis longtemps mais bref

Or, lors de ces trois jours intenses, il nous est apparu que notre positionnement devenait intenable. Comment remplir notre mission divine tout en assurant notre survie en satisfaisant un écosystème friand de folklore ?

Par définition, l’artiste est en avance sur son temps et donc sur le monde dans lequel il évolue. Or, nous n’avons pas le temps ! Désolé. Nous ne pouvons pas attendre que le marché comprenne ce que nous faisons. Nous devons garder une longueur d’avance au prix de quelques GUSO de retard.

Nous nous rendrons toujours à Babel Med pour :
– ambiancer les afters,
– alimenter les réseaux sociaux,
– assurer une représentativité thugopunk du paysage musical.

Mais nous avons compris que nous devrons réorienter nos stratégies de communication vers plus de simplicité, de sobriété, de naturel. D’ailleurs, nous venons d’acheter un stock de Stabilo Boss.

Et bientôt ils nous avoueront : “On comprend rien à ce que vous faites, mais on a de plus en plus honte de booker les autres.”

Aïoli sur vous
#ChaudPour100Balles

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C’est subtil

Les années passent, et notre ligne artistique se fait chaque jour un peu plus précise.
Voici quelques disques sur lesquels nous travaillons actuellement et qui sortiront dans les mois à venir :
– Aälma Dili (tzigano-italo-folk)
– Asa-i-Viata (balkan rave)
– EZPZ (balkan hip-hop)
– Gypsetters (tzigano-club)
– La Dinamitaaa (cumbia-ragga-klezmer)
et bien d’autres.
Vous me direz : ah ouais donc vous faites de la world music en gros.

Moui. Mais c’est un peu plus subtil.

La world music ça existe depuis longtemps, plein de festivals et de radios en jouent. Mais si vous écoutez bien, vous remarquerez qu’il s’agit généralement de world music localisée. Elle provient d’une aire géographique, voire d’un pays précis. C’est sympa pour un festival d’avoir des artistes qui viennent de loin et de partout dans le monde, parce que du coup on a l’impression que le bled qui organise le festoche lui aussi s’intègre dans la Grande Famille des Cultures Officielles du Monde. Retrouvez ainsi Untel (de Corée) et Unetelle (du Pérou) à Saint-Machin-lès-Trucs au mois d’août. Saint-Machin-lès-Trucs, bled cosmopolite ouvert sur l’économie globalizey.

Un peu comme quand vous voyagez en Asie et que vous faites la tournée des hôtels pour touristes occidentaux.
C’est chouette, mais c’est pas exactement notre truc.

Il y a aussi la pop globalisée et universaliste, celle qui prône l’amour, ou l’argent, suivant le degré de fourberie du dispositif. Le tout avec des clips tournés en Islande et au Kenya avec des drones. Faut que tout le monde soit sur la photo, attendez on n’a pas d’Asiatique, trouvez-en un vite, ah voilà parfait. Et ouais c’est 2016 et on se fait tous l’amour au lieu de s’envoyer des bombes à la gueule t’inquiète.

Un peu comme si vous colliez un autocollant “I LOVE BUENOS AIRES” sur votre bagnole alors que vous n’y êtes jamais allé. C’est moins chouette, et c’est toujours pas exactement notre truc.

Notre truc, c’est d’essayer de rencontrer l’autre vraiment, pas juste squatter ses restos ou l’ajouter en ami sur internet. En l’occurrence, comme nous sommes des musiciens, ça veut dire s’intéresser à sa musique et (ô scandale !) apprendre à la jouer. Cette démarche nous vaut parfois d’être accusés d’appropriation culturelle. Nous avons réfuté ces accusations notamment ici, en expliquant la différence entre jouer de la musique et s’approprier une culture.

Pour nous, la musique est un langage. Si j’apprends le polonais, ou si je travaille mon accent chilien, je fais de l’appropriation culturelle ? Non ? Et bah alors.

Sur ces disques à venir, vous trouverez donc des artistes qui passent leur vie à explorer des sonorités, des harmonies, des rythmes différents.
Vous trouverez des artistes qui n’ont pas peur de mélanger leur musique de coeur (parce qu’elle leur vient de leur famille, leur région, leur jeunesse) avec d’autres musiques.
Vous trouverez des artistes qui sortent de leur zone de confort et qui s’aventurent dans des zones de turbulence.
Pour le reste, voyez avec la concurrence.

Nous rediscuterons de tout cela et de bien plus avec plaisir sur notre stand n°-1.11 au Womex la semaine prochaine.

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2006-2016 : TOUT ÇA POUR 4 LETTRES

Une task force Whatsapp a été chargée de réfléchir à la bonne façon de célébrer nos dix ans. Ses conclusions furent sans appel.

Une fête oui mais quand ? Un week-end alors que tous les intermittents travaillent ? En semaine alors que tous les amateurs travaillent ?

Une fête oui mais où ? À Saint-Herblain avec le secrétariat de la rue du Congo et les comptables de la route de Vannes ? À Paris avec la fine fleur du ghetto folk mais sans les punks historiques ? Dans un domac de province, de Berlin ou de Budapest, comme au bon vieux temps ?

Il paraissait également difficile de mettre tout le monde d’accord sur la playlist. Et le risque était grand d’étaler sur les réseaux sociaux notre incapacité coupable à mobiliser une foule mixte, jeune, souriante – celle que tout bon capitaliste rêve d’avoir comme clientèle.

Nous célébrerons donc nos dix ans avec un bon vieil article WordPress, que nous espérons rempli à ras bord d’amour, d’espoir et d’auto-satisfaction. Et profitons de cette rare occasion pour te dire, cher lecteur et ami, toute notre joie de t’avoir embrigadé, de gré ou de force, dans cette aventure belle et triste.

Saint-Herblain, le 26 juin
La bonne direction

/// ON A TROUVÉ

En 2006, on cherchait un public. On pensait le trouver comme on trouve un bassiste : on partait du principe que le mec existe quelque part, il joue de la basse tout seul dans sa piaule et n’attend plus qu’un groupe vienne le recruter. De la même façon, on se poussait du cul pour trouver un public : il fallait atteindre, allez, 500 personnes ; qu’elles viennent à nos concerts et achètent nos disques. Il fallait les capter, les agréger, les collectionner, les kidnapper si possible. Le seul truc qu’on pouvait pas faire, c’était les acheter.

Pourtant, c’est comme ça que faisaient les autres. Ils achetaient de la visibilité, des passages radio, des encarts pub pour avoir des chroniques. Ils produisaient des showcases, ils investissaient. Ils se constituaient patiemment un public acheté. Une clientèle.

En 2016, la musique industrielle est devenue gratuite, et sa clientèle se dissout progressivement dans un ventre mou de sympathisants. Ces derniers n’ont plus d’argent pour les artistes qu’ils entendent, seulement de l’attention mobilisable, du temps de cerveau disponible, comme dirait vous savez qui. La musique industrielle se transforme en information, un peu comme la publicité ou la communication politique.

Mais les gens qui aiment vraiment la musique ne sont pas morts. Ils sont juste en train de se reconfigurer eux aussi. Ils font des playlists sur des sites qui disparaissent les uns après les autres et se disent à chaque fois : « merde, faut que je refasse tout ». Ils n’ont plus de lecteur CD pour écouter leurs albums de ska. Ils commencent à se dire qu’ils ont fait le tour des suggestions de Spotify spécial Euro 2016.

Nous, nous n’avons peut-être pas de clientèle, mais nous avons toujours un public. Ce n’est d’ailleurs pas « notre » public, il ne nous appartient pas : il n’a même pas conscience de lui-même. Mais nous savons qu’il existe quelque part, et nous commençons à très bien savoir comment le rater à tous les coups. Ne reste plus qu’à trouver comment l’atteindre.

C’est notre révolution à nous, et il nous aura fallu dix piges pour mettre des mots dessus.

/// 10 ANS D’ECHECS

On a rêvé des plus grands festivals, des SMAC, de tour-bus avec DVD. On s’est vus faire des vannes avec Nagui, et on se plantait. Faire le deuil de tous ces rêves de droite a peut-être pris du temps, mais au moins, on est sûrs de moins en perdre à l’avenir.

Des milliers de concerts dans des festivals que personne ne connaît, dans des villes que personne ne connaît, pour jouer des morceaux que personne ne connaît.
Des centaines de morceaux écrits, composés, enregistrés, compressés vite-fait avec Izotope et MP3 Maker et balancés dans le vide numérique pour choper deux like.
Des dizaines d’euros reversés par Spotify et Apple.

Bof.
Après tout, nos échecs sont peut-être nos plus belles réussites.

/// 10 ANS D’ARGENT, parce qu’il n’a jamais été nécessaire de réussir pour gagner sa vie.

10 ans de survie à côté du marché du travail, parfois un pied dedans, un pied dehors. Une position d’équilibriste entre l’idéal matériel et la misère heureuse.

10 ans qu’on survit à une époque qui voudrait qu’on disparaisse. En 2016, il n’y a pas plus de place pour le musicien intègre que pour l’artisan, le philosophe, le poète. Et quand y’a plus de place, faut pousser les meubles.

Si ces dix ans sans thune étaient à refaire, on les referait probablement. Mais quid des dix prochaines années ? Ambassadeur Blablacar à quarante piges, un projet de vie ?

A force de s’entendre dire qu’on avait quand même bien du bol de vivre de notre musique, on en a oublié de se demander si c’était normal qu’on gagne aussi peu.

On a fait des envieux, et on commence à faire des jaloux.
Les ennemis viendront ensuite.
On sera prêts.

/// 10 ANS D’AMOUR

Comment appeler autrement cette envie de faire mieux avec moins ? Cette manie du folklore cheap alors que l’avenir est à l’universel, l’industriel, l’intemporel ? Cette obsession du son brut et nu alors qu’avec quelques LED et un joli décor tu pourrais doubler ton prix de vente ?

C’est de l’amour, mec. On est des hippies thuguisés. La voilà la couv’ qui tue : un mec sapé chez Décat’ qui tape sur un derbouka Thomann et ce titre : « Les nouveaux hippies ».

En pleine guerre de l’attention, dans laquelle la musique est devenue un moyen comme un autre de cracher du mépris à la gueule du salarié ingrat, rien de plus fun et jouissif que de chercher à vendre de l’amour.

Après tout, dans toute cette histoire, la musique n’est pas grand-chose d’autre qu’un prétexte. D’ailleurs, si on était moins ghetto, on serait très certainement dans la pub, la politique ou la haute couture. C’est peut-être pas encore tout à fait foutu.

Et si on était moins frustrés et moins regardants, on serait de sacrés partouzeurs.

Vivement la suite !

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Reblogged /// A few thoughts about Womex showcases

This article was first published on Ghetto Folk and has been moved due to editorial changes.

As newcomers to Womex (it was only our second attendance), we are slowly getting to know how it works. Let’s keep a fresh eye in there and explain what has happened last week in Budapest, supposing you’re not an expert of the music ecosystem.

Ecosystem is definitely the right word. There is an incredible variety of people out there. Musicians, DJs, radio hosts, media of any kind, promoters, bookers, festivals, labels, publishers, PR… it’s not easy, at first glance, to see how such a population can interact. Some of them have stands to promote their activities, some play at showcases happening day and night, some take part to conferences, some try to grab attention as much as they can, some are paid by a big company or a public organization and just wait for the drinks and showcases to start.

So what’s happening when you meet someone? First, you find a common language. Then, you try to introduce yourself and get to know what the other one does here. If you’re lucky, you may find something interesting to develop together. Generally it doesn’t happen immediately, so it’s better to know who you want to meet before you get there. And that’s the point: make new contacts out of nowhere at Womex is quite difficult. It’s way more effective if you have some people to meet there before you go. That’s how it works: you meet IRL some people that you were already in touch with, so that you can go further into the business chat and see how comfortable you feel with the other – basically, see how big his stand and posters are so that you can evaluate his truthworthiness. Which is actually the way it works also in a lot of other sectors of the economy and in 99% of fairs worldwide.

Womex means World Music Expo, so it’s about world / folkloric / traditional (call it as you want) music of course. There is no selection to get there – as long as you pay your accreditation – so all kinds of music are actually welcome, but conferences and showcases stick to world music. This way of governance gives a large interpretation of what world music should be, which is actually good. And since showcases are selected by a jury that changes every year, checking out who is playing on stage or leading a talk at Womex is quite interesting about the scene. We’ll focus here about the showcases as we couldn’t attend the conferences (our bad).

Womex 14 Showcases by Jacob Crawfurd
Womex 14 Showcases by Jacob Crawfurd

A Well-Balanced Line-Up

If you just check out which countries are represented out there, you would say it’s rather well-balanced. It looks like every part of the world has at least one artist (with a little advantage for Hungary as it was the country who was organising this year). This has to result from a choice as there are probably more applications coming from European artists (or Europe-based artists) than from other continents: Womex takes place in Europe since its creation – more than 20 years ago – and is not able to pay for artists’ performance and transportation costs.

If you are selected, it means that you will have the opportunity to play in good conditions in front of bookers and media from all over the world. Of course, there are some spots that are better than the others (not too early – not too late), but generally the audience is here and enthusiastic, and there are other occasions at Womex to promote your music: printed communication, interviews, meetings… anyway, having a showcase doesn’t mean instant success worldwide: it is just another (very) good tool in your development plan.

Apart from that business part, Womex showcases tell a lot about today’s landscape, so let’s have a look! Here’s an attempt of categorization of the showcases we saw:

  • Classical or jazz artists: viurtosi, jazzmen/jazzwomen, baroque or contemporary music with traditional elements…
  • Folk / traditional artists: traditional orchestras, street bands, brass bands…
  • Shows: rock bands influenced by world music, artists using new technologies and heavy interaction with lights or video…
  • DJs & producers: solo or small formations using recorded music as a tool, live machines…

We did not attend all the showcases (they take place at same time) but it looks like the 3 first categories were equally represented at showcases – DJs & producers played in club A38 during the nights. Here again, it’s probably a will of Womex event to have a good balance in the wide variety of instrumentations.

Now that we explained a bit how it works, let’s make some remarks of our own. Again, since the selection is made by a jury, this shows interesting facts about the scene and the way it evolves over time – not about Womex as an organization itself. And a lot of those remarks also apply to other fairs worldwide (Babel Med, SXSW…).

World Music In Its Broadest Sense

Just a few examples: there was contemporary jazz artists, pop artists, electronic artists and even rock and punk bands. Sometimes the use of a traditional instrument or the language being used is the only link to world music. Some jazz showcases had a really tiny link to world music. And there were no reggae music, which is a bit odd considering its heavy weight in the market.

Of course, in our opinion it is a good thing that world music gets out of museums, and that more and more artists tend to make their own world music (or music from their own world, we would say). But there is a risk that some artists just use the fact they are born in – or living in – a remote country, even if they actually live in Europe, or include an accordion sample somewhere, to be able to promote music that could easily defined as “rock”, “jazz” or “pop” otherwise. And there is already hundreds of rock, jazz and pop events worldwide. Anyway it’s the scene’s own responsibility to teach the difference between african music and pop music sung in an african language, or between balkan music and jazz music with just a balkan instrument in the orchestra.

Live Music First

Due to Womex location, artists that are able to come from really far to perform are those that are able to raise enough money in their own country to do it. Artists from far away have to gain support from the local music system behind them, whereas a band from Europe may just have an indie label and booker and here they are. It is complicated for a band to actively tour in a remote region, with or without having a Womex showcase. By preserving the balance between the countries, Womex somehow wants to ignore this fact, but in the end it’s still going to be complicated for a Chinese band to tour in Europe, or for a French band to tour in South America.

Maybe the event could focus a bit less on live shows and start to deal more and more with the labels’ and publishers’ work, so that music can spread. That’s probably what the Label Award stands for, even if only based on the airplays on biggest radios right now. There also the initiative of the Global Club Music Network to produce remixes compilations of showcased-artists tracks by non-showcased-artists in order to facilitate music exchanges, as putting on shows and tours remain difficult. Womex publishes a compilation of selected artists: we could imagine another Womex compilation of selected artists who don’t play live: after all, recorded music is the first ambassador of musical creation, isn’t it?

Cutting Transportation Costs

This also leads to some strategic choices, such as hiring a backing band based in Europe if the main artist comes from South America or Asia or wherever. Or having backtracks with traditional instruments in it – and an additional live drummer & bass player to look like a proper band.

It is highly positive that mixity is encouraged in artistic teams, even if it’s for simple economic reasons. Of course, some bands look as if they didn’t knew each other the month before, and you can hear it if you’re a music lover. But give them a few months and it’s probably going to be quite fine.

Experience Always Wins The Day…

… but new artists have a different approach. New bands know best how to get your attention with the use of social media and live show technology. Some showcases looked like a calibrated performance with experienced musicians, a great single, nice visuals, all with a fresh new name and a first album already on heavy rotation. And you want to see them because it’s maybe the next big thing. After all, nothing is more boring that an artist that has made four studio albums and didn’t succeed yet.

This is just like in any music style, you would say. Thing is, industrial music hasn’t always been so much inspired by world music. Globalization brought success stories of world-music influenced industrial artists that led the way to a generation that knows how to mix old industrial recipes with just a little spicy folkloric flavour. Let’s keep it positive: these artists can bring new listeners to our scene – we need everyone!

About Competition And Market Reality

Of course, there are maybe hundreds of Europe-based artists applying versus maybe five or six from this-country-you-never-heard-of-before – especially since transportation costs make a selection. And since Womex needs artists from everywhere, they may get selected anyway – which is nice: we love to see music from those remote countries, that is what Womex stands for obviously.

The problem is, some bands have less transportation costs, and thus definitely a higher tour & management budget that the others, and you see it on stage. They bring their technicians, they sound better and they have better lights and videos. So the average booker from a European festival may think something like “It would be nice to have a Chinese band this year, but their show was horrible. Let’s stick to this European one – after all, they have an chinese singer. Or at least he looks like he’s from China.” Which is pretty much what will happen, if you check the line-up of festivals next summer. This is inherent to the market of live music – unless you try to fix a maximum budget for each selected artist, which may sound weird. That’s another reason why world music fairs should make a bigger place for recorded music.

Our Special Award: Jaakko Laitinen & Väärä Raha

As a conclusion, we just wanted to say that we loved this Finnish band and, let’s face it, the fact that they play great Balkan music even if they are not from the Balkans themselves. That’s not happening so often and we hope there will be more and more artists good enough to be selected to play music from anywhere on Earth!

See you at next fair!

NB: There are two reasons why we don’t tell the names of the showcases we (gently) criticized in here. Firstly, we are all in the same scene: if we might have one common enemy, then it’ll be industrial music and nothing else. Secondly, all our remarks are based on what we saw and felt, so it’s by definition subject to interpretation and mistakes.

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Rebloggé /// Quelques remarques sur les showcases du Womex

Cet article a été importé depuis Ghetto Folk dans le cadre d’une réorganisation de nos contenus éditoriaux.

C’était notre seconde participation et nous nous mettons progressivement dans le bain. Voici un petit compte-rendu de ce qui s’est passé la semaine dernière à Budapest, partant du principe que vous n’êtes pas un expert de l’écosystème de la world music.

Ecosystème, c’est le bon terme : la variété parmi les participants est impressionnante. Musiciens, DJs, animateurs radio, médias de tous types, managers, programmateurs, festivals, institutionnels… à première vue, les interactions peuvent sembler difficiles. Certains louent des stands pour promouvoir leurs activités, certains jouent lors de concerts en journée ou le soir, certains participent à des conférences, certains essaient d’attirer l’attention autant que possible, d’autres sont ici essentiellement par la volonté d’un supérieur hiérarchique et attendent patiemment l’heure de l’apéritif et des concerts.

Que se passe-t-il quand vous rencontrez quelqu’un ? D’abord, vous cherchez une langue commune. Ensuite, vous faites les présentations des personnes et des activités. Avec un peu de chance, vous allez trouver quelque chose d’intéressant à développer ensemble. Généralement, ce n’est pas immédiatement le cas : il est donc plus efficace de savoir à l’avance qui vous voulez rencontrer. Se créer de tout nouveaux partenaires au Womex est délicat : le mieux est de venir y rencontrer en vrai des gens avec qui vous étiez déjà en discussion par mail auparavant. Vous pourrez ainsi avancer dans les discussions et jauger le capital-confiance de votre partenaire – en gros, en vous fiant à la taille de son stand et de ses affiches. Ainsi qu’il est d’usage dans tout autre secteur d’activité et dans 99% des salons professionnels du monde entier.

Womex signifie World Music Expo, il y est donc question de musique du monde, traditionnelle ou folklorique, appelez-ça comme vous voulez. Il n’y a pas de sélection pour participer tant que vous réglez votre accréditation – toutes les esthétiques musicales sont donc en théorie bienvenues, même si les concerts (appelés ici showcases, car à vocation promotionnelle) et les conférences sont dédiés à la musique du monde. Ce type de gouvernance laisse donc une très large interprétation de ce qu’est la musique du monde et c’est tant mieux. Et comme les artistes sont sélectionnés par un jury qui change chaque année, s’intéresser à la programmation musicale et à celle des conférences permet de tirer quelques enseignements sur la musique du monde en tant que scène musicale au niveau mondial. Nous nous intéresserons aux concerts car nous n’avons hélas pas pu assister aux conférences.

Un concert au Womex 14, par Jacob Crawfurd
Un concert au Womex 14, par Jacob Crawfurd

Une programmation équilibrée

Si l’on s’intéresse aux pays représentés, la programmation est plutôt bien équilibrée. Il y a un artiste pour chaque partie du globe, avec un léger avantage pour la Hongrie puisque c’était le pays organisateur. Cet équilibre résulte nécessairement d’un choix délibéré du jury car il y a probablement davantage de candidatures en provenance d’artistes européens (ou du moins basés en Europe) que d’autres continents : le salon a systématiquement lieu en Europe depuis sa création – il y a plus de 20 ans – et ne prend pas en charge les coûts de plateau et de transport des artistes sélectionnés.

Si vous êtes sélectionné, vous aurez l’opportunité de jouer dans de bonnes conditions devant des programmateurs et des médias du monde entier. Bien sûr, certains créneaux horaires sont meilleurs que d’autres (pas trop tôt, pas trop tard non plus) mais le public est présent et enthousiaste, et il y a plein d’autres moyens de promouvoir votre travail : communication papier, interviews, rencontres… De toute façon, être sélectionné ne garantit pas un succès immédiat, mondial et définitif : c’est juste un autre (très) bon outil dans votre plan de développement.

Mis à part ces aspects purement business, les concerts nous disent beaucoup de choses sur la scène world music, examinons la programmation de plus près. Voici une tentative de classification :

  • Artistes de la musique classique et du jazz : solistes accompagnés, jazzmen/jazzwomen, musique classique contemporaine ou baroque avec des influences traditionnelles…
  • Orchestres traditionnels et folkloriques : formations traditionnelles, fanfares, orchestres de rue…
  • Spectacles : groupes rock influencés par la musique du monde, artistes utilisant les nouvelles technologies musicales, de lumières et vidéo…
  • DJs & producteurs : solistes ou petites formations qui utilisent de la musique enregistrée, live machines…

Nous n’avons pas vu tous les concerts (ils ont lieu en parallèle) mais il semble que les 3 premières catégories aient été équitablement représentées – les DJs et producteurs étant programmés au club A38 durant les nuits. Là aussi, c’est probablement un choix délibéré d’avoir un équilibre dans la grande variété des instrumentations.

Maintenant que nous avons un peu décrit le contexte, voici quelques remarques. La sélection étant faite par un jury, il ne s’agit pas de débattre de la programmation ni de l’organisation en tant que telle, mais de l’offre musicale et son évolution. Et beaucoup de ces remarques s’appliquent aussi bien à d’autres salons à travers le monde (Babel Med, SXSW…).

La musique du monde dans sa définition la plus large

Des orchestres de jazz, des artistes de la musique classique, des artistes pop et même des groupes de rock et de punk… dans cette grande variété, le lien à la musique du monde peut être mince et ne tient d’ailleurs parfois qu’à l’utilisation d’un instrument traditionnel ou d’une langue donnée. Certains concerts de jazz nous ont semblé assez éloignés de la musique du monde. L’absence de reggae également est à noter, étant donné le poids de cette esthétique dans le marché.

Il est bien sûr très positif de voir la musique du monde sortir des musées, et de voir de plus en plus d’artistes se l’approprier, pour faire leur propre musique du monde (ou la musique de leur propre monde, dirions-nous). Mais il y a alors la possibilité de voir l’origine réelle ou supposée des artistes – même s’ils vivent en Europe – utilisée comme un argument pour promouvoir une musique qu’on pourrait par ailleurs définir comme “rock”, “jazz” ou “pop”. Et il y a déjà des centaines de salons professionnels rock, jazz ou pop. En tout état de cause, c’est de la responsabilité des acteurs de la scène eux-mêmes d’expliquer la différence entre musique africaine et musique pop agrémentée de samples africains, ou entre musique des Balkans et jazz joué sur un instrument balkanique.

La scène avant tout

Du fait du lieu de l’événement, les artistes en mesure de voyager plusieurs milliers de kilomètres sont surtout ceux qui ont réussi à se faire financer. Ceux-ci doivent bénéficier du soutien de nombreux acteurs dans leur pays de provenance, là où un groupe européen tout juste signé sur un label et tourneur peut beaucoup plus facilement s’offrir l’opération. Il est de toute façon compliqué de se produire dans des pays lointains, avec ou sans showcase au Womex. En tentant de conserver l’équilibre entre les pays représentés, le jury essaie d’ignorer ce fait, mais il sera toujours difficile pour un groupe chinois de tourner en Europe, ou pour un groupe français de tourner en Amérique du Sud.

Peut-être serait-il pertinent de focaliser un peu moins sur la scène et d’interagir davantage avec le travail des labels et des éditeurs, pour que la musique, elle, puisse voyager. C’est certainement l’enjeu de la récompense attribuée aux labels, même si celle-ci n’est basée que sur le classement des diffusions radios pour l’instant. Il y a aussi l’initiative du Global Club Music Network, qui produit des compilations de remixes mêlant artistes sélectionnés ou non, afin de faciliter les échanges. De son côté, Womex publie une compilation des artistes sélectionnés : il serait intéressant d’avoir également une compilation d’artistes sélectionnés sur la base de leur musique seule, indépendamment d’un projet scénique – la musique enregistrée n’est-elle pas le premier ambassadeur de la création musicale ?

Comment réduire les coûts de transport ?

Tout cela amène également des choix stratégiques, comme par exemple celui de recruter un backing band européen lorsque l’artiste principal provient d’Amérique du Sud, d’Asie ou d’ailleurs. Ou bien jouer avec des bandes dans lesquelles sont enregistrés les instruments traditionnels. Avec, sur scène, un batteur et un bassiste pour faire “vrai groupe”.

Il est bien sûr très positif d’encourager la mixité dans les équipes artistiques, même si c’est, au départ, pour de simples raisons économiques. Bien sûr, certains musiciens ne semblent pas se connaître depuis très longtemps, et ça s’entend. Mais d’ici quelques mois chacun trouvera sa bonne place.

C’est dans les meilleurs pots qu’on fait la meilleure soupe…

… mais les nouveaux artistes ont une nouvelle approche. Ils sont plus à l’aise sur les réseaux sociaux et avec les nouvelles technologies. Certains concerts sont parfaitement calibrés, avec des musiciens expérimentés, un single qui cartonne, des visuels haut de gamme, un nom de groupe tout frais et un premier album qui tourne déjà en boucle. Et vous voulez les voir parce qu’ils sont peut être le truc qui va buzzer. Quoi de plus ennuyeux qu’un groupe qui a déjà fait quatre albums studio et qui n’a toujours pas percé ?

Après tout, c’est comme dans tous les styles de musique. Seulement, la musique industrielle a rarement été aussi inspirée par la musique du monde. La mondialisation a permis des success stories d’artistes industriels influencés par la musique du monde, engendrant une génération d’artistes qui savent maintenant ajouter à des techniques de production industrielles une petite note exotique. Restons positif : ces artistes peuvent apporter une nouvelle audience à notre scène, et nous avons besoin de toutes les contributions.

Concurrence et réalité du marché

Etant donné le contexte, il y a certainement des centaines de candidatures d’artistes européens, et peut-être seulement 5 ou 6 candidatures en provenance de ce pays dont-on-a-oublié-le-nom. Et comme le Womex a besoin d’artistes de tous les pays ou presque, cela pourra les avantager dans le processus de sélection, et tant mieux : il est appréciable d’entendre des musiques moins connues, c’est tout l’enjeu du salon.

Or, certains groupes ont des coûts de transport moins élevés que d’autres, et donc davantage de budget plateau, promo et management. Ils ont leurs propres techniciens son et lumières, ce qui améliore encore leurs prestations. Par conséquent, le programmateur de festival européen moyen peut être tenté de se dire : “J’aimerais programmer un groupe chinois cette année, mais le son de celui-ci était vraiment médiocre. Je vais me rabattre sur ce groupe européen, après tout leur chanteur est chinois – en tout cas, on dirait.” Chose qu’on pourra vérifier sur les programmations des festivals de l’été prochain. Cette situation est inhérente au marché de la musique live, à moins de vouloir la réguler en fixant un budget maximum pour la participation de chaque artiste, ce qui pourrait paraître curieux. Raison de plus pour faire une meilleure place aux acteurs de la musique enregistrée.

Notre mention spéciale : Jaakko Laitinen & Väärä Raha

Nous voudrions simplement finir en ajoutant que nous avons adoré le concert de ce groupe finlandais, et, avouons-le, le fait qu’ils jouent formidablement bien la musique des Balkans, sans être originaires des Balkans eux-mêmes. Ce n’est pas si courant et nous espérons que de plus en plus d’artistes seront assez talentueux pour être sélectionnés pour venir jouer la musique issue de n’importe où sur Terre !

Rendez-vous au prochain salon professionnel !

NB : Il y a deux raisons pour lesquelles nous n’avons pas cité les groupes dont nous parlons parfois un peu négativement. Premièrement, nous appartenons tous à la même scène ; notre ennemi commun, s’il existe, est la musique industrielle et rien d’autre. Deuxièmement, nos remarques sont basées sur ce que nous avons vu et ressenti, et donc nécessairement sujettes à l’interprétation et au risque d’erreur.

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Pourquoi nous dépensons tout notre fric au Womex

La question revient souvent et c’est normal : pourquoi diable nous rendons-sur les salons professionnels (Womex, Babel Med, Midem) pour y claquer les thunes issues de la vente de Salicorne ? Dans cet article, nous allons expliquer non seulement pourquoi, mais aussi comment.

Ces salons professionnels sont des lieux de rendez-vous des professionnels de la musique. En France les plus connus sont peut-être le Printemps de Bourges ou les Transmusicales. Babel Med est un salon qui a lieu à Marseille et qui, comme le Womex (qui a lieu en Europe dans des villes différentes selon les années), est un salon spécialisé musiques du monde, là où les autres sont plutôt squattés par les musiques actuelles (pop, rock, electro si j’ose dire). Quant au Midem, c’est un salon qui a lieu à Cannes et est dédié à l’industrie musicale, principalement pour les labels et éditeurs.

Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)
Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)

Après quelques essais plus ou moins heureux, nous nous sommes rendus à Babel Med et au Womex chaque année depuis 2014, avec un stand plus ou moins officiel ou plus ou moins partagé histoire de pouvoir présenter nos artistes. Au départ, on pensait y vendre nos artistes à des festivals, on avait imprimé des contrats de cession prêts à signer et on avait acheté des stylos bic. Assez vite on a compris que c’était un peu plus compliqué. Là-bas tout le monde se connaît, les seuls gars que tu peux espérer convaincre sont ceux qui, comme toi, n’ont pas d’amis et se retrouvent à faire le tour des stands parce qu’il faut bien qu’ils rentabilisent le déplacement et qu’ils trouvent deux ou trois artistes pour leur festival du sud de l’Allemagne. Et à supposer que ce soit le coup de cœur musical, et que tu aies un stylo bic, il te reste encore à trouver d’autres dates autour de celle-ci pour amortir le déplacement. Mouais.

Tu peux aussi aller voir les tourneurs pour qu’ils fassent le taf à ta place. Mais ceux-ci sont venus pour voir les programmateurs et leur faire écouter et voir leurs artistes. Pas tout à fait sûr qu’ils aient du temps à consacrer à ta vidéo de répét filmée à la gopro.

Il y a enfin les concerts : au Womex on appelle ça les showcases car les groupes ont tous les frais à leur charge et seulement 45 minutes pour se produire devant les professionnels. Parfois, il y a de l’ambiance. On découvre des choses, même si les groupes qui ont les moyens pour ce genre d’investissement ne sont pas tout à fait les perdreaux de l’année.

Alors pourquoi ?

Un client potentiel
Un client potentiel

1. Apprendre à connaître les tourneurs

Tout le monde ne cherche pas à faire des concerts chez Vlad, mais pour ceux dont c’est le cas, il est bon d’apprendre à connaître les tourneurs. Savoir qui tourne quoi, les spécificités, connaître leurs catalogues, commencer à en rencontrer quelques-uns pour pouvoir faire une proposition pertinente le jour venu. C’est bien plus efficace que d’envoyer des mails à toute la planète en espérant qu’un jour, un tourneur pleure de joie en matant votre lien viméo.

2. Rencontrer des artistes

Il y a aussi beaucoup d’artistes auto-produits qui font le déplacement à leurs frais, ou bien des artistes qui sont là parce que leur tourneur les a fait venir, ou bien parce qu’ils sont membres d’une délégation nationale (il y a aussi des stands par pays ou par région). C’est l’occasion d’évoquer des remixes, des collaborations, de parler de la scène. Pour les DJs et les producteurs, c’est toujours bien de rencontrer des musiciens pour savoir comment mieux travailler sur les projets. Et aborder d’autres débats comme par exemple la semaine dernière : pour ou contre les backtracks en live, pour ou contre les ordis sur scène et j’en passe. On défend notre point de vue et nos valeurs de label ghetto-folk 2015.

GCMN lunch
GCMN lunch

3. Vendre nos services

On l’aura compris, c’est difficile de trouver des concerts comme ça entre deux verres de bière plastique. Par contre, en nous positionnant en tant que label / éditeur, on fait un peu la différence, et on peut plus facilement accoster les gens qu’avec l’éternel “salut on cherche des dates”. Du coup, des collaborations intéressantes se sont lancées : on va distribuer de nouveaux artistes en France, on a plein de remixes sur le feu, des nouveaux producteurs, des musiciens prêts à poser sur des instrus, des deals d’édition… Bref, plein de taf.

4. Rencontrer les institutionnels et les autres acteurs

Il y a plein d’autres gens à rencontrer : le ministère, les réseaux régionaux, la SACEM, Zone Franche et j’en passe… des réseaux, des syndicats, des structures ressources, qui nous aident au jour le jour à prendre les bonnes décisions. Aujourd’hui vu la tronche du paysage musical ce serait impossible d’avancer seuls. C’est grâce à ces rencontres qu’on a pu prendre toute une série de décisions depuis 2010 qui font qu’on est encore en vie pour l’instant et qu’on est plus tout à fait obligés d’aller jouer dans tous les bars à 100€ du pays. Du coup, on gagne du temps pour faire de la musique et devenir chers. Ha !

Le stand VLAD
Le stand VLAD

5. Préparer l’avenir

Et oui l’avenir se prépare dans le passé parce que le présent c’est déjà un futur du passé actuel.

Par exemple, nous sommes membres du collectif Global Club Music Network, au sein duquel nous faisons la promotion des DJs et autres acteurs de la scène global beats / electro world. Histoire de faire rentrer la world music dans les clubs. Ou déjà de la faire sortir des théâtres et conservatoires.

Nous essayons de recruter de nouveaux artistes désireux de s’émanciper de l’industrie et de nous rejoindre dans des projets home-studio, avec échange de fichiers par internet, pour favoriser les rencontres et les échanges. Et mélanger les musiques.

Nous balançons des candidatures pour les showcases, ne serait-ce que pour que le jury soit forcé de coller une oreille sur Bass Excurtion. Ha ça doit décrasser leurs chaînes hi-fi ça c’est sûr.

Au Midem, nous avons chopé plein d’infos sur les plateformes de streaming, YouTube, iTunes, les nouveaux modèles à venir, Soundcloud qui va couler, etc. Cela nous permet de faire les moins mauvais choix dès maintenant. Si vous ne savez pas ce qu’est un code ISRC, vous êtes à la bourre.

La musique ça évolue, certes pas ultra vite, mais quand ça sera devenu normal de faire de la cumbia quand on est breton ou de la samba quand on est bulgare, on aura peut-être un ou deux pieds dans le bon wagon. Bien sûr, c’est pas pour 2017. Bien sûr, le milieu est truffé de copinages qui rendent la chose complexe pour des thugs qui parlent mal anglais. Bien sûr, on a le temps de mourir dix fois en route. Mais rien que parce qu’on a l’impression de faire avancer le schmilblick, et que pendant ce temps on n’est pas dans un bullshit job ni au chômage, ça vaut déjà le coup de se battre. Rejoignez-nous.

Le débat continue en anglais et en français sur notre blog Ghetto Folk : http://ghettofolk.com/fr/2015/10/29/quelques-remarques-sur-les-showcases-du-womex/

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Le Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes créatifs

Dans le cadre des Assises de la Jeune Création, la Ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, vient de rendre public un plan de 19 mesures en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes créateurs. Chouette !

Maintenant que vous l’avez lu, parlons de ce plan qui s’adresse en priorité à des jeunes créateurs en cours de professionnalisation. Des gens qui ont donc décidé dès le lycée qu’ils allaient vivre de leur travail artistique. Des esprits chagrins diraient même : des gens qui ont été en capacité de décider très tôt qu’ils seraient des artistes professionnels. Ça fait pas grand-monde ! Ce n’est certes pas le parcours des artistes Vlad qui ne sont pas tout à fait issus du conservatoire – suffit de voir comment certains jouent de leur instrument, lequel est souvent d’ailleurs en mauvais état. Mais après tout si les jeunes pros sont dans le besoin c’est plutôt chouette que la Ministre leur vienne en aide. En plus c’est sympa de prendre des cours et tout.

Alors je profite de l’occasion pour énoncer mon Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes *créatifs*. Étant bien élevé, je vais commencer par résumer les propositions du plan ministériel tout en donnant mon point de vue tranquillou. Puis j’énoncerai mes 19 mesures. Si le Ministère veut me contacter, mes coordonnées sont sur cette page – discrétion assurée.

Mon avis sur le plan du Ministère

1. Le plan propose d’améliorer l’orientation et la formation.

Il y a pourtant beaucoup (une majorité ?) de formes artistiques qui échappent au dispositif étatique. Par définition, l’État aura toujours 5, 10 voire 20 ans de retard sur les pratiques des citoyens. Par exemple, le plan annonce la création d’un diplôme d’état danse hip-hop et des mesures sur le street art. Super ! Ça fait 20 ans que les Français pratiquent ces disciplines. Faut-il attendre 2050 pour le diplôme de moombahton ou de danse flax basix ? Survivrons-nous d’ailleurs si longtemps sans diplôme ?

2. Le plan propose de favoriser l’insertion professionnelle.

On est en 2015 : j’ose affirmer que tout un chacun est à même de proposer un travail artistique. La question est de savoir si ce travail est de qualité, donc s’il peut intéresser des gens et donc trouver un public. Le Ministère n’a pas ici eu besoin de se poser cette question : les jeunes créateurs, correctement formés dans les écoles dont on parlait en 1°, créent : on met donc en place des mesures pour les aider à devenir des professionnels, puisque leur création est nécessairement digne d’une rémunération. On décide ainsi quelles sont les pratiques artistiques qui doivent devenir des métiers. Ça m’embête un peu.

3. Le plan propose de favoriser l’innovation en réseau.

Ça pour le coup c’est bien 2015 : des mesures qui semblent prendre acte de la décentralisation (voire désacralisation) de la création, rendue possible par les nouvelles technologies et la baisse des coûts de production. C’est probablement le volet censé contre-balancer les mesures précédentes : quelques mesures bottom-up après une série de mesures top-down (pour les non-bilingues : quelques mesures qui vont du bas vers le haut après une série de mesures qui vont du haut vers le bas – étant toutefois précisé que le haut est ici le Ministère et le bas les créateurs).

4. Le plan propose d’améliorer la rémunération des artistes et leurs conditions de vie.

Comment être contre ces mesures ? Le Ministère est dans son rôle en garantissant l’exercice de la création indépendamment de sa valeur marchande, reconnaissant ici ses apports non monétisables. Dommage qu’il ne s’adresse pas également aux créateurs non professionnels qui fournissent aussi un travail artistique, créateur de lien social et d’épanouissement culturel, souvent tout aussi digne de rémunération. Ces créateurs ne connaissent non pas la précarité, mais le bénévolat, généralement illégal : musiciens amateurs donc dans l’illégalité, organisateurs de festival sans licence, lieux de vie victimes de voisins atteints d’hyperacousie et de mesures anti-bruit appliquées avec zèle…

5. Enfin, le plan s’efforce de défendre la diversité des artistes et des pratiques.

C’est bien d’aider les jeunes créateurs professionnels, mais si on veut vraiment défendre la diversité des artistes, pourquoi ne pas inclure les autres jeunes créateurs ? Le plan se souvient tout à coup d’eux à la mesure n°19 : il faut sensibiliser tous les jeunes, tout particulièrement ceux qui n’auraient pas spontanément pensé suivre les cursus des conservatoires – ça fait du monde ! Peut-être ici l’occasion de penser la création et le parcours professionnel hors du conservatoire ?

Le plan prévoit d’intégrer davantage l’art urbain à l’offre existante. Il faut ajouter l’art rural, l’art péri-urbain, l’art du reste du monde et l’art d’Internet. J’en oublie sûrement.

Et pourquoi pas les vieux ? Y aurait-il un âge limite ? Peut-être celui à partir duquel c’est fichu car on s’est résolu à une autre carrière faute de perspectives, même pour ceux qui avaient spontanément pensé, non pas faire le Conservatoire, mais juste devenir artiste ? Et sont-elles vraiment si diverses, ces pratiques enseignées au Conservatoire ? Elles sont, j’imagine, très variées, très diversifiées ; c’est-à-dire différentes les unes des autres, dans un périmètre donné. Mais diverses, ça renvoie à l’exhaustivité des pratiques de tout l’univers. Peut-être le moment idéal pour repenser l’institution, ce qu’elle peut et ne peut pas faire, ce qu’elle doit et ne doit pas faire.

Voilà pour le plan du Ministère. Maintenant, voici le mien.

Le Grand Plan Vlad en faveur de la formation, de l’insertion, des conditions de vie et de la diversité des jeunes *créatifs*

Travailler sur la sensibilisation et le choix

1. Sensibiliser les élèves de l’enseignement secondaire à la possibilité et à la faisabilité d’une carrière artistique

Dans l’économie d’hier, il fallait choisir un métier, puis s’y former pour pouvoir l’exercer tout sa vie. A l’ère de l’économie collaborative, les métiers de la création doivent prendre acte des bouleversements dans l’organisation du travail : de plus en plus, on aura plusieurs carrières, successivement ou en même temps. Très tôt, l’élève doit pouvoir intégrer les métiers de la création dans l’éventail des activités auxquelles il pourra s’adonner, que ce soit durant 100% de son temps, 50% ou même 10%.

Des millions de créateurs sont issus de milieux sociaux dans lesquels les métiers de la création sont méconnus et généralement perçus comme non rémunérateurs, trop difficiles, parfois simplement inutiles. C’est en améliorant l’image du secteur auprès de tous les jeunes qu’on garantira l’égalité des chances et la diversité.

Une meilleure présentation de l’offre de formation, oui, mais en incluant des parcours d’artistes non professionnels et d’artistes professionnels non issus du Conservatoire. Une campagne d’information, oui, mais en y faisant aussi participer des artistes non professionnels et des artistes professionnels non issus du Conservatoire.

Cet effort devra notamment s’adresser à tous les élèves, bien au-delà des élèves de Terminale Littéraire – il y a des artistes partout.

2. Former à la démarche artistique plutôt qu’à une pratique artistique donnée : passer du jeune créateur au jeune créatif

Il faut repenser la formation : former des élèves aux pratiques existantes est une chose ; développer la pratique de demain en est une autre. L’accent doit être mis sur la démarche, le lien social permis par la création, le rapport à l’autre, l’épanouissement culturel. Il faut apprendre à reconnaître ces bienfaits dans toute pratique et non uniquement dans celles que l’on connaît déjà. C’est ainsi qu’on se débarrassera des biais socioculturels et qu’on avancera petit à petit vers la culture du vingt-et-unième siècle. Oui j’y vais fort.

3. Favoriser la diversité des élèves pour un cursus donné

Il faut travailler sur la perception des pratiques par les jeunes créateurs eux-mêmes : aucune pratique ne doit apparaître comme étant réservée à une population donnée. La création doit rester vive, interlope, curieuse ; la vraie diversité est celle que l’on peut observer à l’intérieur d’une classe de hautbois ou d’un cours de graffiti, pas celle qu’on peut observer dans l’ensemble des jeunes créateurs – parmi lesquels certains ne se rencontreront jamais durant leur parcours artistique. Or, appréhender la pratique de l’autre, c’est appréhender l’autre.

4. Intégrer toutes les pratiques dans la recherche

L’apport de la création à la compréhension du monde, qu’il s’agisse de pratiques anciennes ou nouvelles, doit être valorisé. Le public, c’est-à-dire le citoyen, doit bénéficier des travaux de création menés par les artistes. Chaque œuvre, chaque représentation est porteuse de sens, de lien social, d’un projet de société : celui-ci doit être expliqué, clair, accessible. Sans celui-ci, l’art contemporain n’est que de la décoration, et la musique une ambiance sonore apaisante destinée aux grandes surfaces.

5. Former aux nouveaux moyens de production et aux nouveaux modèles

Les moyens de production d’à peu près tous les secteurs artistiques ont été bouleversés par l’économie numérique. Il faut prendre acte au plus vite de ces changements pour adapter l’enseignement et la sensibilisation. Se rendre dans une classe avec un instrument de musique du siècle précédent ou avec une station de MAO n’implique pas du tout la même perception par les jeunes créatifs.

6. Une école pilote de la diversité dans le création

Je ne sais pas si je l’appellerais Grand Paris Schola, d’ailleurs je ne sais pas si je l’installerais à Paris ou ailleurs, mais une école pilote de la diversité dans la création serait une expérience à mener :
– une école dans laquelle on peut venir étudier 10 ans, 1 an ou simplement 1 mois, quel que soit son milieu d’origine ou ses moyens financiers ;
– une école dans laquelle on n’enseigne pas des pratiques définies mais l’apprentissage d’une pratique, l’élaboration d’une démarche, la valorisation du travail créatif ;
– une école dans laquelle on apprend à expliquer pourquoi et pour qui on crée ;
– une école qui ne forme pas à des métiers prédéfinis mais qui forme à des activités artistiques et qui donne des clés pour la compréhension des mécanismes économiques qui régissent, entre autres, le travail créatif.

Une telle école formera bien sûr des élèves qui se destineront à des carrières artistiques, mais pas seulement. Beaucoup d’acteurs économiques gagneraient à recruter des jeunes créatifs. Tous, en fait. On est en 2015, la planète va crever et nous avec, qui va nous sauver ? Google ? l’Union Européenne ? ou bien une génération d’artistes un peu dégourdis ? Devinez.

Faciliter l’insertion professionnelle des jeunes créatifs

7. Développer les stages en entreprise

Les jeunes créateurs doivent avoir l’opportunité d’approcher davantage le monde de l’entreprise. C’est par une meilleure connaissance de la société, de l’économie et de tout le reste que le futur artiste apprendra à aiguiser son regard et donc sa démarche. L’artiste déconnecté est un rêveur, son œuvre une distraction ; l’artiste conscient est un utopiste et son œuvre une proposition.

8. Favoriser les rencontres par l’insertion interdisciplinaire

Il faut favoriser les rencontres interdisciplinaires pour aider l’artiste à penser sa démarche comme un absolu et non uniquement comme une tradition séculaire à perpétuer. Lui donner la chance de s’essayer à différentes pratiques pour l’aider à s’orienter dans son propre parcours.

9. Favoriser les rencontres en incluant les non-jeunes

La vision paternaliste de l’aîné qui a forcément l’expérience doit être dépassée : beaucoup de jeunes créatifs, surtout parmi les non professionnels, ne se reconnaissent pas dans ce modèle unidirectionnel et ressentent le besoin de s’exprimer par eux-mêmes hors des schémas établis. La relation entre le jeune créatif et le non-jeune créatif doit fonctionner dans les deux sens. La démarche d’un jeune créatif peut être porteuse de sens pour tout un chacun, y compris pour d’autres générations que la sienne.

Favoriser l’innovation

10. En premier lieu, il faut changer de vocabulaire

Le plus gros effort d’innovation portera sur la nécessité de passer d’un vocabulaire de pratiques, de diplômes, de carrières à un vocabulaire de démarches, d’autonomie, d’activités. C’est une bonne chose de créer des réseaux, mais si l’on y trouve à l’onglet « description du profil » une liste déroulante dans laquelle il faut choisir sa pratique parmi « danse », « musique » ou que sais-je, alors on aura une nouvelle fois manqué une occasion de progresser. Un jeune créatif doit pouvoir se définir selon d’autres critères : est-il plutôt technique ? Travaillant son geste ? Est-ce un conformiste qui perpétue une pratique donnée ? Est-ce un improvisateur ? Un provocateur ? Travaille-t-il pour lui-même, pour l’Histoire, pour l’argent, pour ses pairs ?

11. Et changer de système de classification

De la même façon, plutôt que se demander si une œuvre relève de la musique, du spectacle ou des arts visuels (par exemple), il faudrait se demander quels sont les canaux de communication qu’utilise cette œuvre avec le public (visuel, sonore, émotionnel…) et quel est le discours qu’elle véhicule. Certains morceaux de musique sont composés dans le but de nous vendre un certain idéal de vie. Certains tableaux sont peints dans le but de commémorer un événement particulier. Certains spectacles sont conçus pour nous faire ressentir des émotions précises. Parfois, on ne sait pas. Parlons-en.

12. Penser également la création hors du territoire

Est-il vraiment utile pour la société de savoir que tel artiste provient de tel territoire ? En dehors de considérations liées à l’attractivité, rien ne l’indique. Cela peut au contraire parfois confiner à la stigmatisation. Le milieu rural est par exemple désavantagé dans cette compétition globalisée, car le territoire y est moins marketé. Il faut apprendre à penser la création comme étant parfois déconnectée du territoire, lequel a souvent beaucoup plus à voir avec le politique et l’économique qu’avec l’artistique.

Améliorer les conditions de vie des jeunes créatifs

13. Aider les créatifs à trouver leur public

Il ne s’agit pas tant de subventionner les artistes que de les aider à monétiser leur travail. Plutôt que décider en amont les pratiques dignes de faveurs, il faut permettre à toute pratique la confrontation avec le public tout en garantissant la maîtrise de l’écosystème économique.

14. Faciliter l’autonomisation du créatif

L’artiste est trop souvent peu ou mal informé sur ses droits, en tant que créateur, ou encore interprète. La désinformation, propice aux délires paranoïaques, prolifère sur les réseaux auprès des créatifs amateurs qui n’ont pas aisément accès à l’information.

Parallèlement, il est urgent de légaliser l’amatorat et de garantir des espaces légaux d’expression pour toutes les pratiques.

15. Aider le public à trouver ses artistes

Une immense majorité de citoyens n’a pas le choix dans les œuvres qui lui sont présentées quotidiennement. La musique, l’art plastique s’imposent à tous sans faire l’objet d’une distanciation suffisante, générant des générations entières d’artistes conditionnés par des pratiques dont les démarches sont inexpliquées et les apports discutables.

Une expérience intéressante consisterait à permettre à un public donné, sur un territoire, de définir l’art dont il aurait réellement besoin. C’est-à-dire la pratique ou la forme artistique qui serait une réponse à un problème de société identifié (le racisme, la pauvreté, la solitude, le handicap…) Une fois cette réponse définie, il serait intéressant de voir si ce public est à même de mettre en œuvre lui-même cette réponse.

Œuvrer à la diversité des créatifs et des publics

16. Acter de la diversité des créatifs

Les créateurs ont certainement besoin de plus de diversité dans leurs effectifs. Les créatifs sont, eux, extrêmement divers. Il importe plus de les reconnaître comme tels que de chercher à en faire rentrer davantage dans les carrières pensées pour eux par le système actuel. L’aménagement d’un statut fiscal et social souple permettra à un plus grand nombre d’entre eux de se revendiquer comme tels, augmentant ainsi la porosité entre amateurs et professionnel – si tant est que ces termes continuent de signifier quelque chose dans l’économie de 2020.

17. Acter de la diversité des moyens de production

Tout comme l’état ne décide plus quelle voiture on doit fabriquer, mais doit garantir l’avènement d’une offre industrielle, l’état ne doit plus choisir de quel instrument je dois jouer, mais doit m’aider à le choisir, l’inventer, le pratiquer et à comprendre comment valoriser le travail artistique que je peux fournir grâce à cet outil qu’est l’instrument.

18. Cultiver la diversité des publics

On l’aura compris, cette histoire de diversité m’a titillé, et je me permets d’inverser carrément le protocole en disant ceci : pour penser la diversité, il ne faut pas chercher la diversité dans les artistes, mais dans les publics touchés. Commençons par lancer une étude sur la représentativité des publics dans l’offre artistique des Conservatoires.

19. Nommer un créatif non-fonctionnaire au sein du comité ministériel

Je serais bien candidat moi-même, mais j’ai peur d’être trop cher.

Romain

Comme d’habitude, les articles d’actualité de ce blog n’engagent que le staff Vlad, et non les artistes avec lesquels nous travaillons. Mais certains sont d’accord.

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Please welcome: Crabe Records

Après de longues années de schizophrénie et de disputes cordiales, nous accouchons d’un nouveau label aux productions audacieuses et au graphisme troublant : CRABE RECORDS.

Pensé par la moitié la plus débridée de Lorenzo And The Lamas, ce catalogue propose des enregistrements sauvages et bruts, dont le but n’est assurément pas de plaire à tout le monde. Ingrats !

Retrouvez donc dès à présent Castor Surprise, Rémi L et Lorenzo And The Lamas eux-mêmes dans ce joyeux capharnaüm.

***

Hi,

Crabe Records is our new noisy-low-cost label. Check it there!

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Revue de presse : Chérie, il faut qu’on parle !

Voici l’article à lire histoire de comprendre un peu ce que je raconte :
http://www.nextinpact.com/news/89512-reforme-droit-d-auteur-julia-reda-parti-pirate-veut-l-avis-createurs.htm

Chez Vlad on est au taquet sur ces questions de droit d’auteur et droit voisin. C’est bien simple, avant on était contre, maintenant on est pour. Qu’est-ce qui a changé entre-temps ? Et bien maintenant on a une structure qui marche et on touche nos droits pour de vrai.

Ah oui pas des millions t’avais compris, mais un genre de treizième mois pour les intermittents, et pour ceux qui ne font pas de concerts (ou moins) des petits bouts de dollar qui, mis ensemble, peuvent ressembler à un SMIC dans dix piges. Ouais c’est long ! Surtout qu’on a commencé en 2000.

Si un jour les Piwates passent à l’abordage et nous niquent tout, dans la conception qu’ont certains de la-création-c’est-gratos, le travail d’écriture et de composition sera moins rémunéré, peut-être même plus du tout. Google sera content et l’Europe sera sauvey, normalement.

Sauf que le groupe du coin n’aura aucun intérêt à composer des morceaux, et le DJ standard n’aura aucun intérêt à perdre du temps à apprendre à se servir de Fruity Loops : autant jouer des morceaux existants car la composition ne paiera plus. Et tout ce temps gagné pourra être utilisé à poster des selfies et spammer toute la planète, bookez-moi je suis plus beau, de toute façon le concurrent joue les mêmes morceaux que moi.

Et on dansera tous sur la même musique, celle de ceux qui ont vraiment du fric, genre Red Bull Records, ou les majors qui vendent des flingues.

Vous me direz, ouais mais l’être humain continuera à composer, c’est instinctif : il composera pour le plaisir ! C’est exact. Nous avons composé pour le plaisir pendant 10 ans. Mais nous sommes dans le ghetto, mon ami. Nous jouons dans des cafés-concerts éclairés au néon, des clubs semi-vides, et quand nous sommes bookés sur un festival c’est souvent pour jouer à 19h. J’exagère ? Oui, mais pas trop.

Le débat sur la rémunération de la création doit bien sûr avoir lieu en ces temps de révolution numérique, mais nous voulons juste dire deux petites choses :
– Même un petit label indé comme nous tient à son droit d’auteur à la françaêse, pas seulement les mafieux de la bande FM.
– Si la composition n’est plus rémunérée, le fossé qui sépare le ghetto et la bande FM risque de s’agrandir, car les labels comme nous qui vivotons d’un assemblement de revenus risquons de galérer un peu plus. A une toute autre échelle, ce serait un peu comme supprimer les allocations chômage pour les intermittents, en application d’une logique “soit vous êtes bénévoles, soit vous roulez pour Universal”.

C’était un point rapide sur l’état des réflexions au sein du staff, ceci n’engage pas nos artistes. N’hésitez pas à nous contredire, on est vendredi.

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On pose nos valises !

Après avoir testé les reverbs de différents appartements, voitures, locaux de répéte de banlieue, ayé ! Nous avons trouvé notre chez-nous quelque part dans le 49. Nous inaugurons ce mois-ci une collaboration avec nos nouveaux amis du Studio Adjololo. Ça commence par un blindage de C2 Avenue de Laumière dans le 7-5-0-1-9 t’entends.

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De la sono, des instruments qui merdent et quelques câbles, la cave est vide, on peut déménager tout ce bordel dans notre nouveau cujé !

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Cet ampli n’est pas seulement beau et assorti à la C2. Il est doté d’un son à faire pleurer de douleur n’importe quel rockeur endorsé. Cette guitare, vous l’avez déjà vue si vous étiez au Zénith le 31 décembre dernier, elle a valdingué unplugged sur scène pendant 20 bonnes minutes. Il s’avère qu’elle a survécu, puis bon c’est toujours pratique une guitare.

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Cette sono incroyable a quelques mariages derrière elle et ce sub pèse 45 kilos. Hé oui, ça fait rêver !

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Encore du bling-bling : des ordis leclerc à 400 boules, des cabas auchan pour trimbaler les câbles, des claviers auxquels il manque le Ré ou le Fa dièse. Signe extérieur de richesse, tout de même : le synthé blanc à droite que Kiksnare Sauvage FM s’est offert avec sa prime de rupture conventionnelle.

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Le mec fait style il taffe.

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Revue de presse : VLAD – à 360° (Tohu-Bohu)

Retrouvez l’article original : http://www.tohubohu-media.com/vlad-a-360/

VLAD pour Vladivostok, ville russe si reculée mais aussi groupe punk herblinois défunt. A la base, VLAD gère Vladivostok. Le groupe, pas la ville ! VLAD a grossi, est devenu une SARL qui exerce à la fois comme label, tourneur et éditeur. Rencontre avec Romain, le gérant, qui aborde les facettes d’une boule dont la logique est bien le 360°.

VLAD, ça veut dire quoi ? Quelles sont les finalités de la structure ?
VLAD s’est créé sur les cendres de l’association du groupe herblinois de punk Vladivostok. La structure vise à devenir progressivement un véritable label indépendant, sachant qu’à sa création en 2010 on ne pouvait pas dire que le marché était florissant. VLAD gère surtout les droits des auteurs-compositeurs-interprètes du collectif, et fait un peu de promotion, de booking, de distribution d’imports en France et de production d’événements. Tout ce qui concourt au développement de nos esthétiques.

Crois-tu qu’une EURL soit le bon modèle pour vos activités de label et de tour ? Et si oui, pourquoi ?
Au contraire ! Notre fonctionnement a été associatif de 2004 à 2007. Ensuite, j’ai repris seul l’administratif de la structure (compta et paie des artistes). Tous les collègues sont restés auteurs-compositeurs-interprètes, comme moi d’ailleurs, mais je centralise la paperasse dont je m’occupe durant la semaine. C’est un fonctionnement de société commerciale, à but lucratif, dans le secteur artistique certes, mais nous pouvons difficilement prétendre à un autre statut. Par ailleurs, la structuration en société commerciale est la seule qui permette l’adhésion aux sociétés civiles en tant que personne morale.

La logique à 360° que tu défends prend en compte les spécificités des artistes. Peux-tu en dire plus ?
Nous avons pratiquement tous les cas de figure : l’artiste qui joue très souvent mais compose peu, le compositeur-interprète qui ne donne pas de concert, le groupe « classique » qui est un mélange des deux, l’artiste qui tient à conserver ses productions sous licence libre, l’artiste ukrainien ou serbe… Avec le temps, nous avons dû apprendre à composer avec ces différents fonctionnements, car personne ne peut créer sous la contrainte.

Quelles sont les problématiques auxquelles vous vous heurtez en ce moment ?
Nous sommes en train de structurer notre distribution numérique et physique grâce à un nouveau partenaire, dans le but de commencer à percevoir des droits sur les utilisations et ventes numériques de notre catalogue. Côté éditions, nous mettons en place notre fonctionnement pour le dépôt d’œuvres faisant usage d’œuvres existantes, pour gérer le cas des remixes.

Avez-vous une ligne artistique dans votre roaster ?
Oui, principalement les musiques du monde, sous des formes electro ou punk. Nous regroupons tout cela sous l’étiquette « ghetto-folk » : ghetto de la musique folk et folklores du ghetto.

Vous êtes aussi label. Quelle est ta vision du marché du disque fin 2014 ?
Tout en surveillant de près l’évolution de l’offre de distribution numérique et sa prise en compte par les sociétés civiles, nous continuons à produire des disques physiques en petites quantités et nous sortons notre premier vinyle début 2015. Le marché monolithique du boîtier crIstal qu’on achète en grande surface est mort, et l’offre va se morceler entre différents usages qui correspondent à autant de publics. Nous avons un public constitué à 50% de mélomanes qui vont en concert et 50% de Djs, donc nous ne pouvons négliger aucun support.
Par ailleurs, nous lançons prochainement un service de ghost-production, pour permettre à nos artistes de collaborer librement avec à peu près n’importe qui. Au-delà du marché du disque, c’est le marché de la musique enregistrée en entier qui est bouleversé. Aujourd’hui on peut être arrangeur sans être nécessairement auteur-compositeur-interprète, ou bien auteur sans être interprète, et trouver notamment grâce au net des tonnes de projets sur lesquels travailler et toucher ses droits en bonne et dûe forme. Cela demande une contractualisation solide et un peu de réseau. C’est sur quoi nous travaillons.

Vous travaillez avec des artistes internationaux. Rencontrez-vous des difficultés en termes de visa ou de circulation ?
Nous n’assurons pas le booking pour ces artistes, ou en tout cas pas encore ; simplement un peu de promotion, de distribution et des collaborations (remixes, featurings). Nous avons quelques frais de douane et de traduction mais rien d’insurmontable pour l’instant.

Vous lancez un blog en 2015 pour parler librement d’artistes avec lesquels vous ne travaillez pas. C’est dans l’idée d’être aussi un média ? Si oui, quelle complémentarité tu y vois avec vos autres activités ?
Ces derniers mois, nous avons ressenti le besoin de nous rapprocher d’autres artistes et d’autres labels participant de la même scène beats / electro world. Nous sommes par exemple membres du Global Club Music Network, un réseau international de Djs et labels. Nous voudrions pouvoir communiquer sur les sorties des collègues sans être soupçonnés de tentative de récupération. Notre scène est balbutiante, mais quelques blogs comme Tropical Bass ou CassetteBlog commencent à peser sur les playlists ; et la dernière édition des Transmusicales a fait la part belle à notre scène electro/world. Nous voudrions accompagner cette dynamique avec notre point de vue de frenchies.

Ce blog se veut aussi un moyen de « réagir librement à l’actualité sans pour autant engager nos artistes sur nos prises de position » . Peux-tu m’en dire plus ?
Il y a beaucoup de sujets sur lesquels nous aimerions pouvoir rendre compte de notre expérience sans nécessairement y impliquer Vlad et ses artistes : l’actualité des musiques enregistrées, l’évolution du marché, les problèmes de copyright en musique du monde… Et aussi des sujets plus légers que nous aimerions traiter : les tournées, les rencontres, les techniques de production…
Depuis l’arrivée du streaming et du partage de fichiers, il y a un véritable problème d’éditorialisation : on ne sait plus qui fait quoi, de quel album est extrait un titre, à quelle époque et dans quel but il a été produit… Avec ce blog, nous espérons pouvoir réexpliquer la genèse des œuvres, le contexte ou la rencontre qui les a engendrées. Le public est très friand de ces petites histoires qui rendent un morceau attachant. Sans cela, notre musique perd tout caractère et devient juste bonne à servir de bande-son à une publicité pour une banque.

Tu es basé sur Paris, la structure sur Nantes. Tu participes à de la mutualisation ou du réseau en région ?
La structure est basée à Saint-Herblain, dans cette commune péri-urbaine qui a été notre point de départ vers 2000-2001. C’est pour nous un symbole fort, car si nous avions vécu en centre ville, nous n’aurions peut-être pas fait la même musique ni les mêmes rencontres. En région, Vlad est membre de la FEPPAL (Fédération de labels en Pays de la Loire) et du Pôle de Coopération des Acteurs pour les Musiques Actuelles. Mais je vis et travaille à Paris depuis neuf ans même si je passe environ une semaine par mois dans le 44 pour répéter, composer, et jouer notamment en tant que DJ sous le nom Boris Viande. A Paris, l’approche est bien sûr différente : il y a les majors, les gros indés, les franc-tireurs… Je récupère souvent des informations utiles pour le développement et la mutualisation en région. Mais il ne faut pas perdre de vue que les acteurs et les publics ne sont pas les mêmes.

Quelle(s) vision(s) as-tu sur la région Pays de la Loire ?
Pour se structurer, il me paraît indispensable de se rapprocher des réseaux en région ; quant aux sociétés civiles (Sacem, SPPF/SCPP), c’est un choix propre à chaque projet, et il est probablement possible de s’en sortir sans. Pour notre part, nous avons fait ces choix car en ce qui concerne les membres fondateurs du collectif, nous mettons le travail d’écriture et de composition au centre du projet, plutôt que le spectacle ou le visuel par exemple.
La région Pays de la Loire est traditionnellement plus tournée vers le spectacle vivant que les musiques enregistrées : c’est donc une région idéale pour monter un label car il y a des tonnes de groupes indépendants très productifs. La musique traditionnelle est moins présente qu’en Bretagne par exemple, il y a donc beaucoup de musique originale sur laquelle on peut travailler en constituant un catalogue suivant une ligne artistique donnée.

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La révolution est en marche !

Avec notre dernier EP “Déploiement sectoriel” , nous avons démontré que 99% de la musique contemporaine était industrielle. Ce qui signifie :

– que n’importe quel tocard peut facilement en créer, mais que sans puissance marketing il restera dans son ghetto,
– que ce type de musique n’a pas pour réel objectif d’être vendue mais d’amener les gens à continuer de consommer des trucs. C’est pour quoi elle tend à devenir gratuite et infiniment dupliquée.
Et beaucoup d’autres choses mais je vais pas déjà te raconter la fin du film.

Ceci étant dit, retournons donc développer notre production artisanale. Ouais nique les ordis ! Nique toi Bill Gates !

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Boris Viande & Szam Varadino /// A Road Album: Making It

Après quelques années passées à mixer et à produire des titres electro pour Vladivostok, Boris Viande ou Sauvage FM, ces deux maris parfaits voulaient simplement revenir à quelques fondamentaux : musique en contexte, musique live, musique d’occasion, se faire des amis.

Une semaine de périple en Galice et en Nord et Centre Portugal était largement suffisante pour démarrer un nouveau projet avec une instrumentation inédite. Nous avons acheté une bandurria (instrument à cordes) d’occasion et une gaïta (instrument ressemblant à une bombarde) en Galice et c’est parti.

Track 01: Live @ A Coraza (A Coruña) – Filmé avec un téléphone car nous avions oublié l’appareil photo. Nous apprenons à accorder nos nouveaux jouets. Nous cherchons des harmonies compatibles avec les limites de nos deux instruments sur des rythmiques rudimentaires.

Track 02: Live @ Santiago Stop (Santiago) – Nous nous habituons à l’accordage et à souffler très fort dans la gaïta faute de sac (l’instrument est destiné à être joué façon cornemuse). Nous expérimentons avec la réverbération naturelle et le staccato, qui seront réutilisés par la suite.

Track 03: Live @ Vigo Stop (Vigo) – De retour à la flûte à bec, nous pouvons changer de timbre et développer les harmonies grâce aux altérations et grâce à un registre un peu plus étendu.

Track 04: Live @ Champito Party (Benquerença) – Juste avant de mixer à un festival, nous prenons quelques minutes pour explorer les origines médiévales de nos instruments, comme une petite pause, le calme avant la tempête d’infrabass.

Track 05: Live @ Champito Party (Benquerença) – Après nos DJ sets, au lever du soleil. Nous essayons d’improviser mais nous sommes fatigués et raides.

Track 06: Monseigneur Nabil – Live @ Hotel Room (Porto) – Nous commençons à épouser l’âme médiévale de notre instrumentation et écrivons quelques paroles. Ne pas dormir est excellent pour l’inspiration mais plutôt mauvais pour l’exécution technique.

Live @ Avenida Dos Aliados (Porto) – Nous décidons de descendre dans la rue pour montrer à des étudiants égoïstes qu’ils n’ont pas le monopole du folklore obtus. Nous avons l’impression que les gens ont les yeux et les oreilles fermées, conséquence de plus de dix heures d’exposition à une manifestation agressive et pseudo-festive. Ces cinq minutes sont si réelles, après tout la vie entière est comme ça.

Track 07: Live @ Rua Dos Caldeireiros (Porto) – Retour à des vibrations positives. Une petite tarantelle nocturne utilisant la réverbération naturelle. Quelques passants apprécièrent bien qu’ils n’eurent rien à payer.

Track 08: Live @ Late Bar (Porto) – Après quarante heures sans sommeil, notre musique ne repose plus que sur des réflexes mécaniques, on ne s’écoute plus, le boeuf est ennuyeux. Ceci dit, il y a des groupes qui font ça toute leur vie et certains en vivent.

Night Jam: Live @ Elevator (Porto) – Nous réalisons que nous avons fait le tour de notre inspiration et de nos capacités pour cette fois. Ce neuvième morceau n’ira nulle part et ne sera pas terminé. Nous avons besoin de dormir, de nous laver, et nous reviendrons avec autre chose. C’est ça la musique.

Szam Varadino: bandurria
Boris Viande: gaïta & flute à bec
Anti-Katz: cadrage
Sauvage FM: caution thug

VLAD/2014 – All rights deserved.

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Revue de presse /// Le FN fait la police du mix à Beaucaire (Gard)

Le Canard Enchaîné de la semaine dernière nous en sort une belle ! La mairie FN de Beaucaire (Gard) interdit la musique orientale aux cérémonies de mariage. Enrico Macias, y’a droit ?

Je propose donc mes services à tous les futurs mariés de cette riante bourgade, juste pour le plaisir, le champ’ et l’essence. Je jouerai de la musique orientale, de la musique française et plein d’autres choses, comme à cet incroyable mariage franco-afghan du mois dernier en Vendée.

Réservations : borisviande/@/vladproductions.fr
Traînez pas, le planning se tasse ! Taïaut !

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Revue de presse /// Musique et raisin

On continue nos discussions sur la musique, oui, la musique avec cet article qui buzze un peu sur ma TL :

Article un peu fourre-tout (normal, vu la source) mais qui a le mérite de pointer 2-3 phénomènes intéressants en peu de temps, façon quidam qui survole le truc. Pause café, arrêtez d’envoyer des invites facebook à tout va, projetez-vous vers l’infini et au-delà.

1. Volontairement ou non, l’auteur confond gratuit et libre (« free » en anglais).

Utiliser Facebook ou Spotify ne coûte peut-être pas (toujours) de l’argent, mais cela coûte du temps de cerveau humain disponible. Par exemple vous vous baladez sur les pages Facebook d’artistes que vous aimez (quelle idée, déjà) et mine de rien, vous êtes interrompu dans votre lecture par des posts sponsorisés pour d’autres artistes, des soirées, des marques de casque audio. Vous n’avez rien payé mais on vous a volé 3 secondes d’attention.

Si vous n’avez pas AdBlock, après une heure de surf, vous avez ingurgité un nombre de messages publicitaires assez effrayant. Ensuite vous achèterez un casque plutôt qu’un autre parce que vous l’avez vu partout sur le net, donc tout le monde doit l’acheter, donc ça doit être un casque plein de basses. Cool !

2. Volontairement ou non, l’auteur confond composition et enregistrement (« song » en anglais).

Comme il l’explique d’ailleurs très bien, il est fort probable que les gens nés après 2000 n’envisagent jamais une chanson comme quelque chose de bloqué sur un support physique, qu’il soit vinyle, cassette, CD ou même fichier mp3. Ceci dit, même les vieux ringards comme nous conçoivent que la musique est un bien immatériel, hein. Il faut juste distinguer la composition (oeuvre de l’esprit) et l’enregistrement (produit résultant d’un processus, artisanal ou industriel, de fixation sur un support).

Ainsi, l’auteur-compositeur se rémunère via des droits d’auteur en mettant son travail à disposition d’un label qui va vendre des disques ou d’un éditeur qui va placer la musique sur un film, par exemple. L’interprète se rémunère via ses concerts, s’il en donne, ou via ses prestations studio et ses droits d’interprète. Le producteur de l’enregistrement, lui, se rémunère en vendant le support – que ce support soit du plastique ou bien une suite de 0 et de 1.

3. L’auteur souligne que les gens dépensent toujours plus pour des casques ou des places de festivals et ne paient plus pour la musique.

En fait, des casques audio ou des places de festival, c’est de la musique. C’est même plutôt de l’expérience musicale, de la musique vécue, donc de la musique dé-support-isée. Ce que les gens ne veulent plus payer c’est le principe d’un forfait fixe d’accès à cette expérience. (Notez d’ailleurs que quand vous achetez un MP3 sur iThunes, vous n’achetez pas le fichier mais le droit d’accès à ce fichier – voir ici.)

Les nouveaux consommateurs de musique sont donc toujours prêts à dépenser pour accéder aux compositions de leurs artistes favoris, simplement, la dématérialisation du support a rendu caduque le principe d’un péage pour accéder au signal électrique (généralement, une suite de 0 et de 1) véhiculant cette composition jusqu’à leurs oreilles.

4. La belle métaphore finale sur le raisin : bien matériel contre bien immatériel.

L’auteur met en évidence l’immatérialité du bien « musique » en le comparant à du raisin – il va même plus loin en expliquant qu’il le savoure d’autant plus le raisin qu’il sait qu’il a dû payer pour l’avoir. On est prêt à payer pour des tulipes ou un diamant parce que c’est plus rare que les mauvaises herbes ou le granit, du coup on trouve ça plus beau. C’est super rare donc réservé aux meilleurs, et si on y accède c’est qu’on est des chefs de meute, ouais !

Aujourd’hui, plus besoin d’argent pour accéder à de la musique en abondance. Je vais chez Super U, je fais semblant de tourner un peu en rond rayon picole et je peux écouter gratos le dernier singueule de Stromae. La seule question est : suis-je un fan de Stromae ou juste un gars qui vient chercher sa bouteille de Gros Plant ?

Allez, on vous livre en exclusivité le scoop : la dématérialisation du support ne fait et ne fera que (re-)mettre en évidence la différence entre la musique abondante et la musique qu’on aime – j’oserais dire, entre musique subie et musique choisie, pour paraphraser un ancien ministre de l’Intérieur. Spotify, c’est du Roundup pour tes oreilles.

Il fait beau, le moral est bon.

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Revue de presse /// Labels indépendants et plateformes de streaming : qui a besoin de qui ?

Dans la série « revue de presse du web » commentée, un article tout frais : Les indépendants exclus de la future offre de streaming audio de YouTube ? à consulter sur l’excellent NextInpact.com. Cette fois c’est en français donc pas d’excuse, lisez-le.

La question soulevée en conclusion est la suivante : qui a besoin de qui ? Les catalogues indépendants agrégés regroupent jusque 30% du catalogue mondial, et c’est quand même beaucoup. On aurait aimé savoir s’il s’agit de 30% du nombre de titres, du chiffre d’affaires (assez peu pertinent comme donnée en ces temps de crise du disque et en termes de défense de la diversité) ou bien encore 30% du nombre d’écoutes uniques. En tout cas, il y a fort à parier que les acteurs du streaming ont davantage besoin d’un modèle économique rentable et efficace que d’un modèle « éthique » prenant en compte les intérêts des indépendants.

Inversement, et pour paraphraser Talitres, ces plateformes ne sont guère plus qu’un outil promotionnel pour les indépendants, et il est toujours rageant d’entendre quelqu’un dire qu’il n’écoute de musique que sur Grooveshark (plate-forme moisie s’il en est) alors que notre propre catalogue n’y est pas. On a tous envie d’être sur iTunes comme les vraies stars, même si on n’y génère que quelques roubles chaque mois, ne serait-ce que pour avoir un peu de visibilité. Enfin, en admettant que le fait d’avoir un jpeg qui gigote à côté de celui d’une pute ou d’un musclor à dollar constitue une visibilité digne d’intérêt.

N’oublions pas qu’à chaque nouveau morceau que nous uploadons sur ces plateformes, nous leur donnons pour environ 0$ de la crédibilité « oui nous avons aussi plein de trucs underground au catalogue et pas que de la soupe FM » et du trafic, qui est assez rapidement redirigé vers les productions des majors (il suffit de voir un peu les recommandations et les home).

Saluons donc l’initiative des 200 labels britanniques, saluons 1D-Touch en France qui propose un streaming équitable, et restons critiques à l’égard des tuyaux dans lesquels nous faisons circuler notre travail. N’oublions pas le temps incroyable que cela nous prend d’alimenter ces trucs et les effets que leurs ergonomies ont sur notre façon de composer et de produire. Et oublions les effets de buzz propres aux âges d’or de MySpace ou Facebook : aujourd’hui, il n’y a plus de réseau qui fasse l’unanimité. C’était cool d’essayer le hold-up quand il était encore possible, et on en connaît tous qui en ont profité – maintenant, retour au seul triptyque qui ait jamais payé :

EQ – REVERB – COMP

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Revue de presse /// Pourquoi Facebook, Soundcloud, Youtube se foutent de votre gueule d’amateur

Un article à lire d’urgence pour tous ceux qui, comme nous, ont espéré à une époque collecter des fans/like/followers sur les réseaux sociaux pour développer une fan-base et communiquer efficacement sur le net. Donc vendre des disques. Je crois.

http://doandroidsdance.com/features/soundcloud-bots-sway-numbers/

Comme vous êtes nuls en anglais, je vous fais un digest : les réseaux sociaux (en l’occurrence c’est Soundcloud – a.k.a. SonDeClaude – qui est incriminé ici mais la théorie s’applique très bien pour les autres plateformes) semblent bien truquer les statistiques. Comment ?

1. Prenez une star qui a déjà beaucoup de likes/followers.
2. Boostez artificiellement ce nombre de like et le nombre de vues sur ses vidéos, de lectures sur ses morceaux, etc.
3. Toutes les pages d’artistes qui avaient déjà moins de stats (c’est-à-dire pas mal de monde) vont redoubler d’efforts de promo pour espérer avoisiner ce nouveau score trafiqué.
4. Votre réseau affiche un trafic supérieur et vous pouvez dealer plus de fric auprès de mecs qui achètent du trafic (annonceurs, mecs qui kiffent le trafic).

Là où ça devient subtil, c’est qu’il n’y a pas que les méga-stars qui subissent ce traitement, sinon tout le monde se dirait : « certes, Michael Jackson a pas mal de followers, mais bon c’est Jackson donc c’est pas comparable avec nous, groupe de discopunk du ghetto. »

L’article cité a en effet identifié des labels et des artistes « intermédiaires » qui ont également vu leurs chiffres gonflés. Plus « proche du peuple », m’voyez. Résultat, tous les gugusses comme nous se persuadent que 500 likes ou 1000 lectures c’est pas assez pour démarcher tel festival ou mériter tel blog et continuent de spammer comme des dingos pour espérer atteindre, allez, 1000 likes sur Facebook en-dessous desquels t’es un rigolo local.

Imaginez donc une courbe qui fait que plus l’artiste est gros, plus ses chiffres sont gonflés, et en bas de la courbe il y a la « longue traîne » des mecs à 150 likes qui repostent des liens à tout-va auprès de leur pauvres amis Facebook dans le fol espoir d’être un peu moins ridicules que les mecs qui sont déjà à 300 likes (la classe).

Sachant que dès qu’on arrive autour de 1000/2000 likes, de faux profils viennent déjà liker les pages. On le sait chez Vlad, ça nous arrive parfois, une vague de 20 likes de profils bidons sur Facebook et Soundcloud, en quelques heures, hop-là. Des profils sino-togolais sur Boobook, des user5498419864 ou user65435413541 sur SonDeClaude. On imagine donc aisément que les profils plus populaires se font gonfler davantage, et plus souvent. L’échelle des scores serait donc faussée selon une loi géométrique ou peut-être exponentielle.

Bref, lisez l’article si le sujet vous passionne (et si vous réalisez que vous gâchez 95% du temps que vous consacrez à la promotion web et au community management de votre projet), arrêtez de faire n’importe quoi et faites de la musique, plutôt.

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Noël approche ! Surtout, ne nous achetez rien.

Rappelez-vous, Noël, c’est pour les enfants. La boîte de Lego Star Wars pour Théo et la poupée Miley Cyrus pour Théa. Deux-trois crottes en chocolat pour mettre avec le café en faisant des ronds marrons sur la nappe en papier. Du champ’ de supermarché et du Banga pour les autres. Une atmosphère féérique, même si votre cousin a les cheveux sales.

Emporté par la magie, vous offrez des gros cadeaux aux petits et des petits cadeaux aux gros. Vous essayez de dépenser à peu près la même somme pour chacun et vous définissez la liste de vos récipiendaires en concertation avec le conseil de famille.

Les cadeaux culturels c’est pas mal ; ça flatte autant celui qui le reçoit que celui qui l’offre. Mais le problème avec la culture c’est que c’est contagieux : offrez un livre à un mec et un ustensile de cuisine à sa meuf ; c’est la guerre. Inversement, offrez un disque à une meuf et un rasoir à son mec, même résultat. La symbolique est louuurde !

Vous êtes donc en train de pousser le Caddie dans un centre culturel E.Leclerc à la recherche de livres sympa ou de disques compacts pour ceux qui ont encore de quoi les lire. Lassé par l’offre musicale, réduite de nos jours à 10-15 disques que tout le monde écoute gratos sur deezer, vous vous rappelez tout à coup que vous avez dans votre entourage un ou plusieurs musiciens indépendants, artisanaux, sympatiques, qui sont à Zaz ce que le livre d’artiste de chez L’Oiseau Muse est au dernier ouvrage de Franz-Olivier Giesbert (celui qui connaît bien François Mitterand, lequel n’a d’ailleurs que 736 likes sur FB).

Et vous pourriez être tenté d’offrir une de nos productions à quelqu’un. Le dernier album live d’Aälma Dili, ou un vieux Vladivostok. Ou un brûlot de chez Survie et Conséquences.

*** Réfléchissez bien ! Plusieurs problèmes se poseraient à vous :

– Nous vendons notre talent dans des emballages minimalistes et fonctionnels, donc pas très chers. Vous n’allez quand même pas offrir un cadeau à 3€ TTC !
– Vous allez faire passer le voisin qui vient d’offrir le dernier Stromaille pour un ignare, un inculte ou pire : un suiveur.
– Une partie de nos nouveautés ne sortent qu’en numérique. Vous n’allez quand même pas offrir un fichier !

Enfin, n’oubliez pas, nous sommes sur scène tous les week-ends. Offrir un de nos disques à quelqu’un qui ne nous a jamais vus, c’est comme offrir une bouteille vide.

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Revue de presse /// Les musiciens dans la révolution numérique

Comme promis, j’ai lu pour vous « Les Musiciens dans la révolution numérique« . Vous pouvez le lire vous aussi, hein. Dans le cas contraire, voici quelques éléments qu’il peut nous être utile de connaître, nous autres punks/profanes/bouseux/wannabe, comme vous voulez.

Il s’agit de l’analyse d’une enquête menée en 2008 auprès d’un large échantillon d’artistes et musiciens interprètes membres de l’ADAMI. J’en connais déjà un paquet parmi vous qui ne savent pas ce que c’est que l’ADAMI (renseignez-vous, ils ont peut-être du pognon à vous sur leur compte en banque), et c’est statistiquement peu surprenant puisque 72% de l’échantillon a 40 ans ou plus. Bref, vous vous inscrirez plus tard j’imagine.
Voici donc une sélection de points intéressants, d’après moi.

1. L’échantillon se répartit entre les genres musicaux suivants :
Classique, lyrique : 19%
Jazz, blues : 10%
Musique du monde : 15%
Pop, rock : 19%
Chansons, variété : 28%
Nu-manele, moombahton : 0%
Illustrateurs sonores et autres : 9%

Au passage, rappelons que l’ADAMI collecte des fonds notamment sur la copie privée. Par exemple, quand tu achètes une clé USB (et il paraît qu’il s’en vend quelques-unes chaque jour), des sous partent vers l’ADAMI, puis après quelques commissions diverses et cordiales vers les artistes membres. Combien ? Oh, genre 11 millions par an. A lui tout seul et ses sept cents disques durs externes, Captain Cumbia a probablement permis de financer la moitié du budget des prises de batterie du dernier Nolwenn Leroy, respect ! Ceci dit, les prises sont bien clean.

2. Critère intéressant, les auteurs ont demandé aux sondés s’ils revendiquaient plutôt :
– connaître et appliquer de façon créative des règles complexes de composition ou d’interprétation,
– chercher à plaire à leur public (et éventuellement à l’éduquer),
– inventer des formes radicalement nouvelles
avec un seul choix possible. Bien sûr les trois aspects peuvent coexister dans un projet artistique unique, mais là il faut choisir.

Résultats dans l’ordre : 60% / 20% / 20%. J’ai été un peu surpris, d’après ce que je peux voir sur ma TL j’aurais dit que les artistes étaient plus nombreux à chercher à se faire liker par leur public.

3. Il y a une bonne partie de l’étude qui porte sur la révolution numérique (normal c’est dans le titre) : internet (MySpace, YouTube) et équipement home-studio. Aujourd’hui, on ajouterait probablement plein de rubriques : crowdfunding, réseaux sociaux, etc. Pas de réel scoop pour nous, ce sont les plus jeunes, les plus innovateurs et les plus miséreux qui s’investissent le plus dans la matrice. On y croit !

En revanche, pas mal de défrichage sur les questions de l’auto-production, de la politique tarifaire (morceaux gratuits, prix libre). En 2008, seuls 15% des sondés envisageaient d’abandonner le CD dans un futur proche, mais 60% se disaient favorables à la distribution de leur musique sous forme de bouquet de quelques titres plutôt que sous forme d’album. « Bouquet » ça veut dire « maxi » (pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs).
Bon, je vais pas tout recopier non plus sinon je vais encore aller en prison.

4. L’étude se conclut sur un essai de typologie en 5 catégories (par analyse de correspondances multiples, pour ceux qui s’y connaissent pas trop en fleurs) :
– les élus (5%) : archi-stars, ils sont peu impliqués dans la révolution digitale qui est en train de nous sauver la vie, le plus souvent parce qu’ils ont du staff pour ça.
– les artisans (20%) : pour simplifier, ce sont les musiciens classiques, pas nécessairement compositeurs donc. Egalement moins impliqués pour des raisons liées par exemple au style de musique en lui-même. Mangent pas que des pâtes, a priori.
– les professionnels (un peu moins de 20%) : ils s’investissent davantage que les artisans et semblent toucher à un peu tous les domaines (auto-production, home-studio…). Typiquement les musiciens de jazz/blues, on a chez Vlad quelques gars qui rentrent dans cette catégorie : « j’me débrouille tout seul, ça m’a pris un peu de temps pour créer mon réseau ou ma fanbase mais globalement je m’en sors ».
– les innovateurs (25%) : ils ont souvent un boulot complémentaire et sont les plus fortement numérisés. Ça aussi on connaît bien chez Vlad, ce sont ceux pour qui la promotion de la musique (en tant que création) est le fil directeur, devant la course aux cachets ou aux royalties. Ils sont souvent adaptes de la licence libre, du peer-to-peer, etc, tout ce qui peut aider la diffusion.
– et enfin les exclus (29%) : peu numérisés, peu actifs, ils sont par exemple en début ou fin de carrière, ou bien en transition entre deux projets, ce qui explique la baisse de régime. On retrouve un taux habituel de « attends ouais je vais le faire, on se rappelle lundi, gros bisous ».

5. Le meilleur pour la fin : deux études sont citées et m’ont l’air fortement audacieuses.
« Rosen (1981) a mis en évidence que le succès comparé de deux artistes n’est pas toujours lié de manière nette à leurs talents respectifs. »
L’étude est ici et mérite largement qu’on apprenne l’anglais (et quelques notions d’analyse). Je me demande ce qu’on y appelle le talent.
« De même, Adler (1985) a souligné que le comportement mimétique des consommateurs, via le bouche à oreille et la recherche d’une culture commune, peut parfois conduire à l’émergence de « stars » dénuées de tout talent. »

A lire ici. Une étude qui va redonner de l’espoir à tous ceux qui rêvent de réussir alors même qu’ils ignorent tout du solfège. Courage !

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Findus, c’est une nouvelle plate-forme à MP3 ?

Avec l’avènement des plateformes de diff’ sur le net, on a parfois dit que les labels allaient disparaître et que les artistes vendraient leur production directement au public. LOL !

Alors jeune groupe / producteur, ça y est tu viens de finir d’enregistrer et tu as tes MP3 bien clean prêts à être vendus sur le net ? Alors gagne du temps et passe par un agrégateur (Zimbalam, Tunecore) pour placer ton son directement sur plein de sites. Bon, je te donne directement la fin de l’histoire, parmi les 20/30 plateformes sur lesquelles ton son sera chargé, seuls iTunes, Deezer, Spotify et à la rigueur Juno te verseront des centimes. Si tu as la chance d’avoir un label un peu crédible, tu pourras vendre sur une plate-forme équitable comme CD1D, ou chez les snobs de Beatport, c’est quand même franchement plus classe.

Mais attends, tu sais que le premier site de diffusion de musique au monde c’est Youtube ! Alors s’il te plaît fais des vidéos avec tes morceaux et charge-les. N’oublie pas Dailymotion et Vimeo en passant.

Ceci dit, mon voisin trouve que Grooveshark c’est bien pratique. Dès que tu as un peu de temps, pense à tout charger dessus aussi. Son coloc, par contre, a favorité comme un dingue sur Soundcloud, tu devrais te créer un compte rapidos tant que t’y es.

D’ailleurs, à ton dernier concert à la cambrousse on t’a demandé si tu avais un Myspace. Effectivement, ton profil prend un peu la poussière, mais tiens-le quand même à jour, il y a encore du monde dessus. Même si une partie de la population a migré sur Bandcamp ou Noomiz qui ont repris un peu le concept ; tu devrais uploader ton son là-bas c’est gratuit.

En repensant à Myspace, tu te dis que les modes vont et viennent et qu’il serait bien d’avoir aussi un espace perso, un vrai site quoi, avec des liens ou quoi pour le jour où ta plateforme favorite mourra. Tu peux faire du WordPress, ou du Drupal ou du PHP si t’as du temps à perdre.

Pour te faire connaître, facile, tu crées une page Facebook. Mais n’oublie pas les gens qui n’ont pas de compte Facebook, et collecte leurs adresses email pour leur envoyer une newsletter. Et Twitte un peu aussi, parce que sur Facebook il y a un peu tout et n’importe quoi, et tu galères à choper des likes, à la télé ils ne parlent que de hashtag et de followers.

Et fais quand même presser deux-trois disques physiques, les radios préfèrent. Il y a plein de caf’conc’ sympas qui aiment bien en avoir en stock, il y a des disquaires survivants, tout le monde n’a pas d’iPod, et certains DJs ne jouent que des vinyles.

Ce week-end, il faudra aussi éplucher ce post-it sur un coin de ton bureau : Qobuz, PlayMe, Jamendo, Resident Advisor, Viinyl, LastFM, MusicMe.

Nos excuses à tous ceux que nous avons pu oublier.

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Coming Out

Les fidèles s’en seront déjà aperçus : le ton se durcit à la Direction Artistique. Si, à la création du label fin 2006, nous n’affichions comme seule prétention que celle de « promouvoir des musiques débarrassées d’intérêts économiques et de considérations politico-masturbatoires », il est aujourd’hui grand temps de faire le constat d’un virage à 180°. Demi-tour, quoi – je précise parce que des fois je lis « oui j’ai fait un virage à 360° » et ça m’énerve.

Première chose, on travaille tellement dur qu’on a plus vraiment le temps de travailler ailleurs pour gagner notre croûte. Certains jonglent entre le taf la semaine et les concerts le week-end, d’autres, qu’on surnomme les producteurs « alt+tab », font avancer la cause en temps masqué, souvent aux frais d’une société tierce avec laquelle nous n’avons pas signé d’accord-cadre. Dans ces conditions, prétendre ne pas se soucier du modèle économique de nos productions est une douce rigolade, et notre but aujourd’hui est bien de pérenniser (y compris financièrement) notre espace de création. Car notre musique n’est pas systématiquement conçue dans le but d’être vendue, mais plutôt dans le but d’être écoutée, ou, mieux, inspirante et donc utile. Autant de qualités qu’il est devenu désormais assez rare de retrouver dans un même morceau.

Deuxièmement, les MP3 et les concerts s’enchaînant, il est devenu de plus en plus difficile de faire abstraction du caractère subtilement politique de notre travail et de la façon dont nous le faisons. En 2012, un label indépendant, défendant des musiques qu’on n’entend pas habituellement à la radio et qu’on croise assez peu sur les gros festivals, porté par une société commerciale auto-financée à 100% par les concerts, ça ne court finalement pas les rues, et cela traduit des valeurs fortes qu’il s’agit de ne pas compromettre auprès de la première société tierce venue.

Conséquence assez logique, nous travaillons à promouvoir notre vision des choses auprès des confrères, des institutions ou des quelques médias qui peuvent s’y intéresser. Mais c’est en premier lieu auprès de notre public que nous voulons expliquer notre philosophie de la snare, et cela se traduira prochainement par une timide mais sincère chiée de bouquins plus ou moins artisanaux décrivant nos aventures.

Alors achetez-vous des étagères, on fera des couvertures colorées.

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Auto-interview inspirée de questions entendues dans la vie réelle

Comment vont les affaires ?

On fait des progrès ça c’est sûr, l’inconnue maintenant c’est de savoir jusqu’où on peut aller. Pour rappel, on travaille sans subvention ni prêt bancaire, et ce sont aujourd’hui à 99% les concerts qui permettent de payer les gens et le téléphone. Alors il y a bien sûr des projets d’un intérêt artistique fondamental qui mettent trop de temps à sortir à notre goût, mais on finit toujours par accoucher, même des projets les plus scandaleux. Se plaindre serait de mauvais goût.
Les ventes de MP3 sont en augmentation, passant de quelques centimes par mois à quelques euros voire quelques dizaines (ça fait du x100 ou x1000 coco !). Est-ce qu’on peut faire encore x100 ? Vous le saurez d’ici quelques mois.

Est-ce que vous n’avez pas l’impression de vous prostituer en faisant du festif ?

En fait on se demande plutôt si on n’est pas en train de se prostituer quand on fait du non-festif. Je vais la faire courte mais lorsqu’on fait la fête, on célèbre le fait d’être plusieurs humain(e)s qui s’aiment les uns les autres. Quand on fait du non-festif, c’est quand même assez souvent pour s’auto-célébrer, hein.

D’ailleurs quand je fais la fête je reste précis sur les BPM, alors que quand j’ai un truc à dire en général ça cale pas sur du 4/4 !

Mais, contrairement aux apparences, nous sommes des êtres humains, et nous avons autant besoin de clubber que de séréniser notre ego en l’exorcisant avec du son sentimental, ou que de combattre l’ordre établi (OUAIS) avec du son guerrier. Tout cela n’est pas très clair mais on en reparlera.

Vous pensez pas que vous pourriez gagner du temps en déléguant les trucs que vous ne savez manifestement pas faire à des personnes compétentes et dûment immatriculées au RCS ou au RM ?

C’est justement parce qu’on le fait nous-mêmes que c’est beau.

D’ailleurs on n’a même pas le choix : quand tu veux conquérir le monde, tu demandes pas l’autorisation au taulier.

A bientôt
Rom2 (taulier)