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Liste de nos 7 plus gros échecs

Dans cette ambiance anti-service public et anti-artiste-violent, un petit peu d’auto-dénonciation histoire de prendre les devants et couper l’herbe sous le pied de nos détracteurs. Liste non exhaustive des trucs que nous avons essayé et qui n’ont pas marché, avec à chaque fois quelques pistes sur les raisons d’un fiasco.

Echec n°1 : Générer des revenus avec le streaming
Raisons possibles : on est sur des micro-niches musicales, non playlistables, alors tu tomberas difficilement sur nous par hasard.

Echec n°2 : Organiser des soirées global beats / ghetto folk / electro world qui cartonnent vraiment
Raisons possibles : on n’a plus l’âge d’avoir 400 potes et d’espérer en faire une “communauté”, à supposer que ce concept existe d’ailleurs. De plus, nos esthétiques sont peu connues du grand public qui sort le samdisoar et qui cherche des mojitos pas chers, et peu connues des médias qui passent des deals avec des banques ou des marques de fringues. Globalement, on est mal sapés.

Echec n°3 : Populariser nos esthétiques auprès de blogs ou médias influents
Raisons possibles : on n’est déjà pas d’accord entre nous sur la définition des styles qu’on joue alors bon. De plus, va faire venir un journaliste dans un club toi. Les mecs dorment.

Echec n°4 : Générer des revenus avec du merchandising
Raisons possibles : notre public n’a pas les moyens, déjà mettre 5 ou 10 balles dans une soirée c’est un budget. Puis bon faut bien boire pour oublier la semaine capitaliste qu’on vient de passer.

Echec n°5 : Donner le goût du remix à des artistes de musique traditionnelle
Raisons possibles : rares sont ceux qui s’intéressent aux musiques de club, et nos efforts pour leur en donner une bonne image n’ont pas suffi. En général dès qu’un synthé ou un kick déboule le mec fait la grimace. Vous retrouverez cependant quelques exceptions sur notre bandcamp.

Echec n°6 : Se faire une place dans le circuit world music
Raisons possibles : quand un festival ou un superviseur musical veut de la musique tzigane, il appelle des tziganes. Quand il veut de la cumbia, il appelle des colombiens. Quand il veut de la musique afro, il appelle des maliens. Ceci dit, les mecs préfèrent parfois appeler Shantel, Quantic ou Jain, donc c’est même pas vraiment une excuse.

Echec n°7 : Se faire une place dans le circuit des musiques électroniques
Raisons possibles : y’a déjà beaucoup de monde sur le créneau. On a cru que notre positionnement folklorique pouvait nous permettre de nous démarquer. Peut-être que nos débats sur l’appropriation culturelle et le néo-colonialisme rendent lourdingue notre démarche pour qui veut juste taper du pied sur un 132 BPM avec les narines bien dilatées.

Comme dirait un community manager fraîchement diplômé, si vous pensez à un autre fiasco que nous aurions oublié de mentionner ici, N4HESITEZ PA A LE MARQUER DS LES COMMENTAIRE

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Pour DJ Cucurucho, le monde est un village

Le méditerranéen Toni Groova (aka DJ Cucurucho) a vécu et travaillé à Buenos Aires, Lisbonne, Bristol, Bamako, Casablanca, Barcelone, Istanbul ou Luanda avant de débarquer en France en 2011. Autant dire que les frontières, c’est pas son truc.

« Le deejaying m’a attiré rapidement de par la capacité de la musique à casser les barrières sur un dancefloor, et ainsi faciliter les rencontres et la communication entre les gens. Gagner petit à petit leur confiance à coup de “play”, pour les amener autant que possible dans un état de liesse, comme un interlude du quotidien.

Parmi toutes les villes dans lesquelles j’ai pu travailler, que ce soit en tant qu’animateur radio, journaliste musical ou DJ, je crois que Paris reste la capitale du rendez-vous, ce village mondial dans lequel les petits miracles sont pratiquement quotidiens.

Quelques mois après mon arrivée, je mixais dans un petit bar mexicain près du Centre Pompidou quand un groupe de jeunes a débarqué, dansant et jouant de petites percussions latines comme le güiro. Quelques minutes plus tard, et alors que je passais un morceau de reggae colombien glané sur MySpace, l’un d’entre eux s’approche et me dit dans un mélange stupéfait d’enthousiasme et de joie : “mec, on est à Paris et toi tu es là, en train de jouer un morceau de Voodoo Souljah’s… ce gars là-bas est le batteur du groupe, et moi je suis le tromboniste…” »

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Appropriation culturelle : le mea culpa de Boris Viande

Oui car il est plus que temps !

L’histoire commence en 2006 : certains d’entre vous faisaient encore dans leur froc. Je suis alors l’heureux guitariste-trompettiste du groupe de discopunk herblinois Vladivostok, grâce auquel j’entreprends plusieurs voyages dans des pays tels que la Roumanie, le Belarus, l’Ukraine, la Serbie. Est arrivé ce qui devait arriver : nous avons commencé à intégrer des influences de ces contrées dans notre punk périurbain. Au début, c’étaient seulement des samples ou des visuels, puis des bouts de mélodie et d’harmonie : dans le contexte punk approximatif ça passait crème. Vers la fin, on mettait du cyrillique partout et cela ne serait venu à l’esprit de personne de nous taxer d’approcul, déjà parce qu’à l’époque personne n’en parlait, puis parce qu’on jouait tout à fait autre chose que de la world music. Et pourtant on était en plein dedans, désolé frère.

A partir de 2009/2010, je deviens DJ et je commence mes premiers tracks et remix en solo. Je commence par adapter des traditionnels d’ex-URSS pour pouvoir les jouer dans mes sets, puis je m’enhardis à attaquer des compositions d’inspiration vaguement balkanique. Le 19 avril 2012, c’est l’accident : avec l’aide de quelques collègues, je commets Balkan Boombastic, un EP de morceaux electro-balkan bien babtou, et je vais jusqu’à faire figurer 2 jeunes serbes qui n’ont rien demandé à personne sur le jipeg. Au moins, j’ai le bon goût d’intituler le premier morceau Viens dans la piscine. Ce qui, accolé à mon pseudonyme improbable – lequel était au départ le nom d’un morceau de punk/metal composé pour Vladivostok (ce morceau s’est ensuite appelé Mega Sanchez pour info) – laisse présager d’une certaine distanciation par rapport au folklore d’origine. Mais tout de même.

Je récidiverai plusieurs fois en 2012, puis en 2013 : le Google Translate tourne à fond pour trouver des noms de morceaux qui fassent un peu exotique, et qui du coup ne veulent rien dire – bon, de toute façon c’est de la musique instrumentale. A cette époque c’est la musique qui m’intéresse, je ne me soucie pas du tout des titres ni des visuels, comme le prouve d’ailleurs leur qualité médiocre. Je joue toujours dans des bars de province dans lesquels je ne croise pas l’ombre d’un serbe ou d’un roumain, donc je n’ai logiquement aucune raison de me remettre en question. Et comme je ne me déguise pas en tzigane quand je joue, j’ai l’impression d’être clean. Etait-ce suffisant ?

En 2014, je sors Nu Raï Experience, un EP archi troublant, car si les morceaux sont pas pire, le packaging est consternant : le mot raï est inséré ici pour faire du clic (à l’époque, un léger vent oriental soufflait sur la scène global beats) ; le visuel est constitué d’une photo du Sahara sans aucune mise en contexte ni distanciation : on est en plein premier degré. Au niveau des titres, je suis en roue libre, encore une fois j’ai aucune idée de quoi mettre vu que les morceaux sont instrumentaux, alors je mets “raï” ici ou “souk” là. On a échappé de peu à Couscous Beat ou Kebab Party.  Le climax du lol est probablement l’utilisation du terme “Beograd Club” sur quelques flyers et goodies. Cette trouvaille m’a valu un chambrage bien mérité de la part de mes amis serbes – peut-être l’équivalent d’un coup de talon au fond de la piscine.

Cette sinistre période s’achève en 2015 avec l’EP Balkan Boombastic #4, où on retrouve ce mot “balkan” dans le titre, mais cette fois au moins c’est moi-même sur la pochette et non un pauvre instrumentiste instrumentalisé. Le titre des morceaux est un peu plus distancié, il y a même un titre en français, pas mal sont en anglais. Disons que ça sent la fin de digestion, mais il en aura fallu du temps pour arrêter de faire des GUSO sur la culture des autres.

Et c’est normal.

C’est normal car la musique, et surtout l’écriture, c’est une affaire de parcours. Le même titre écrit par un artiste qui vient du punk ou du trad n’a pas du tout la même signification dans une discographie. En l’occurrence, si je n’ai jamais dépublié un EP ni un remix, c’est bien pour montrer d’où je venais et où j’allais, sans quoi il n’y a plus de compréhension possible de ma démarche.

Et à ma décharge, il y a plusieurs indices dans ma discographie qui ont pu laisser entrevoir le rapport complexe que j’entretiens avec la musique du monde, à commencer par le recours régulier à des titres en français dès Viens dans la piscine. Sur The Boombahton Summer (2012), on trouve un Mumbaiton et un Nu Manele scandaleux, mais aussi un Bourgonnière Beat bien herblinois. Nafplio Café (2013), l’EP du vol tous azimuts, de Moscou à Athènes, et d’Alger à Belgrade ou Santiago, s’ouvre par une Polka du vent de côte bien de chez wam et contient une chanson en français.

Depuis, j’ai eu la chance de travailler avec des artistes tels que les producteurs et DJs Kosta Kostov (Bulgarie), Killo Killo (Serbie) ou encore ShazaLaKazoo (Serbie) ; j’ai joué avec les chiliens de Sidi Wacho et les tziganes Erika Serre, Dragos Ivancea ou Mihai Pîrvan. Ces rencontres m’ont permis de confronter l’image “carte postale” que je me faisais de la musique du monde avec des réalités humaines et sociales autant qu’artistiques. Il n’est pas du tout anodin de prospérer sur l’attrait des occidentaux pour l’exotisme ou sur les clichés à l’encontre des minorités, et il est certes assez difficile de comprendre cela tant que l’on travaille coupé des minorités concernées : pourtant, à un moment, la rencontre avec l’autre a lieu, et il faut savoir en tirer les leçons.

Aujourd’hui, je n’aborde plus la cumbia ou la musique tzigane de la même manière. Même mon rapport à la musique bretonne a changé – non que j’aie décidé d’en devenir un porte-gwenn-ha-du supplémentaire, mais j’entrevois tout à coup une façon cool et pertinente de l’aborder, sans prosélytisme ni facilité. J’ai fait beaucoup d’erreurs, et ces erreurs m’ont permis de progresser et même de vivre de la musique, ce qui me rend coupable de vol et recel. Alors je pose ici ce mea culpa public, comme un nouveau départ vers je sais pas encore quoi. Allez-y, jugez-moi, mais restez à l’écoute, car ça va enfin commencer à être intéressant.

Boris

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Le mastering, symbole de l’asservissement massif des créateurs

En tant que gérant du label le plus sulfureux de la scène ghetto-folk herblinoise, il m’arrive souvent de recevoir des courriels promotionnels de la part de studios de mastering.

Pour les non-initiés, le mastering est l’étape finale du mixage, le moment où l’on applique des traitements sur la piste stéréo d’un morceau pour tenir compte notamment du contexte dans lequel il sera écouté. Si on fait un album, on va essayer de rendre les titres cohérents entre eux. Si on vise la FM, on va essayer de faire sonner le morceau comme les autres morceaux de la FM. Si on vise YouTube, on va couper les basses, mettre tout en mono et monter le volume car le morceau sera vraisemblablement écouté sur un téléphone. Ha ha je livre mes secrets chut

Or, depuis toujours, je fais le mastering de mes morceaux moi-même – et je suis pas le seul. J’ai quelques restes de DIY et c’est pas quelques réglages sur un plugin qui vont me faire peur. Résultat, d’éminents puristes m’ont souvent charrié au sujet de mes choix, je ne suis playlisté nulle part, et je reçois des pubs de studio de mastering.

« Ça sonne »

Contexte : à l’aide d’un DAW cracké, vous venez d’enregistrer 4 titres avec votre groupe du samedi après-midi. Vous exportez les titres en stéréo, égalisez ici, compressez là (bordel cette snare est vraiment trop forte). Vous faites écouter au mec de la mairie en qui vous placez tous vos espoirs de réussite. Sa réponse vous glace le sang : « ça sonne pas, il vous faut un vrai mastering. »

Or, le mastering, vous l’avez déjà fait. Vos fichiers sont à 0 db, vous avez ajusté l’égalisation, la compression et quelques autres bricoles sur votre piste stéréo, laquelle fleure bon le local de répét, le PG58, le Peavey Bandit. Au nom de quoi quelqu’un peut-il vous dire que ça ne sonne pas ?

Ce que votre ministre local de la musique légale veut vous dire, c’est que ça ne sonne pas comme les stars. Si vous faites du rock, il trouve que ça ne sonne pas comme Nirvana ; si vous faites du rap, il trouve que ça ne sonne pas comme NTM (ah, les années 90, c’était autre chose hein). Parfois, sur les coups de 16h, il fatigue un peu et vous avouera que ça ne sonne pas aussi « bien » que Nirvana ou NTM. Il a tort à 4000% et je vais le prouver ici.

Car si les groupes industriels « sonnent bien », c’est parce que nous, auditeurs, nous nous sommes collectivement habitués à leur son. Personnellement, j’ai dû entendre Calogero ou les Beatles au moins 1 000 fois dans ma chienne de vie. Je n’ai d’ailleurs jamais demandé à les entendre : leur musique est constamment diffusée, à la radio, à Super U, chez le médecin, dans les pubs YouTube.

Dûment masterisée – c’est-à-dire modelée pour s’intégrer harmonieusement dans la playlist mondiale – la musique industrielle devient conforme et diffusable. Elle représente le son normal, le son standard : si vous parvenez à sonner comme ça, vous avez toutes vos chances de succès. Et pour y parvenir – ô surprise – il vous faut tout un tas de matériel super cher auquel vous n’aurez certainement jamais la chance de toucher vous-même.

Punchline 1 : si ce que vous voulez faire nécessite du matériel cher, alors ce n’est pas de l’art.

Parallèlement, le combat fait rage sur la bande FM pour sonner toujours plus standard. Dès qu’un nouvel artiste industriel est lancé (avant c’était à la télé, aujourd’hui ça se passe notamment dans les playlist Spécial Barbecue de Spotify), des milliers d’autres, probablement attirés par l’argent – comment leur en vouloir – tentent de se rapprocher le plus possible de son son. Et ainsi de suite dans une espèce de polarisation autour du succès. C’est ce qu’on appelle parfois intuitivement la soupe : ce qui plaît au plus grand nombre est mécaniquement le produit le plus consensuel, donc le moins clivant, donc le moins-disant artistique.

Punchline 2 : l’artistique est clivant, l’esthétique fédérateur.

La soupe FM est le contraire de l’artistique. En revanche, elle raffole de l’esthétique : pensez par exemple aux jipegs des grandes marques de prêt-à-porter. Vous y verrez une étrange ressemblance avec les clips industriels, c’est normal. Y’a même des paroles de Beyoncé sur des t-shirts si si. C’est normal, il faut toucher le public le plus large possible. Il faut que ça soit joli.

Or vous, depuis le local de répét que vous partagez avec la batucada de Bouguenais, vous n’êtes pas parvenus à reproduire le son de la playlist mondiale. Bon, à votre décharge, vous manquez de budget, et vous vous sapez chez Décathlon. Votre EP, il sonne ghetto, il sonne amateur, il sonne Peavey Bandit quoi : bref, il ne sonne pas. Et si on vous critique au moment du mastering, c’est par politesse : en fait, votre mix aussi sent la bouse, tout comme vos textes, vos fringues, vos bagnoles.

Vous êtes des bouseux, mais comme j’ose pas trop vous le dire, je préfère vous faire remarquer que votre mastering n’est pas professionnel. Un peu comme si je vous disais « vous êtes pas loin du but, continuez, mettez 2 RSA dans un mastering pro et là ça va déchirer ». Si d’aventure vous êtes assez têtus pour investir ces 2 RSA, je vous dirai alors que votre mix ne va pas non plus. Mon but est que vous restiez à votre place de bouseux, sans vous démotiver. Car j’ai besoin que vous soyiez là, sans quoi mon poste saute.

Dans ce système polarisé, les artistes industriels ne « sonnent bien » que parce que des milliers d’artistes indépendants « sonnent mal ». Calogero a besoin que des amateurs massacrent ses chansons chaque 21 juin pour justifier qu’une place à son concert coûte 80 balles. Si demain le moindre amateur sonne comme lui, c’est qu’il sera devenu mauvais. Si demain il n’y a plus d’amateur, il deviendra lui-même amateur. Il y a toujours des amateurs.

Le mastering est donc la partie émergée d’un processus anti-artistique au possible qui consiste à neutraliser toute particularité, toute personnalité de votre travail. Ce processus est global et dépasse bien sûr la simple étape du mastering, mais puisque c’est l’étape finale, c’est la dernière qui vous sépare du succès ou de l’échec : c’est donc là qu’on voit le mieux affleurer l’iceberg.

Conclusion, en faisant votre mastering vous-même :
– vous économisez de l’argent ;
– vous progressez techniquement ;
– vous œuvrez pour la diversité sonore, car vous donnez à entendre d’autres choix d’égalisation et de compression que ceux de la musique industrielle ;
– vous tendez à légitimer et encourager le travail de tous les amateurs du monde (qui ont autant de choses à dire que vous, si c’est pas plus) ;
– vous allez dans le sens d’une démocratisation de la production phonographique qui permet à toujours plus de gens de s’emparer de cette pratique artistique, virale par nature, et sociale par excellence.

Si vous n’avez pas le temps, vous pouvez confier votre mastering à un studio, pas de panique y’en a des bien. Mais il y a aussi des escrocs, alors fuyez si le mec commence à vous parler de sonner comme untel ou untel. Sauf si vous persistez à viser la FM, auquel cas cet article a bien dû vous faire marrer. D’ailleurs, spoiler : vous n’y arriverez pas.

Boris Viande

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Nous serons aux BIS stand 25 tavu

Vous êtes bien sur le site du label/éditeur/etc Vlad, là où on sort des disques et des pestak, où on les vend, mais surtout où on explique pourquoi et comment. Nous serons donc aux Biennales Internationales du Spectacle à Nantes la semaine prochaine, stand 25. Pourquoi faire ? Mais pour gagner de l’argent, pardi. Le RSA suffit plus, on a des gosses man’nant.

On devrait être une bonne grosse team à s’agiter pour vous parler de nos artistes, de Nantes qu’on connaît bien et de Babel Med qu’on se demande comment on va faire sans. Voici donc, artiste par artiste, les actus chaudes 2018. Si vous êtes pressé ou au volant, lisez-en 3 4 au hasard.

Aälma Dili (balkan, western, tarantelle)
Leur album 2017 “Pour une poignée de dinars”, remarqué par FIP et Télérama, devrait leur assurer une chouette tournée 2018

Asa-i-Viata (balkan, electro, rock)
Eux aussi ont sorti un album en 2017 intitulé “A[ch]a-i-Viat[s]a”, venez découvrir ce quintette lillois avant-gardiste

Baltic Balkan (balkan, hip-hop, lituanie)
On tour avec un nouvel EP “Litvish” en hommage à la diaspora juive lituanienne

Boris Viande & Mihai Pirvan (bal ghetto folk)
Duo de cuivres et percussions pour des sets de trois heures entre BZH et Roumanie

Captain Cumbia (cumbia, hip-hop)
Vous le connaissez déjà, ses mash-ups cumbia/hip-hop tournent sur FIP

DJ Balkaliente (balkan, world)
Tromboniste/DJ à l’énergie généreuse et la bonne humeur communicative et vice versa

DJ Cucurucho (afro, latino, groove)
Entre Lisbonne, Luanda et Paris, le plus expatrié de nos DJs

DJ Cys (hip-hop, disco, vinyl)
Résident strictly vinyl de nombreux clubs de la capitale

DJ Tagada (balkanbeats, world)
Pionnier français du balkanbeats, son record personnel est un set de onze heures

DJ Vinodilo (balkan, electro)
Un autre précurseur du genre en France, excellente maîtrise du BPM et spécialiste de la convivialité

DJ Push It (global, electro)
Producteur versatile maniant la transe méditerranéenne avec talent

España Circo Este (italia, latino, rock)
Inventeurs du tango-punk, ils démarrent 2018 en fanfare avec une participation au SXSW (Austin, Texas)

EZPZ (swing, hip-hop)
Le crew sort son premier album dans quelques semaines, groove contagieux et présence scénique intense

Gypsetters (tzigane, club)
Leur premier album vient de sortir et réconcilie musique trad tzigane et pop-électro actuelle

Gypsy Hill (balkan, UK)
Un balkanbeats moderne et précis fait pour les grosses scènes

Kontrol Teknik (hip-hop périurbain)
Le spleen des fils du capital dans l’enfer capitaliste

Kiwistar (electro, swing)
Après avoir cassé le game electro-swing, ses productions évoluent vers la bass music

Ilyas Raphaël Khan (india, beatbox)
Chanteur, percussionniste trad et beatboxer : le mec sait tout faire

La Dinamitaaa (cumbia, hip-hop)
Quand la cumbia rencontre le hip-hop ou le raggamuffin : un show ensoleillé a bailar! Premier album “Ay Ay Ay” disponible

Les Fils Canouche (jazz manouche, world)
Leur nouvel album “La fasciculation” très remarqué marque une nouvelle étape dans leur parcours d’explorateurs du jazz manouche

Molotov Brothers (balkan, cumbia)
Duo trombone/sax aux platines pour une sélection sans frontières qui fait mal aux chevilles

Neki (serbia, global, bass)
Ce producteur serbe prolifique sort prochainement son premier album d’hymnes global bass

Nomad Frequencies (world, electro, dub)
Duo accordéon/bouzouki/machines pour un live intense et hypnotique

Shazalakazoo (serbia, balkan, bass)
Leurs productions sont au coeur du mouvement balkanbeats depuis toujours : incontournables

Swingrowers (italia, electro, swing)
Nouvelle sensation electro-swing made in Italia, en tournée en France cette année !

Sauvage FM (global, bass)
Producteur/DJ curieux et exigeant, son parcours musical est sans faute et sa sélection pointue

Tactical Groove Orbit (global, bass)
Producteur/DJ, live machines avec EWI et percussions électroniques, le chaînon manquant entre musique traditionnelle et bass music

Wonderbraz (world, celtic)
Productrice aux multiples connexions, grande voyageuse, et ambianceuse mêlant influences celtiques, africaines ou encore orientales

Ça fait du monde et du beau ! Alors n’hésitez pas à venir nous voir, écrivez-nous, bref enjoyez-moi tout cette bonne volonté jusqu’à la lie.

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Oui, je dis encore du mal de Spotify

Ou presque.

A une époque assez lointaine pour que pratiquement aucun d’entre nous ne l’ait vraiment connue, l’artiste indépendant vivotait de ses concerts et de la vente de disques. Plus il faisait de concerts, plus il vendait de disques, et plus le disque tournait, plus l’artiste remplissait les caf’conc’ et les petits festivals. Tout allait pas pire.

Deux événements récents, liés au numérique, vinrent tout foutre en l’air :
– le budget culturel des ménages et des jeunes s’est réorienté vers les jeux vidéos, puis les smartphones et les accessoires qui vont avec ;
– Spotify et consorts apparurent, créant un écosystème parallèle dédié à la musique industrielle et enfin débarrassé des musiques concurrentes.

Moui car le numérique induit d’importantes économies d’échelle (que j’oserais qualifier de disruptives) et une logique de winner-takes-it-all qui font que les productions indépendantes, par nature porteuses de diversité, n’ont aucune chance de survie dans ce nouveau marché. On capitalise que dalle.

Exemple tout frais, un groupe se félicitait ce matin sur un post sponsorisé d’avoir atteint les 500 000 streams sur Spotify pour son premier single, et ce alors que leur page FB ne compte qu’à peine 2000 fans. Miracle du buzz ? musique géniale ? Que nenni : la major à la manœuvre a simplement acheté des places en playlist. Vous n’y croyez pas ? Regardez ça.

500 000 plays coûtent donc 5000€, et 5000€ pour une major c’est une blague, rappelez-vous de l’époque où fallait faire de la bonne musique, ça coûtait beaucoup plus que 5000€.

Mais alors pourquoi Spotify n’empêche pas ça ? Déjà parce qu’ils ne savent peut-être pas le faire. Ensuite parce que la valeur de leur boîte dépend directement du trafic qu’ils revendiquent.

Bref, les années passent et nous sommes encore et toujours en train d’essayer d’agréger les quelques rebelles encore prêts à mettre 10€ dans un disque ou une place de concert. Le côté chouette, c’est que cela nous oblige à une intransigeance artistique. Ce renversement logique a d’ailleurs inspiré une de nos punchlines : Survie & Conséquences, notre travail n’étant rien d’autre que l’illustration musicale de notre survie en tant qu’artistes – voire en tant qu’humains. Ça peut paraître chelou mais c’est très concret.

D’ailleurs vous pourrez vous faire une idée plus précise en venant nous rencontrer à l’occasion de notre premier Congrès, mardi 16 janvier. On paie le resto et on fomente sec.

Faut se méfier de l’eau qui dort, surtout quand elle dort pas.

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La musique nous éloigne

Je sais, c’est pas intuitif, et tout le monde passe son temps à vous raconter exactement l’inverse mais croyez-moi, au moins pour ces 5 prochaines minutes : la musique nous éloigne.

En effet, quoi de plus insupportable que la musique des autres ? Le voisin qui met Amir à fond et en boucle ? PNL dans le covoit ? Le hardcore du dimanche matin ? La house de droite dans les magasins ?

Les goûts musicaux nous permettent de savoir en quelques secondes à qui on a affaire. Et bien sûr, dans 99% des cas, l’autre écoute de la musique de merde. On pourrait même dire que l’autre est celui qui écoute de la musique de merde.

Vous êtes-vous déjà senti aussi isolé que quand tout le monde se met à chanter à tue-tête un refrain que vous ne connaissez pas, ou pire – que vous détestez ?

Après un petit millier de dates depuis quinze ans, je n’ai jamais autant aimé la musique, et je ne me suis jamais senti aussi seul dans mon amour pour elle. C’est bien simple, j’en suis venu à monter un label pour réunir quelques collègues, et je trouve encore le moyen de pas être d’accord avec eux sur un arrangement de snare ou un tracklisting d’album.

Bien sûr, dans nos vies 2017, l’oppression sonore quotidienne est telle qu’il peut paraître illusoire d’essayer de s’y opposer. Mais alors, à quoi servons-nous ?

Parce que la musique est le langage le plus instinctif et le plus universel, elle permet une communication immédiate et totale. Le small talk est impossible, la politesse grossière. Impossible de ménager l’auditeur, sauf à jouer de l’anti-musique, c’est-à-dire une musique neutre, industrielle, conçue pour occuper l’espace avec de l’absence de culture, de façon à faciliter les transactions nécessaires à la bonne marche du capitalisme.

Face à la toute-puissance du son, l’artiste peut choisir entre deux approches : la reddition ou le combat.

La reddition consiste à démissionner purement et simplement de son rôle, pour se rapprocher d’un rôle d’animateur, ou de technicien de l’amusement. Levez-vous, tapez dans les mains, chantez avec moi, quelques blagues géographiques. Bref, comportez-vous comme un public normal, comme ça j’aurai l’impression d’être un artiste normal.

L’approche de combat demande au contraire de s’affranchir du protocole traditionnel artiste-public. Le respect ne se demande pas, il se mérite ; et en débarrassant la musique de toutes ces sollicitations tristounes et intempestives, on lui redécouvrira une fraîcheur insoupçonnée.

Plutôt que demander aux gens de danser, réfléchir à ce qui fait que les gens dansent. Plutôt que répéter le nom du groupe au micro ou vendre 4 CDs à dix balles, faire en sorte que les gens se rappellent du set, même sans pense-bête. Parce qu’elle est un langage, la musique n’est pas un produit ordinaire ; et si on peut réussir à vendre un mauvais produit avec un bonne réclame, une bonne musique n’a pas besoin de marketing pour convaincre.

C’est un peu comme l’amour, si votre technique de drague consiste à demander à votre partenaire de vous aimer, vous ne séduirez que les désespérés. Et tant mieux. Il en faut pour tout le monde. Mais cela ne fait de vous ni un bon amant, ni un artiste.

Se recentrer, donc, sur le son plutôt que sur l’image. Un bon moyen pour y parvenir est de se concentrer sur la musique telle qu’elle est, sans l’artifice du spectacle ou d’une grosse scène avec 500(0) personnes alcoolisées devant : par exemple, dans un studio de répétition, ou dans un home-studio.

Alors, à force de travail et de confiance en soi, on se réconciliera avec la musique, dans toute sa vitalité, sa richesse et sa puissance. On parviendra à dépasser les Am C F G, les A B A B C B A A et les snares en 2 et 4. On surmontera la peur du vide et du silence.

Alors, on fédérera des inconnus autour d’une même pulsation, dans une transe charnelle et silencieuse, qui n’aura besoin ni d’injonctions à la joie, ni de tubes planétaires, ni de remerciements ennuyeux. Car nous ne serons plus dans un rapport de prestataire de lol à public aviné, mais dans un rapport de confiance mutuelle. Alors, l’espoir reviendra. Et nous nous retrouverons.

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Après Spotify, voici la nouvelle plateforme de streaming qui va tout niquer

2017 c’est pas compliqué : les puissants sont devenus tellement puissants que pour nous niquer, ils se contentent de nous empêcher de réfléchir à c’est quoi au juste la puissance.

Excellent exemple que cette révolution numérique qui agite les mp3 du monde libre et des autres. Posez-vous 5 minutes à la lecture de cet article pour faire le point.

Depuis 10 ans, vous avez probablement été utilisateur de Multimania, Lycos, Voila, MySpace, Grooveshark, Bandcamp, SoundCloud, ReverbNation, Spotify, iTunes et j’en passe (plein). Résultat, vous ne vendez pas plus qu’avant, vous jouez toujours pour un Guso et vous avez perdu un temps colossal et précieux.

Pourquoi ces plateformes coulent-elles ? Pourquoi n’y en a-t-il pas une ou deux qui tiennent un peu le coup ? Pourquoi les indépendants doivent-ils s’adapter en permanence aux modèles pensés par et pour les industriels ? Réponse : c’est structurel.

Quand une plateforme grossit, arrive le moment où les majors s’y intéressent. Elles vendent l’accès à leur catalogue (vous savez, Michael Jackson et Herbert Léonard) contre des parts du capital. En cas de succès, elles gagneront bien plus que les centimes que Spotify vous jette à la gueule chaque mois. Potentiellement, elles n’ont même pas besoin de vendre de la musique pour gagner – encore moins de la bonne.

Ça vous le saviez déjà, sauf si vous découvrez ce blog aujourd’hui.

C’est donc précisément à ce niveau de développement qu’une plateforme meurt. Quand le deal des majors l’étouffe trop et que son modèle (basé sur la pub car les gens ne sont évidemment pas prêts à payer pour entendre Michael Jackson) n’est pas suffisamment bien branlé pour retenir les investisseurs. Lesquels reprennent leurs billes, à la limite eux c’est pas grave ils sont juste là pour rigoler, sauf que le pop-corn est plus cher qu’au Pathé.

Résultat, rhooo dommage les gens n’ont pas eu le temps d’exploiter les formidables algorithmes de recommandation et de recherche pour découvrir de sympathiques et méritoires artistes indépendants : ils ont créé un compte, vendu leur cerveau, écouté les playlists Spécial Fête des Mères et ça y est le site est devenu ringard. Allez sèche tes larmes on remet ça sur le nouveau site trop bien foutu vite vite viens y’a le dernier [insérez ici le nom d’un artiste pop d’appropriation culturelle] en exclu.

Dans cette course sans fin, seuls les artistes des majors tirent leur épingle du jeu : vous savez ceux qui sont toujours en homepage et dans les playlists Fête des Mères. D’ailleurs, si la course s’arrêtait, ce serait un problème pour eux, puisque les utilisateurs commenceraient à fouiner un peu pour écouter autre chose, juste pour voir. Alors qu’à chaque nouveau site, on a déjà tellement à faire pour naviguer dans l’interface et les playlists : au fond, tant pis si c’est la même musique que d’habitude.

Internet aurait pu mettre tous les artistes à égalité, dans un genre de Wikipédia du streaming. Naturellement, les industriels cherchent toujours la bonne méthode pour éviter que cela arrive, car ils cesseraient alors d’être compétitifs et crèveraient comme un vulgaire intermittent. Vu qu’artistiquement ils sont vraiment à chier, leur survie ne tient qu’à leur omniprésence, alors oublie l’idée d’un site où on pourrait en un clic passer de Coldplay à Salut les culs.

C’est contre-intuitif, mais peut-être qu’un boycott généralisé et joyeux de la part des indépendants nous sortirait le cul des ronces.

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La quête de beauté de DJ Tagada

Qu’est-ce qui anime le DJ, cet artiste discret, peu spectaculaire et qui joue le plus souvent les chansons des autres ? Pour Ignace Corso alias DJ Tagada, la réponse est évidente : c’est une éternelle quête de beauté.

« On est en 2004, je suis aux platines pour l’after du Vrai Faux Mariage de La Caravane Passe au Lavoir Moderne Parisien, dans le quartier de la Goutte d’Or. La salle est bondée, l’ambiance tropicale ; un agent de sécurité retient la table sur laquelle sont posées les platines pour les empêcher de sauter. Une sublime new-yorkaise, joueuse de thérémine (cet instrument électronique atypique), s’avance vers moi et me demande si je peux jouer African Reggae de Nina Hagen. Or, il s’agit précisément du prochain morceau que j’allais passer… ce que je tente de lui avouer dans un mauvais anglais.

Cet exemple parfait du moment de symbiose entre le DJ et les danseurs, ce point de convergence entre de parfaits inconnus, je l’ai appelé orgasmusical. Et cette nuit-là, j’ai cessé de croire qu’il était le seul fruit du hasard.

Au Divan du Monde, je fais découvrir le son tzigane au Tout-Paris : cette musique nouvelle, alors encore vierge de codes, de pas de danse homologués et d’hymnes officiels, est un formidable terrain de jeu. Dans ces contrées inconnues, les gens se laissent surprendre, se lâchent, hurlent, baisent dans les loges. Les femmes – toujours elles – se lancent les premières, mènent la danse : là encore, pas de hasard.

Plus tard, alors que je me trouvais en panne d’inspiration – cet état de frustration qui prouve qu’on avance, malgré tout – je découvre les soirées BalkanBeats du berlinois Robert Soko, qui deviendra un compagnon de route, partageant mon approche extatique du dancefloor et mon amour des musiques traditionnelles. C’est le début d’une grande amitié : des nuits entières à jouer, boire, se raconter nos vies… Et chercher la beauté, toujours prête à surgir, de Berlin à Montpellier, de Tokyo à Paris… et dont on dit parfois qu’elle se trouve dans l’œil de celui qui regarde. »

Booking : booking@vladproductions.fr

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Spotify est devenu un label. Dommage qu’ils aient des goûts de chiotte

Les plateformes de streaming ont bâti leur succès sur ce concept génial : toute la musique du monde est en ligne, alors pour aider l’utilisateur à faire son choix, proposons-lui un système de playlists et de recommandations pour qu’il puisse naviguer de manière agréable.

En effet, si vous mettez le catalogue mondial en mode random, ça risque de faire tout drôle : vous passerez d’un titre de K-Pop à un titre de grindcore​, puis de Salut Les Culs à Tchaïkovski.

Or, la musique n’est pas répartie de manière homogène tout au long du spectre de la prise de risque artistique. Il y a des millions de titres d’abstract hip-hop, d’EDM ou de rock de droite qui se ressemblent tous, et des millions de titres d’artistes indépendants qui n’ont à peu près rien en commun entre eux.

Cela obéit à une logique de positionnement : lorsque vous faites de la musique, soit vous aspirez à rejoindre la grande famille de la Musique Standard, et vous copiez la FM ; soit vous êtes au contraire animé par un esprit bravache de contestation et vous faites justement tout le contraire. Vous criez dans le micro, vous ne chantez pas, vous jouez super vite ou super lentement. Vous faites de la Musique Alternative à la Musique Standard.

On peut voir ici un phénomène comparable à la distribution de l’offre politique : conservateurs contre progressistes. Les premiers prônent une stabilité du rapport de forces entre les groupes sociaux, les seconds l’inversion ou du moins l’évolution de celui-ci.

Là où c’est intéressant, c’est que ces deux grandes catégories ont tendance à s’équilibrer. Pourquoi ? Regardons ce qu’il se passe au niveau d’un acteur donné de l’écosystème.

Sur un aspect, une question donnée, ou face à un choix à faire, il y a toujours 2 types de réponses : conforter la réponse dominante ou se positionner à l’opposé de celle-ci. Lorsqu’un groupe d’amis cherche à savoir s’il faut aller à la pizzeria ou à la crêperie ce soir, les premiers évoquent librement l’une ou l’autre option. Dès qu’une moitié du groupe a choisi la crêperie, l’autre va tout à coup arguer qu’une pizza, ça changerait, justement. Et inversement. Cela tient peut-être à un besoin, pour l’être humain, d’exprimer son avis personnel, même lorsque ce n’est pas nécessaire. Ou une volonté d’envisager systématiquement toutes les options possibles dans une quête de liberté ou de puissance. C’est ce qui fait que ces 2 choix sont globalement perçus comme tout aussi recevables l’un que l’autre – alors qu’objectivement, une galette c’est meilleur.

Lorsqu’un débat est à peu près libre, et s’il dure suffisamment longtemps, les deux camps en présence finissent par tendre vers un joli 51%/49%. Si un camp gagne avec plus de 10% d’avance, on parle de raclée, alors qu’en toute rigueur l’écart n’est pas si grand – surtout quand on sait à quoi peut tenir un vote.

Et dans ce cas, le résultat est dû au fait que le camp perdant tient des positions qui le placent hors du champ des options raisonnables aux yeux des électeurs/auditeurs/amis en quête de restau. Par exemple, un parti politique dont l’intégrité ou la moralité serait mise en défaut. Ou un album rendu inaudible par des choix extrêmes de mastering. Ou un restau qui serait situé dans une zone de travaux.

Il y a donc sur toute question autant de conservateurs, qui tendent à faire comme d’hab, que de progressistes, qui ne se satisfont pas du statu quo. En musique, cela se traduit par l’éternelle dichotomie entre mainstream et underground.

Et depuis que les plateformes d’écoute en ligne se sont résolues (tardivement d’ailleurs) à intégrer l’underground sur leur interface si délicate – probablement dans le but d’y augmenter le trafic – elles se sont retrouvées face à ce problème vieux comme le monde : comment satisfaire une clientèle croissante et hétérogène en termes de goûts ? Réponse : en lui donnant à écouter​ principalement de la musique conservatrice, celle qui clive le moins, celle qui tend à plaire au plus grand nombre – en tout cas, à déplaire au plus petit nombre. Vous aussi, vous avez peut-être créé un compte Spotify pour écouter du metal au départ, et maintenant vous lancez la playlist “ménage de printemps” avant de passer l’aspirateur.

Le système de playlist, de homepage et de recommandations est là pour vous empêcher d’écouter des musiques progressistes et vous maintenir dans le giron du catalogue consensuel – le seul qui vaille la peine d’être écouté sur la plateforme. Car si vous tombez sur un titre underground et clivant tel que Salut Les Culs, et que vous avez le toupet de l’apprécier, vous allez certainement chercher à en savoir plus sur l’artiste pour écouter davantage de cette musique hardie. Et vous commettrez alors l’impensable : quitter l’interface. Notez que ce raisonnement s’applique tout aussi bien à bon nombre d’autres hébergeurs de contenus (Deezer, mais aussi YouTube, Facebook, Google…)

En devenant prescripteur, Spotify est automatiquement devenu un label – possiblement la plus grande major au monde. Leur ligne artistique pourrait se résumer ainsi : ici, écoutez la musique que les autres écoutent aussi.

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Et voici notre netlabel 100% gratos : RAGE QUIT

REJETES DE TOUS LES GHETTOS, ON A DECIDE DE CREER LE NOTRE.
QUITTE A CREVER AUTANT CREVER AVEC STYLE.
DE TOUTE FACON LE CLUB N’EST PAS LE BON LIEU POUR FAIRE DE LA POLITIQUE.
ICI TOUT EST GRATUIT, MAIS RIEN N’EST FORTUIT.

Les labels c’est cool alors on en crée plein. Chacun d’entre eux a sa propre histoire. Content pas content c’est pareil.

Un kick, un synthé : retour à l’essentiel. La musique électronique possède cette simplicité magnifique qui permet toutes les audaces, là où d’autres musiques demandent des prérequis d’harmonie, de technique instrumentale, de culture. On n’a plus le temps.

Plus le temps d’être jugé par des gens qui confondent talent et virtuosité. C’est bien tu joues bien d’la flutabec, tu devrais aller au bal masqué ohé ohé. Ici on délègue. La machine nous fait gagner du temps. Efficacité et vision.

Alors pour ce nouvel étendard, les principes fondateurs sont inattaquables :
– faut arrêter de se prendre la tête à faire des EPs ou des albums, les gens ont pas le temps et nous non plus
– faut arrêter de chercher à mettre nos sons sur iTunes et compagnie, ils n’y ont pas leur place et nous non plus.

Ici, vous ne trouverez donc que des singles gratuits, taillés pour le club, un des derniers lieux de liberté qu’il nous reste.
Dans le noir, personne vous entendra chialer.

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Sauvage FM ou le dialogue des corps

Le parcours de Sauvage FM (Alexis Deslandes) est celui d’un compositeur de musiques traditionnelles et électroniques qui n’a eu de cesse de réinventer sa pratique depuis ses débuts.

« C’est sous l’influence de musiques électroniques dures et froides telles que le dubstep, le big beat et l’industrial que j’ai appris à mixer et composer vers 2009. Rapidement, je fus frappé d’une forme de darwinisme musical car les lieux dans lesquels je jouais alors étaient généralement dépourvus de caissons de basses, le plus souvent pour “limiter les nuisances sonores.”

C’était le cas du Remorqueur, cet after nantais quasi mythique et hélas fermé depuis, où j’ai eu la chance d’être DJ résident pendant plusieurs années. Un joyeux repaire d’étudiants Erasmus, de punks et autres warriors de la nuit. Un dancefloor infréquentable où, de 2 à 6 heures du matin, le miracle était possible.

Encore fallait-il pouvoir jouer une musique qui fasse danser sans gros kick techno ni infrabass dub. C’est alors que j’ai commencé à intégrer les musiques traditionnelles dans mon mix et mes tracks : cumbia, kuduro, oriental, balkan, bhangra…

Comme beaucoup d’artistes, j’ai fait d’une contrainte technique un avantage et me suis mis à travailler le groove et la rythmique pour produire des morceaux qui, bien qu’étant d’inspiration électronique, empruntent des éléments aux folklores de tous les continents.

Appelée parfois global beats ou tropical bass, ma musique est celle que produisent et écoutent ceux qui préfèrent les musiques traditionnelles dans un format taillé pour le club, ce lieu éminemment social où ce sont les corps qui dialoguent. »

Booking : booking@vladproductions.fr

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Et voici notre nouveau label 100% vinyle : FRZB

Ce qui est chiant, quand on essaie de faire mieux que vendre de la musique industrielle, c’est qu’on se retrouve à porter des projeeets trois fois plus gros que nous, alors qu’on est déjà charrette pour faire rentrer les GUSOs.

Nombre d’idées brillantissimes ont ainsi rejoint le prestigieux cimetière des Révolutions Autour Du Barbeuc Vendéen de la Fin Août.

Et parfois, patatras, quelque chose fonctionne.

La plupart du temps, c’est lorsqu’une idée est portée par 2 ou 3 gars suffisamment motivés pour s’en reparler entre eux régulièrement, et qui disposent périodiquement de quelques heures ou quelques jours précieux pour s’isoler du flot Gmail et réfléchir à de belles choses.

C’est ce qui s’est passé avec ce projet Triple A de gravure vinyle, imaginé par Vlad et Crabe Records et logistiqué par notre partenaire Studio Adjololo.

En effet, ces dernières années nous ont contraints d’opérer cette fameuse transition numérique. Et à mesure que l’on intensifiait notre distribution numérique, nous allions vers toujours plus de JPG et de MP3, supprimant l’objet, puis le format album, puis l’idée d’artwork. C’était beau, car nous nous débarrassions d’autant d’aspects industriels. Faire du plastique n’est en effet pas un métier de musiciens. Et nous réduisions notre art à sa quintessence : un signal. Un message. Une idée. Une vision. Vertigineux !

C’était beau, mais ça devenait autre chose. Car il y avait tout de même quelque chose à sauver dans l’idée d’album physique. Et il nous aura fallu nous vautrer dans le digital pour bien le comprendre.

Avec ce nouveau label FRZB (“frisbee”, t’avais compris) nous allons pouvoir poursuivre les expérimentations menées par Lorenzo And The Lamas depuis 2012 dans le domaine de la microéconomie musicale.

Poussant le raisonnement jusqu’au bout (sinon c’est pas un raisonnement, c’est du marketing), nous avons reconstitué une chaîne de production analogique de bout en bout : enregistrement, mixage, reproduction mécanique.

Il s’agit pour l’instant d’une expérimentation destinée à tester la validité de quelques postulats. Le n°7 m’a laissé bouche bée !
– la musique sonne-t-elle vraiment mieux ou moins bien en analogique qu’en digital ?
– est-ce qu’on entend toujours les pains lorsqu’on a one-shoté un titre sur 2 pistes, donc sans édition possible ?
– quels sont les réels apports techniques et artistiques de la MAO ?
– et si les techniciens et les radios avaient pris le pouvoir sur les artistes ?
– y a-t-il un modèle économique alternatif à développer ?
– le processus d’enregistrement est-il créatif ?
– sinon, quelle est son influence sur la création ?
– comment distinguer le travail de composition du travail technique de mixage ?
Et bien d’autres encore.

Voilà donc le début d’une nouvelle aventure, inaugurée par ce FRZB#000 intitulé “Premiers lancés” et sur lequel vous pourrez entendre les improvisations nocturnes de deux mecs qui, après 12 ans de recherches et 12 heures de calibrage de stylet, ont encore soif d’explorations sonores et humaines.

L’histoire est écrite par les vainqueurs. Et un label qui utilise le mot “postulat” dans ses communiqués de presse n’a pas l’intention de reconnaître sa défaite.

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Valeur et richesse

Il est des concours de circonstances que certains seraient tentés d’imputer au hasard. La bonne blague !

Ce week-end, une vidéo du remarquable Franck Lepage sur l’art contemporain fut le point de départ d’une discussion échevelée sur l’art. Oui, c’est un sujet qui nous tracasse. De quoi qu’on pourrait se tracasser d’autre, on a pas assez de fric pour se branler sur du matos ou sur l’immobilier, et la religion c’est trop compliqué.

Et justement, au milieu d’une série de scuds anti-capitalistes, notre bon Franck a formulé ceci : selon lui, l’art contemporain réalise le rêve capitaliste de permettre la création de valeur sans création de richesse. Regardez la vidéo car je ne peux citer précisément son raisonnement ici, sauf à recopier tout le verbatim, et la vidéo dure 30 minutes.

Ceci nous a permis d’échanger de manière constructive sur le caractère tout à fait relatif des notions de valeur et de richesse. Dans le contexte, Lepage considère qu’un art qui se limite au concept (en supprimant les aspects techniques, par exemple) permet la création de valeur sans qu’il ait mobilisé au préalable de travail productif. D’accord, mais à condition de considérer que le travail de conception ne vaut rien, et que seul le travail technique compte.

Du genre : “quoi, 400 balles pour un logo ? mais t’as juste écrit le nom en noir avec un trait jaune au-dessous.
Ou alors : “Brassens, tu parles, y’a juste guitare voix, pas d’arrangements, puis c’est super mal enregistré.

La notion de technique est relative : on peut passer deux cents heures sur un track de moombahton, pour un jazzeux ça restera “un morceau fait sur ordi je parie que le mec a passé 2 heures max.” Inversement, allez essayer d’impressionner un laptop producer avec une impro jazz. “Bof le mec fait n’imp sur la gamme pentatonique” voire “Bof le mec fait n’imp.

D’ailleurs, la technique entraîne des vécus assez particuliers : parfois, les morceaux qui ont demandé le plus de travail ont fini par lasser leur auteur, et certains morceaux qui sont venus “comme ça” sont jugés plus puissants, peut-être parce qu’une part de chance ou de transcendance a guidé la main au moment de leur création, là où un truc réfléchi de partout a peut-être perdu tout intérêt en route.

Il n’est peut-être pas surprenant qu’un penseur comme Lepage, militant de l’éducation populaire, envisage l’art d’abord sous l’angle de la richesse produite. Une oeuvre qui ne mobilise pas ou peu de travail technique trouve parfois moins d’écho auprès d’un public non averti : “bof, ce sont juste des déchets peints en bleu.” Or, ce type d’oeuvre à la conception technique minimaliste met précisément l’accent sur le concept – qui lui, ne coûte pas cher en matériel, même s’il peut coûter autant sinon plus en temps de travail intellectuel. Alors que faire un tableau réaliste, ça prend des années, mais ça demande pas vraiment de se creuser la tête devant la page blanche. Il faut travailler la technique, certes. En gros, être un bon élève.

Mais si les bons élèves font de bons professeurs, ou de bons exécutants, ça ne fait pas nécessairement de bons artistes. Alors, revenons à nos histoires de valeur et de richesse.

La valeur, c’est la mesure qu’au moins deux individus s’accordent à donner à une même chose : c’est une notion objective.
La richesse, c’est la mesure de la différence de valeur qu’un même individu donne à deux choses différentes : c’est une notion subjective.
Un exemple : prenons 2 personnes, l’une apprend à l’autre à faire des crêpes. A la fin, les 2 savent faire des crêpes. On a créé de la valeur sans créer de richesse pour autant. A l’inverse, prenons 2 personnes : l’une donne 10 balles à l’autre. La richesse de chacun a évolué : celle du premier a diminué, celle du second a augmenté. Il n’y a pas eu création de valeur : les 10 balles valent toujours 10 balles, quelque soit la poche dans laquelle elles se trouvent. La richesse ne se partage pas, elle ne peut que changer de poche. La valeur, elle, peut réellement se partager.

Alors c’est vrai, l’art contemporain permet la création de valeur sans création de richesse, et ça peut expliquer pourquoi les capitalistes ont milité pour défiscaliser l’art contemporain et ainsi y placer leur fric. Si ça se trouve c’est moins chiant à trimbaler que des putains de lingots.

Mais là où il faut faire la part des choses, c’est que créer de la valeur sans créer de la richesse ça ne profite pas qu’aux riches. Précisement : évaluer la capacité de production en termes de richesse produite revient à considérer l’individu comme uniquement capable de fournir une force de travail : un ouvrier, un exécutant, un tâcheron du capital. Alors qu’en envisageant la productivité sous l’angle de la valeur, on peut dépasser cette vision sinistre et faire de quiconque un créateur de valeur, au sens de l’intérêt général, du bien commun, m’voyez.

D’autant plus qu’à envisager le monde sous forme d’une somme de richesses (finie, qui plus est) à partager, nous en sommes réduits à nous mettre sur la gueule pour piquer ce que possède l’autre. Dans le spectre politique, et vu qu’on est en pleine période d’élections, vous noterez que certains candidats prétendent défendre les intérêts des puissants, des riches ou des patrons – et d’autres prétendent défendre les intérêts des petites gens, des pauvres ou des salariés. Finalement, tous se battent pour la richesse : les premiers veulent la conserver, les seconds se l’approprier de manière plus ou moins directe. Moins nombreux sont ceux qui envisagent le progrès comme d’abord la création de valeur : que ce soit par la culture, l’éducation, la justice.

Et nous dans tout ça ? On est là, Papa ! On inaugure d’ici quelques semaines 2 nouvelles initiatives extrémistes, explorant chacune de ces directions. L’une sera tournée vers la création de valeur avec la mise en place d’un modèle économique tournée vers le concept, le numérique, l’imaginaire, le puissant, tout ça à peu de frais. L’autre se consacrera à la création de richesse, avec un modèle de labeur, d’artisanat, de sueur de travailleur méritant.

Au fait tu lis ce genre de trucs sur le site des autres labels aussi ou pas ?

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Principe de cadrage

La plupart du temps, on ne résout pas les problèmes auxquels on s’attaque. On ne fait que définir un sous-périmètre d’intervention ; de manière à ce qu’à l’intérieur de ce périmètre, le problème devienne solvable.

3 exemples tout à fait différents :

– les algorithmes de recommandation musicale ne remplaceront jamais le vécu et la magie de la découverte. Alors, ils se concentrent sur un segment bien spécifique de la musique enregistrée sur lequel leurs recommandations peuvent fonctionner.

– la nouvelle norme DSN censée simplifier les obligations déclaratives liées à l’embauche ne pourra jamais couvrir la totalité des situations. Alors, sa mise en oeuvre induit de fait un tri entre ceux qui peuvent s’y soumettre et ceux qui sont contraints de se débrouiller autrement.

– Vlad n’aura jamais la puissance de prescription et l’exposition d’Universal. Alors, on se concentre sur le ghettofolk, secteur sur lequel on est en passe de s’imposer, puisqu’on l’aura créé à notre mesure.

Mais bon ça reste cool de taffer

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La trompette, par Boris Viande

Mon parcours de punk home-studiste m’a amené à taquiner plusieurs instruments. Je joue assez mal de la plupart d’entre eux, mais là n’est pas tellement la question, puis d’abord je fais ce que je veux. Parmi ces instruments, il y en a un qui revêt une importance toute particulière : je veux parler de ma Yamaha YTR4335 toute niquée, achetée 3200 francs en 2000, l’année de mon bac.

Cet instrument de torture m’a permis à lui seul de gagner v’là le pognon (j’écris ce texte depuis mon duplex sautronnais). Mais il m’a aussi et surtout apporté des heures et des heures de souffrance, de frustration et de bonheur.

Le 9 avril 1999, j’ai 15 ans et j’assiste à un concert de Sinsemilia à l’Olympic (Nantes). La section cuivres me fascine, mais le saxophone me paraît compliqué à jouer. La trompette, avec ses 3 petits boutons, me fait de l’œil.

C’est Christian Belz, professeur de trompette à l’école de musique de La Harlière (Saint-Herblain) qui m’a patiemment mis le pied à l’étrier. Durant ces deux années, il fit de son mieux pour inculquer un peu de méthode et de rigueur au jeune skaman fougueux que j’étais. Pas tout à fait en vain, car j’ai retenu de ces cours du mardi soir l’essentiel : l’amour de l’instrument. Big up maestro !

J’ai alors joué faux et fort pendant des années dans le meilleur groupe herblinois du monde. Des riffs ska, vaguement funk. De toute façon, à quoi peuvent bien servir des cuivres dans un groupe de punk ?

A chaque concert le même scénario : #ToutRouge pendant dix minutes, puis je retournais à ma guitare, les lèvres toutes blanches, à la fois apaisé et frustré. Que d’la gueule !

Ma rencontre fracassante avec la world music eut lieu à l’écoute d’une compilation ukrainienne de chansons à boire (“Boudma!”) achetée dans une station-service au retour de notre concert au Be Free Festival (Lviv, 2008). Puis il y eut l’album Iag Bari de la Fanfare Ciocarlia entendu à la FNAC de Nantes. Et les compilations Russendisko ramenées de nos étés berlinois.

Kompott Party @ Stadtgarten Köln, 01/04/2017 – Katja Pysmenna

Dès lors, je portai un regard nouveau sur mon biniou. Il devenait possible de jouer une musique belle et rebelle, sans se palucher le solfège, les gammes pentatoniques supercramées et les riffs disco en costard.

Mais le plus dur restait à faire : travailler sans relâche, au gré de l’humeur des voisins, pour faire sonner ce truc en métal qu’il y a même pas besoin de brancher putain.

Fait déterminant, j’ai eu la chance de commencer à jouer plutôt tard. Il était évidemment inutile de chercher à devenir un virtuose. Il fallait donc être malin et prendre le problème par le bon bout : comment faire pour retirer le maximum de plaisir de l’objet, et transmettre ce plaisir aux autres ?

Ceux qui le pratiquent le savent : la trompette est parmi les instruments les plus ingrats qui soient. Parfois, on prend le truc de travers, un bout de lèvre se met mal et on joue faux pendant une semaine. Parfois, le son est vilain, sans raison apparente. Parfois, le son sort juste pas. Souvent, on prend plus de plaisir à regarder et tripoter l’instrument qu’à en jouer.

Et alors qu’il est si simple de sortir de manière sûre et constante un skank de guitare, placer un riff de clavier ou d’accordéon, ou encore brailler dans un mic, le cuivre est indomptable. Même quand le riff est à peu près maîtrisé, il suffit d’un coup de mou ou d’une mauvaise acoustique et c’est la panique. Les trois pistons sont largement secondaires dans l’affaire : le son se forme à 99% au niveau de la bouche. L’aléa est considérable. Le facteur humain est prépondérant. La faillite au coin de la mesure.

Parmi ceux que je pratique, la trompette est de loin l’instrument qui demande le plus de mental. Il faut jouer peu et bien. Le trompettiste est celui qui donne l’impulsion, l’attaque, le climax. Il peut saloper tout un groupe ou tout un orchestre en un quart de seconde, et parfois sans même avoir eu le temps de s’en rendre compte, car il est le dernier à entendre ce qu’il joue. Je le sais, je le fais régulièrement.

Vladivostok en 2006 – Boris Viande & Szam Varadino

Cette précarité est accentuée par la nécessaire sobriété des mouvements du corps. Courir partout et sauter sont sérieusement contre-indiqués pour parvenir à conserver une bonne colonne d’air et une bonne pression dans le tuyau. Le trompettiste est ce musicien qui bouge peu, attendant patiemment le moment où, en un éclair, tout son être sera mobilisé par l’exécution d’un geste unique et non négociable.

Il faut donc avoir une foi absolue en soi et en sa technique, et ce en toute circonstance. Impossible de jouer à moitié, en retrait ou avec désinvolture. Au moment de l’attaque, y croire, quoi qu’il arrive. Et sous ces strictes conditions, le miracle est possible.

Le riff brutal qui sort du bide et qui couche les cinq premiers rangs. La petite trille qui fait trembler la paupière du sondier. La tierce qui fait basculer la tête en arrière et fermer les yeux.

L’investissement physique est monstrueux, mais toujours payant. Le phrasé victorieux est ressenti comme tel jusque dans les joues, les poumons, les tripes.

À mes oreilles, et curieusement, les trompettistes virtuoses ne sont pas toujours ceux qui procurent le plus de plaisir. Un trop grand niveau de maîtrise peut parfois étouffer le subtil degré de risque inhérent à la trompette et qui lui confère son côté héroïque. Inversement, quoi de plus jouissif qu’un musicien amateur qui largue tout à coup une rafale de ouf ? Ou qu’un papy de la fanfare locale qui décaisse un putain de contre-ut alors qu’on le croyait endormi ?

Alors oui l’instrument est difficile, mais c’est peut-être pour cela qu’il procure autant de plaisir. Pour rien au monde je ne troquerai cette saloperie de ferraille contre un outil fonctionnel, docile et désespérant de ponctualité. Car sa pratique est un combat permanent, comme toutes les belles choses de la vie : l’argent, le respect, l’amour.

Boris Viande

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“Quotidien” avec Yann Barthès : l’émission qui remet la musique à sa place

Hasard ou destin, je me trouvais hier soir devant “Quotidien”, l’émission d’infotainment de Yann Barthès.

Pour ce qui est de l’info, c’est pas trop mal fait, bien sûr ça reste de la télé mais j’imagine que ça peut toucher des gens qui ont pas spécialement envie de se taper le 20h, donc de ce point de vue le pari est plutôt réussi.

Et là Yann nous annonce une séquence live, avec en l’occurrence le trio punk de Toybloïd. Wouhou ! Je crois alors me souvenir qu’il s’agit d’un des derniers créneaux de musique jouée en live à la télé, en tout cas pour des artistes indépendants. Je me dis chouette je vais pouvoir assister à ça dans les conditions du direct, dans le contexte, c’est-à-dire en bon téléspectateur lambda et pas en analyste finaud. Même si bon, on me la fait pas.

Le public descend des gradins pour se masser devant la scène et y taper des mains en rythme sur les temps. Nos amis nous jouent alors un titre d’une minute 26, c’est court mais bon c’est du punk alors bon c’est peut-être aussi bien. Le refrain reste grave dans la tête.

J’ose alors me demander si ce format n’est pas une contrainte de l’émission, mais en bon professionnel, j’effectue des vérifications : en fait certains autres artistes jouent plus de 4 minutes, donc il s’agit très certainement d’un choix du groupe. Fausse alerte.

Sur la capture d’écran ci-dessus, issue du site de TMC, notez le communiqué de presse vulgairement copié-collé, où on lit que le groupe est “frais et pêchu”. J’imagine que le texte original parlait plutôt d’une musique “fraîche et pêchue”, mais visiblement on a affaire à un rédacteur qui ne connaît absolument rien à la musique.

Hélas, les artistes ne sont pas invités à prendre le micro pour parler de leur disque, dommage. Mais le meilleur arrive.

Donc là il y a cette séquence futuriste – mais tellement télévisuelle – où le groupe invité est chargé de présenter la météo. C’est assez rigolo, mais pour la musique, on repassera.

Ceux qui suivent ce blog depuis quelques années ont compris en même temps que nous quelle était la place de la musique industrielle : produire des jingles, du fun, du ‘tainment. Nombreux sont les artistes qui rêvent de participer à ces émissions pour bénéficier de l’audience monstrueuse qui va avec. On peut les comprendre, car il faut malgré tout défendre son projet.

Reste juste à savoir si, en tant qu’artiste, on a quelque chose à dire, et dans quelles conditions on peut – ou pas – le dire. Tout n’est pas bon à prendre.

Pour en savoir plus sur nos divagations, vous pouvez jeter un oeil sur ces articles, et notamment celui-ci.

Le mois prochain et après des années de boycott, nous nous rendrons au Printemps de Bourges, pour se remettre dans le bain. Non pas qu’on veuille passer du côté obscur, mais on a aussi des contraintes économiques, et on a besoin de GUSOs.

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Sauvage FM est #ChaudPourUnGUSO

Encore une fois, l’imposteur est celui qui s’adapte aux désirs de l’autre. Voila mon sentiment durant le salon Babel Med.
Avant de niker tout le système avec la VIème république et de modifier la répartition des droits d’auteurs (car il y a des abus des grosses prod/chaines de tv/radios), il y a avant tout un travail d’éducation à accomplir auprès de certains bookers/programmateurs.
Pas de poncho, sherwani, ou autre accoutrement du bled : mon t-shirt Celio à 2€ en solde n’aura pas suffit à prouver la passion que j’ai pour la Cumbia, le Chaâbi ou le Zouk. Aucune chance !
Dans ce folklore de gauche mais à l’a priori conservateur de droite, mon corps rappelant le travailleur de l’effort, est vu comme inapte aux concepts puisque trop occupé à travailler dans son champ.
Aucun #guso en perspective avec ma compile Tropical Thug et mon EP Jezoukrist à l’âme métissée pourtant très à gauche.
Pas assez #World pour faire voyager le #CSP+ et pas assez électro pour enivrer les #BDE.
Pas sûr que l’on puisse réellement défendre des idées avec la musique. Elle doit rester dans le domaine du spectacle.
La musique n’augmente pas les salaires, elle fait oublier qu’ils sont bas.
Ou alors, il faut produire de l’antispectacle et niker le game. (On y travaille.)
Si l’on pousse la réflexion, on arrête tout, on s’engage en politique ou on devient écrivain.
Tous les keums qui souhaitent s’enrichir avec le #hiphop finissent par produire de la pop.
La rebel attitude se termine au moment ou l’on doit passer à l’action et foutre les pieds sur le terrain. Et je ne parle ni de péter des vitrines ni du spectacle des Enfoirés.

hihihi…Hiphop à tes souhaits. Cherche Gainsbourg. 🙁 🙁 🙁

Je ne me prendrai plus la tête à construire un set éducatif. Retour à l’émotionnel, la sensation, la vibe et c’est déjà pas mal.
Ou alors je lance un concept de mix surprise mais faudra pas venir “hater” au comptoir. Le capital souhaite des êtres spécialisés et productifs. Dans le monde du spectacle également, or j’aime autant la musique, le sport que le dessin.
Faut pas croire, Matrix ou Fight Club sont aussi profonds que n’importe quel film avec Jean Pierre Bacri/Daroussin, Gérard Darmon ou Omar Sy.
Le développement personnel reste un art martial complètement égoïste dans le but de se défendre. De nature pessimiste, je partage des réalités pas des utopies.
On sauvera pas les hommes de l’Homme.
Un peu triste mais je garde les dents serrées et les biceps bien congestionnés.
#chopourunguzo?

Seul un artiste comme Sauvage FM peut écrire un tel brûlot.

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Comme un petit goût de fin de cycle

Cette session Babel Med 2017 avait un petit goût de fin de cycle.
Quelques explications.

Pas mal d’artistes se donnent pour mission divine de perpétuer la tradition. C’est super !
D’autres, comme les nôtres, cherchent plutôt à lancer des ponts entre les cultures et les sociétés, pour recréer le lien que le capitalisme cherche à supprimer. Car le lien social, en plus d’être improductif, tend à substituer des valeurs humaines aux valeurs marchandes que sont le matériel ou le travail. C’est ce même lien social qui rappelle à l’être humain que sa fonction n’est pas d’écraser la gueule de son prochain, mais de lui faire des bisous sur la bouche. Tout ceci est évident pour nous depuis longtemps mais bref

Or, lors de ces trois jours intenses, il nous est apparu que notre positionnement devenait intenable. Comment remplir notre mission divine tout en assurant notre survie en satisfaisant un écosystème friand de folklore ?

Par définition, l’artiste est en avance sur son temps et donc sur le monde dans lequel il évolue. Or, nous n’avons pas le temps ! Désolé. Nous ne pouvons pas attendre que le marché comprenne ce que nous faisons. Nous devons garder une longueur d’avance au prix de quelques GUSO de retard.

Nous nous rendrons toujours à Babel Med pour :
– ambiancer les afters,
– alimenter les réseaux sociaux,
– assurer une représentativité thugopunk du paysage musical.

Mais nous avons compris que nous devrons réorienter nos stratégies de communication vers plus de simplicité, de sobriété, de naturel. D’ailleurs, nous venons d’acheter un stock de Stabilo Boss.

Et bientôt ils nous avoueront : “On comprend rien à ce que vous faites, mais on a de plus en plus honte de booker les autres.”

Aïoli sur vous
#ChaudPour100Balles

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Non Maman, mon dernier EP ne passe pas à la radio

Pour le grand public, la musique c’est la musique industrielle : celle qui passe à la radio, celle des Victoires de la Musique, et celle des artistes qui ont leur face sur les affiches du métro. Toute carrière qui ne satisfait pas au moins un de ces critères est à ranger du côté du hobby, du loisir, voire pire : du wannabisme. Et pourtant, des milliers d’artistes parviennent à vivre de leur musique dans le secret le plus total.

Enquête sur ce phénomène que nous cachent les médias

Appelons donc autodiffusion le fait, pour un artiste, d’être diffusé principalement grâce à des initiatives de sa part. Par exemple, à des concerts qu’il a lui-même trouvés ou organisés, ou dans les émissions de radios locales ou de webradios qu’il a lui-même contactés.

Ce phénomène résulte d’un rapport offre / demande défavorable à l’artiste : personne ne le connaît, et la concurrence est rude : il sera donc programmé uniquement si ses exigences se limitent au cachet minimum légal – et encore. Lorsque ce rapport offre / demande est inversé, comme c’est le cas pour les artistes industriels, c’est le programmateur ou le média qui est en situation de demande vis-à-vis l’artiste : ce dernier sera alors en situation de demander de meilleures conditions financières et/ou une meilleure exposition.

Or, 90% des festivals et des radios ont pour but d’élargir leur audience : la plupart du temps, ils vont pour cela chercher à s’attirer en priorité le concours d’artistes renommés. Cela leur prend du temps, de l’argent et de l’énergie : autant de ressources qu’ils ne pourront pas mettre au service d’artistes moins connus.

Y a-t-il une survie possible dans l’autodiffusion ?

Malgré ses lacunes, une politique culturelle comme celle de la France présente l’avantage considérable de permettre à des artistes autodiffusés de vivre de leur travail. Par exemple, le statut d’intermittent du spectacle permet à un artiste de gagner un salaire minimum à condition d’effectuer une quarantaine de concerts par an. En considérant qu’un concert dans un bar ou dans le cadre d’un événement caritatif est rarement rémunéré, cela porte le nombre de concerts à faire à 50, 60 voire 100 pour certains artistes. Et c’est évidemment encore plus difficile s’il s’agit d’un groupe de 5, voire 10 musiciens et techniciens. Une étude est actuellement menée par l’association Microscope pour comparer différents systèmes européens à cet égard.

Pour ce qui est de la musique enregistrée, c’est encore plus difficile. Sans la puissance financière d’une major du disque, un artiste peut espérer vendre entre 100 et 2000 albums, ce qui dans le meilleur des cas lui permettra tout juste de rembourser l’investissement en journées de studio et le pressage. A noter que les droits de reproduction mécanique, prélevés par la SDRM en France, sont parfois à tort considérés comme une charge. Ces droits reviennent aux majorité aux auteurs et compositeurs des titres de l’album, qui sont la plupart du temps aussi les interprètes – voire, comme dans le cas qui nous intéresse ici, les co-producteurs du disque.

Bref, c’est difficile, et cela pousse nombre d’artistes autodiffusés à cumuler d’autres activités, comme les métiers techniques du spectacle, l’administratif, ou encore la musique à l’image. Mais le jeu en vaut la chandelle : l’autodiffusion est une garantie d’indépendance artistique, car vous jouez ce que vous voulez, où vous voulez.
Après cette rapide présentation du contexte économique, nous allons passer en revue quelques techniques de diffusion en suivant ce principe élémentaire : ce qui est bon pour un artiste industriel n’est pas nécessairement bon pour un artiste autodiffusé. Ainsi, nous essaierons de donner quelques pistes, non pas pour devenir un artiste industriel bien sûr, mais pour être plus efficace dans son autodiffusion, à partir du moment où c’est le choix que l’on fait.

Quelques grands classiques de l’autodiffusion

Faire des envois promotionnels

Nombreux sont ceux qui ont déjà tenté une campagne d’envois promotionnels, par courrier ou par mail, à destination des festivals ou des médias, par exemple à l’occasion de la sortie d’un nouvel album. La plupart vous avoueront que cette démarche s’est soldée par un échec dans 99% des cas. Le destinataire de votre envoi ne travaille généralement pas comme ça. Pour vous programmer, il a besoin d’acquérir progressivement une forme de confiance en vous. Et si vous n’êtes pas sur un créneau artistique de niche, où le destinataire de l’envoi est pratiquement aussi demandeur que vous (au sens du rapport offre / demande évoqué en introduction), votre envoi promo ne suffira probablement pas.

Pour que cela fonctionne, il faut qu’à la réception de votre disque, le destinataire se dise quelque chose comme : “Il me semble que j’ai entendu parler de cet artiste – quelqu’un m’en a parlé, ou bien j’ai vu une actualité sur le net, ou des affiches de concert – du coup je vais consacrer quelques minutes à l’écoute de l’album pour me faire enfin ma propre idée.” Et par définition, si vous êtes autodiffusé, personne ne parle de vous au programmateur d’un gros festival.

Inviter des pros à un concert

On imagine toujours le programmateur ou le journaliste courant les festivals et les disquaires indépendants à la recherche de la nouvelle perle à diffuser. Hélas, il y en a aussi beaucoup qui optent pour une approche plus pragmatique : bien connectés dans le milieu des musiques actuelles, ils font leur marché à l’occasion des salons professionnels, ou s’échangent des idées de programmation entre collègues. Les moins inspirés se content de refaire chez eux ce qui a déjà marché ailleurs.

Encore une fois, à moins que vous soyez sur une esthétique bien particulière, vous aurez beaucoup de mal à convaincre un pro de venir voir votre concert autodiffusé du vendredi soir. A la limite, ceux qui seront les meilleurs relais de votre travail et les meilleurs partenaires pour l’avenir viendront d’eux-mêmes, et vous n’avez pas besoin de les inviter.

Le street marketing

Si vous avez une armée d’amis dévoués à votre cause, vous pouvez peut-être compter sur eux pour coller des stickers à votre effigie dans toute la ville, de préférence dans des lieux autres que ceux que vous fréquentez déjà. Tout le paradoxe étant qu’à chaque fois qu’on voit un de vos stickers, on a toujours l’impression que c’est le chanteur du groupe lui-même qui est venu le coller.

Toutes considérations écologiques et juridiques mises à part, ce procédé intrusif, d’inspiration typiquement industrielle, peut certes vous permettre de gagner en renommée. Et on peut raisonnablement considérer que l’espace public, largement gangrené par la communication visuelle à outrance, n’est pas autre chose qu’un territoire de lutte. Encore faut-il pouvoir se convaincre que surenchérir dans la guerre de l’attention peut constituer un moyen d’y mettre fin. Surtout que lorsque vous collez le logo de votre groupe, vous n’êtes pas en train de sauver le monde : vous cherchez simplement à faire plus de concerts – peut-être même que vous ne cherchez qu’à gagner de l’argent.

Ces 3 techniques ultra-classiques d’autodiffusion ne sont finalement que des techniques industrielles, réappropriées tant bien que mal par des artistes indépendants débrouillards. On est ici en plein wannabisme. Ce n’est pas mal en soi, et ça peut même s’avérer efficace. Mais il existe d’autres façons de faire, qui permettent :
– de questionner le sens du travail lui-même, tout en travaillant ;
– de contribuer à créer un nouveau rapport à l’économie, au social, à l’artistique que le modèle capitaliste mourant ;
– de sortir de l’éternelle comparaison avec la musique industrielle, qui fera toujours passer l’artiste indépendant pour un amateur ou un raté – et par contagion, qui fera également passer sa musique pour une sous-musique.

Se fédérer entre artistes autodiffusés

Un premier travail pourrait consister à redéfinir la cible. Tous les pros se valent-ils ? Est-on prêt à toutes les compromissions pour jouer sur un méga-festival à côté d’artistes qu’on déteste ? Est-on prêt à aller défendre sa musique sur un plateau télé putassier ?

Parmi les pros les plus faciles à contacter et à sensibiliser se trouvent en premier lieu les autres musiciens. Ceux avec qui on partage des concerts autodiffusés, des locaux de répétition, des soirées étudiantes. Les rapports froids voire inexistants entre artistes qui se croisent sont monnaie courante.

Plus qu’une véritable inimitié, cela nous paraît plutôt relever d’une forme de rivalité : chaque artiste défend un idéal artistique, un absolu ; et la confrontation avec un autre idéal ou un autre absolu semble conduire à l’abaissement de la puissance de cet idéal. En gros, ma musique représente ma vision de la musique en général, et j’incarne cette vision. Lorsque je discute avec un autre artiste, et même si je respecte sa vision, je ne la partage pas. Et quand je l’entends défendre sa vision, j’ai l’impression qu’elle rend la mienne caduque, voire fausse.

Pourtant, l’universalité est une prétention strictement industrielle : plaire à tout le monde, pour pouvoir vendre à tout le monde. Entre artistes autodiffusés, cette rivalité n’a pas de fondement : elle est un mauvais réflexe que l’on acquiert à force de vouloir défendre sa musique dans un environnement capitaliste.

Les artistes autodiffusés partagent rarement les objectifs de l’industrie, mais ils en héritent parfois des mauvaises habitudes. Il faut progressivement tendre à déconstruire tout cela.

Parmi les nombreux moyens de s’entraider :
– entre musiciens, multiplier les collaborations : featurings, guests, remixes, split albums ;
– entre groupes, se structurer en labels, co-plateaux, échanger des dates.

Questionner le fonctionnement économique du groupe

Certains habitudes héritées de l’âge d’or du disque poussent les artistes à tout faire comme Michael Jackson. Et on voit des groupes perdre de l’énergie, du temps et de l’argent, voire se séparer à la suite de choix malheureux successifs. Comme ce groupe qui a investi 10 000 € personnels dans un album sans distribution décente. Ou celui-là qui s’est lancé dans des tournées à perte à l’étranger. Chacun connaît des exemples d’artistes talentueux qui n’ont pas su prendre le problème par le bon bout. Et chacun connaît des artistes dont le travail est peut-être moins abouti, mais qu’une bonne méthode a permis de perdurer.

Pour commencer, quelques choix cruciaux doivent être discutés :
– est-il nécessaire de monter un spectacle / faire des concerts ? si oui, dans quel périmètre et pour quel type public ?
– est-il nécessaire d’enregistrer des disques ? si oui, dans quel format, sur quel support et pour quelle distribution ?
– ultérieurement, faut-il ou non confier ses droits aux sociétés civiles (SACEM, SCPP/SPPF, ADAMI/SPEDIDAM…), faut-il ou non se structurer en association ou en société, etc.

Le financement participatif, ou crowdfunding, présente l’avantage de créer un lien direct entre l’artiste et son public, dans l’instauration d’un rapport de confiance rafraîchissant. On pourrait juste déplorer que, dans le même temps, il tende à réduire l’art à une simple réponse aux attentes du public, conditionnant simultanément la création à la capacité financière (et donc à la popularité, cet or noir du XXIème siècle).

Combattre le mal par le mal

Enfin, si vous n’avez ni patience ni scrupules, vous pouvez tout aussi bien faire comme l’industrie : tricher.

Les statistiques de YouTube, Facebook, Spotify ou Soundcloud sont largement fausses : vous pouvez acheter 1000 vues sur YouTube pour $4 sur ce site. Si vous pensez que les artistes industriels n’utilisent pas ce genre de service, c’est que vous ignorez ce qu’est une industrie.

Faites du moindre concert un événement mondial, avec force invitations Facebook, captations, montages vidéo valorisants. N’oubliez pas les selfies avec les têtes d’affiche au moment du catering.

Dans votre communication, limitez tout ce qui peut s’apparenter à de la demande : évitez de remercier votre entourage, évitez le crowdfunding, évitez de demander de l’aide. Vous contribuerez à tirer le rapport offre / demande en votre faveur.

Multipliez les projets et le noms de groupe : à l’ère du numérique, la connaissance du travail d’un artiste se limite souvent à un nom et un visuel percutants. Profitez-en, cela excusera vos maigres statistiques et vous pourrez espérer devenir le coup de cœur d’un programmateur qui rêve d’avoir raison avant les autres. Plus vous posterez de musique, plus vous risquez de décevoir.

N’hésitez pas à voler : les violations de la propriété intellectuelle sont très rarement dénoncées, et encore moins punies.

Il ne vous reste plus qu’à tracer votre propre route, au gré de vos aspirations, de vos moyens et de vos éventuels scrupules.

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Le public doit-il faire un effort ?

Nous ouvrons les balises html de ce blog à certains de nos artistes parfois.
En voici un qui souhaite passer un message à la face du monde.

Avant de commencer, je souhaite préciser que je parle ici en tant que DJ ayant plusieurs soirées à mon actif.
Donc RESPECT.
Merci.

Dans notre société, la musique est omniprésente et de plus en plus consommée. Dans cette logique de consommation, le DJ n’est parfois pas autre chose qu’un simple grossiste musical. Cela confère-t-il au public (ou au programmateur) le statut de client-roi, et donc en droit de réclamer son morceau préféré ?

En théorie, la rareté fait la valeur. Donc plus il y a de DJs, moins leur travail aura de la valeur. Le fait même de chercher à l’évaluer mène à sa standardisation donc à la perte de sa valeur artistique au profit de sa valeur marchande. (Après, faut bien vivre.)

Le nombre de DJs a pu augmenter ces dernières années grâce à la démocratisation du matériel, la facilité à se procurer de la musique gratuitement, tout cela combiné aux fantasmes que ce statut crée auprès du grand public. Être DJ, c’est tellement hype !

Quelle est la valeur du travail du DJ dans le cadre d’une soirée ? Comment calculer son cachet ? Au vu de son potentiel créatif, de son originalité, de son nombre de likes ou de sa capacité à déplacer les foules ?

Les deals se concluent souvent via Facebook, en direct avec le gérant ou le programmateur. Et dans le cas où cela se passe mal, l’établissement peut refuser de payer. Oui, cela arrive : une mauvaise météo et c’est la catastrophe. C’est pourquoi de nombreux DJs préfèrent instaurer un rapport de confiance sur la durée en devenant résidents, voire salariés du lieu.

Certains diront que c’est au DJ d’apporter de la valeur à la soirée. Mais le laisse-t-on réellement s’exprimer ? L’établissement définit généralement la marge de manœuvre du DJ. Et c’est pas si simple, Magloire, car les clubs n’ont pas toujours le choix pour perdurer : victimes de l’industrie musicale (comme le public d’ailleurs), ils sont souvent contraints d’adopter une programmation mainstream, compréhensible par le plus grande nombre, afin de faire le plus grand bénéfice.

En province, par exemple, une soirée cumbia aura une plus faible audience qu’une soirée hip-hop/rnb/mainstream. Une soirée à concept breakcore-spirituel aura une bien moindre prétention de rentabilité qu’une soirée à slogan “Sex’n’the City” – tonus pour étudiants célibataires avec strip-teaseuse russe + shooters à 1€ all night long. Si si ça existe.

Un peu de conditionnement musical radiophonique (Jul + Beyonce), associé à la nostalgie des années 80/90, le tout vendu par une comm’ faisant appel à des sensations primitives telles que le sexe (le plus puissant des pouvoirs) et tu as la recette d’une bonne soirée généraliste. Un business plan alléchant pour un p’tit club de province !

Donc, dans un souci de rentabilité, le club est pris au piège de l’industrie musicale, et le DJ pris au piège du club. C’est à ce moment qu’intervient le 3ème acteur : le public.

Je ne parlerai pas des différentes personnalités que l’on peut observer lors d’une soirée mais plutôt l’état d’esprit général à adopter. Déjà, considérer le club comme un lieu culturel, d’échanges, et de découverte. Ensuite, se considérer comme un public capable de comprendre un spectacle et non comme un client consommateur et abruti par l’alcool et la frustration de son célibat.

Je me suis surpris à kiffer lors d’une soirée techno à Berlin alors que le style m’était au départ complètement inconnu. Après une heure de set, mon hémisphère droit était conditionné, comme sous l’effet d’un matraquage de Jul, et je commençais à comprendre les subtilités du travail du DJ. Le contexte économique ne permet malheureusement pas aux petits clubs français d’adopter le modèle allemand « tu rentres pas si tu n’es pas capable de citer le nom des DJs qui jouent à l’intérieur ». Là-bas, c’est aux gens de s’adapter lorsque le club fait un effort d’originalité sur le line-up .

Donc pour résumer, dans cet enchevêtrement économico-musical, le client doit s’éduquer, faire un effort de compréhension, redevenir un public, et rendre au DJ ses lettres de noblesse afin que ce dernier le transcende et le comble de bonheur.

Comme le dit Aristote : « un artisan / commerçant ne peut pas être libre. » C’est donc au public de redonner une liberté aux DJs en sortant de la logique marchande du club.

Çalut.

Note de l’éditeur : Article très pertinent qui pose notamment la question de la responsabilité de l’alcool social dans la pauvreté de la culture musicale de notre beau pays d’ivrognes.

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Musique du monde et vote réactionnaire

Encore un titre bien putaclic. Que voulez-vous, faut bien bouffer.

L’idée ici n’est évidemment pas de défendre ou d’excuser les prises de position réactionnaires, qu’elles soient concrètes ou à vocation purement électoraliste. L’idée ici n’est pas non plus de donner à ces mêmes réactionnaires des arguments correctement orthographiés. Ceux qui à la lecture d’un texte excellent à y lire ce qu’ils veulent parviendront à leurs fins de toute façon. C’est d’ailleurs un risque que nous, artistes, courrons chaque jour : pire que le risque d’être incompris, celui d’être compris de travers.

L’idée est plutôt de permettre de mieux comprendre une partie du vote réactionnaire, par le prisme de la musique, notamment celle qui est en lien direct avec les questions d’identité et de culture : la musique du monde.

Hein ? Quel rapport avec la musique ?

Avant de rigoler, il faut bien avoir à l’esprit le pouvoir surpuissant de la musique. Notre exposition à la musique enregistrée est permanente, subie et intériorisée. Vous l’entendez tout le temps, vous ne l’avez en général pas demandé et la plupart du temps vous ne vous en rendez même plus compte.

Le scoop, et ceux qui lisent régulièrement ce blog le connaissent déjà, c’est que cette musique dit toujours quelque chose. Par exemple, la musique industrielle nous dit en général quelque chose du style “faites-nous confiance”, “nous sommes le futur” ou encore “ici, pas de prise de tête”.

Ok, mais alors quel rapport avec la politique ?

Commençons par nous accorder sur l’inaudibilité du discours politique. Personne n’y comprend plus rien. Les arguments, les partis, les personnes sont largement interchangeables, à quelques rares exceptions près – ce qui, soit dit en passant, peut déjà expliquer certains succès. Et quand vous essayez de parler de politique avec quelqu’un, vous aboutissez généralement et en quelques minutes à l’une des situations suivantes :

– Vous êtes globalement d’accord avec votre interlocuteur, et vous finissez par débattre d’un point de détail un peu technique sur lequel ni vous ni lui n’êtes très sûrs de ce que vous racontez. La discussion s’enlise dans un “on sait pas trop” de bon aloi. Quelqu’un commence à lire Wikipédia à voix haute et tout le monde baille.

– Vous êtes plutôt en désaccord avec votre interlocuteur, et lorsque l’un d’entre vous aura montré qu’il est mieux instruit que l’autre sur le sujet, le perdant émettra quelques arguments de pure mauvaise foi comme autant de signaux pour demander la fin de l’humiliation. Beau gosse, le vainqueur aura le bon goût d’avoir le triomphe modeste, voire secret.

– Vous êtes en désaccord total : dans ce cas extrême, le dialogue n’a pas réellement lieu, la mauvaise foi est immédiate, les insultes et les coups peuvent alors pleuvoir.

Ces situations présentent un point commun : personne n’a réellement évolué par rapport à ses convictions de départ. Le plus souvent, la discussion ne permet pas le débat. Il y a des gens qui parlent mal, d’autres qui entendent mal, d’autres encore qui n’écoutent pas. Parfois, on ne parle pas la même langue. Parfois, on débat par écrit sur Internet. Finalement, il est extrêmement difficile de communiquer, à l’oral comme à l’écrit. D’où le succès du small talk, cet ensemble de thèmes faciles à aborder en toute circonstance. Après tout, en tant qu’êtres humains, on a besoin de se parler, même si en général on n’y parvient pas.

C’est à ce moment précis que l’Homme inventa la musique.

La musique permet en effet l’expression d’émotions, la transmission de messages de sympathie ou d’encouragement ; la célébration d’une forme de fraternité, ou la communion autour d’une idée partagée du Beau. Toutes ces choses sont tellement difficiles à communiquer avec des mots. Là où l’Homme a été diablement retors, c’est qu’en créant la musique, il a aussi créé la musique du monde. Celle qui porte en elle l’affirmation de son origine, par le choix des instruments, des rythmiques, des harmonies. Celle qui permet à celui qui la joue de dire : “voilà, ça c’est moi”.

Et tout un chacun, pour peu qu’il soit un peu mélomane, possède une musique de coeur : celle qui lui rappelle son enfance, son pays, sa famille. Mais ça va plus loin : si vous avez passé deux ans de votre vie au Brésil, vous risquez de frémir toute votre vie à l’écoute de quelques accords de bossa nova. Et si vous avez grandi pendant les années 90, vous aurez toujours la chair de poule pendant la montée de synthé d’Insomnia de Faithless.

La question culturelle au cœur du vote réactionnaire

La mondialisation et la libre circulation des biens et des personnes nous a permis d’intensifier les échanges culturels avec les autres populations du globe. La musique enregistrée est le principal vecteur d’échanges culturels entre les populations. Il y a aussi la gastronomie, ou encore le sport. Mais la musique, elle, est porteuse de sens. Le programme Erasmus, les vols low cost, les réseaux sociaux : toutes les cultures voyagent joyeusement, on apprend à se connaître, c’est l’amour.

Or, en pratique, une partie croissante de la population a surtout l’impression que cela a permis aux autres de venir chez eux. De plus en plus de gens (en Europe, aux Etats-Unis mais pas seulement) ont l’impression d’être envahis par la culture des autres : ils se trouvent alors dans une situation que certains ont appelé insécurité culturelle. Attention, je tiens à signaler que je n’ai pas du tout inventé cette expression, et je ne prétends pas ici discuter de son bien-fondé dans l’absolu, c’est juste que le concept est pratique pour la suite de mon histoire.

Lorsque je suis un Français réactionnaire donc, je vois des brasseries remplacées par des kebabs, je vois que Jean-Pierre Papin ne joue plus en Equipe de France, et j’entends parfois à la radio des musiques dont je ne comprends même plus les paroles, même quand c’est en français. La plupart du temps, je focalise sur des phénomènes marginaux : il reste 95% de brasseries toutes assez identiques dans ma ville, j’ai tendance à confondre le football avec le sport dans son ensemble, et de toute façon j’écoute Nostalgie. Mais je sens, ou du moins je crains, que la dynamique ne joue pas en ma faveur, et cela fait naître en moi un sentiment d’insécurité. Et cela, d’autant plus que je suis bien incapable de définir ma culture à moi.

Quand une voiture passe avec du raï ou du zouk à fond, je me dis “tiens moi aussi j’irais bien en virée avec des potes, on prendrait ma caisse et on mettrait à fond… euh…”

On mettrait quoi ? Zaz ? Frero Delavega ? Christophe Maé ? Ou tout autre produit industriel auquel on a plaisir à s’identifier autant qu’à un paquet de pâtes ? Quel est l’apport du peuple auquel j’appartiens au patrimoine culturel mondial ? Que vaut l’échange culturel mondialisé quand il ne fonctionne que dans un seul sens ?

A la recherche d’une hypothétique culture musicale populaire

Au Chili, en Serbie, au Cap-Vert, il y a des musiques populaires que les gens écoutent à peu près tout le temps : la cumbia, le tallava, le kuduro. En France, on n’a pratiquement plus d’équivalent. On a la chanson française, mais son côté verbeux manque de légèreté. Il y a bien les trucs industriels cités plus haut, qui font d’ailleurs les beaux jours des festivals, mais ça manque cruellement d’authenticité. Le poids du texte, sûrement. Ou la production typée variété, façon Sacrée Soirée. Ou le caractère ultra-bourgeois des textes et de l’imagerie. Ou tout ça à la fois.

La France est aussi un pays qui connaît une frontière nette et imperméable entre l’underground et le showbiz. Peut-être cette situation est-elle en lien avec l’organisation économique de la filière musicale et la typologie des acteurs. Le réseau des SMAC est par exemple souvent montré du doigt pour son inaccessibilité aux artistes indépendants, notamment locaux. Les playlists des radios sont totalement hors de portée pour 99% de la production musicale de ce pays. Enfin, le principe de présomption de salariat conduit à cette situation absurde où 99% des concerts de ce pays se déroulent dans l’illégalité. A chaque fois, ces mauvais choix ont été faits dans le but d’encourager la professionnalisation des artistes en tant que salariés, créateurs de PIB, contribuant au rayonnement du territoire – et au détriment de la pratique elle-même. L’éternelle logique libérale, qui n’a rien de mieux à nous proposer que de la malbouffe auditive.

Nous sommes donc dans un pays qui n’a pour ainsi dire pas de culture musicale populaire, hormis les apports de populations arrivées plus récemment. A quelques restes de chanson, de musique bretonne ou occitane près, c’est soit l’industrie, soit les musiques populaires apportées par les populations issues de l’immigration de la deuxième moitié du XXème siècle.

Et dans un contexte de mixité, notamment en province, cela finit par fonctionner. D’abord avec une forte influence de la musique gitane sur la chanson française (pensez “guitare manouche”). A la fin des années 90, Skyrock était “premier sur le raï”. Puis vint Magic System, Kendji Girac, MHD…

Hélas, et c’est ici nous que devons reconnaître une limite à notre pratique artistique préférée : ce n’est pas parce que vous appréciez la musique des autres que vous vous mettez à les apprécier en tant qu’individus. Il y a toute une catégorie de racistes qui vous diront qu’ils n’aiment pas les Noirs, sauf quand ils jouent de la musique. C’est vrai, c’est si vulgaire, un Blanc qui chante.

Le repli réactionnaire comme tentative de réaffirmation culturelle et identitaire

Parmi les réflexes courants face à une prise de position réactionnaire, il en est deux qui se contredisent. Le premier est de se dire que le réactionnaire est tout simplement idiot et qu’il ne devrait donc pas bénéficier du droit de vote. Le second est de se dire que c’est un ennemi redoutablement intelligent qui nous veut du mal. Prenons ici un point de vue rousseauiste, et considérons que le réactionnaire se forge un avis en toute conscience, non pour nous faire du mal, mais pour combattre ce qui lui paraît être le mal incarné, de son point de vue à lui.

En situation d’insécurité culturelle, notre réactionnaire a besoin d’être rassuré sur son identité. Il veut pouvoir clamer haut et fort “voilà, ça c’est moi”, danser sa musique, célébrer sa culture, son appartenance à un peuple. Il veut pouvoir éprouver son humanité, se ressentir et se raconter comme être de culture. Se distinguer de l’animal, merde !

Faire l’expérience autonome de sa propre culture étant devenu une activité illégale sous l’effet des politiques culturelles publiques, et largement vide de sens à l’ombre des industries, il ne reste à notre individu frustré et nié dans son humanité qu’à souhaiter :
– soit un nivellement général par le bas qui rendrait sa souffrance supportable (lois anti-bruit, fin des subventions pour les festivals) ;
– soit la réaffirmation autoritaire de sa culture dans ces sinistres palliatifs que sont le drapeau, les théories raciales, ou encore la manipulation d’un hypothétique récit national.

Ou l’on voit, encore une fois, les ravages d’une logique industrielle jusqu’au-boutiste dans un contexte politique réduit au clientélisme. Et où les responsables semblent encore s’étonner du comportement des masses qui les ont portés au pouvoir. Il n’est pourtant pas si compliqué de renverser la tendance. Le réactionnaire n’en est pas encore arrivé à bannir Magic System et Kendji Girac des playlists de mariage et des iPhone de ses enfants. Mais ça viendra.

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Doit-on dire “le trap” ou “la trap” ?

Nous avons remarqué que certains rencontrent des difficultés pour identifier le genre (masculin/féminin) de nombreux styles de musique.
Ce petit lexique devrait vous aider à y voir plus clair et à ne plus commettre de faute à l’avenir.

le bhangra
la cumbia
la dance
le dancehall
le disco
la drum[‘n’bass]
le dub
le dub [step]
le flamenco
la folk
le funk
le garage
le grime
le hardcore
le hip-hop
la house [music]
le kuduro
le jazz
la jungle
le merengue
le metal
le moombahton
la minimal
le musette
la noise
le punk
le ragga
le raï
le rap
le reggae[ton]
le rock
le [electro]swing
la techno
le trap

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C’est subtil

Les années passent, et notre ligne artistique se fait chaque jour un peu plus précise.
Voici quelques disques sur lesquels nous travaillons actuellement et qui sortiront dans les mois à venir :
– Aälma Dili (tzigano-italo-folk)
– Asa-i-Viata (balkan rave)
– EZPZ (balkan hip-hop)
– Gypsetters (tzigano-club)
– La Dinamitaaa (cumbia-ragga-klezmer)
et bien d’autres.
Vous me direz : ah ouais donc vous faites de la world music en gros.

Moui. Mais c’est un peu plus subtil.

La world music ça existe depuis longtemps, plein de festivals et de radios en jouent. Mais si vous écoutez bien, vous remarquerez qu’il s’agit généralement de world music localisée. Elle provient d’une aire géographique, voire d’un pays précis. C’est sympa pour un festival d’avoir des artistes qui viennent de loin et de partout dans le monde, parce que du coup on a l’impression que le bled qui organise le festoche lui aussi s’intègre dans la Grande Famille des Cultures Officielles du Monde. Retrouvez ainsi Untel (de Corée) et Unetelle (du Pérou) à Saint-Machin-lès-Trucs au mois d’août. Saint-Machin-lès-Trucs, bled cosmopolite ouvert sur l’économie globalizey.

Un peu comme quand vous voyagez en Asie et que vous faites la tournée des hôtels pour touristes occidentaux.
C’est chouette, mais c’est pas exactement notre truc.

Il y a aussi la pop globalisée et universaliste, celle qui prône l’amour, ou l’argent, suivant le degré de fourberie du dispositif. Le tout avec des clips tournés en Islande et au Kenya avec des drones. Faut que tout le monde soit sur la photo, attendez on n’a pas d’Asiatique, trouvez-en un vite, ah voilà parfait. Et ouais c’est 2016 et on se fait tous l’amour au lieu de s’envoyer des bombes à la gueule t’inquiète.

Un peu comme si vous colliez un autocollant “I LOVE BUENOS AIRES” sur votre bagnole alors que vous n’y êtes jamais allé. C’est moins chouette, et c’est toujours pas exactement notre truc.

Notre truc, c’est d’essayer de rencontrer l’autre vraiment, pas juste squatter ses restos ou l’ajouter en ami sur internet. En l’occurrence, comme nous sommes des musiciens, ça veut dire s’intéresser à sa musique et (ô scandale !) apprendre à la jouer. Cette démarche nous vaut parfois d’être accusés d’appropriation culturelle. Nous avons réfuté ces accusations notamment ici, en expliquant la différence entre jouer de la musique et s’approprier une culture.

Pour nous, la musique est un langage. Si j’apprends le polonais, ou si je travaille mon accent chilien, je fais de l’appropriation culturelle ? Non ? Et bah alors.

Sur ces disques à venir, vous trouverez donc des artistes qui passent leur vie à explorer des sonorités, des harmonies, des rythmes différents.
Vous trouverez des artistes qui n’ont pas peur de mélanger leur musique de coeur (parce qu’elle leur vient de leur famille, leur région, leur jeunesse) avec d’autres musiques.
Vous trouverez des artistes qui sortent de leur zone de confort et qui s’aventurent dans des zones de turbulence.
Pour le reste, voyez avec la concurrence.

Nous rediscuterons de tout cela et de bien plus avec plaisir sur notre stand n°-1.11 au Womex la semaine prochaine.

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Soundcloud va-t-il se mettre à rémunérer les artistes ?

Il y a de cela quelques jours, j’uploadais tranquillement du ghettofolk sur mon Sondeclaude QUAND SOUDAIN je vis apparaître ce charmant formulaire.
Ayé, on est en 2016, Soundcloud nous demande de renseigner les crédits des morceaux uploadés et les codes ISRC et ISWC… vous savez ces codes qui permettent aux sociétés civiles comme la SACEM ou la SPPF de reverser les droits aux ayant-droit que nous sommes (enfin, quand les morceaux ont été déposés, sinon vous n’avez pas de code à renseigner et vos droits vont à Jordy).
Affaire à suivre donc.

A few days ago, I was quietly uploading some fresh ghettofolk on my Soundcloud when IT HAPPENED: this form just popped up.
Finally! It’s 2016 and Soundcloud asks us to fill credits informations along with ISRC and ISWC codes… you know, these codes that allow authors rights societies (as SACEM, GEMA, PRS…) to pay the rights to the composers that we are (at least when the tracks have been registered, otherwise your rights go directly to Miley Cyrus).
To be continued.

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2006-2016 : TOUT ÇA POUR 4 LETTRES

Une task force Whatsapp a été chargée de réfléchir à la bonne façon de célébrer nos dix ans. Ses conclusions furent sans appel.

Une fête oui mais quand ? Un week-end alors que tous les intermittents travaillent ? En semaine alors que tous les amateurs travaillent ?

Une fête oui mais où ? À Saint-Herblain avec le secrétariat de la rue du Congo et les comptables de la route de Vannes ? À Paris avec la fine fleur du ghetto folk mais sans les punks historiques ? Dans un domac de province, de Berlin ou de Budapest, comme au bon vieux temps ?

Il paraissait également difficile de mettre tout le monde d’accord sur la playlist. Et le risque était grand d’étaler sur les réseaux sociaux notre incapacité coupable à mobiliser une foule mixte, jeune, souriante – celle que tout bon capitaliste rêve d’avoir comme clientèle.

Nous célébrerons donc nos dix ans avec un bon vieil article WordPress, que nous espérons rempli à ras bord d’amour, d’espoir et d’auto-satisfaction. Et profitons de cette rare occasion pour te dire, cher lecteur et ami, toute notre joie de t’avoir embrigadé, de gré ou de force, dans cette aventure belle et triste.

Saint-Herblain, le 26 juin
La bonne direction

/// ON A TROUVÉ

En 2006, on cherchait un public. On pensait le trouver comme on trouve un bassiste : on partait du principe que le mec existe quelque part, il joue de la basse tout seul dans sa piaule et n’attend plus qu’un groupe vienne le recruter. De la même façon, on se poussait du cul pour trouver un public : il fallait atteindre, allez, 500 personnes ; qu’elles viennent à nos concerts et achètent nos disques. Il fallait les capter, les agréger, les collectionner, les kidnapper si possible. Le seul truc qu’on pouvait pas faire, c’était les acheter.

Pourtant, c’est comme ça que faisaient les autres. Ils achetaient de la visibilité, des passages radio, des encarts pub pour avoir des chroniques. Ils produisaient des showcases, ils investissaient. Ils se constituaient patiemment un public acheté. Une clientèle.

En 2016, la musique industrielle est devenue gratuite, et sa clientèle se dissout progressivement dans un ventre mou de sympathisants. Ces derniers n’ont plus d’argent pour les artistes qu’ils entendent, seulement de l’attention mobilisable, du temps de cerveau disponible, comme dirait vous savez qui. La musique industrielle se transforme en information, un peu comme la publicité ou la communication politique.

Mais les gens qui aiment vraiment la musique ne sont pas morts. Ils sont juste en train de se reconfigurer eux aussi. Ils font des playlists sur des sites qui disparaissent les uns après les autres et se disent à chaque fois : « merde, faut que je refasse tout ». Ils n’ont plus de lecteur CD pour écouter leurs albums de ska. Ils commencent à se dire qu’ils ont fait le tour des suggestions de Spotify spécial Euro 2016.

Nous, nous n’avons peut-être pas de clientèle, mais nous avons toujours un public. Ce n’est d’ailleurs pas « notre » public, il ne nous appartient pas : il n’a même pas conscience de lui-même. Mais nous savons qu’il existe quelque part, et nous commençons à très bien savoir comment le rater à tous les coups. Ne reste plus qu’à trouver comment l’atteindre.

C’est notre révolution à nous, et il nous aura fallu dix piges pour mettre des mots dessus.

/// 10 ANS D’ECHECS

On a rêvé des plus grands festivals, des SMAC, de tour-bus avec DVD. On s’est vus faire des vannes avec Nagui, et on se plantait. Faire le deuil de tous ces rêves de droite a peut-être pris du temps, mais au moins, on est sûrs de moins en perdre à l’avenir.

Des milliers de concerts dans des festivals que personne ne connaît, dans des villes que personne ne connaît, pour jouer des morceaux que personne ne connaît.
Des centaines de morceaux écrits, composés, enregistrés, compressés vite-fait avec Izotope et MP3 Maker et balancés dans le vide numérique pour choper deux like.
Des dizaines d’euros reversés par Spotify et Apple.

Bof.
Après tout, nos échecs sont peut-être nos plus belles réussites.

/// 10 ANS D’ARGENT, parce qu’il n’a jamais été nécessaire de réussir pour gagner sa vie.

10 ans de survie à côté du marché du travail, parfois un pied dedans, un pied dehors. Une position d’équilibriste entre l’idéal matériel et la misère heureuse.

10 ans qu’on survit à une époque qui voudrait qu’on disparaisse. En 2016, il n’y a pas plus de place pour le musicien intègre que pour l’artisan, le philosophe, le poète. Et quand y’a plus de place, faut pousser les meubles.

Si ces dix ans sans thune étaient à refaire, on les referait probablement. Mais quid des dix prochaines années ? Ambassadeur Blablacar à quarante piges, un projet de vie ?

A force de s’entendre dire qu’on avait quand même bien du bol de vivre de notre musique, on en a oublié de se demander si c’était normal qu’on gagne aussi peu.

On a fait des envieux, et on commence à faire des jaloux.
Les ennemis viendront ensuite.
On sera prêts.

/// 10 ANS D’AMOUR

Comment appeler autrement cette envie de faire mieux avec moins ? Cette manie du folklore cheap alors que l’avenir est à l’universel, l’industriel, l’intemporel ? Cette obsession du son brut et nu alors qu’avec quelques LED et un joli décor tu pourrais doubler ton prix de vente ?

C’est de l’amour, mec. On est des hippies thuguisés. La voilà la couv’ qui tue : un mec sapé chez Décat’ qui tape sur un derbouka Thomann et ce titre : « Les nouveaux hippies ».

En pleine guerre de l’attention, dans laquelle la musique est devenue un moyen comme un autre de cracher du mépris à la gueule du salarié ingrat, rien de plus fun et jouissif que de chercher à vendre de l’amour.

Après tout, dans toute cette histoire, la musique n’est pas grand-chose d’autre qu’un prétexte. D’ailleurs, si on était moins ghetto, on serait très certainement dans la pub, la politique ou la haute couture. C’est peut-être pas encore tout à fait foutu.

Et si on était moins frustrés et moins regardants, on serait de sacrés partouzeurs.

Vivement la suite !

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Coldplay et le gamin qui chiale : une si belle histoire

Sans titre
Ça buzze ce matin sur mon boobook, j’ai pas pu m’empêcher, pardon à leurs nombreux fans. En même temps je suis comme tout le monde, je cherche à faire du like à bon compte.

Dans le ghetto, quand un enfant assiste à un concert dûment sonorisé et éclairé, il se chie dessus de trouille, et ça ne viendrait à l’idée de personne de filmer ça. Dans l’industrie, les choses se passent différemment.

1- Une fois la scène filmée, le papa a la prévenance de monter le fichier son original du morceau qui passe, parce que le son de la vidéo originale (prise avec un téléphone certainement) ne rendrait vraiment pas service à Coldplay.

2- Une fois uploadée, la vidéo est ainsi rapidement détectée par YouTube comme contenant du contenu protégé (en l’occurrence le titre Adventure Of A Lifetime), ce qui permet l’identification par Warner Music Group. Ainsi les 3 millions de vues d’un gamin qui chiale pourront se transformer en royalties pour Coldplay.

3- L’histoire est presque prête : un service de contenus sociaux, Storyful, va racheter la vidéo, d’où la mention “to use this video, please contact Storyful”. C’est le genre de boîte qui rachète des vidéos virales de lolcat une poignée de dollars et qui se rémunère sur les revenus YouTube générés par la vidéo une fois devenue virale. J’imagine qu’ils achètent chaque jour 100 vidéos potientellement virales au prix de 100 balles chacune, et que quelques jours plus tard 1 de ces 100 vidéos explose et bim il se font 100 000 balles avec. Finalement, les mecs bouffent sur notre envie de mater la même chose que le voisin. Génial !

Storyful a donc vraisemblablement filé une centaine de pesos au papa pour lui racheter les droits de son mp4. Mais si ce gamin qui chiale devient viral, ou termine dans un film ou une publicité pour une banque (je vois bien un sous-titre “allez jusqu’au bout de vos rêves”), Storyful devrait se faire assez de blé pour repeindre la hacienda qui leur sert de siège social (ah non merde leur siège est en Irlande, comme Facebook).

4- Mise en orbite : Coldplay retweete la vidéo à ses 17 millions d’abonnés. Ils l’ont peut-être fait comme ça pour le fun, mais ils ont eu la prévenance de choisir une vidéo avec un son correct et avec une identification par WMG pour choper les royalties. Ou alors, admettons que Storyful a filé 10 000 balles à Coldplay pour ce retweet, de toute façon ils vont se refaire 100 000 derrière.

5- Les fans et les médias de référence comme buzzdeouf.com et 20minutes.fr reprennent illico l’histoire. Dans l’emballement, le gamin devient autiste. Cet élément d’information capitale ne figure pas dans la description de la vidéo – ou alors c’est le papa qui le dit peut-être en espagnol et ça m’aura échappé.

“Hé mon petit fiston autiste, tu es pressé d’aller voir Coldplay jouer Adventure Of A Lifetime?”

Ah ouais tiens notez enfin la parfaite adéquation entre cette histoire ordinaire du web et le message du titre en question :
Now I feel my heart beating
I feel my heart underneath my skin
And I feel my heart beating
Oh, you make me feel
Like I’m alive again
Alive again
Oh, you make me feel
Like I’m alive again

Le saviez-vous ? La musique industrielle ramène les autistes à la vie.

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Musique du monde et appropriation culturelle

(Bonne année.)

Le titre est un peu trompeur parce que le sujet est complexe et je vais pas régler en un post wordpress une question qui agite des millions d’esprits plus affûtés que le mien. C’est plutôt une réaction rapide, car ces derniers temps certains de nos artistes ou amis (organisateurs, festivals) ont fait l’objet d’accusations d’appropriation culturelle. Quelque part, on a largement contribué à créer le concept à force de jouer la musique des autres, c’est donc bien normal qu’on se mange un retour de bâton. Mettons donc les choses au point.

Le concept n’est pas d’aujourd’hui, mais son apparition dans le débat public mainstream est un peu récente. Commencez par vous chauffer sur ces articles :

http://www.lesinrocks.com/2014/09/03/actualite/appropriation-culturelle-pop-star-blanches-droit-twerker-cyrus-swift-11521030/
http://www.slate.fr/story/83231/amerique-probleme-pop-stars-blanches
http://www.konbini.com/fr/tendances-2/iggy-azalea-white-privilege/ (feat notre poto Emmanuel Parent, salut bro!)
http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/macklemore-grammys-histoire-white-privilege/

Et pour les plus intelligents d’entre vous : https://equimauves.wordpress.com/2014/06/14/petites-notes-sur-lappropriation-culturelle/

Il ne s’agit évidemment pas ici de défendre l’appropriation culturelle, bien au contraire. Mais de donner quelques éléments à ceux qui, après lecture de ces articles ou d’autres, sont venus sur les réseaux sociaux nous accuser de faire de l’argent sur la culture des autres, sans bien comprendre qui nous étions, ce que nous faisions, et surtout pourquoi et comment nous le faisions.

1. Distinguer appropriation culturelle et échange culturel dans le cadre de la musique

C’est très difficile. C’est un débat que nous avons en permanence et qui demande une bonne oreille. Par exemple, ajouter un sample ethnique quelque part dans un morceau pour faire j’ai-voyagé-tavu ou la-planète-entière-écoute-mon-son, ça peut relever d’une forme d’appropriation culturelle. Surtout si on a l’impression que le morceau pourrait aussi fonctionner sans ce sample, mais qu’en l’ajoutant on a voulu donner une dimension pseudo-universelle au produit fini.

L’industrie s’adapte, et avec l’arrivée de nouvelles générations (donc de nouveaux marchés) plus mixtes et plus mélangées d’un point de vue ethnique, elle a eu besoin d’intégrer des éléments ethniques dans son process de production pour conserver son audience. Mais si on écoute bien, ça reste de la musique industrielle. Indice : elle passe à la radio, et on en parle sur les gros blogs.

Quand, dans le bar près de chez vous, le groupe du coin joue un morceau de tango ou de soca, ce n’est pas de l’appropriation culturelle. S’ils font cela, ce n’est pas (a priori) pour chercher à vous vendre autre chose que la musique elle-même. Ils jouent cette musique pour ce qu’elle est. Que vous l’aimiez ou pas, que vous préfériez quand elle est jouée par un natif ou pas… c’est un autre débat. Vous préféreriez écouter du tango joué par des argentins ? ils doivent être nés en Argentine ou s’ils y vivent depuis plus de cinq ans ça passe ? Dans tous les cas peut-être devriez-vous alors vous demander ce que vous faites dans ce bar herblinois.

En tant que forme artistique, la musique constitue par essence un vecteur d’échanges culturels. Mais sous sa forme industrialisée, elle perd sa fonction d’espace de dialogue entre les cultures. Pourquoi ? Par simple calcul économique : plus l’œuvre est universelle, plus il y aura de gens pour l’acheter*. De toute façon, l’industrie ne cherche pas vraiment à vous vendre de la musique.

La musique industrielle se borne à valoriser des clichés issus d’un système d’oppression (capitaliste, impérialiste, racial, sexiste et j’en passe) pluri-millénaire. Pourquoi ? Parce qu’elle est un des outils de ce système pour exister et se maintenir*.

Et ouais, et tu apprends ça sur notre blog à nous ! 2016 est pleine de promesses.

2. Faire de l’argent avec la culture des autres

On ne fait pas d’argent en jouant du tango ou de la soca : on en fait avec de la musique industrielle.

Mais cette boutade ne suffit pas à réfuter l’argument : il est nécessaire, lorsqu’on se revendique de la musique du monde, de veiller à ce que les musiciens issus des régions d’où vient la musique puissent la pratiquer et la diffuser eux aussi de la même façon. Aller voir leurs concerts, acheter leurs disques, jouer avec eux, les créditer, les signer, les programmer. Les payer, accessoirement.

Ça peut paraître évident, car c’est généralement de cette façon qu’un musicien apprend à apprécier puis à jouer la musique d’un autre. Mais il faut rester vigilant, car c’est la somme des comportements de chacun qui donne sa solidité à l’éthique globale de la scène. Vous trouverez ici des exemples de débats qui nous agitent.

Bien sûr parfois on s’égare et on se retrouve à une soirée cumbia en province sans un seul colombien/arabe/breton de service (rayez les mentions inutiles) pour sauver l’honneur. Ça arrive. Ça veut dire que vous avez pas assez flyé, ou qu’il n’y a pas de colombiens/arabes/bretons par chez vous.

3. Un problème général de compréhension

Là où ça se complique encore, c’est qu’en traquant des situations d’appropriation culturelle, vous pouvez passer à tort pour un raciste, soit parce que vous n’êtes pas clair dans votre démonstration, soit parce que votre interlocuteur a mal compris. Quelques exemples tirés de la vraie vie ou pas :

A.
– Tu joues du bhangra, mais tu n’es pas indien.
– Tu dis ça parce que je suis noir ?

B.
– Une soirée cumbia en France ? c’est ridicule. La France c’est le pays de la valse et du musette.

C.
– Tu as utilisé un sample africain sur ton morceau de 1. house / 2. rock’n’roll / 3. hip-hop, c’est de l’appropriation culturelle.
– Mec, ce sont des noirs qui ont inventé cette musique.
– Mais toi tu n’es pas noir.
– Non, mais 1. je suis de Chicago / 2. je suis anglais / 3. je porte une casquette, donc ça passe.

D.
– Qu’est-ce que c’est que cette musique de bougnoule ? On veut du Magic System.

On pourrait faire mumuse à loisir, ce qu’il faut mesurer ici c’est le risque de se retrouver mélangé à toute une population de racistes pur jus qui prennent au premier degré ce que vous racontez. Et dans un pays occidental, un artiste de musique du monde a très régulièrement affaire à des remarques racistes. Si vous voulez discuter appropriation culturelle avec un artiste, et qu’il vous semble ouvert à la discussion, sachez vous distinguer rapidement du raciste habituel – qui de toute façon préférerait qu’on joue de la musique industrielle comme ça on n’est pas emmerdé.

4. Global Beats

Un mouvement musical tout neuf qui va donner des maux de crânes à plus d’un ethno-musicologue. Favorisé par Internet, il se situe au carrefour de scènes régionales, généralement électroniques, émergeant chacune sur leur territoire et se trouvant ainsi des points communs aussi bien dans la forme que dans le fond. C’est par essence une scène liée aux réseaux sociaux et aux plate-formes de vidéos, et qu’il est quasi-impossible d’analyser en faisant abstraction de la révolution numérique.

Les artistes de cette scène sont le plus souvent indépendants, il ne s’agit pas de candidats à un Grammy Award. Il ne s’agit pas non plus d’artistes de musique du monde traditionnelle : dans leur pratique, ils accordent généralement plus de valeur à l’échange en tant que tel qu’au respect strict des formes traditionnelles qui les ont inspirés.

On y trouve beaucoup de djs, c’est souvent par là que ça commence. Ils font très bien la différence entre un morceau de kuduro et un titre industriel s’inspirant du kuduro, et ce à la simple écoute – en effet, le nom ou la tête des artistes n’est pas censé être un critère d’appréciation.

Ce sont généralement de gros voyageurs, ou bien des gens très connectés via les réseaux sociaux et les plate-formes de vidéos où ils puisent leur inspiration. Ainsi, ils jouent des musiques actuelles inspirées des répertoires traditionnels, modernisés, déstructurés, confrontés. Quand il y a du chant, c’est rarement en anglais (du coup c’est mort pour les Grammy). Ils peuvent être noirs ou blancs, français ou non. Vous en trouverez pas mal chez nous.

Si vous en surprenez un en flagrant délit de ce qui vous semble être de l’appropriation culturelle, n’hésitez pas à ouvrir le débat avec lui, il devrait se montrer réceptif. N’oubliez pas que dans un pays occidental, jouer de la musique du monde (ou toute autre musique underground d’ailleurs) est le fait d’une minorité en résistance contre la musique industrielle matraquée par tous les médias. Il est certes dangereux de faire une hiérarchie dans les systèmes d’oppression, mais l’oppression industrielle porte en elle-même l’oppression culturelle, et non l’inverse.

La dénonciation systématique de situations d’appropriation culturelle ne doit aboutir :
1. ni à l’avènement d’un racisme de type « chacun doit jouer sa musique » dans l’esprit de forces politiques rétrogrades qui connaissent actuellement un regain de vigueur en Europe,
2. ni à l’affaiblissement des musiques alternatives à la musique industrielle, prises pour cibles collatérales. Car c’est bien la musique industrielle qui est porteuse d’oppression. Oppression contre les populations racisées par l’appropriation culturelle, mais aussi oppression contre les pauvres (culte de l’argent), les femmes (sexisme, notamment dans les clips)…

Entre ces deux écueils, il faut manœuvrer sec, et les accusations qui nous ont été portées sur les réseaux sociaux ces derniers temps le prouvent. Surtout que sur le ouaibe on tombe sur les contenus (statuts, vidéos) hors de tout contexte permettant d’apprécier la démarche globale de l’artiste : pas de chronologie, pas de distinction privé/public.. Pas de second degré non plus, donc pas de distinction entre la référence et la caricature. Pas le lieu idéal donc pour entamer un débat sociétal.

Il y a incompréhension ou maladresse (des deux côtés) plus souvent que réelle divergence de vues dans le fond. Comme dirait l’autre, ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.

5. Un test pour finir

Pour savoir si vous avez affaire à une situation d’appropriation culturelle :

– demandez-vous si le morceau « fonctionne » grâce à son aspect ethnique / folklorique – ou bien s’il pourrait tout aussi bien fonctionner sans. Vous saurez s’il s’agit d’un échange – tel artiste a chanté ou composé un morceau inspiré par tel folklore – ou d’une appropriation – tel artiste fait figurer des populations racisées dans un clip pour une chanson par ailleurs tout à fait industrielle. En gros, est-ce qu’on vous vend du folklore, ou bien de la pub qu’on a folklorisée pour améliorer sa délivrabilité.

– demandez-vous également si un amateur du style musical initial pourrait apprécier le morceau. Il peut y avoir eu adaptation du texte, du rythme ou du format, à visée commerciale certes, mais dans une certaine mesure c’est aussi le prix que certains artistes consentent à payer pour pouvoir s’exporter – et donc se développer. Il faut se souvenir que la musique est une économie concurrentielle comme les autres, et qu’un style musical qui ne parvient pas à subsister sur son propre marché intérieur cherche à s’exporter pour survivre. L’export est d’ailleurs facilité par Internet, et donc de plus en plus fréquent, voire systématiquement visé.

– s’il s’agit d’une reprise, regardez si les auteurs / compositeurs originaux des œuvres sont bien crédités. Sachant toutefois qu’il n’existe pas d’équivalent à la SACEM dans tous les pays, ce qui signifie que dans certains cas les auteurs / compositeurs n’ont pas pour l’instant le pouvoir de la gestion collective pour se faire payer. Ce qui peut parfois expliquer pourquoi certains folklores sont plus pillés que d’autres.

– si c’est une composition, regardez si le style musical revendiqué, ou du moins la zone géographique d’inspiration, est mentionnée. L’industrie ne le fait jamais, de peur que les kids découvrent des styles musicaux super cool et arrêtent d’écouter la FM française.

Si, globalement, la réponse à ces questions est non, c’est en effet une forme d’appropriation. Si la réponse est oui, relax : c’est simplement de la musique du monde.

Enjoy 2016.

* pour approfondir : Vers un art de combat

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Reblogged /// A few thoughts about Womex showcases

This article was first published on Ghetto Folk and has been moved due to editorial changes.

As newcomers to Womex (it was only our second attendance), we are slowly getting to know how it works. Let’s keep a fresh eye in there and explain what has happened last week in Budapest, supposing you’re not an expert of the music ecosystem.

Ecosystem is definitely the right word. There is an incredible variety of people out there. Musicians, DJs, radio hosts, media of any kind, promoters, bookers, festivals, labels, publishers, PR… it’s not easy, at first glance, to see how such a population can interact. Some of them have stands to promote their activities, some play at showcases happening day and night, some take part to conferences, some try to grab attention as much as they can, some are paid by a big company or a public organization and just wait for the drinks and showcases to start.

So what’s happening when you meet someone? First, you find a common language. Then, you try to introduce yourself and get to know what the other one does here. If you’re lucky, you may find something interesting to develop together. Generally it doesn’t happen immediately, so it’s better to know who you want to meet before you get there. And that’s the point: make new contacts out of nowhere at Womex is quite difficult. It’s way more effective if you have some people to meet there before you go. That’s how it works: you meet IRL some people that you were already in touch with, so that you can go further into the business chat and see how comfortable you feel with the other – basically, see how big his stand and posters are so that you can evaluate his truthworthiness. Which is actually the way it works also in a lot of other sectors of the economy and in 99% of fairs worldwide.

Womex means World Music Expo, so it’s about world / folkloric / traditional (call it as you want) music of course. There is no selection to get there – as long as you pay your accreditation – so all kinds of music are actually welcome, but conferences and showcases stick to world music. This way of governance gives a large interpretation of what world music should be, which is actually good. And since showcases are selected by a jury that changes every year, checking out who is playing on stage or leading a talk at Womex is quite interesting about the scene. We’ll focus here about the showcases as we couldn’t attend the conferences (our bad).

Womex 14 Showcases by Jacob Crawfurd
Womex 14 Showcases by Jacob Crawfurd

A Well-Balanced Line-Up

If you just check out which countries are represented out there, you would say it’s rather well-balanced. It looks like every part of the world has at least one artist (with a little advantage for Hungary as it was the country who was organising this year). This has to result from a choice as there are probably more applications coming from European artists (or Europe-based artists) than from other continents: Womex takes place in Europe since its creation – more than 20 years ago – and is not able to pay for artists’ performance and transportation costs.

If you are selected, it means that you will have the opportunity to play in good conditions in front of bookers and media from all over the world. Of course, there are some spots that are better than the others (not too early – not too late), but generally the audience is here and enthusiastic, and there are other occasions at Womex to promote your music: printed communication, interviews, meetings… anyway, having a showcase doesn’t mean instant success worldwide: it is just another (very) good tool in your development plan.

Apart from that business part, Womex showcases tell a lot about today’s landscape, so let’s have a look! Here’s an attempt of categorization of the showcases we saw:

  • Classical or jazz artists: viurtosi, jazzmen/jazzwomen, baroque or contemporary music with traditional elements…
  • Folk / traditional artists: traditional orchestras, street bands, brass bands…
  • Shows: rock bands influenced by world music, artists using new technologies and heavy interaction with lights or video…
  • DJs & producers: solo or small formations using recorded music as a tool, live machines…

We did not attend all the showcases (they take place at same time) but it looks like the 3 first categories were equally represented at showcases – DJs & producers played in club A38 during the nights. Here again, it’s probably a will of Womex event to have a good balance in the wide variety of instrumentations.

Now that we explained a bit how it works, let’s make some remarks of our own. Again, since the selection is made by a jury, this shows interesting facts about the scene and the way it evolves over time – not about Womex as an organization itself. And a lot of those remarks also apply to other fairs worldwide (Babel Med, SXSW…).

World Music In Its Broadest Sense

Just a few examples: there was contemporary jazz artists, pop artists, electronic artists and even rock and punk bands. Sometimes the use of a traditional instrument or the language being used is the only link to world music. Some jazz showcases had a really tiny link to world music. And there were no reggae music, which is a bit odd considering its heavy weight in the market.

Of course, in our opinion it is a good thing that world music gets out of museums, and that more and more artists tend to make their own world music (or music from their own world, we would say). But there is a risk that some artists just use the fact they are born in – or living in – a remote country, even if they actually live in Europe, or include an accordion sample somewhere, to be able to promote music that could easily defined as “rock”, “jazz” or “pop” otherwise. And there is already hundreds of rock, jazz and pop events worldwide. Anyway it’s the scene’s own responsibility to teach the difference between african music and pop music sung in an african language, or between balkan music and jazz music with just a balkan instrument in the orchestra.

Live Music First

Due to Womex location, artists that are able to come from really far to perform are those that are able to raise enough money in their own country to do it. Artists from far away have to gain support from the local music system behind them, whereas a band from Europe may just have an indie label and booker and here they are. It is complicated for a band to actively tour in a remote region, with or without having a Womex showcase. By preserving the balance between the countries, Womex somehow wants to ignore this fact, but in the end it’s still going to be complicated for a Chinese band to tour in Europe, or for a French band to tour in South America.

Maybe the event could focus a bit less on live shows and start to deal more and more with the labels’ and publishers’ work, so that music can spread. That’s probably what the Label Award stands for, even if only based on the airplays on biggest radios right now. There also the initiative of the Global Club Music Network to produce remixes compilations of showcased-artists tracks by non-showcased-artists in order to facilitate music exchanges, as putting on shows and tours remain difficult. Womex publishes a compilation of selected artists: we could imagine another Womex compilation of selected artists who don’t play live: after all, recorded music is the first ambassador of musical creation, isn’t it?

Cutting Transportation Costs

This also leads to some strategic choices, such as hiring a backing band based in Europe if the main artist comes from South America or Asia or wherever. Or having backtracks with traditional instruments in it – and an additional live drummer & bass player to look like a proper band.

It is highly positive that mixity is encouraged in artistic teams, even if it’s for simple economic reasons. Of course, some bands look as if they didn’t knew each other the month before, and you can hear it if you’re a music lover. But give them a few months and it’s probably going to be quite fine.

Experience Always Wins The Day…

… but new artists have a different approach. New bands know best how to get your attention with the use of social media and live show technology. Some showcases looked like a calibrated performance with experienced musicians, a great single, nice visuals, all with a fresh new name and a first album already on heavy rotation. And you want to see them because it’s maybe the next big thing. After all, nothing is more boring that an artist that has made four studio albums and didn’t succeed yet.

This is just like in any music style, you would say. Thing is, industrial music hasn’t always been so much inspired by world music. Globalization brought success stories of world-music influenced industrial artists that led the way to a generation that knows how to mix old industrial recipes with just a little spicy folkloric flavour. Let’s keep it positive: these artists can bring new listeners to our scene – we need everyone!

About Competition And Market Reality

Of course, there are maybe hundreds of Europe-based artists applying versus maybe five or six from this-country-you-never-heard-of-before – especially since transportation costs make a selection. And since Womex needs artists from everywhere, they may get selected anyway – which is nice: we love to see music from those remote countries, that is what Womex stands for obviously.

The problem is, some bands have less transportation costs, and thus definitely a higher tour & management budget that the others, and you see it on stage. They bring their technicians, they sound better and they have better lights and videos. So the average booker from a European festival may think something like “It would be nice to have a Chinese band this year, but their show was horrible. Let’s stick to this European one – after all, they have an chinese singer. Or at least he looks like he’s from China.” Which is pretty much what will happen, if you check the line-up of festivals next summer. This is inherent to the market of live music – unless you try to fix a maximum budget for each selected artist, which may sound weird. That’s another reason why world music fairs should make a bigger place for recorded music.

Our Special Award: Jaakko Laitinen & Väärä Raha

As a conclusion, we just wanted to say that we loved this Finnish band and, let’s face it, the fact that they play great Balkan music even if they are not from the Balkans themselves. That’s not happening so often and we hope there will be more and more artists good enough to be selected to play music from anywhere on Earth!

See you at next fair!

NB: There are two reasons why we don’t tell the names of the showcases we (gently) criticized in here. Firstly, we are all in the same scene: if we might have one common enemy, then it’ll be industrial music and nothing else. Secondly, all our remarks are based on what we saw and felt, so it’s by definition subject to interpretation and mistakes.

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Rebloggé /// Quelques remarques sur les showcases du Womex

Cet article a été importé depuis Ghetto Folk dans le cadre d’une réorganisation de nos contenus éditoriaux.

C’était notre seconde participation et nous nous mettons progressivement dans le bain. Voici un petit compte-rendu de ce qui s’est passé la semaine dernière à Budapest, partant du principe que vous n’êtes pas un expert de l’écosystème de la world music.

Ecosystème, c’est le bon terme : la variété parmi les participants est impressionnante. Musiciens, DJs, animateurs radio, médias de tous types, managers, programmateurs, festivals, institutionnels… à première vue, les interactions peuvent sembler difficiles. Certains louent des stands pour promouvoir leurs activités, certains jouent lors de concerts en journée ou le soir, certains participent à des conférences, certains essaient d’attirer l’attention autant que possible, d’autres sont ici essentiellement par la volonté d’un supérieur hiérarchique et attendent patiemment l’heure de l’apéritif et des concerts.

Que se passe-t-il quand vous rencontrez quelqu’un ? D’abord, vous cherchez une langue commune. Ensuite, vous faites les présentations des personnes et des activités. Avec un peu de chance, vous allez trouver quelque chose d’intéressant à développer ensemble. Généralement, ce n’est pas immédiatement le cas : il est donc plus efficace de savoir à l’avance qui vous voulez rencontrer. Se créer de tout nouveaux partenaires au Womex est délicat : le mieux est de venir y rencontrer en vrai des gens avec qui vous étiez déjà en discussion par mail auparavant. Vous pourrez ainsi avancer dans les discussions et jauger le capital-confiance de votre partenaire – en gros, en vous fiant à la taille de son stand et de ses affiches. Ainsi qu’il est d’usage dans tout autre secteur d’activité et dans 99% des salons professionnels du monde entier.

Womex signifie World Music Expo, il y est donc question de musique du monde, traditionnelle ou folklorique, appelez-ça comme vous voulez. Il n’y a pas de sélection pour participer tant que vous réglez votre accréditation – toutes les esthétiques musicales sont donc en théorie bienvenues, même si les concerts (appelés ici showcases, car à vocation promotionnelle) et les conférences sont dédiés à la musique du monde. Ce type de gouvernance laisse donc une très large interprétation de ce qu’est la musique du monde et c’est tant mieux. Et comme les artistes sont sélectionnés par un jury qui change chaque année, s’intéresser à la programmation musicale et à celle des conférences permet de tirer quelques enseignements sur la musique du monde en tant que scène musicale au niveau mondial. Nous nous intéresserons aux concerts car nous n’avons hélas pas pu assister aux conférences.

Un concert au Womex 14, par Jacob Crawfurd
Un concert au Womex 14, par Jacob Crawfurd

Une programmation équilibrée

Si l’on s’intéresse aux pays représentés, la programmation est plutôt bien équilibrée. Il y a un artiste pour chaque partie du globe, avec un léger avantage pour la Hongrie puisque c’était le pays organisateur. Cet équilibre résulte nécessairement d’un choix délibéré du jury car il y a probablement davantage de candidatures en provenance d’artistes européens (ou du moins basés en Europe) que d’autres continents : le salon a systématiquement lieu en Europe depuis sa création – il y a plus de 20 ans – et ne prend pas en charge les coûts de plateau et de transport des artistes sélectionnés.

Si vous êtes sélectionné, vous aurez l’opportunité de jouer dans de bonnes conditions devant des programmateurs et des médias du monde entier. Bien sûr, certains créneaux horaires sont meilleurs que d’autres (pas trop tôt, pas trop tard non plus) mais le public est présent et enthousiaste, et il y a plein d’autres moyens de promouvoir votre travail : communication papier, interviews, rencontres… De toute façon, être sélectionné ne garantit pas un succès immédiat, mondial et définitif : c’est juste un autre (très) bon outil dans votre plan de développement.

Mis à part ces aspects purement business, les concerts nous disent beaucoup de choses sur la scène world music, examinons la programmation de plus près. Voici une tentative de classification :

  • Artistes de la musique classique et du jazz : solistes accompagnés, jazzmen/jazzwomen, musique classique contemporaine ou baroque avec des influences traditionnelles…
  • Orchestres traditionnels et folkloriques : formations traditionnelles, fanfares, orchestres de rue…
  • Spectacles : groupes rock influencés par la musique du monde, artistes utilisant les nouvelles technologies musicales, de lumières et vidéo…
  • DJs & producteurs : solistes ou petites formations qui utilisent de la musique enregistrée, live machines…

Nous n’avons pas vu tous les concerts (ils ont lieu en parallèle) mais il semble que les 3 premières catégories aient été équitablement représentées – les DJs et producteurs étant programmés au club A38 durant les nuits. Là aussi, c’est probablement un choix délibéré d’avoir un équilibre dans la grande variété des instrumentations.

Maintenant que nous avons un peu décrit le contexte, voici quelques remarques. La sélection étant faite par un jury, il ne s’agit pas de débattre de la programmation ni de l’organisation en tant que telle, mais de l’offre musicale et son évolution. Et beaucoup de ces remarques s’appliquent aussi bien à d’autres salons à travers le monde (Babel Med, SXSW…).

La musique du monde dans sa définition la plus large

Des orchestres de jazz, des artistes de la musique classique, des artistes pop et même des groupes de rock et de punk… dans cette grande variété, le lien à la musique du monde peut être mince et ne tient d’ailleurs parfois qu’à l’utilisation d’un instrument traditionnel ou d’une langue donnée. Certains concerts de jazz nous ont semblé assez éloignés de la musique du monde. L’absence de reggae également est à noter, étant donné le poids de cette esthétique dans le marché.

Il est bien sûr très positif de voir la musique du monde sortir des musées, et de voir de plus en plus d’artistes se l’approprier, pour faire leur propre musique du monde (ou la musique de leur propre monde, dirions-nous). Mais il y a alors la possibilité de voir l’origine réelle ou supposée des artistes – même s’ils vivent en Europe – utilisée comme un argument pour promouvoir une musique qu’on pourrait par ailleurs définir comme “rock”, “jazz” ou “pop”. Et il y a déjà des centaines de salons professionnels rock, jazz ou pop. En tout état de cause, c’est de la responsabilité des acteurs de la scène eux-mêmes d’expliquer la différence entre musique africaine et musique pop agrémentée de samples africains, ou entre musique des Balkans et jazz joué sur un instrument balkanique.

La scène avant tout

Du fait du lieu de l’événement, les artistes en mesure de voyager plusieurs milliers de kilomètres sont surtout ceux qui ont réussi à se faire financer. Ceux-ci doivent bénéficier du soutien de nombreux acteurs dans leur pays de provenance, là où un groupe européen tout juste signé sur un label et tourneur peut beaucoup plus facilement s’offrir l’opération. Il est de toute façon compliqué de se produire dans des pays lointains, avec ou sans showcase au Womex. En tentant de conserver l’équilibre entre les pays représentés, le jury essaie d’ignorer ce fait, mais il sera toujours difficile pour un groupe chinois de tourner en Europe, ou pour un groupe français de tourner en Amérique du Sud.

Peut-être serait-il pertinent de focaliser un peu moins sur la scène et d’interagir davantage avec le travail des labels et des éditeurs, pour que la musique, elle, puisse voyager. C’est certainement l’enjeu de la récompense attribuée aux labels, même si celle-ci n’est basée que sur le classement des diffusions radios pour l’instant. Il y a aussi l’initiative du Global Club Music Network, qui produit des compilations de remixes mêlant artistes sélectionnés ou non, afin de faciliter les échanges. De son côté, Womex publie une compilation des artistes sélectionnés : il serait intéressant d’avoir également une compilation d’artistes sélectionnés sur la base de leur musique seule, indépendamment d’un projet scénique – la musique enregistrée n’est-elle pas le premier ambassadeur de la création musicale ?

Comment réduire les coûts de transport ?

Tout cela amène également des choix stratégiques, comme par exemple celui de recruter un backing band européen lorsque l’artiste principal provient d’Amérique du Sud, d’Asie ou d’ailleurs. Ou bien jouer avec des bandes dans lesquelles sont enregistrés les instruments traditionnels. Avec, sur scène, un batteur et un bassiste pour faire “vrai groupe”.

Il est bien sûr très positif d’encourager la mixité dans les équipes artistiques, même si c’est, au départ, pour de simples raisons économiques. Bien sûr, certains musiciens ne semblent pas se connaître depuis très longtemps, et ça s’entend. Mais d’ici quelques mois chacun trouvera sa bonne place.

C’est dans les meilleurs pots qu’on fait la meilleure soupe…

… mais les nouveaux artistes ont une nouvelle approche. Ils sont plus à l’aise sur les réseaux sociaux et avec les nouvelles technologies. Certains concerts sont parfaitement calibrés, avec des musiciens expérimentés, un single qui cartonne, des visuels haut de gamme, un nom de groupe tout frais et un premier album qui tourne déjà en boucle. Et vous voulez les voir parce qu’ils sont peut être le truc qui va buzzer. Quoi de plus ennuyeux qu’un groupe qui a déjà fait quatre albums studio et qui n’a toujours pas percé ?

Après tout, c’est comme dans tous les styles de musique. Seulement, la musique industrielle a rarement été aussi inspirée par la musique du monde. La mondialisation a permis des success stories d’artistes industriels influencés par la musique du monde, engendrant une génération d’artistes qui savent maintenant ajouter à des techniques de production industrielles une petite note exotique. Restons positif : ces artistes peuvent apporter une nouvelle audience à notre scène, et nous avons besoin de toutes les contributions.

Concurrence et réalité du marché

Etant donné le contexte, il y a certainement des centaines de candidatures d’artistes européens, et peut-être seulement 5 ou 6 candidatures en provenance de ce pays dont-on-a-oublié-le-nom. Et comme le Womex a besoin d’artistes de tous les pays ou presque, cela pourra les avantager dans le processus de sélection, et tant mieux : il est appréciable d’entendre des musiques moins connues, c’est tout l’enjeu du salon.

Or, certains groupes ont des coûts de transport moins élevés que d’autres, et donc davantage de budget plateau, promo et management. Ils ont leurs propres techniciens son et lumières, ce qui améliore encore leurs prestations. Par conséquent, le programmateur de festival européen moyen peut être tenté de se dire : “J’aimerais programmer un groupe chinois cette année, mais le son de celui-ci était vraiment médiocre. Je vais me rabattre sur ce groupe européen, après tout leur chanteur est chinois – en tout cas, on dirait.” Chose qu’on pourra vérifier sur les programmations des festivals de l’été prochain. Cette situation est inhérente au marché de la musique live, à moins de vouloir la réguler en fixant un budget maximum pour la participation de chaque artiste, ce qui pourrait paraître curieux. Raison de plus pour faire une meilleure place aux acteurs de la musique enregistrée.

Notre mention spéciale : Jaakko Laitinen & Väärä Raha

Nous voudrions simplement finir en ajoutant que nous avons adoré le concert de ce groupe finlandais, et, avouons-le, le fait qu’ils jouent formidablement bien la musique des Balkans, sans être originaires des Balkans eux-mêmes. Ce n’est pas si courant et nous espérons que de plus en plus d’artistes seront assez talentueux pour être sélectionnés pour venir jouer la musique issue de n’importe où sur Terre !

Rendez-vous au prochain salon professionnel !

NB : Il y a deux raisons pour lesquelles nous n’avons pas cité les groupes dont nous parlons parfois un peu négativement. Premièrement, nous appartenons tous à la même scène ; notre ennemi commun, s’il existe, est la musique industrielle et rien d’autre. Deuxièmement, nos remarques sont basées sur ce que nous avons vu et ressenti, et donc nécessairement sujettes à l’interprétation et au risque d’erreur.

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Pourquoi nous dépensons tout notre fric au Womex

La question revient souvent et c’est normal : pourquoi diable nous rendons-sur les salons professionnels (Womex, Babel Med, Midem) pour y claquer les thunes issues de la vente de Salicorne ? Dans cet article, nous allons expliquer non seulement pourquoi, mais aussi comment.

Ces salons professionnels sont des lieux de rendez-vous des professionnels de la musique. En France les plus connus sont peut-être le Printemps de Bourges ou les Transmusicales. Babel Med est un salon qui a lieu à Marseille et qui, comme le Womex (qui a lieu en Europe dans des villes différentes selon les années), est un salon spécialisé musiques du monde, là où les autres sont plutôt squattés par les musiques actuelles (pop, rock, electro si j’ose dire). Quant au Midem, c’est un salon qui a lieu à Cannes et est dédié à l’industrie musicale, principalement pour les labels et éditeurs.

Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)
Szam Varadino (Berlin) & DJ Pozor (Budapest)

Après quelques essais plus ou moins heureux, nous nous sommes rendus à Babel Med et au Womex chaque année depuis 2014, avec un stand plus ou moins officiel ou plus ou moins partagé histoire de pouvoir présenter nos artistes. Au départ, on pensait y vendre nos artistes à des festivals, on avait imprimé des contrats de cession prêts à signer et on avait acheté des stylos bic. Assez vite on a compris que c’était un peu plus compliqué. Là-bas tout le monde se connaît, les seuls gars que tu peux espérer convaincre sont ceux qui, comme toi, n’ont pas d’amis et se retrouvent à faire le tour des stands parce qu’il faut bien qu’ils rentabilisent le déplacement et qu’ils trouvent deux ou trois artistes pour leur festival du sud de l’Allemagne. Et à supposer que ce soit le coup de cœur musical, et que tu aies un stylo bic, il te reste encore à trouver d’autres dates autour de celle-ci pour amortir le déplacement. Mouais.

Tu peux aussi aller voir les tourneurs pour qu’ils fassent le taf à ta place. Mais ceux-ci sont venus pour voir les programmateurs et leur faire écouter et voir leurs artistes. Pas tout à fait sûr qu’ils aient du temps à consacrer à ta vidéo de répét filmée à la gopro.

Il y a enfin les concerts : au Womex on appelle ça les showcases car les groupes ont tous les frais à leur charge et seulement 45 minutes pour se produire devant les professionnels. Parfois, il y a de l’ambiance. On découvre des choses, même si les groupes qui ont les moyens pour ce genre d’investissement ne sont pas tout à fait les perdreaux de l’année.

Alors pourquoi ?

Un client potentiel
Un client potentiel

1. Apprendre à connaître les tourneurs

Tout le monde ne cherche pas à faire des concerts chez Vlad, mais pour ceux dont c’est le cas, il est bon d’apprendre à connaître les tourneurs. Savoir qui tourne quoi, les spécificités, connaître leurs catalogues, commencer à en rencontrer quelques-uns pour pouvoir faire une proposition pertinente le jour venu. C’est bien plus efficace que d’envoyer des mails à toute la planète en espérant qu’un jour, un tourneur pleure de joie en matant votre lien viméo.

2. Rencontrer des artistes

Il y a aussi beaucoup d’artistes auto-produits qui font le déplacement à leurs frais, ou bien des artistes qui sont là parce que leur tourneur les a fait venir, ou bien parce qu’ils sont membres d’une délégation nationale (il y a aussi des stands par pays ou par région). C’est l’occasion d’évoquer des remixes, des collaborations, de parler de la scène. Pour les DJs et les producteurs, c’est toujours bien de rencontrer des musiciens pour savoir comment mieux travailler sur les projets. Et aborder d’autres débats comme par exemple la semaine dernière : pour ou contre les backtracks en live, pour ou contre les ordis sur scène et j’en passe. On défend notre point de vue et nos valeurs de label ghetto-folk 2015.

GCMN lunch
GCMN lunch

3. Vendre nos services

On l’aura compris, c’est difficile de trouver des concerts comme ça entre deux verres de bière plastique. Par contre, en nous positionnant en tant que label / éditeur, on fait un peu la différence, et on peut plus facilement accoster les gens qu’avec l’éternel “salut on cherche des dates”. Du coup, des collaborations intéressantes se sont lancées : on va distribuer de nouveaux artistes en France, on a plein de remixes sur le feu, des nouveaux producteurs, des musiciens prêts à poser sur des instrus, des deals d’édition… Bref, plein de taf.

4. Rencontrer les institutionnels et les autres acteurs

Il y a plein d’autres gens à rencontrer : le ministère, les réseaux régionaux, la SACEM, Zone Franche et j’en passe… des réseaux, des syndicats, des structures ressources, qui nous aident au jour le jour à prendre les bonnes décisions. Aujourd’hui vu la tronche du paysage musical ce serait impossible d’avancer seuls. C’est grâce à ces rencontres qu’on a pu prendre toute une série de décisions depuis 2010 qui font qu’on est encore en vie pour l’instant et qu’on est plus tout à fait obligés d’aller jouer dans tous les bars à 100€ du pays. Du coup, on gagne du temps pour faire de la musique et devenir chers. Ha !

Le stand VLAD
Le stand VLAD

5. Préparer l’avenir

Et oui l’avenir se prépare dans le passé parce que le présent c’est déjà un futur du passé actuel.

Par exemple, nous sommes membres du collectif Global Club Music Network, au sein duquel nous faisons la promotion des DJs et autres acteurs de la scène global beats / electro world. Histoire de faire rentrer la world music dans les clubs. Ou déjà de la faire sortir des théâtres et conservatoires.

Nous essayons de recruter de nouveaux artistes désireux de s’émanciper de l’industrie et de nous rejoindre dans des projets home-studio, avec échange de fichiers par internet, pour favoriser les rencontres et les échanges. Et mélanger les musiques.

Nous balançons des candidatures pour les showcases, ne serait-ce que pour que le jury soit forcé de coller une oreille sur Bass Excurtion. Ha ça doit décrasser leurs chaînes hi-fi ça c’est sûr.

Au Midem, nous avons chopé plein d’infos sur les plateformes de streaming, YouTube, iTunes, les nouveaux modèles à venir, Soundcloud qui va couler, etc. Cela nous permet de faire les moins mauvais choix dès maintenant. Si vous ne savez pas ce qu’est un code ISRC, vous êtes à la bourre.

La musique ça évolue, certes pas ultra vite, mais quand ça sera devenu normal de faire de la cumbia quand on est breton ou de la samba quand on est bulgare, on aura peut-être un ou deux pieds dans le bon wagon. Bien sûr, c’est pas pour 2017. Bien sûr, le milieu est truffé de copinages qui rendent la chose complexe pour des thugs qui parlent mal anglais. Bien sûr, on a le temps de mourir dix fois en route. Mais rien que parce qu’on a l’impression de faire avancer le schmilblick, et que pendant ce temps on n’est pas dans un bullshit job ni au chômage, ça vaut déjà le coup de se battre. Rejoignez-nous.

Le débat continue en anglais et en français sur notre blog Ghetto Folk : http://ghettofolk.com/fr/2015/10/29/quelques-remarques-sur-les-showcases-du-womex/

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Reblogged /// What do we call “world music”?

This article was first published on Ghetto Folk and has been moved due to editorial changes.

A great article by Endeguena Mulu on Trueafrica.co: “Why the term ‘world music’ is bullshit”
http://trueafrica.co/article/endeguena-mulu-aka-ethiopian-records-on-world-music/

Again if it were only in the West and by Westerners this view were held, it wouldn’t bother me much. But thanks to education and entertainment all over the world being heavily westernised, it is people – who are owners of the cultures that are being diminished – who also hold these views, looking down on their own ‘third world’ culture and praising above all the ‘first and second worlds’.

This article pinpoints an interesting fact: for many music lovers, world music has to come from Africa, or South America, or Asia… any part of the world that is not the West. An artist like Mulu is definitely right when he claims that this term tends to classify his music as something exotic or tribal that as not to be taken for “real” music – in some minds, not to be taken for “western” music. It tends to make a difference between music and music from the rest of the world*.

Credit-Endeguena-Mulu
Endeguena Mulu

Thing is, world music also exists in the West. Traditional music exists in Europe and in North America. As a westener, I would call music from Brittany “world music” as well. Or country music from the US. Or music from Acadia. It has nothing to do with the place where it’s made, it has to do with the object of the music as an art: the world as seen by the artist, what Mulu explains pretty well with the example of the washint player. Elements of the artist’s culture, environment, language.

What are the musical genres that are not world music then? TV music (be it EDM or radio pop), classical music or dad’s rock music – they all respect formal rules (instruments, harmonies, patterns) that are not taken from the artist’s own “world”. You have to learn how to do it properly, you can not do it your way. You have to learn EDM production techniques on the internet, classical music at the music school and rock music by listening to the famous rock bands. You need to find teachers, or idols, to get inspired. And that’s basically what makes you dream in these musical genres: they give you the power to escape from your own environment. In the case of “world” music, inspiration comes precisely from this very environment. So you’re not trying to escape it at all.

Of course, other terms could be used to describe what people generally call “world music”: “traditional”, “folk”, or the newcomer “global”. Trying to change the word itself will be difficult. What we can do is make the music itself evolve, and start considering that this music we all love can come from anywhere, including the West.

A next step would be to start considering that traditional music can also be made by people who don’t live in the place music is made – or by people who are not born in the place where the music is born.

* See how Branko & Kalaf from Enchufada quite ironically called their streetwear fashion label.