Un p’tit tour sous le capot

Et oui donc me revoici sur internet après quelques mois (années ?) dans un vortex administratif. Comme vous le savez peut-être, j’ai passé depuis 2020 le plus clair de mon temps à surveiller le compte bancaire de ce foutu label, ce qui vous en conviendrez est un moyen très efficace de rester à bonne distance de toute forme de rêverie, d’art ou de poésie. Or, en août dernier, j’ai réussi à m’échapper quelques jours pour passer du temps à réécouter ces 40 brouillons, ces 5 tracklists d’albums fantasmés, brancher ces machines d’occase qui craquent, souffler dans une trompette. Et miracle, j’ai retrouvé la vue.

Je dis la « vue » alors qu’on parle de musique, déjà parce Dieu n’a pas fait de paupières pour les oreilles, et parce que littéralement j’ai « vu » à quoi pouvait ressembler cette nouvelle page de ma carrière d’artiste alternatifve. Le retour à une formule « live » après quinze ans de deejaying, l’ajout d’une scénographie, nouvelles tenues de scène, nouvelles façons de parler de mon travail. Peut-être des choses à dire aussi. Une direction pour tout ça, cohérente ou pas on verra.

J’ai donc repris du service sur les routes et 2023 s’annonce trop cool après ces BIS prometteuses, et avec l’aide de ma team Vlad de feu. Je vous propose, pour faire simple, un petit point-étape, suivi de
quelques pistes de travail en vrac, ceci afin de vous donner envie de venir me voir bien sûr, mais aussi pour vous permettre de mieux comprendre mon travail une fois que vous serez en train de me voir souffler tout.e rouge et chanter fort.

Le show (on parle bien d’un show) possède actuellement une durée adaptable de 40 minutes à 2h30. Je pense arriver à 3h rapidement et peut-être 4h d’ici l’automne. Par rapport au DJ set que vous connaissez peut-être, j’ai réintégré une bonne trentaine de compositions :

  • des instrumentaux trompette d’inspiration balkanique et orientale, notamment de la période Balkan Boombastic, et quelques nouveaux du même tonneau,
  • des instrumentaux plus sombres, période Night / Rage Quit, une partie de live machines analogiques,
  • une dizaine de chansons toutes neuves, certaines avec de la trompette, d’autre avec de l’accordéon.

A cette base et pour les sets les plus longs s’ajoute une petite heure d’arrangements traditionnels (set Polkamachine) autour de l’accordéon, d’ex-URSS ou de Bretagne, un peu de cumbia, de tarantelle, etc. Essentiellement des trucs peu entendus dans les contextes où je joue, ce qui explique que je ne joue plus (en tout cas en ce moment) de trads serbes ou roumains, j’ai l’impression que l’offre est déjà présente pour ces musiques.

Une petite création lumière minimaliste (cf mon Insta) vient corser le tout et me permettre d’accentuer le contraste entre les parties clubbing, plus répétitives, et les parties interprétées (chant, solo, etc). Je me déplace dans un Berlingo encore vivace, vous pouvez me joindre sur les réseaux sociaux, pour vos soirées privées je peux jouer ce spectacle, me faire accompagner de l’ami KJO pour passer le cap des trois heures, beaucoup de configurations sont possibles, devis gratuit.

Côté musique enregistrée, mon dernier EP en date c’est Flutabec & Cordéon (2016) ; ensuite j’ai sorti quelques singles amusants (Snares, American, J’parle pour les vivants, Young Boi) de manière
confidentielle voire secrète, sur des labels obscurs ou encore à destination du réseau pro.

Voilà pour le point-étape, et pour finir quelques axes d’amélioration et de développement, comme on dit dans les SAS :

Je travaille sur une intégration vidéo, minimaliste là aussi, mais qui permette de donner à un instrumental quelconque une dimension poétique sans toujours devoir recourir au texte ou au sampling. 2 écrans LED de 55 pouces, simple. J’espère faire la grande première le 10 février prochain à Nantes. Ce nouvel aspect du set trouvera particulièrement sa place dans le set techno analogique. Je réfléchis à séquencer davantage le spectacle en mini sets de 30 à 45 minutes, en écrivant des transitions ou des pauses, pour fluidifier l’ensemble et donner un cadre à tout ça. Mon problème est le suivant : si je me laisse guider par les contraintes matérielles, j’ai intérêt à mettre ensemble tous les morceaux nécessitant la même configuration, donc les morceaux à trompette ensemble, les chansons ensemble, les titres à l’accordéon ensemble, etc. Mais parfois ça ne marche pas musicalement : tel titre « trompette » a besoin d’un pont techno un peu développé, ou de vidéo, ou de chant, ou tel instru accordéon mériterait un passage trompette au milieu. Ou juste c’est un peu long 45 minutes de tel ou tel instrument.
Donc je dois reconstruire l’ensemble pour que chaque sous-set soit cohérent, et essayer de ne pas juste regrouper les sons par instrument. Je réfléchis à nommer ces sous-sets pour leur donner à chacun un narratif, il y aura le « Dispo pour vos mariages » tout neuf, assez festif et fédérateur, un set techno plus introspectif et intimiste, pourquoi pas un set spécial arrangements trad (un bal, pour le coup), structuré autour de la danse et de la confrontation entre plusieurs répertoires. Des chansons pourraient être regroupées dans un set chanté ou rappé, avec une cohérence dans les textes (poésie, problématiques sociétales, reprises diverses). J’aimerais bien remettre du flutiau et de la guitare. Et en fonction du contexte, voir quels sous-sets je joue et dans quel ordre.

Pour revenir à la musique enregistrée, j’arrête de penser en termes d’album pour l’instant, je vais plutôt sortir des singles en story Insta et sur des playlists Spotify / Youtube. Ces plateformes ne respectent pas suffisamment à mon goût le format album de toute façon, autant s’en servir comme d’un MySpace, et sortir un vinyle plus tard pour faire du bif.

Au niveau strictement artistique, j’essaie de ne plus penser ma musique en termes de musique du monde ou traditionnelle, mes influences continuent de transparaître dans mon écriture mais ce n’est plus ça qui structure mon travail. J’écris un spectacle qui parle de la fête, qui questionne le sens de cette fête, qui donne envie de célébrer l’amour et la solidarité dans une pratique consciente, respectueuse et critique, et non dans un oubli alcoolisé systémique. De là, je cherche à récuser les facilités de la fête industrielle (massification de la pratique, standardisation et conditionnement via les tubes et la FM) pour contribuer à faire émerger une alternative, comme le font tou.te.s les artistes indépendant.e.s.

Après j’ai mis de la fumée et du strob parce que faut pas que ça soit chiant non plus.

Et je reste dans ma posture « pirate » : plutôt qu’arpenter le ghetto, je continue d’être #dispo pour infiltrer un max de circuits et jouer une musique qui, assez souvent, est totalement inconnue des gens qui se retrouvent en situation de l’écouter. Ceci avec le concours d’organisateur.ice.s audacieux.ses, qu’iels soient public.ques ou privé.e.s, pro ou pas, que je salue au passage pour leur confiance. Particulièrement en 2022, c’était audacieux de me booker puisque je communiquais assez peu et le set a beaucoup varié d’un plan à l’autre. J’ai parfois pris des risques, j’ai probablement déçu parfois, mais ça
fait partie de ma proposition, pour les artistes robotisés voyez avec la concurrence.

A vite

Boris Viande (@borisviande)

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